logo COMBAT OUVRIER
Organisation communiste révolutionnaire (trotskiste)
MSN Search
PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 10 février 2007      N° 961


Sommaire   >   Page suivante   >   Accueil   >   Archives   >   e-mail  

À la Une

Éditorial

Point de vue d’Arlette Laguiller: Des phrases creuses pour les uns, des espèces sonnantes pour les autres

A l'approche de chaque élection présidentielle, les candidats de droite redécouvrent l'existence des travailleurs, histoire d'essayer de glaner quelques voix de ce côté-là. En 1995, Chirac avait placé sa campagne sous le signe de la lutte contre la "fracture sociale"... et une fois élu avait chargé son premier ministre Alain Juppé de mener une attaque en règle contre le monde du travail, la sécurité sociale et les retraites.
Aujourd'hui, Sarkozy fait mine de découvrir, comme s'il n'était pas ministre depuis cinq ans, que le niveau de vie des salariés est insuffisant et prétend défendre la "valeur travail". Mais derrière ces discours hypocrites, il y a seulement "pour gagner plus il faut travailler plus", ce que Sarkozy appelle le "libre choix".
Mais les salariés à temps partiel imposé, l'immense majorité des 800 000 hommes et des 3 500 000 femmes qui travaillent à temps partiel, n'ont pas le "libre choix". Et ils sont d'autant plus nombreux que la loi, en accordant des exonérations de cotisations sociales à leurs employeurs, encouragent ces derniers à utiliser largement cette formule.
"Travailler plus pour gagner plus", c'est injurier les travailleurs qui, sur les chaînes de montage ou les chantiers, sont brisés par des cadences de travail insupportables, et tous ceux qui croulent, même dans les hôpitaux, les administrations et les bureaux, sous des surcharges de travail.
La semaine dernière, ce sont les enseignants qui ont eu droit à la sollicitude de Sarkozy, qui a reconnu que "leur pouvoir d'achat s'est dégradé" et a promis que s'il était élu, il leur rendrait "la considération qui leur est due" et revaloriserait leur carrière. Comme si lui, Sarkozy, n'était pas ministre d'un gouvernement qui ferme des écoles, qui supprime des milliers de postes d'enseignants, au détriment, non seulement de ceux-ci, mais de tous les enfants mal scolarisés.
En revanche, quand il s'agit des plus riches, grands et petits, Sarkozy sait faire des promesses précises. Aux travailleurs, il demande de faire des heures supplémentaires... si leur patron le veut bien. Mais aux patrons il promet qu'ils n'auront même pas de majoration à payer sur celles-ci. Entre Chirac et lui, c'est à qui promettra le plus aux riches: diminution de l'impôt sur les bénéfices des sociétés, suppression des droits de succession, mise en place d'un "bouclier fiscal" destiné à limiter ce que les plus riches auraient à payer. Et les bénéficiaires peuvent avoir confiance, parce que c'est déjà la politique menée depuis des années.
Oui, on ne peut que souhaiter que cette droite aussi effrontément au service des possédants reçoive lors de l'élection présidentielle la réponse qu'elle mérite de la part des électeurs populaires.
Mais la candidate du Parti socialiste, Ségolène Royal, est bien loin de s'engager à annuler toutes les mesures prises depuis cinq ans par la droite au gouvernement. Et ce n'est pas surprenant, parce que les aides de plus en plus importantes accordées aux entreprises sans contrepartie en matière de création d'emplois, les attaques contre la sécurité sociale, le gouvernement socialiste en a été aussi largement responsable. Le Parti socialiste au gouvernement entre 1997 et 2002, n'a rien fait pour revenir sur les décisions prises par son prédécesseur de droite.
Alors il faut qu'en avril prochain, au premier tour de l'élection présidentielle, les travailleurs rejettent cette droite qui mène une politique ouvertement au service des plus riches, mais en même temps qu'ils affirment qu'ils ne font pas confiance à Ségolène Royal pour mener une autre politique, et qu'elle devra tenir compte du mécontentement accumulé depuis des années au sein des classes populaires.
C'est pour permettre à l'électorat populaire de rejeter la droite, mais aussi de dire sa méfiance envers les politiciens de gauche qui ont gouverné la moitié du temps depuis l'élection de Mitterrand en 1981, que mon parti, Lutte Ouvrière, me présente à cette élection.

Arlette Laguiller



Ségolène Royal aux Antilles: “Fanm doubout” devant nous et courbée devant les riches et les possédants!

Ségolène Royal, tout comme Sarkozy il y a un an, est venue aux Antilles après avoir bien pris soin de gommer certaines causes sensibles de mécontentement. Sarkozy avait reporté une fois son voyage après le mécontentement causé par ses propos méprisants sur «la racaille» et le «karcher» et surtout après avoir changé la loi sur les bienfaits positifs de la colonisation qui avait donné lieu à d’importantes manifestations. Royal, elle, s’est bien assurée que l’exclusion de Frêche du parti socialiste ne ferait aucun doute. Frêche est ce député PS qui avait critiqué le fait qu’il y a trop de Noirs dans l’équipe de France de football. Et là aussi les manifestations de mécontentement commençaient à se faire entendre. Et puis, il fallait venir dans un climat serein y compris parmi les siens, les socialistes et la gauche alliée. Bref il n’y avait pas une voix à perdre.

La gauche antillaise unie derrière Ségolène Royal

Et Royal n’a pas lésiné à appuyer sur les thèmes de «l’identité», de la «reconnaissance», «du respect» ; sur sa sympathie à Christine Taubira mère de la loi sur l’esclavage comme crime contre l’humanité, sur l’éloge à Césaire, sur le fait d’introduire dans les programmes scolaires l’étude de son Discours sur le colonialisme, sur les grandes figures du passé ayant lutté contre le retour à l’esclavage, ou sur les plus récentes comme Gerty Archimède (qui fut membre et élue du parti communiste guadeloupéen).
La gauche antillaise socialiste ou apparentée le lui a bien rendu. Césaire, en Martinique, présidera son comité de soutien. Lurel, président du conseil régional de Guadeloupe, lui a réservé un accueil populaire. Royal est venue resserrer les boulons des liens politiques et électoraux qui existaient déjà. Peut être y aura-t-il pour quelque notable antillais en vue un petit strapontin ministériel afin de matérialiser la «France métissée» dont elle se dit la représentante.
Mais derrière les frétillements d’aise des notables de la gauche locale, les podiums, les danses folkloriques et les pas de danse des uns et des autres, derrière l’apparence du changement, de la nouveauté qu’elle veut donner, en réalité, Royal et le Parti Socialiste n’envisagent rien de mieux ou de plus que ce qu’ils ont fait à plusieurs reprises lorsqu’ils étaient au pouvoir, en se courbant devant les riches et les possédants.

Une femme «doubout» pour défendre un programme impuissant devant les riches!

Elle remettra en vigueur les emplois jeunes a-t-elle dit. Mais on s’en souvient, les emplois jeunes c’était pour les moins de 30 ans et pendant 5 ans. Et après? Combien de jeunes ont été licenciés! Et combien d’autres ont dû se battre pour tenter d’obtenir un contrat à durée indéterminée après! « Aucun jeune ne sera au chômage » dit-elle car, pour favoriser l’emploi elle abaissera encore plus les charges des entreprises. Exonérer les entreprises, mais voilà ce que la gauche a fait à chaque fois qu’elle a été au pouvoir. Et cela n’a pas fait baisser le chômage. Il s’agissait purement et simplement de cadeaux aux entreprises. Elle annonce aussi qu’elle donnera «une enveloppe» de 10 000 euros aux jeunes qui veulent monter une entreprise. Mais combien essaient et se trouvent confrontés après à tellement de difficultés qu’ils abandonnent. Royal fera en sorte que les crédits alloués au logement social ne soient pas détournés de leur objectif. Mais tout en reconnaissant qu’il y a 25 000 mal logés, a-t-elle déclaré qu’elle ferait construire 25 000 logements d’urgence? Non.
En France comme aux Antilles c’est pourtant bien un plan d’urgence qu’il faut mettre en place pour lutter réellement et efficacement contre le chômage, pour les logements. Mais les socialistes, on les a déjà vus au pouvoir et ils n’ont pas fait ce qu’il fallait pour résoudre ces problèmes. Ce ne sont pas les emplois jeunes qui vont résoudre le problème du chômage. Ce serait, par exemple une politique de grands travaux, ouverture de nombreux chantiers, et il y a des possibilités, utiles à la population, dans le domaine de l’environnement, de l’hygiène et de la santé publiques. Et sur ce dernier point, au moment où deux bébés viennent de mourir coup sur coup de dengue hémorragique, et où l’épidémie menace nos îles, ce ne serait pas superflu.

Rejeter la droite sans donner sa confiance à S. Royal

Où prendre l’argent? Eh bien, sur les profits des grandes sociétés, des grands capitalistes: les Carrefour et autres qui ont pignon sur rue ici. Oui, aux Antilles aussi il existe des sociétés qui s’enrichissent énormément, alors que les problèmes concernant la vie de la population s’aggravent. Quant aux services publics, c’est une véritable catastrophe. Mais la gauche socialiste et apparentée ne veut pas s’en prendre aux profits des bourgeois. Elle ne veut pas augmenter les impôts des riches, des possédants, pour faire face aux besoins de la population laborieuse et des pauvres. Ces gens de la gauche, on les a déjà vus au pouvoir! Et rien n’a changé vraiment.
Même s’il faut rejeter sans hésitation la droite au pouvoir et tous ses mauvais coups contre les travailleurs, il ne faut donc pas accorder toute sa confiance à la représentante de la gauche lors des prochaines élections présidentielles.
Il sera possible de le faire car il y a dans cette campagne une femme, qui fut travailleuse dans une grande entreprise, qui connaît le monde du travail pour y avoir été exploitée ; une femme qui n’est pas, comme S. Royal, du sérail de tous ces notables arrivistes pour qui la politique est une manière de se faire une place au soleil! Une femme totalement désintéressée et qui dit la vérité: l’argent il faut le prendre aux possédants, aux exploiteurs qui font des milliards de profits et s’en servir pour le logement, pour les emplois, si l’on veut vraiment que ça change et que ça change tout de suite. Cela Ségolène Royal ne le dit pas, elle ne s’engage en rien sur la prise de mesures favorables aux pauvres et aux travailleurs. La seule candidate à dire cela, c’est Arlette Laguiller! Alors, pour rejeter la politique de la droite sans accorder sa confiance à une candidate de gauche qui ne s’engage pas à grand-chose en faveur de la population laborieuse, c’est pour cette femme là qu’il faudra voter!