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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 2 décembre 2006      N° 957


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Guadeloupe
Vive la lutte des occupants de Jabrun

«Nous reproduisons ci-dessous le tract des squatters des terres de Jabrun à Baie Mahault. Depuis, les occupants ont amélioré leur organisation. Au cours du week end des 25 et 26 novembre ils ont labouré les terres et commencé à planter.
“Nous, occupants de terre de Jabrun, (Baie Mahault), agriculteurs sans terre, avons décidé de résister à l’expulsion. Voilà 10 ans que nous occupons cette parcelle de terre à droite du pont de Convenance à Baie Mahault- direction Basse Terre. Nous avons planté, nous y avons fait nos «jardins». L’un d’entre nous, chômeur, n’a pas d’autres moyens que d’habiter sur cette terre dans une baraque de fortune. Et voilà qu’aujourd’hui, nous sommes sommés de partir, car nous dit-on ce terrain devrait être vendu à M.Blandin, gros capitaliste. Nous avons aussi entendu parler de Barboteau, représentant d’une grosse compagnie pétrolière qui réalise des milliards de profits. Ce monsieur devrait construire sur la terre une station service entièrement automatisée. Derrière tout cela il existe aussi de sombres spéculations financières de promoteurs avides de gains. La plupart de nos «jardins» ont été détruits purement et simplement par des envoyés de ceux qui veulent nous faire partir.
Face à ce mépris des riches vis-à-vis des pauvres, nous avons décidé de nous organiser et de poursuivre l’occupation de ces terres. Ces terres sont de belles terres propres à l’agriculture et on veut y construire des hangars et y mettre d’autres constructions. C’est inadmissible!
A ceux qui nous traitent de «voleurs» nous répondons que ces terres sont la propriété du peuple guadeloupéen. Pendant des siècles nos ancêtres esclaves y ont sué sang et eau pour enrichir quelques familles esclavagistes. Ensuite, nos grands parents et nos parents, les travailleurs agricoles et les colons de Darboussier y ont encore été exploités durement. Les seuls voleurs sont ceux qui depuis le 16ème siècle se sont accaparés de la Guadeloupe par la force des armes et la terreur, puis ceux qui ont bénéficié du travail gratuit de tous ces damnés de la terre qu’ont été les esclaves et les générations de travailleurs agricoles surexploités.
Nous sommes donc aujourd’hui en droit de réclamer ces terres. Nous n’avons pour la plupart d’entre nous d’autres moyens pour vivre, alors que Messieurs Blandin et Barboteau ont bien d’autres possibilités. D’autre part, si la municipalité de Baie Mahault (nous espérons qu’elle ne l’a pas encore fait) a accordé des permis de construire, elle aurait dû savoir que depuis des années nous étions là.
Le Groupe d’occupation de Jabrun (le GOJ) en appelle aujourd’hui à tous les responsables du foncier, à la SAFER, aux responsables politiques de la commune, de la Région, du Département pour permettre aux petits agriculteurs d’obtenir ces terres en priorité.
Il en appelle aussi à la solidarité de tous ceux qui sont préoccupés de l’avenir des terres agricoles en Guadeloupe afin qu’on cesse de les bétonner au profit de quelques gros capitalistes et riches sociétés immobilières ou autres. Nous en appelons à la jeunesse, aux lycéens du lycée agricole, aux jeunes chômeurs pour leur dire: soutenez nous, rejoignez nous!
Nous en appelons à tous ceux qui sont soucieux de la défense des petits paysans pauvres et des ouvriers agricoles, aux syndicats, aux partis politiques du monde ouvrier et paysans, à tous ceux qui sont soucieux avant tout d’améliorer les conditions de vie des plus démunis. Venez nous soutenir sur la terre, juste après le pont de Convenance en allant vers Petit Bourg, sur la droite! LA TERRE A CEUX QUI LA TRAVAILLENT! Groupe d’occupation de Jabrun (GOJ). (Mardi 21 novembre 2006)”



2 décembre 1956: Castro débarque à Cuba

Il y a cinquante ans, le 2 décembre 1956, Fidel Castro et ses 80 compagnons, dont Ernesto Che Guevara, débarquaient à Playa colorades. Trois ans auparavant, le 26 juillet 1953, quelques dizaines de rebelles, avec à leur tête Castro, avaient attaqué la caserne de Moncada, à Santiago de Cuba. Après un échec sanglant, 55 d’entre eux avaient été fait prisonniers, torturés et exécutés. Castro et quelques autres purent fuir, mais repris quelques jours plus tard, ils furent condamnés à 15 ans de prison et incarcérés à l’île des pins.
L’île de Cuba, située à 200 km des côtes de la Floride, était alors sous domination américaine. Les Etats Unis contrôlaient 75% des échanges commerciaux, possédaient 90% des mines et 50% des terres. La capitale, la Havane, était sous le pouvoir de deux parrains de la mafia, les riches américains y venaient s’y plonger dans le jeu et la drogue. 500 000 cubains étaient au chômage sur 6,5 millions de personnes, 1/4 de la population était analphabète. Le pays était dirigé par le dictateur Batista, à la solde des Etats Unis. C’est contre cette corruption et cette misère que des jeunes issus de la bourgeoisie locale se sont révoltés. Ce fut le cas de Castro et de plusieurs de ses compagnons.
En 1955, à la suite d’une parodie d’élection, Batista fut élu président et libéra tous les prisonniers, dont Castro, qui émigra au Mexique. Là, il se lia à Ernesto Che Guevara, un révolutionnaire argentin. Pendant ce temps, à Cuba, le mouvement de rébellion s’organisait sous la direction de Franck Pais, sous le nom de mouvement du 26 juillet (M-26-7). En décembre 1956, ils furent 81 à quitter le Mexique à bord du yacht Granma, en direction des côtes cubaines. C’est donc le 2 décembre qu’ils débarquèrent dans une région nommée aujourd’hui Granma, en souvenir du nom du bateau. Là, ils étaient attendus par l’armée qui décima une grande partie d’entre eux. 12 purent fuir, dont Castro et Guevara, qui furent recueillis par Celia Sanchez, chef clandestin du M-26-7. Ils organisèrent une guérilla dans la montagne Sierra Maestra, et en deux ans, les troupes rebelles se montèrent à 2000 combattants, essentiellement des paysans misérables révoltés contre leur condition.
La guérilla en lutte contre l’armée de Batista ne cessa de progresser, jusqu’à ce qu’en 1959, Batista s’enfuie en République Dominicaine. Castro et ses compagnons prirent le pouvoir.
La grande misère qui régnait, la corruption, l’arrogance du colonialisme américain avaient poussé la population cubaine à haïr le régime. C’est pour cette raison que la population des villes apporta son soutien à la guerilla, même si les ouvriers ne participèrent pas directement à la lutte armée et à la prise du pouvoir.
Les étudiants organisèrent leur propre mouvement, le «directoire révolutionnaire», qui avait attaqué le palais présidentiel à la Havane pour assassiner Batista, mais l’assaut fut un échec. La population paysanne surexploitée constitua l’essentiel des troupes rebelles. L’entreprise de Castro dut donc son succès au fait que le courage de la dizaine d’hommes qui réchappèrent du débarquement du Granma, rencontra la révolte montante de la population pauvre de l’île et s’appuya sur elle.



Semaine des handicapés: l’objectif de l’entreprise capitaliste n’est pas l’embauche des handicapés

La semaine du lundi 13 au dimanche 19 novembre dernier était consacrée aux personnes handicapées. Il y a eu des émissions télévisées qui rappelaient l’obligation pour les entreprises privées et la fonction publique d’embaucher des travailleurs handicapés à hauteur de 6% de leur effectif, lorsqu’elles ont 20 salariés et plus.
C’est une loi de 1987 qui a d’abord prévu cette obligation qui est rappelée dans une nouvelle loi de février 2005. Cette obligation est loin d’être satisfaite. En France, le taux d’embauche est de 4% pour les travailleurs handicapés et en Martinique de 1,81%. En réalité, 4% ne signifie pas que les entreprises ont embauché 4% de personnes handicapés. Pour satisfaire l’obligation d’embauche, la loi a prévu que les 6% correspondent à la combinaison de 6 mesures: employer des personnes handicapées, accueillir un demandeur d’emploi handicapé en formation, sous-traiter à des établissements de travail protégé (qui regroupent des personnes handicapées), verser une contribution au fonds pour l’insertion des personnes handicapées (Agefiph), signer un accord de branche, d’entreprise ou d’établissement et enfin valoriser les dépenses réalisées qui vont dans le sens de favoriser l’insertion des personnes handicapées. Le calcul de ces 6% est donc une opération complexe qui est laissée aux services spécialisés de l’inspection du travail. Donc, on n’a que les résultats et aucune possibilité de vraiment contrôler les calculs. L’obligation légale organise elle-même le non respect de l’obligation, puisque l’entreprise peut y échapper en versant une cotisation dans un fonds qui sera reversé à d’autres entreprises ou à des personnes handicapées, pour favoriser leur emploi. Malgré tous ces compromis et échappatoires organisés par la loi, les entreprises, présentées pourtant comme les garants de la solution de tous les problèmes sociaux, montrent que l’embauche des personnes handicapées n’est pas leur préoccupation, pas plus qu’embaucher pour réduire le chômage ou œuvrer pour l’amélioration du bien-être de tous n’est pas leur objectif.
Comme le répètent les patrons et ceux qui les soutiennent l’objectif de l’entreprise est de faire du profit, et non pas d’apporter des solutions aux individus et à la société quand cela n’augmente pas leur profit ou leur image de marque en vue de profits à venir.
Toute cette législation, comme tous ces discours sur «l’entreprise citoyenne» que l’on veut enfoncer dans la tête des jeunes, ne sont que des leurres pour mieux protéger les capitalistes et leurs profits. Car pour faciliter l’insertion des personnes handicapées, il faudra une société débarrassée du profit et de la propriété privée capable d’utiliser les richesses dans l’intérêt de tous.



Haïti
Les charognards assassinent malgré la remise de rançons

Une remontée crapuleuse du phénomène du kidnapping a été enregistrée dans la capitale haïtienne et ses faubourgs au cours des deux dernières semaines. Les gangs armés continuent à dicter leur loi dans plusieurs quartiers, à maintenir la population sous la terreur, à sélectionner et à atteindre leurs cibles. Les autorités semblent accorder aux chimères le rôle de supplétif pour le maintien de l’ordre dans les quartiers. Car pendant qu’elle subit les attaques des chimères, la population des quartiers pauvres est handicapée pour se battre contre la misère, l’exploitation que le gouvernement perpétue en se mettant au service des possédants.
C’est ainsi que la jeune Farah Natacha Kerby Dessources, 20 ans, a été massacrée par ses ravisseurs et abandonnée sur une pile d’immondices le 15 novembre dernier après deux jours de séquestration. Les ravisseurs n’ont pas estimé suffisante la rançon de 20.000 gourdes (400 dollars US) versée par les parents qui ne pouvaient réunir une somme plus importante. Ils ont torturé, mutilé, violé cette jeune fille.
Des milliers de personnes ont assisté samedi 25 novembre aux funérailles de la jeune Farah, contenant leur chagrin et leur colère. Cet événement a donné lieu à la première manifestation contre Préval depuis son retour au pouvoir, en mai dernier. A la fin de la cérémonie, des centaines de personnes en colère, en majorité des jeunes, ont accusé le chef de l’Etat de se faire "le complice des bandits qui endeuillent la nation".
La mère de Farah, effondrée, assise près du cercueil de sa fille répétait "méchan yo là», «les méchants sont là", pour dire à ses proches que certains des meurtriers se trouveraient dans l’assistance. Pourquoi pas, puisque certains des bandits kidnappeurs ont pu être absouts par le gouvernement et recevoir des postes en échange d’armes factices ce qui ne les désarme en rien.
Au cas de Farah vient de s’ajouter un crime aussi barbare ; au Cap-Haïtien on a découvert le corps d’un deuxième otage encore plus jeune, Carl Rubens Francillon, 6 ans. Le petit Carl Rubens avait été kidnappé le 8 novembre dernier devant son école dans le quartier de Turgeau à Port-au-Prince. Bien que sa famille ait versé aux ravisseurs une rançon de US $ 3.400, trois jours après l’enlèvement, ces charognards ne s’en sont pas contentés et ont emmené l’enfant au Cap pour l’étrangler. Selon la police cinq suspects ont été arrêtés, dont le chauffeur de M. Francillon. Il assurait le transport de l’enfant de la maison à l’école.
Des dizaines de cas de kidnapping, toujours assortis de menaces d’exécution, ont été enregistrés au cours des deux dernières semaines dans différents secteurs de la capitale haïtienne. Passant outre la détresse de la population, la souffrance des familles et le choc subi par les victimes relâchées, le gouvernement Préval/Alexis s’est employé à minimiser et à relativiser l’ampleur de l’insécurité.
Les gangs armés, opposés ou non politiquement à Préval, les chimères, les tueurs, les truands ont passé un marché avec Préval, ils l’ont hissé au pouvoir, et c’est sur le dos de la population qu’ils se payent en attendant que le gouvernement accomplisse sa part du marché en leur octroyant des sinécures dans les organismes d’Etat.
La population laborieuse est prise en étau entre les politiciens et les hommes en armes qui jouent avec sa vie... jusqu’à ce que celle-ci se rebiffe et rende coups pour coups.



Guadeloupe
Brot, encore un préfet arrogant...

Dans son numéro du mercredi 22 novembre dernier, le quotidien France Antilles publie une interview du nouveau préfet de Guadeloupe, Brot. Les questions ont porté sur les points d’actualité tels que les ordures ménagères, l’immigration clandestine, les services de l’Etat etc. Comme la plupart des préfets qui sont nommés ici, Brot s’est montré hautain voire arrogant.
Il ne le fut pas seulement à l’adresse des élus, mais surtout envers la population de ce pays. Pour ce préfet, l’Etat n’a pas en charge le plan d’élimination des ordures ménagères mais «nous continuerons à traiter ce dossier avec une totale impartialité» dit-il. S’agissant de la contestation contre l’attribution d’un terrain à Sainte-Rose, il se plaint d’être accusé de favoritisme en faveur du groupe Sita-Suez. Il s’est étonné que Daniel Génies ait pu répéter ce qui s’est dit en réunion à la préfecture, dans le bureau du préfet. En plus, il a écrit une lettre à Génies qui a répété ce qu’il lui a dit dans ce courrier. Pour Brot, c’est un manque d’élégance de la part du président du Sictom. Il ne tient surtout pas à ce que la population connaisse ses combines organisées avec les élus locaux. Et quand Brot nous dit que «l’intérêt général doit primer. Il ne faut jamais l’oublier. Ici, on l’oublie souvent», il est dans son registre d’arrogance et de donneur de leçons. Il feint d’oublier que ses amis au pouvoir ne cessent de racler les fonds publics afin de verser des milliards d’euros au patronat pour créer des emplois que les travailleurs ne voient jamais. Où est l’intérêt général là dedans?
Sur d’autres sujets, le préfet ne parle que de restrictions et de répression. Sur l’immigration clandestine, il n’a parlé que du renforcement de la police des frontières par l’augmentation du nombre de policiers, de la rénovation du centre de rétention administrative, des crédits débloqués pour la construction de l’hôtel de police de Pointe-à-Pitre. Mais il n’a dit mot de la précarité et du chômage pourtant endémique dans ce pays. Pas un mot sur la jeunesse et les problèmes qu’elle rencontre. Pas étonnant! Brot est nommé en Guadeloupe pour faire passer la politique de restriction du gouvernement Chirac-Villepin-Sarkozy. Il l’a fait savoir.