|
|
|
PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES - Samedi 27 janvier 2007 N° 960
Sommaire > Page suivante > Accueil > Archives > e-mail
À la Une
ÉditorialL’Abbé Pierre et la non fatalité de la pauvreté
L’Abbé Pierre qui est mort dimanche 21 janvier est devenu célèbre pendant l’hiver 1954 en France. Il avait hurlé alors contre le fait que lors de cet hiver terrible, des miséreux mouraient dans la rue, en particulier à Paris. Depuis, il incarnait la lutte contre la misère avec l’organisation qu’il avait fondée: «les compagnons d’Emmaüs».
On a entendu de la part des responsables politiques de l’Etat français, eux à la tête d’un système pourvoyeur de trop de misère, de mal logés, de pauvreté, une série de louanges funèbres. Les hypocrites! Car cinquante trois ans plus tard rien n’a changé pour les sans-abri. Il y en a toujours qui vivent et meurent dans la rue, et il a fallu qu’un mouvement assez important mette en lumière ce problème. «Les enfants de Don quichotte» ont fait bouger la classe politique- au moins l’ont-ils fait parler et promettre- c’est déjà un pas. Mais on ne pouvait pas ne pas faire un lien entre cette action et l’Abbé Pierre et cet hiver 54 en France, même si sur le plan climatique il est apparemment bien plus doux.
Ici aux Antilles, même si on ne connaît pas les rigueurs de l’hiver, par contre le mal logement, la pauvreté, beaucoup de gens, bien trop encore, les connaissent. Et bien sûr, la mort de l’Abbé Pierre a touché bien des gens. Certes, son combat n’était pas dirigé contre le système économique. Nul ne peut le lui reprocher car il s’est dévoué pour panser les plaies autant qu’il le pouvait. Mais c’est cette machine à fabriquer des sans logis, des pauvres qu’il faut détruire. Et c’est pourquoi nous dénonçons ceux qui ont dirigé le pays, les politiques et les maîtres de l’économie, pendant ce demi-siècle.
En 1954, la droite était au pouvoir. Deux ans après, la gauche y venait à son tour, mais rien n’a changé. Depuis 1946, le gouvernement avait dépensé des millions pour mener la sale guerre d’Indochine et, ensuite, pour tenter d’empêcher le Maroc et la Tunisie d’accéder à l’indépendance. En 1954 débutait une autre sale guerre, celle d’Algérie que le gouvernement socialiste de Guy Mollet s’efforça d’aggraver en y envoyant les «rappelés». Il y avait de l’argent pour tout cela mais pas assez pour loger les sans logis et améliorer les conditions d’existence des travailleurs et pauvres des Antilles.
Car, 1954, aux Antilles, c’était la misère telle qu’on a du mal à se l’imaginer aujourd’hui. Des cases sans eau ni électricité, pas de WC, des enfants pataugeant dans l’eau des «canaux» avec leur gros ventre et des membres rachitiques. La mortalité infantile faisait des ravages.
L’hygiène publique, la santé publique étaient quasi inexistantes. Dans les campagnes, les travailleurs agricoles trimaient sous une exploitation éhontée dans les champs de canne. Deux ans avant, le 14 février 1952, ils s’étaient fait mitrailler au Moule par la soldatesque coloniale au cours d’une grève. Il y eut trois morts. En Martinique, les grèves et conflits sociaux faisaient rage ainsi que la répression.
Il fallait faire taire les travailleurs pauvres par les armes au besoin. N’y avait-il pas assez d’argent pour les travailleurs, les pauvres, les sans logis? Mais ceux qui dirigent le pays ont su en trouver pour créer «la force de frappe», la bombe atomique et aujourd’hui dépensent des fortunes pour construire un nouveau sous-marin (2,4 millions d’euros) et un nouveau porte-avions nucléaire. Et pour se défendre contre qui? Aucun Etat ne menace la France. Les Sarkozy, Royal et tous les dirigeants politiques qui ont été au pouvoir sont responsables de cette politique-là. Ils ne méritent que notre mépris. Ce sont des hypocrites. Et c’est un peu, même par défaut, ce qu’a montré aussi l’action de l’Abbé Pierre.
Eau, carburant, téléphone: les grosses entreprises continuent à nous “faire les poches”...
Le Comité de Défense des Usagers de l’Eau de la Guadeloupe a tenu son assemblée générale annuelle dimanche 7 janvier à la mairie de Goyave. Le Comité n’a plus rien à voir avec ce qu’il a été à ses débuts il y a un peu plus de 12 ans. D’ailleurs aujourd’hui, au moins trois associations parlent aux noms des usagers de l’eau.
A l’époque, ce sont des centaines d’usagers qui se réunissaient pour discuter des actions à entreprendre pour mettre fin à la pratique des factures atteignant des montants invraisemblables (jusqu’à 20 000F). La colère des usagers avait atteint un tel niveau, que le bureau de la Générale des Eaux (anciennement SOGEA) au bourg de Capesterre-B-E avait été saccagé. A chaque rendez-vous au tribunal de Basse-Terre c’était par cars entiers que les manifestants descendaient dans le chef lieu. C’est cette masse et sa colère qui avaient contraint la Générale des eaux à annuler ces factures et à mettre fin à la pratique des factures qu’on appelait à l’époque fantaisistes et exorbitantes.
Depuis la mobilisation s’est arrêtée et la question du prix de l’eau n’a jamais été réglée. Ceci explique certainement cela. Aujourd’hui les tarifs de l’eau sont toujours trop élevés. Le forfait des 15 mètres cubes a été remplacé par un abonnement de 20,83€ pour le service de l’eau et 14,92€ pour les eaux usées, soient 35,75€ avant d’avoir consommé une goutte d’eau. Et ensuite 1,21€ par mètre cube d’eau plus 1,58 € pour les eaux usées. Mais désormais la Générale des Eaux partage le gâteau avec un autre larron, la SOGEDO-Guadeloupe. C’est proprement scandaleux quand on sait que l’investissement est financé par l’Etat ou les collectivités. Il n’est guère exagéré de dire que ces sociétés, Générale des Eaux et SOGEDO, à l’exemple de leur maison mère, Véolia ex-Vivendi pour la première font de l’or avec l’eau. Et ce n’est certainement pas une discussion autour d’une table, entre directeurs de la Générale des Eaux et représentants d’associations de défense des usagers qui obligera la direction de cette succursale de Vivendi à revoir à la baisse les tarifs. Comme ce ne sont pas les déclarations des ministres qui feront baisser les tarifs des carburants, du téléphone etc.
Aides et subventions: le feuilleton continue
La relance de la banane ressemble beaucoup au serpent de mer: on en parle, on en parle, mais on ne le voit jamais.
Ces jours-ci, c’est Eric de Lucy qui annonce une aide de 130 millions d’euros pour les planteurs de Guadeloupe et de Martinique. Déjà cette aide n’ira pas aux ouvriers de la banane dont beaucoup ont perdu leur emploi.
Mais même pour les planteurs elle pose problème: elle sera versée à chaque planteur individuellement en fonction des tonnages exportés. Cela veut dire que ceux qui en auraient le moins besoin toucheront davantage. En particulier les planteurs de Guadeloupe qui ont en grande majorité arrêté la production et l’exportation depuis plus de deux ans ne recevront pas grand chose. Sauf si d’autres dispositifs sont arrêtés. De plus l’argent ne sera pas versé avant octobre ou décembre 2007. Des pourparlers sont en cours pour que les banques accordent des avances.
Ainsi le gouvernement nous rebat les oreilles de toutes les soi-disant aides qu’il donne, mais à y regarder de plus près, ce n’est pas vraiment cela qui règlera les problèmes.
Après l’agression du proviseur du LP Marin
Les personnels du LP Marin ont débrayé le mardi 16 janvier 2007 après l’agression physique dont a été victime le chef d’établissement, celui là même qui représente … l’Etat.
En effet, un élève qui avait été exclu définitivement le vendredi 12 janvier par le Conseil de discipline était revenu dans l’établissement le lundi de la semaine suivante, pour s’excuser, aurait-il dit, auprès du chef d’établissement. L’incident aurait eu lieu au moment où le chef d’établissement raccompagnait l’ancien élève. Ce dernier lui a alors administré plusieurs gifles. Les personnels ont arrêté le travail le lendemain pour dénoncer de tels actes et attirer l’attention des pouvoirs publics sur la situation dans les établissements scolaires.
Tout naturellement, la rectrice qui représente le ministre dans l’académie, a dénoncé elle aussi l’agression et porté plainte en même temps que le chef d’établissement contre le fautif qui a été jugé en comparution immédiate et condamné à trois mois de prison avec sursis et 800 euros d’amende.
Toutefois, la rectrice, qui sera amenée dans les jours à venir à annoncer des dizaines de suppressions de postes dans le cadre de la politique de restrictions budgétaires décidée par le gouvernement, a cherché à montrer que cet incident n’avait rien à voir avec cette politique. Ce faisant, elle ne souhaite bien évidemment pas que celles et ceux qui quotidiennement vivent ces situations demandent l’arrêt des mesures de suppressions de postes qui privent les établissements de moyens pour encadrer les élèves.
Christian Courbain, un militant contre l’exploitation
Christian Courbain est mort la semaine dernière. Pendant toute sa jeunesse et la plus grande partie de sa vie d’adulte il fut un militant dévoué à la cause des travailleurs. Il s’était engagé dans le mouvement trotskyste mais au sein d’une autre tendance que la nôtre. Il fut membre dirigeant du GRS (Groupe Révolution Socialiste) et a milité tant en Martinique qu’en Guadeloupe, s’opposant au système colonial et à l’exploitation des travailleurs. Il a donc contribué à paver le chemin qui mène au renforcement du combat des opprimés contre les oppresseurs.
|