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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 16 décembre 2006      N° 958


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À la Une

Éditorial

Capesterre Belle-Eau, miroir de la misère à nos portes!

Comme plus personne ne l’ignore, depuis un peu plus de trois ans la plupart des plantations de bananes de la commune, grandes, moyennes et petites, ont fermé leurs portes avec comme conséquence le licenciement de plusieurs centaines d’ouvriers et d’ouvrières. Il en a d’ailleurs été de même à Goyave, Petit-Bourg, Trois-Rivières et Gourbeyre pour ne citer que les communes les plus proches. Et aujourd’hui, la plupart de ces licenciés n’ont pour vivre que les maigres indemnités versées par les ASSEDIC ou encore le RMI. Mais voilà, leur sort n’a pas l’air de préoccuper grand monde. Car tous les ministres, technocrates européens ou autres experts d’on ne sait quoi de passage ici pour étudier les problèmes de la banane, ne parlent que des planteurs, de leurs «difficultés de trésorerie», de la nécessité de leur venir en aide, à eux. Du sort de ces chômeurs de la banane, pas un mot.
Mais dans la commune, les organisations caritatives, elles, se rendent compte de la dégradation de la situation des familles les plus défavorisées. C’est ainsi que le Secours Catholique qui vient, dans la mesure de ses moyens, en aide à ces familles, a vu le nombre de celles qui s’adressent à lui augmenter dans des proportions très importantes. D’environ 200, il y a un peu plus de trois ans, le nombre de personnes venant demander des «bons repas» qui permettent aux bénéficiaires de s’approvisionner en produits alimentaires essentiellement, dans les super marchés de la ville est passé à 600. Soit une augmentation de 300%. Et ils sont certainement très nombreux les hommes et les femmes qui préfèrent, «cacher leur misère».
Capesterre est un miroir qui reflète l’augmentation de la pauvreté aux Antilles, en France et dans le monde. Des études sérieuses ont démontré qu’elle touche le quart de la population française: 22%. Selon l’INSEE la «pauvreté matérielle» définie par le cumul de privations et de difficultés, loyers, factures, découverts bancaires s’établit à 14,3%. En France, toujours selon l’INSEE «la condition salariale est inférieure à celle qui prévalait dans les années 60 et la détérioration a été amorcée à partir du milieu des années 1980». Notons en passant que le milieu des années 80 c’est aussi l’époque où les socialistes étaient au pouvoir avec Mitterrand, et qu’en matière de lutte contre la pauvreté ils n’ont pas fait mieux que la droite actuelle. En 2005, le nombre d’allocataires de minima sociaux a augmenté de 2,9% pour atteindre 3,5 millions. Dans un pays développé comme la France, 7 millions de personnes sont des travailleurs pauvres, touchant moins de 722 euros par mois. En France comme aux Antilles, l’augmentation considérable des emplois précaires, intérim ou CDD, à temps partiel, ne permet plus à des millions de travailleurs et à leur famille de vivre correctement, en particulier de se loger, puisqu’un tiers environ des SDF sont des salariés.
Au niveau mondial, selon les chiffres d’Action mondiale contre la pauvreté, 24000 personnes meurent de faim chaque jour et un milliard n’ont toujours pas accès à l’eau potable. Selon le BIT (Bureau International du travail), le nombre de jeunes chômeurs de 15 à 24 ans est passé de 74 à 85 millions entre 1995 et 2005. 300 millions de cette classe d’âge vivent avec moins de deux euros par jour.
Et dire que depuis des décennies, les hommes politiques en place et ceux qui aspirent à les remplacer, prétendent avoir comme principale préoccupation le recul de la précarité ou de la pauvreté dans le monde. C’est le cas de l’actuel président de la république française qui avait soi-disant comme priorité de son actuel mandat, le recul de la précarité, de la «fracture sociale»!!
Alors la misère n’est pas près de reculer, si les salariés attendent de ces gens là un changement de leur sort.



La grève de l’EDF aux Antilles-Guyane-Réunion

Les agents d’EDF ont suspendu leur grève le mercredi 6 décembre dans l’attente des résultats de la négociation prévue avec la direction d’EDF à partir du lundi 11 décembre, à Paris.
La grève a commencé le 1er décembre. Elle a été effective dans les régions concernées par le projet de renouvellement des moyens de production dans les Systèmes Energétiques Insulaires (SEI).
En effet, la direction d’EDF a un projet de «renouvellement et augmentation des capacités de production» présenté comme ambitieux par la direction puisqu’il prévoirait 1000MV à l’horizon 2012 avec, dit la direction, un investissement de «plus d’un milliard d’Euros, soit 200 millions d’euros par pays d’outremer concerné». Aujourd’hui, il apparaît comme pratiquement ficelé. Et les agents d’EDF ont appris que EDF entend pouvoir «bénéficier des mêmes conditions économiques que les autres producteurs privés», et pour cela elle voudrait faire ses nouveaux investissements par l’intermédiaire de «structure distincte, juridiquement rattachée à EDF S.A».
Il s’agit bien pour EDF de créer dans les dits départements d’Outre-Mer, des filiales qui n’auront plus le souci de la mission de service public mais auront leur vie commerciale indépendante, obéiront à une logique de profit maximum dans le seul intérêt des gros actionnaires.
Les agents d’EDF connaissent les conséquences d’une telle politique de privatisation rampante. Dans un tract adressé à la population, ils dénoncent certaines mesures qui pénalisent la population et notamment les classes laborieuses. Ainsi la mise en place de «l’avance sur garantie» de 150€ sur facture réclamée aux nouveaux clients donne une idée de ce qui attend les usagers. De même, la péréquation tarifaire qui permet à tous les usagers EDF en territoire français de payer l’électricité au même tarif quel que soit le coût de production risque d’être remise en cause.
De plus cette politique d’économies à tout crin pénalisera la situation et les conditions de travail des salariés.
D’ores et déjà en Martinique, dans le cadre du renouvellement de la centrale de Bellefontaine par une filiale, EDF SA annonce une diminution des effectifs de près de 50%.
C’est tout simplement inadmissible.
C’est ce qu’ont compris les salariés d’EDF qui exigent que leur direction revoit sa copie.

EN MARTINIQUE

En Martinique, la grève a été suivie à 80% à l’appel du syndicat SEM-CGTM. La mobilisation a été très forte dans les centrales de Bellefontaine et Pointe des Carrières et moins importante dans les agences commerciales. Dès le vendredi 1er décembre les grévistes ont quitté leurs postes et donc la production d’électricité a baissé de 40 à 60%. Sans surprise, la direction a essayé de rendre la grève impopulaire. Chargée de la répartition, elle privait d’électricité des quartiers pendant plusieurs heures d’affilée, privilégiant en plus des secteurs prioritaires, d’autres zones industrielles par exemple. Cela n’a pas empêché le représentant des patrons des petites entreprises de monter au créneau pour dénoncer l’importance des pertes subies par ses mandants et d’annoncer qu’il porterait plainte contre l’Etat, EDF et les syndicats.
Malgré le déchaînement de commentaires contre les coupures ou carrément contre les grévistes par médias interposés, les grévistes sont restés fermes sur leurs revendications.
Après 5 jours de grève sur l’ensemble des sites EDF, la direction a fait savoir aux syndicats qu’elle était prête à négocier. La grève a été suspendue, mais les agents restent vigilants et se disent prêts à reprendre leur mouvement si EDF ne modifie pas son projet.

EN GUADELOUPE

En Guadeloupe, c’est le 4 décembre que les usagers ont réellement su qu’il y avait une grève à EDF. Le réseau est trop faible déjà en temps normal. Les pannes ou les délestages sont nombreux ce qui est proprement scandaleux. Alors, en période de grève, ce triste réseau ne peut pas toujours supporter les coupures tournantes. Ce 4 décembre donc, il y a eu un véritable black out car toute la Guadeloupe a été privée de courant électrique durant de nombreuses heures. La direction a parlé de sabotage par des individus «encagoulés» qui se seraient introduits dans la centrale de Jarry Nord. Les grévistes ont parlé d’incident technique dû à l’arrêt de CTM (Centrale Thermique du Moule-bagasse-charbon) pour révision, d’une part et à cause de la vétusté des installations à Jarry. Bref il y a eu une succession de pannes et cela a pris du temps pour être rétabli. Après cette journée difficile, et d’importantes coupures les jours d’après, les autorités, le président de la Région, de l’association des maires, bref tous les responsables politiques se sont intéressés aux revendications des grévistes et se sont rendu compte qu’il y avait un problème. Victorin Lurel, le président de Région a reçu une délégation le vendredi 8 décembre et a déclaré sur les ondes que les revendications des grévistes étaient justes et qu’il allait interpeller la direction d’EDF. Il a fait semblant de découvrir les revendications alors que le syndicat l’avait déjà interpellé auparavant sans obtenir de réponse. Ce n’est que face aux réactions suscitées par la coupure du 4 décembre que Lurel n’a pu continuer à ignorer les grévistes.
Les grévistes doivent rencontrer la direction générale pour des négociations à Paris le lundi 11 décembre avec les responsables des syndicats des autres DOM également en grève.
En signe de bonne volonté, les grévistes ont accepté une suspension du mouvement et donc l’arrêt des coupures de courant et ont bien déclaré être toujours en grève et qu’en cas d’échec la grève reprendrait de plus belle car ils sont déterminés à obtenir satisfaction.



Élections générales à Sainte-Lucie

Les Ste Luciens ont été appelés à voter le lundi 11 décembre. Essentiellement deux partis s’affrontent, le parti travailliste (Ste Lucia Labor Party, SLP) du 1er ministre actuel, et celui de l’ancien 1er ministre John Compton, le «United Workers Party UWP». Ce «Parti des travailleurs unifiés» a dirigé Ste Lucie entre 1964 et 1997 sauf pendant les premières années de l’indépendance, entre 1979 et 1982. Compton a quitté sa retraite pour faire campagne. Pour les 17 sièges du parlement il y a 34 candidats de ces deux partis plus 4 candidats indépendants.
Le SLP au pouvoir se vante d’avoir obtenu des résultats «économiques». Il est au pouvoir après avoir gagné les élections de 1997 et 2001 où il a gagné la majorité des sièges du parlement. Malgré les déclarations du SLP sur l’emploi qu’il aurait développé, l’UWP lui reproche de n’avoir pas réglé le problème du chômage et surtout de la multiplication des crimes (35 cette année). La campagne est très animée, les meetings ont des centaines voire des milliers de participants pour 132.000 inscrits. Le programme des deux principaux partis est quasiment le même. Ils promettent des créations d’emplois. Cependant la situation des travailleurs les amène à lutter. Quinze jours avant les élections, une manifestation à l’appel de plusieurs syndicats a rassemblé plusieurs centaines de personnes dans la rue et les travailleurs du port et de l’aéroport étaient en grève pour revendiquer 10% de hausse de salaire.