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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 27 janvier 2007      N° 960


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Tahiti
Temaru renversé. Une odeur de magouille!

A Tahiti, M Oscar Temaru, président indépendantiste de la Polynésie française, a été renversé à la fin du mois dernier par une motion de censure. Ce sont les partisans de Gaston Flosse l’ancien président, proche de l’UMP, un proche de Chirac et de Pasqua qui ont orchestré la manoeuvre de déstabilisation. Ces gens et en particulier Gaston Flosse n’ont jamais accepté qu’un indépendantiste soit au pouvoir et ont usé de toutes les ficelles pour l’éjecter. On sait que Gaston Flosse qui a «régné » en maître pendant de très nombreuses années sur la Polynésie est un homme politique de type pratiquement mafieux. Ses réseaux, politico-financiers plus ou moins occultes, ses hommes de mains font de Tahiti leur pré carré «intouchable». Et sacrilège! plus que l’indépendance, ce qu’il reproche à Temaru c’est de l’avoir descendu de son piédestal et petit à petit de mettre à jour les pratiques du «système Flosse». Jusqu’à présent il semble que Paris ne lâche pas son protégé.
Aussi, Flosse et Paris ont cherché à s’appuyer sur les petits notables des îles de l’archipel, ceux des îles Marquises et Tuamotu, notamment. Ces derniers ont l’habitude de naviguer d’un camp à l’autre en faisant monter les enchères, soit par esprit de lucre pour eux-mêmes ou bien alors parce qu’ils n’ont pas d’autres moyens de faire pression sur les candidats pour obtenir quelque avantage pour leurs îles. Toujours est-il que c’est grâce à leurs voix que Temaru a été renversé au profit d’un proche de Flosse, un autre Gaston: Gaston Tong Sang du même parti autonomiste que Flosse.
Mais il n’est pas impossible qu’aux prochaines élections ces mêmes élus des îles, pour des raisons précises difficiles à maîtriser, (en fait d’autres enchères,) reviennent dans le giron de Temaru et le fassent revenir au pouvoir. Car aucun des deux partis n’a en son sein la majorité de 29 voix requises. C’est toujours de deux voix d’écart que l’un ou l’autre des partis remporte l’élection. La marge est donc très faible et suscite toutes les convoitises et les manoeuvres d’appareil.



Sainte-Lucie
Le retour de John Compton

Le mardi 26 décembre 2006, l’explosion d’un oléoduc (canalisation qui transporte du carburant) à Lagos a fait plus de 300 morts brûlés et des dizaines de blessés, dans cette capitale économique du Nigeria.
En effet, dans la nuit du lundi à mardi 26 décembre des voleurs ont éventré un oléoduc, dans un quartier du Lagos très peuplé appelé Abule Egba, pour subtiliser du carburant. La nouvelle s’est répandue et les gens ont rappliqué en masse pour se servir. C’est alors qu’une explosion a eu lieu tuant et brûlant des centaines de personnes. Certains parlent de 300 à 500 morts et presque autant de blessés.
Il faut savoir que le Nigeria est le pays le plus peuplé d’Afrique (près de 132 millions d’habitants) et le plus grand producteur de pétrole du continent. Il est le cinquième exportateur de pétrole du monde. Près de 60 % de sa population vivent sous le seuil de pauvreté avec 1 dollar par jour. C’est dire le dénuement dans lequel se trouvent ces gens qui n’hésitent pas à prendre d’aussi grands risques pour survivre.
Ce genre de vol se produit souvent à Lagos ; le dernier vol de ce type a eu lieu au mois de mai 2006 et il y eu 200 morts et des dizaines de brûlés. Ces vols représentent, paraît-il, 5 % de la production de carburant du pays. Ils sont commis par des voleurs très organisés et bénéficiant parfois de complicités haut placées. Mais en fin de compte c’est toujours les plus pauvres qui trinquent.



Trinidad
Petits paysans en lutte sur fond de misère accrue

Les petits planteurs de Trinidad sont en colère. Ils veulent l’assurance que cette année le prix de la canne va augmenter. La récolte est déjà fixée par les usiniers au 29 janvier. Mais les petits paysans n’ont pas donné leur accord, ils en sont à manifester face au gouvernement. En effet, rien n’est prévu pour cette nouvelle récolte: les routes sont en mauvais état, le pesage et le transport ne sont pas organisés. Il faut dire que la misère les guette, 20 000 d’entre eux seraient parmi les plus pauvres de Trinidad. Les petits planteurs demandent aussi des garanties pour l’avenir de l’industrie sucrière, avec un contrat de cinq ans. Une usine à sucre, Caroni, a fermé il y a trois ans, jetant plusieurs milliers de personnes dans la misère et c’est seulement maintenant que commencent les distributions de terres agricoles promises aux ex-salariés de cette entreprise. Le gouvernement est accusé de mettre en péril l’agriculture et parallèlement de dilapider les fonds apportés par le gaz naturel dont les réserves ne seraient que de 14 ans. Trinidad aura encore besoin d’agriculture.
Il semble que Trinidad connaît beaucoup de problèmes en ce moment: le chômage, l’inflation condamnent à la misère une partie de plus en plus importante de la population. Face à une dégradation de l’agriculture, beaucoup, condamnés à se nourrir de produits importés doivent faire, selon un observateur local, des «choix entre manger aujourd’hui ou manger demain». Pour donner une idée, ces jours-ci, à l’occasion d’une compétition sportive internationale, le gouvernement se posait la question de cacher dans une petite île les centaines de sans logis qui remplissent les carrefours les plus importants de la capitale Port of Spain.



Extrait de l’intervention d’Arlette Laguiller au meeting de Chartres le 19 janvier 2007

Le choix de ce passage concernant Ségolène Royal n’est pas fortuit. Elle sera aux Antilles au moment de la parution du journal et nous tenions à éclairer en partie nos lecteurs sur ce que nous pensons de sa politique

“Ségolène Royal, après ses premières semaines de campagne où elle se contentait, disait-elle, d’être «à l’écoute des Français», a présenté son programme lors de ses vœux. Elle a parlé de la «construction de 120 000 logements sociaux», avec à la clé, dans le cas de désobéissance par certaines communes, l’État qui se substituera «à la carence de ceux qui s’enferment dans l’égoïsme territorial en y lançant lui-même les programmes de logements nécessaires». Mais il faudra donc dix ans pour offrir un logement à ceux qui sont sur des listes d’attente, sans parler de ceux qui s’y ajouteront pendant ce temps!
Elle a dénoncé le niveau des salaires. Oh, sous la forme tiède d’un «le travail ne paie pas», en s’en prenant aux «insécurités», liées selon elle «à l’idéologie d’un certain patronat» qui «fait de la précarité, du blocage salarial, du chantage aux délocalisations, la recette de la compétitivité qui tient en réalité à bien d’autres facteurs». «Un certain patronat», comme si ce n’était pas l’attitude de l’ensemble du grand patronat! Et tout ce constat pour aboutir à la proposition d’une «sécurisation des parcours professionnels pour les salariés».
Ségolène Royal se garde bien de prendre des engagements précis et concrets. Mais, même le peu qu’elle promet et qui pourrait aller dans le sens des classes populaires, encore faut-il qu’elle ait les moyens de ses promesses! Mais ces moyens, c’est le grand patronat qui en dispose. Et Ségolène Royal, si elle accompagne ses promesses d’une autre musique que celle de Sarkozy, n’est pas plus disposée que son concurrent à s’en prendre au grand patronat et à ses intérêts.»



France
La lutte pour le logement

L’association, “les enfants de Don Quichotte” a donné un coup de pied dans la fourmilière à quatre mois des élections présidentielles. Elle a entamé et développé ce qu’elle appelle un «mouvement citoyen de solidarité avec les sans domicile fixe» pour protester contre la recrudescence des personnes mal-logées en France. Ce mouvement consistait à installer des tentes le long du canal Saint-Martin à Paris. Cette mobilisation commencée le 19 décembre s’est poursuivie à l’appel du président de l’association, Augustin Legrand, dans plusieurs villes de France: Lyon, Lille, Toulouse, Rennes.
La question du logement prend de l’ampleur. On a estimé à 2,5 millions les personnes mal-logées. Parmi elles, environ 500 000 enfants (moins de 18 ans) et 700 000 personnes âgées (65 ans et plus). 1,6 millions de personnes vivent dans des logements où il n’existe aucun confort sanitaire minimum (absence de douche, de WC, ou des deux).
Les «enfants de Don Quichotte» ont présenté au gouvernement la «Charte du canal Saint-Martin». Cette charte a été élaborée en collaboration avec d’autres associations, comme «médecins du monde», «la Croix-rouge» ou le «DAL» (droit au logement). Parmi ces revendications, on peut citer, l’ouverture de structures d’hébergement 24h sur 24h, 365 jours par an, ainsi que la création «immédiate d’une offre de logements temporaires» et «plus de logements sociaux».
On ne peut que se féliciter des actions mises en œuvre par ces associations. En pleine campagne électorale, elles ont porté. Les politiques en tiennent compte. Si bien que le président de la république a annoncé son intention de «mettre en place un véritable droit au logement opposable, c’est-à-dire de faire du droit au logement une réalité». Une loi devrait être votée en ce sens.
Plus de cinquante ans après l’appel de l’abbé Pierre du 1er février 1954, de plus en plus de gens sont confrontés au problème du logement. L’action des associations montre une fois de plus que c’est la mobilisation et la détermination qui peuvent faire évoluer la situation sociale. Mais pour l’instant, il s‘agit d’être vigilants, car les politiques, y compris ceux qui sont au pouvoir, n’ont délivré que de belles paroles. Alors qu’il est possible, immédiatement, de réquisitionner des milliers de logements vides et d’y placer des sans-logis!



New-York
Des policiers tirent 50 fois sur trois Noirs non armés (Traductions d’un article du journal trotskyste américain “The Spark”)

Cinq policiers ont tiré cinquante coups de feu sur trois hommes pacifiques et non armés à l’extérieur d’un club dans le quartier de Queens à New York, très tôt le matin du 25 novembre. L’un des hommes, Sean Bell, est mort, et les deux autres ont été sérieusement blessés. Tous trois avaient participé à une soirée organisée pour Bell, qui devait se marier le lendemain. Leur seul crime a consisté à tenter de fuir les cinq hommes en civil qui les menaçaient de leurs armes.
Les policiers ont affirmé qu’ils menaient une opération anti-prostitution et anti-drogue. Des témoins ont dit que les trois hommes les ont pris pour des voleurs et ont tenté de leur échapper. L’un des policiers a tiré à lui seul 31 coups de feu, ce qui signifie qu’il a rechargé son arme au milieu de la fusillade. Selon des témoins, les policiers ne se sont jamais identifiés.
Des protestations se sont élevées dans la communauté noire immédiatement après la fusillade. Beaucoup ont fait la relation avec le meurtre d’Amadou Diallo, un autre Noir tué de 41 coups de feu par 4 policiers alors qu’il était assis devant sa porte.
Le Maire de New York a tenté de couvrir les policiers en déclarant qu’il ne s’agissait pas d’un meurtre raciste, puisque sur les cinq policiers, deux étaient noirs, deux hispaniques, et un blanc.
Mais le policier qui a tiré 31 fois était blanc. De plus, le principal n’est pas qui a tué, mais qui a été tué. Qui penserait qu’un homme blanc, pacifique et non armé, célébrant l’enterrement de sa vie de garçon avec des amis, pourrait être abattu de cette façon?
Le racisme n’est pas simplement le résultat de comportements individuels, mais celui de l’organisation d’une société et de la façon dont elle fonctionne. Le soupçon automatique qu’un jeune Noir est dangereux et coupable tant qu’il n’a pas prouvé son innocence fait partie du fonctionnement quotidien de la police new yorkaise, et derrière elle, d’une société raciste. Le fait que le Maire ait prétendu que la fusillade n’était pas raciste signifie que d’autres jeunes noirs pourront être tués.