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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 24 février 2007      N° 962


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À la Une

Éditorial

Royal, Sarkozy: deux serviteurs d’un Etat et d’une classe qui oppriment les travailleurs et les pauvres

Les programmes électoraux des deux candidats présentés comme «les principaux» comprennent un certain nombre de mesures dites sociales qui devraient, le cas échéant, être financées par l’Etat. Pour ce qui est de Royal on peut citer la construction de logements sociaux, le service public d’accueil de la petite enfance, l’allocation autonomie pour les jeunes, le soutien scolaire gratuit, la remise sur pied des emplois jeunes (elle l’a dit aux Antilles). Sarkozy fait des cadeaux directs au patronat. Il accorde juste une allocation pour les jeunes, le soutien aux élèves défavorisés, l’extension des allocations familiales au premier enfant.
Ces mesures, pour insuffisantes qu’elles soient face à l’urgence sociale, représenteraient malgré tout une dépense de l’Etat en direction de la population et toute la presse a posé la question du «chiffrage», du financement de ces mesures qui n’ont pourtant rien d’exceptionnel.
Celles envisagées par la candidate du PS coûteraient, selon le journal Le Parisien, 5,6 milliards d’euros qui, d’après sa porte-parole, seraient financés par la «croissance économique» avant qu’on nous dise demain qu’elle n’était pas au rendez vous.
Le coût de celles de Sarkozy est estimé par le même journal à 4,6 milliards d’euros. Lui entend les financer par «la réduction des dépenses publiques», c'est-à-dire en fait par des économies sur les services publics nécessaires à la population.
Donc pour financer ces quelques promesses en direction des classes populaires, l’une compte sur une hypothétique croissance, l’autre promet de déshabiller (beaucoup) Pierre pour habiller (très peu) Paul. Aucun des deux n’envisage d’aller prendre l’argent là où il est.
Pourtant l’argent coule à flot en France. Ne serait ce que les 65 milliards d’euros de subventions sans contrepartie accordées aux entreprises en 2005. Et ces 74 milliards d’euros de bénéfices réalisés l’année passée par les quarante plus grandes entreprises françaises.
Et les 12,5 milliards de bénéfices nets du pétrolier Total? Quant aux fortunes privées des actionnaires de ces mêmes sociétés, leur montant réel reste inconnu mais ce sont des milliards d’euros encore qui ne profitent qu’à une petite minorité, alors que le niveau de vie général de la population ne cesse de baisser.
Une partie seulement de cet argent suffirait à financer non seulement les mesurettes des deux candidats mais aussi une hausse générale des salaires, des retraites, le maintien des emplois, l’embauche dans les services publics, particulièrement l’éducation nationale et un vrai programme de construction de logements. Toutes ces mesures sont évoquées dans les discours de Royal et même ceux de Sarkozy parce qu’elles sont immédiatement nécessaires. Mais jamais, ni l’un ni l’autre ne parlent du seul moyen réel de les financer et donc du seul moyen de les réaliser vraiment: prendre sur les profits et les fortunes qu’ils ont permis d’accumuler.
Emportés par la volonté de convaincre les électeurs que, dans la présidentielle seul compte le deuxième tour et qu’il se jouera obligatoirement entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, la presse et la télévision donnent dans le superlatif pour qualifier l’enjeu de ce choix. Entre le candidat UMP et la candidate socialiste, c’est plus qu’une opposition politique a écrit un grand quotidien, c’est une «opposition de société» Rien de moins!
Il faut bien que la télévision et la presse s’extasient pour donner aux électeurs l’impression qu’avec leurs bulletins de vote, ils ont entre leurs mains l’avenir du pays comme leur propre sort alors pourtant que les deux partis que représentent les deux candidats se relayent au pouvoir depuis un quart de siècle sans que les alternances changent la vie des classes populaires, si ce n’est chaque fois en mal.
Changer la société en changeant de président? C’est une plaisanterie. D’abord parce que, dans le domaine économique, ce n’est ni le président de la république, ni le gouvernement qui commandent. Ce sont les grands groupes financiers. Ils peuvent licencier, délocaliser ou supprimer des emplois comme ils veulent. Mais même dans le domaine politique, si on élit le président de la république, on n’élit pas les hauts fonctionnaires qui exécutent les hautes et basses oeuvres de l’Etat et en assurent la continuité, de comme la sinistre crapule Papon qui après avoir envoyé des centaines de juifs dans les camps de la mort et fait massacrer des centaines d’Algériens à Paris en 1961 n’en a pas moins été, préfet et ministre aux côtés de bien des politiciens actuels.



Sarkozy ment comme un patron (article publié par nos camarades de Lutte-Ouvrière, le journal d’Arlette Laguiller)

Dans son intervention du 11 février à la Mutualité, Sarkozy a repris son slogan favori «travailler plus pour gagner plus».
Mais des milliers de travailleurs ont appris à leur dépens qu'on peut travailler plus et gagner moins.
Bosch, le numéro un mondial des équipementiers automobiles a été le premier à tenter d'imposer l'augmentation du temps de travail sans augmentation de salaire, dans son usine de Vénissieux, dans le Rhône. En octobre dernier encore, la direction de sa filiale ZFDF située en Haute-Savoie a décidé le passage de 35 heures à 37 heures50 sans rémunération supplémentaire.
Arcelor, le numéro 2 mondial de l'acier, après avoir licencié des milliers de salariés, a mis sur pied un nouveau système de rémunération qui aboutit à baisser de 5% les salaires d'embauche et a décidé la suppression des repos compensateurs. Chez le fabricant de chariots élévateurs Fenwick, il y a un peu plus d'un an, le patron a fait pression, en utilisant le chantage à l'emploi, pour que les ouvriers travaillent 37h30 au lieu de 35 heures, mais payées sur la base de 35 heures. Cela n'a évidemment pas empêché les licenciements: des ouvriers qui avaient refusé la modification d'horaires ont d'ailleurs été licenciés, peu après. Même chose chez Goss, numéro 2 dans la production de machines d'imprimerie.
Chez Continental, quatrième fabricant mondial de pneumatiques, dans les usines situées à Sarreguemines, dans l'Est du pays et à Clairoix près de Compiègne dans l'Oise, la direction fait pression depuis des mois pour passer aux 40 heures sans augmentation de salaire. Elle menace de fermer les sites, comme chaque fois qu'elle veut faire passer un mauvais coup. Pour l'instant, ni les travailleurs, ni les syndicats n'ont l'intention d'accepter.
Il faudrait ajouter à ces exemples tous les travailleurs de plus petites entreprises qui sont contraints de faire des heures supplémentaires non payées. Et puis, quand ils ne cherchent pas à modifier les horaires, les patrons font pression pour que les salariés travaillent durant leurs RTT.
Les propos de Sarkozy sont finalement aussi convaincants que ceux des patrons, grands ou petits, quand ils parlent des efforts nécessaires que les travailleurs devraient fournir soi-disant pour «sauver» leur emploi et leur salaire. Quand les salariés travaillent plus, les seuls qui gagnent plus, sont les patrons justement parce qu'ils économisent sur les salaires.



SMIC à 1 500 €, c’est peu mais tous les travailleurs y ont intérêt

Les discussions sont nombreuses à propos de l’une des mesures annoncées par Ségolène Royal: le SMIC à 1500 €. Pourtant la revendication n’est pas nouvelle, mais n’était jusqu’ici avancée que par la CGT ou Arlette Laguiller, ce qui impliquait qu’il fallait se battre pour les avoir. Là, il s’agit d’une promesse électorale.
Bien sûr, de nombreux travailleurs au SMIC, ce qui est le cas de la quasi totalité de ceux du privé ici, apprécient cette idée même si la candidate ne précise pas s’il s’agit de salaire brut ou net: « Que fait-on avec moins de 1000 € par mois? ».
Cependant il se trouve qu’un certain nombre de travailleurs, et pas parmi les mieux payés, refusent un tel projet. Pour eux, les patrons n’auront pas d’argent pour cela. Ils avancent aussi que les prix vont augmenter et donc que cela ne servira à rien. Ou enfin ils s’inquiètent que ceux qui touchent plus que le SMIC revendiquent eux aussi des augmentations: « Et tout le monde sera dans la rue à revendiquer».
Ces camarades là, partagent les idées des patrons. Ces idées nous sont matraquées tous les jours dans les médias. Les patrons pleurent en permanence la bouche pleine et revendiquent toujours davantage de subventions, d’aides pour embaucher, même s’ils n’embauchent pas, pour former, même s’ils ne donnent aucune formation, ils veulent aussi des réductions des charges sociales. Le gouvernement leur obéit généralement puisque depuis des années il leur verse 65 milliards d’aides par an, soit 6 fois le trou de la Sécurité sociale. On a pu voir récemment les patrons de la banane licencier la plupart des ouvriers et toucher des aides, qu’ils ne reversent pas, bien entendu aux ouvriers à la rue.
Ces travailleurs parlent au contraire des «risques que prend le capitaliste». Ils ne voient pas avec quel enthousiasme les riches achètent des actions car elles leur rapportent des fortunes, ils ne veulent pas savoir les milliers de licenciements que ces actionnaires exigent pour leurs profits dans les entreprises d’Etat privatisées. Ils ne veulent pas remarquer, en Guadeloupe comme en Martinique, qui sont les principaux patrons et comment s’est accumulée leur fortune: ils ont fait cultiver leurs terres pendant 300 ans par des esclaves, terres qu’ils n’ont certainement pas achetées (à qui les auraient-ils payées?) et ils ont ainsi accumulé des capitaux pour lesquels ils disent aujourd’hui « prendre des risques ». Ces mêmes patrons, grâce aux CDD et autres petits contrats, font tout pour payer le travail à un prix dérisoire et essaient de convaincre certains pauvres que les syndicalistes les poussent à être «jaloux». Ce terme ressort un peu partout ces jours ci à propos du SMIC à 1500 €. Non, ceux qui revendiquent un meilleur prix pour le travail ne veulent que vivre un peu mieux. Alors bien sûr, tôt ou tard les patrons feront grimper les prix et il faudra de nouveau se battre.
Car constamment le niveau de vie général de tous a tendance à baisser. Les travailleurs de toutes catégories s’appauvrissent. Et ceux qui croient que l’augmentation des salaires les plus bas est contre leurs intérêts se trompent lourdement. C’est l’inverse qui peut se produire L’augmentation du SMIC et des salaires les plus bas ne peut avoir comme effet que d’entraîner l’ensemble des salaires vers le haut. Tous les salariés toutes catégories confondues y ont intérêt. Mais on ne fera pas l’économie d’une lutte si l’on veut que le patronat prenne sur ses immenses profits pour améliorer vraiment le niveau de vie de l’ensemble des travailleurs.