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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 10 mars 2007      N° 963


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À la Une

Éditorial

Les grèves: en 2007 comme en 2006 les travailleurs se battent!

En ce début de l’année 2007, tout comme en 2006, des grèves ont commencé à marquer la situation sociale. En Martinique, c’est la longue grève des salariés du Club Med qui vient de s’achever tandis que se prolonge en Guadeloupe la grève des personnels de l’AFPA, celle des cliniques privées, celle de la Générale des Eaux. A l’usine sucrière de Gardel, après plusieurs semaines de négociations et une journée de blocage de l’usine les patrons ont fini par céder sur une augmentation de salaire et différentes concessions aux travailleurs.
La persistance des conflits sociaux qui se prolonge de 2006 à 2007, montre à quel point d’une année sur l’autre persiste la combativité des travailleurs. Certes une partie de ces grèves est de nature défensive mais dans la plupart des cas, comme à Gardel et à la Générale des Eaux, il s’agit de luttes pour l’amélioration des salaires et des conditions de travail.
Bien sûr ces conflits ne constituent pas un mouvement d’ensemble des travailleurs et ne font pas partie d’un véritable plan de luttes qui seraient seuls capables de changer le rapport de force entre salariés et patronat. Il s’agit de luttes localisées, partielles, parfois avec des revendications corporatistes. Mais malgré cette restriction, il faut bien voir que le fait que des salariés n’hésitent pas à s’engager à fond dans des bagarres avec leur patron pour arracher quelques améliorations est un facteur positif pour l’avenir des luttes.
En effet, chacune de ces grèves où les travailleurs s’accrochent, se battent avec acharnement pour obtenir qui une augmentation de salaire, qui une amélioration de leur classification ou tout autre amélioration de leur condition de travail, chacune d’elles, du fait de l’exiguïté de nos pays, a un retentissement qui va au-delà de l’importance de l’entreprise concernée. Une grève de vingt ou trente salariés menée avec détermination, acharnement, provoque autant de sympathie et fait autant parler et réagir dans la population laborieuse que dans un secteur plus important. Et quand il y a le succès total ou partiel au bout, c’est une bonne publicité pour l’idée de luttes, pour l’esprit de combativité. Tous les travailleurs peuvent se dire que cela vaut le coup de se battre et constatent que c’est le seul moyen d’obliger un patron à reculer et à faire des concessions.
Inversement les patrons s’en rendent aussi compte et ont toujours cherché par tous les moyens à éviter que se répande la mentalité combative parmi les travailleurs. L’une de leur riposte c’est de faire en sorte que les grèves durent ; ils veulent ainsi démontrer à tous que même s’ils cèdent à des revendications des travailleurs, ceux-ci l’auront payé cher. Mais, cela provoque l’effet inverse, car chez les travailleurs, c’est le sentiment anti-patronal qui grandit.
Quelquefois, les patrons cherchent à s’entendre pour réagir aux grèves par exemple par des appels à la justice (plainte contre l’entrave à la liberté du travail, contre l’occupation illégale des bâtiments de l’entreprise, etc). Le syndicat patronal, le MEDEF, est évidemment le premier à encourager les patrons à répondre aux grèves de cette façon.
Il n’empêche que sur les deux dernières années, bien que les patrons aient fait parfois durer les grèves plusieurs mois (Ex. DANONE en Guadeloupe, CASINO en Martinique), les grèves se sont poursuivies de plus belle en 2006 et commencent bien en 2007. Il est bien incrusté dans la conscience des travailleurs que la grève est le seul moyen de faire progresser leur situation dans une entreprise.
En dépit de la forme dispersée qu’elles prennent aujourd’hui, on peut affirmer que ces grèves sont un bon encouragement pour la préparation de mouvements de plus grande envergure à l’avenir. Les salariés comprendront à un moment donné, sous l’effet de l’action et des explications bien comprises des syndicats combatifs et honnêtes, qu’il est possible de créer un autre rapport de force. Ils comprendront qu’ils peuvent placer la petite classe minoritaire des patrons face à l’action de milliers de travailleurs, agissant ensemble en tant que classe salariée.
On n’en est pas encore là, mais en attendant il est possible de faire des pas dans cette direction. Il est possible de faire en sorte que lors de chaque conflit dans une entreprise donnée, quel que soit le syndicat qui le dirige, les salariés de nombreuses autres entreprises, et d’autres syndicats, manifestent de façon visible et active leur solidarité avec ceux qui sont en grève. C’est un moyen de créer et de consolider des liens entre travailleurs d’entreprises ou de secteurs différents et ce sera aussi un moyen pratique et efficace de riposter aux mensonges et aux attaques journalistiques des patrons contre les grévistes. Et tout cela comptera pour l’avenir des luttes tous ensemble!
Lors de chaque conflit il faut que l’ensemble du camp des travailleurs fasse bloc contre la poignée d’exploiteurs et de propagandistes zélés à leur service. Agir ainsi sera le premier pas vers la construction d’un mouvement d’ensemble pour une lutte de plus grande envergure contre le patronat.



Guadeloupe
Grève à la Générale des Eaux: échec des négociations

A l’appel de la CGTG, un mouvement de grève a été déclenché à la Générale des Eaux le jeudi 22 février 2007 sur le site de Sainte-Anne. Les grévistes dénoncent des conditions de travail difficile et surtout des inégalités et injustices dans le cadre de la promotion interne. Pour la CGTG la direction n’a pas respecté les accords d’entreprise signés en 1991 lors de la promotion d’un cadre. Il s’agit en réalité d’un ras le bol pour certains salariés qui ont le sentiment d’être victimes de discrimination car leur situation n’a jamais évolué. Ils dénoncent également l’attitude de la hiérarchie qui ne les respecte pas. Le climat est particulièrement difficile à Sainte-Anne d’où est parti le mouvement.
Très rapidement des coupures d’eau ont eu lieu surtout dans la région de Sainte-Anne, Saint-François, le Moule. Certaines écoles n’ont pas pu effectuer la rentrée pour les enfants des écoles maternelles et primaires. Bien entendu ceux qui sont privés d’eau se plaignent et critiquent les grévistes alors que la solution du problème est du côté de la direction.
Plusieurs séances de négociations ont déjà eu lieu sans succès. Une réunion a eu lieu le 27 février sous la médiation du directeur du travail, M. Arconte Urbain. Plusieurs points d’accord retenus ont été actés, mais d’autres points restaient à négocier en particulier celui de la discrimination et des préjudices subis par le personnel de Sainte-Anne.
Les grévistes ont même déclaré ne plus vouloir discuter avec le directeur local, M. Serge Bourdon, et ont réclamé des négociations avec le directeur des DOM, M. Bourdonnay. Ce dernier a accepté le principe d’une rencontre mais a déclaré qu’il ne pouvait se rendre en Guadeloupe que le 14 mars. Il avait proposé une visioconférence, mais lorsque les grévistes ont proposé que cette visioconférence soit publique (avec les abonnés, les élus, les salariés de la société et le conseil d’administration du SIAEAG), il a préféré refuser.
Le président du SIAEAG a tenté de jouer également les médiateurs sans succès.
Il faut noter que, contrairement aux affirmations de certaines radios (toujours aux ordres des patrons!), les grévistes n’ont jamais réclamé de supprimer la promotion de qui que ce soit, mais veulent que deux employés lésés par la direction perçoivent des points de compensation, soit 25 pour l’un et 17 pour l’autre. La direction a proposé une prime unique de 1500 euros, mais les grévistes ne veulent pas entendre parler de prime quel que soit son montant.
En réalité ce que les grévistes réclament ne coûtera pas grand-chose à la Générale des Eaux, qui est une grosse multinationale et qui fait d’énormes profits.
Mais elle veut laisser pourrir le mouvement pour qu’il devienne impopulaire et laisse entendre que c’est une infime minorité du personnel qui est en grève. En tout cas les grévistes veulent se faire respecter et en ont assez des discriminations. La prochaine fois la direction fera plus attention à ne pas donner des promotions à la tête du client. Durant le week-end, il n’y a pas eu de coupure d’eau, mais le conflit n’est pas terminé.



Martinique
Fin de la grève au Club Med de Sainte-Anne

Finalement, après trois semaines de grève, les salariés de la Société Martiniquaise des Villages Vacances (SMVV) Club Méd, entreprise dirigée par Yann Monplaisir, ont accepté de reprendre le travail le jeudi 15 février. Un accord avait en effet été trouvé avec la direction et signé par la CSTM uniquement. Interrogé, le secrétaire général de la CGTM-FSM expliqua pourquoi il avait refusé de signer, tout en précisant qu’il ne s’opposait pas à la reprise du travail. « Entre tout perdre et ne rien gagner, j’opte pour la deuxième situation » dira-t-il.
Finalement, Monplaisir n’aura pas obtenu ce qu’il voulait. On se souvient qu’il entendait remettre en cause de façon unilatérale le précédent accord sur les 35 heures. En définitive, l’accord conclu prévoit 2% d’augmentation aux salariés et …renvoie à 2008 les négociations sur l’organisation du travail.
Monplaisir avait misé sur le fait que l’opinion publique se liguerait contre les grévistes. Mais c’est lui qui a dû ravaler sa morgue, d’autant plus qu’il avait été sérieusement désavoué par les président et 1er vice-président de la Région, Marie-Jeanne et Marie-Sainte.



Guadeloupe
Campagne sucrière: Les travailleurs du sucre marquent le coup en ce début de récolte!

La campagne sucrière qui a commencé le 24 février dernier, a démarré comme chaque année avec du retard. Celle de 2006 avait débuté à Gardel SA le 10 février pour se terminer le 1er juillet et à la SA-SR de Marie-Galante le 16 mars pour finir le 12 juin. Et comme chaque année ce sont les négociations annuelles obligatoires (NAO) qui sont à l’origine du retard. En effet, les patrons font traîner ces réunions en longueur, espérant vainement décourager les ouvriers. Il a fallu neuf réunions cette année (plus de 2 mois) et le blocage de l’usine de Gardel le jeudi 22 février pour que ces patrons acceptent en partie les revendications des ouvriers, ceux-là même, sans lesquels il n’y aurait pas de récolte.
Il y en a qui travaillent depuis des dizaines d’années dans ces usines à sucre pour un salaire de misère. Du manœuvre (OM) à ouvrier hautement qualifié (OHQ), les salaires vont de 1 355,64 à 1 609,96 €. Il y a fallu plus de deux mois de discussions pour que les patrons accordent 2,50 % d’augmentation de salaire aux travailleurs qui en réclamaient 5% au départ.
Les travailleurs ont pu obtenir aussi le déplafonnement de leur indice qui, bloqué à un certain niveau, empêchait leur salaire d’évoluer à l’approche de la retraite. Par contre, avec la complicité de l’Etat, ces patrons sont prêts à accorder des primes puisqu’en plus des avantages qu’ils en tirent, la Sécurité Sociale n’aura rien à débourser car ces primes ne sont pas comptabilisées dans le calcul de la retraite. Ainsi, dès le début des discussions les usiniers accordaient aux travailleurs 10 % de prime de transport. Mais cela n’a pas détourné les salariés de leurs revendications d’augmentations de salaires.
Et le PDG de Gardel a alors cherché à faire croire que les travailleurs de Gardel sont trop bien payés. Il faut savoir que les directeurs de Gardel SA par exemple, qui sont tous blancs d’ailleurs, gagnent jusqu’à plus de huit fois le salaire d’un OHQ, sans compter les avantages en nature de toutes sortes. Le mépris et les mensonges patronaux ne sont pas très loin des anciens procédés coloniaux, même si, pour l’instant, les militaires qui étaient traditionnellement présents aux abords des usines et des champs de canne, à l’ouverture de la récolte, n’y sont plus.