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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 16 décembre 2006      N° 958


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Chili
Mort de Pinochet, dictateur sanguinaire

En prenant le pouvoir au Chili le 11 septembre 1973, le général Augusto Pinochet a non seulement éliminé le président socialiste Salvador Allende qui venait de le nommer chef des armées, mais il a fait assassiner plus de 3000 militants socialistes, communistes, d’extrême -gauche ou simples citoyens dans les semaines qui ont suivi le coup d’Etat. La participation de la CIA américaine au coup d’Etat de 1973 au Chili ne surprend pas. Elle n’enlève rien à la cruauté de Pinochet. Ainsi Allende s’est suicidé le 11 septembre, mais de toutes façons, des enregistrements de conversation de Pinochet le confirment, sa mort était programmée. Pinochet a inauguré le largage d’opposants d’un avion en vol. Il fera torturer 28000 personnes.
C’est toute une génération de militants qui a été écrasée.
Dans sa rage «anti-marxiste», Pinochet nommé président en 1974 a dirigé le Chili pendant 25 ans en défendant les exploiteurs avec ses prisons spéciales, ses commandos militaires comme la « caravane de la mort », chargée de faire disparaître les opposants ou la DINA, direction du renseignement national, chargée de la torture. Il voulait garantir que le Chili, connu jusqu’alors comme une démocratie, ne reviendrait pas en arrière. Des milliers de Chiliens se sont expatriés.
Après un referendum en 1988 Pinochet a dû quitter le pouvoir. Avec 300 plaintes des familles des torturés, exécutés ou disparus, des procès ont commencé en Europe. Chaque fois Pinochet s’est porté malade et a pu fuir les tribunaux. Nommé sénateur à vie au Chili, ce criminel, ennemi des droits de l’homme, coupable de génocide et de torture, a pu rentrer en 2000 au Chili où il a encore réussi à éviter toute condamnation. Il n’était pas si malade. C’est à 91 ans qu’il meurt, tranquillement, entouré de sa famille, comme un bon citoyen.
Ces dernières années des accusations de fraude fiscale et de corruption ont montré que Pinochet était également véreux: plusieurs millions de dollars et des tonnes d’or déposées à son nom sur des comptes en Suisse ont été découverts, qui ont certainement permis de payer pour sa défense devant les tribunaux.
Mais si les tribunaux des bourgeoisies, chilienne et du monde ont fait traîner les choses pour attendre sa mort naturelle, le peuple chilien, lui, l’a condamné. Les manifestations populaires de joie à l’annonce de la mort du tyran, ultime condamnation, ont encouragé la présidente, ex torturée elle-même comme sa mère, dont le père est mort suite aux exactions du régime Pinochet, à refuser des funérailles nationales.
Il reste que la politique actuelle de Bachelet et de la gauche chilienne, comme hier celle d’Allende, ne garantit nullement le Chili de l’arrivée au pouvoir d’un nouveau Pinochet.



France
Travailler pour gagner de moins et moins... si on a du travail

Nous publions ci-dessous l’éditorial d’Arlette Laguiller du 11/12/2006.

Il n'y a pas besoin d'examiner à la loupe les dernières déclarations de Sarkozy pour ressentir sa haine et son mépris des travailleurs. Il l'a amplement démontré par ses déclarations du genre "nettoyer au karcher" les quartiers populaires et surtout par toute l'action du gouvernement dont il fait partie.
Mais campagne électorale aidant, lorsque Sarkozy s'adresse à son parti ou à ses électeurs, c'est encore plus net. Lors du forum organisé par l'UMP, le week-end dernier, on a pu l'entendre partir en guerre contre la "dictature des minorités de grévistes" et proposer qu'au plus tard le huitième jour d'une grève, celle-ci soit soumise au vote secret de tout l'effectif de l'entreprise concernée (bien entendu non grévistes et cadres compris). Que tous les salariés soient soumis à une dictature, réelle celle-là et pas pour trois ou huit jours mais tout le temps, celle du patron, qui pourra encore plus librement supprimer des emplois, fermer une usine ou la délocaliser pour dramatiques que soient les conséquences, cela ne gêne pas Sarkozy. Mais que des travailleurs se défendent par la grève, il ne l'admet pas. Il est le porte-voix du grand patronat, porte-voix il reste.
Cela dit, il présume de sa force s'il croit que des subterfuges juridiques empêcheront les importants mouvements de la classe ouvrière. Il est des grèves qui emportent tout sur leur passage. L'ancêtre dont il se réclame, De Gaulle, en fit l'expérience. Quelques années après son arrivée au pouvoir, les mineurs se mirent en grève et De Gaulle les réquisitionna. Les mineurs n'en tinrent aucun compte. Pendant les grèves de mai 68, De Gaulle alla en Allemagne chercher du secours auprès du général Massu, qui n'arrêta rien. Et Sarkozy n'est pas De Gaulle!
Quand Sarkozy s'en prend à la loi des 35 heures, ce n'est pas parce qu'en contre-partie d'une réduction, ô combien limitée et ciblée, des horaires de travail, elle a accordé aux patrons une plus grande flexibilité et le décompte annuel des heures supplémentaires. Non, c'est la simple idée qu'un travailleur puisse ne travailler que 35 heures qui lui donne des boutons: "Si quelqu'un refuse de travailler plus de 35 heures, libre à lui. Cela est respectable. Mais il est profondément injuste que ceux qui souhaitent travailler plus pour gagner plus ne puissent le faire".
"Libre à lui"? Comme si les travailleurs d'une usine ou d'un supermarché pouvaient décider "librement" leur horaire de travail et quitter la chaîne de production ou la caisse de supermarché, une fois accompli leur horaire "librement choisi"!
"Travailler plus pour gagner plus"? Mais il y a près de trois millions de chômeurs à temps complet, sans parler de trois millions de précaires, d'intérimaires, de temps partiel non choisi, qui sont en fait des chômeurs à temps partiel. Comment travailler plus lorsqu'on n'a pas de travail du tout? Sans parler de ce qu'il y a d'inacceptable dans l'idée qu'un travailleur, pour gagner correctement sa vie, doit faire des heures supplémentaires et s'user au travail.
Sarkozy prétend s'inspirer du Contrat Nouvelles Embauches pour un nouveau et futur "Contrat unique" pour tous les travailleurs. Ce contrat donnerait aux patrons le droit de licencier comme ils veulent.
Oui, Sarkozy est un homme de droite, ennemi ouvert des travailleurs. Mais on n'a pas entendu Ségolène Royal prendre le contre-pied de Sarkozy. On ne l'a pas entendue s'engager, si elle était élue, à revenir sur toutes les décisions néfastes aux classes populaires prises par le gouvernement de droite actuel.
Alors, la seule conclusion à en tirer, c'est que les travailleurs ne peuvent pas compter sur un changement à la présidence pour se défendre contre le patronat. Il faut qu'ils tapent du poing sur la table avec suffisamment de force pour que les plus sourds des patrons l'entendent et en soient effrayés.

Arlette Laguiller



Haïti
La population se détourne des élections municipales

Le 3 décembre 2006 les électeurs étaient appelés à élire des maires, et des membres des assemblées territoriales et des collectivités locales. Plus de 29.000 candidats étaient en lice pour 1.420 postes à pourvoir.
La population a massivement montré qu’elle n’était pas intéressée par ces élections. Le président du conseil électoral a estimé la participation à moins de 15 % des 3.5 millions d'électeurs inscrits.
De Pétionville à Jacmel, des Gonaïves aux Cayes, de Croix-des-Bouquets à la capitale la participation a été très faible, les mandataires étaient en général beaucoup plus visibles que les électeurs. Les rares électeurs ont subi des pressions de la part des membres des partis politiques. Des bulletins ont été brûlés à Limonade, des affrontements ont éclaté à Marchand Dessalines. La pagaille créée par le député de Plaisance, les plaintes contre la mairesse de Pétionville ont été considérées comme des incidents isolés par les responsables.
Les Casques bleus et des policiers internationaux de l'ONU présents depuis plus de deux ans dans le pays étaient chargés de la protection. Assistant la police haïtienne qui avait mis en place un plan de sécurité délimitant 150 zones à risques ils n’ont pu empêcher les attaques contre certains bureaux de vote qui ont amené la mort de 4 personnes tuées par balles lors d’affrontements.
Toutefois, les responsables électoraux ont exprimé leur satisfaction déclarant «en général, les élections se sont bien déroulées». Les partis politiques ont emboîté le pas, tout en émettant des réserves concernant les irrégularités enregistrées dans certaines régions. Micha Gaillard de la Fusion et André Michel de l’ALYANS se disent prêts à accepter les résultats de ces compétitions. Les résultats partiels sont attendus vers la mi-décembre et les candidats devront patienter jusqu’à la fin janvier pour les résultats définitifs.
Selon le gouvernement, ces élections constituent un événement fondamental et l'étape finale d'un cycle électoral débuté en février dernier. «La mise en place des collectivités territoriales est la pierre angulaire du processus de construction démocratique et de tout projet de développement national», disent-ils. La population s’est désintéressée de ces élections, elle avait cru qu’en mettant Préval président cela résoudrait les problèmes de l’insécurité, de la vie chère, de la démocratie. Une démocratie où la bataille se poursuit entre les politiciens pour les postes alors que les hommes en armes font la loi dans les quartiers populaires et que les travailleurs crèvent au travail pour moins de deux euros par jour.



Mumia Abu-Jamal dans le couloir de la mort depuis 25 ans

Le 9 décembre, plusieurs manifestations ont eu lieu en France et dans d’autres pays du monde pour le 25ème anniversaire de l’incarcération de Mumia Abu Jamal. C’est le 9 décembre 1981 que ce journaliste noir américain a été confronté à un drame qui l’a conduit dans les couloirs de la mort. Ce jour là, un officier de police fut tué dans un quartier de la ville de Philadelphie. Mumia qui se trouvait sur les lieux a été désigné comme coupable, accusé d’avoir tué le policier. Il a été condamné à mort. Depuis 25 ans il clame son innocence. Grâce à la mobilisation internationale, son exécution a été reportée trois fois. Après une longue procédure juridique, ses avocats ont obtenu que la Cour d’appel fédérale examine trois requêtes portant sur le non-respect des droits constitutionnels. Ces requêtes portent particulièrement sur le caractère raciste du procès de Mumia et la composition du jury qui a prononcé la condamnation à mort. Des jurés noirs ont été volontairement récusés. Le juge de l’époque avait déclaré: «nous allons les aider à faire frire ce nègre».
Cet acharnement contre Mumia s’explique d’autant mieux quand on connaît le racisme du juge qui l’a condamné à mort, et celui de bien des policiers de la ville, par le fait que Mumia fut un militant du parti des Black Panthers et qu’il était en même temps que chauffeur de taxi, journaliste de la cause des opprimés.
La décision de la Cour, si elle retient les requêtes, peut permettre une révision du procès. C’est pour cela que la Police de Philadelphie et le conseil municipal de cette ville ont tenté une action contre Mumia. Ils ont adressé une lettre au conseil municipal de la ville de Paris pour l’accuser d’avoir fait Mumia citoyen d’honneur de la capitale française. Ils ont également mis au banc des accusés la ville de Saint-Denis qui a inauguré une rue Mumia Abu Jamal. Le courrier adressé au conseil municipal de la ville de Paris s’insurge contre «les honneurs de la cité, au tueur d’un policier». Dans ce courrier, les élus municipaux de la ville de Philadelphie soutenus par le syndicat de police proposent un chantage odieux. Ils exigent la mutation de la peine de mort de Mumia en peine à perpétuité. Les milieux de la police soutenus par des élus acceptent mal le soutien international qui a permis jusqu’ici de sauver Mumia de la mort. Plusieurs villes dans le monde y compris en Californie ont nommé Mumia citoyen d’honneur.
La délégation de Philadelphie comptait se rendre à la mairie de Paris le 29 novembre. Face à la mobilisation ce jour là devant la mairie elle a renoncé à son déplacement. Récemment c’est la Chambre des représentants des Etats-Unis qui a voté une résolution à l’adresse du gouvernement français pour qu’il use de ses pouvoirs à l’encontre de la ville de Saint Denis.
Toutes ces réactions se font dans un contexte où la Cour fédérale doit définitivement se prononcer sur le sort de Mumia. Les organisations de soutien au journaliste noir demeurent vigilantes et continuent de mener des actions pour qu’il soit libéré.