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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES - Samedi 10 mars 2007 N° 963
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Point de vue d’Arlette Laguiller, candidate aux élections présidentielles, sur les licenciements à AIRBUS et ALCATEL-Pendant que les politiques bavardent, les patrons licencient
Pendant que les stars de cette campagne électorale, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, et le second rôle François Bayrou, amusent la galerie avec leurs programmes et s'empaillent sur le chiffrage des coûts, deux conseils d'administration de grandes entreprises, Airbus et Alcatel-Lucent, viennent de montrer qu'ils sont les véritables patrons, et pas seulement de leurs entreprises, mais de toute l'économie. Airbus vient d'annoncer qu'il a l'intention de supprimer 10.000 emplois, dont 4.300 en France. Six usines fermées en Allemagne, en Grande-Bretagne, en Espagne, dont deux en France. Pour l'une de ces deux usines, celle située à Méaulte, la fermeture est en même temps la condamnation à mort de cette petite ville.
Airbus, ce n'est pas une petite entreprise au bord de la faillite. C'est un grand groupe industriel qui fait du profit et qui distribue des dividendes à ses actionnaires privés, Lagardère en tête, une des plus grandes fortunes du pays.
Les dirigeants eux-mêmes reconnaissent que les retards de livraison à l'origine des problèmes de l'entreprise sont dus à des erreurs de coordination au niveau des différentes directions.
Les travailleurs n'y sont pour rien et ce n'est pas à eux de payer, et de payer doublement. Parce que paieront ceux dont la direction supprime l'emploi mais tous les autres paieront aussi par l'augmentation de leur charge de travail.
La direction a profité des problèmes qu'elle a elle-même créés pour prétendre que, pour sauver l'entreprise, il n'y a pas d'autre moyen que de faire faire plus de travail avec moins d'effectif.
Devant l'annonce du plan de licenciements d'Airbus, la première réaction de Sarkozy a été d'affirmer que "le problème d'Airbus réside dans le manque d'actionnariat industriel", mettant en cause le fait que l'État y est présent.
Comme si au même moment qu'Airbus, il n'y avait pas de licenciements dans cette entreprise entièrement entre les mains d'actionnaires privés qu'est Alcatel-Lucent qui annonce la suppression de 12.500 emplois, dont 1.468 en France. Comme si, ce lundi même, Streff, le nouveau patron du trust Peugeot-Citroën, n'avait pas annoncé qu'il procédera lui aussi à une baisse des effectifs de son entreprise.
Mais, pour Sarkozy, porte-voix du grand patronat, l'État n'a pas à se mêler des décisions des conseils d'administration qui doivent rester souverains pour décider ce qu'ils veulent et donc licencier.
Quant à Ségolène Royal, elle prétend prendre la tête d'une "riposte sociale". Elle propose que les régions entrent dans le capital d'Airbus, un peu comme cela se pratique en Allemagne où les régions, les lander, ont une part dans le capital de cette entreprise. Mais leur présence n'a pas empêché Airbus de licencier aussi en Allemagne!
En outre, si Ségolène Royal veut que les régions, voire l'État, entrent dans le capital d'Airbus, demande-t-elle aux capitaux privés, notamment ceux de Lagardère, d'en sortir? Et si oui, à quel prix?
Que l'argent public des régions vienne s'ajouter aux capitaux privés d'Airbus ou qu'il serve à racheter à prix élevé les actions de Lagardère, dans les deux cas, cet argent viendrait au secours du capital privé, sans même que ce soit une garantie pour les travailleurs que les emplois seront préservés.
Mais on n'a pas entendu Ségolène Royal affirmer clairement que, si elle est élue, elle s'opposera à toute suppression d'emploi chez Airbus. Le promettrait-elle qu'il faudrait veiller à ce qu'elle tienne sa parole, mais elle ne le promet même pas!
Ces suppressions d'emplois, c'est un gâchis humain et économique qui illustre le fonctionnement aberrant de ce système économique. Cela illustre aussi l'impuissance des dirigeants de l'État et leur refus de s'opposer aux grands groupes dont la décision de fermer une usine est une catastrophe pour les travailleurs jetés à la porte et pour toute la société.
Arlette Laguiller
Sénégal
Réélection du Président Wade
Le président sortant du Sénégal, Wade, 80 ans, vient de remporter les élections présidentielles au premier tour. Il avait en face de lui une quinzaine de candidats, dont deux de ses anciens ministres devenus opposants. Les perdants accusent Wade de fraude. Sa place de président lui a probablement facilité les choses. Mais surtout aucun des autres candidats n’inspirait davantage confiance aux pauvres qui constituent la majorité de la population.
Wade en 2000, s’était fait élire contre le parti socialiste au pouvoir depuis 40 ans, avec Senghor puis Diouf, en promettant des emplois. Or le chômage n’a cessé de croître, poussant des milliers de jeunes à s’enfuir du pays. Ce sont eux qui se noient au large de l’Espagne ou qui, arrivés en Europe, vivent dure-ment la clandestinité. Ses promesses de « démocratie » ont fait place à ce que les Sénégalais appellent la « mangecratie ». Pendant que les amis du président s’enrichissent, les manifestations, autorisées quelques mois par Wade, ont été interdites. Les opposants connaissent les jugements arbitraires, la prison. Wade a, pour ces élections, eu le soutien de tous ceux à qui il a promis des postes: il a augmenté le nombre de députés (qu’il avait lui même réduit de 140 à 120) de 120 à 150. Il a doublé le salaire des députés et promis la création d’un sénat. Les notables contrôlent en effet la population, de même que les chefs religieux, eux aussi très impliqués dans la politique. Wade a choisi de se lier aux puissants marabouts mourides. Tout cela a contribué à sa réélection.
Cependant l’école et la santé sont à l’abandon. Les prix des produits de première nécessité ne cessent d’augmenter, face aux salaires bas et au chômage. Pendant la campagne électorale, le naufrage du Joola qui avait fait 1500 morts a été évoqué ainsi que la responsabilité de Wade qui avait délibérément autorisé à mettre en service ce bateau pourri. Wade s’était opposé à l’enquête et la colère a été grande en Casamance et à Dakar. Des manifestations se sont déroulées devant le palais du président Wade qui avait dû promettre d’indemniser les familles des victimes.
Wade n’a pas non plus réglé le problème de la Casamance. Dans cette région séparée du reste du Sénégal par l’Etat de la Gambie –encore une frontière aberrante décidée par les puissances coloniales, ici la France et l’Angleterre!-, des scissionnistes mènent la guerre. Pendant le septennat de Wade, certains partis casamançais ont fait la paix, d’autres continuent les actions violentes.
A part peut être l’abolition de la peine de mort, le septennat de Wade n’a pas soulagé les souffrances de la population.
Le Sénégal qui a eu longtemps l’image usurpée d’un pays de «démocratie» dont la gauche socialiste en France était fière, ressemble aujourd’hui à n’importe quel pays sous développé du mnode avec ses boat people, sa corruption, sa répression.
Haïti
Naufrage de boat people
Mercredi 28 février, 54 «boat-people» haïtiens ont péri en mer quand leur voilier a fait naufrage, à cause d’un incendie selon les deux survivants membres de l’équipage. 8 corps ont été récupérés par les gardes côtes américains et 44 corps n’ont pas été retrouvés.
Ces hommes et femmes étaient partis dimanche 25 mars du Cap-Haïtien et cherchaient à se rendre dans les îles Turks et Caicos pour y trouver du travail. Sinon ils auraient suivi une des filières d’émigration clandestine vers les USA, comme le font des centaines de travailleurs Haïtiens qui fuient la pauvreté, eux qui n’ont rien, même pas le travail dans la zone industrielle où ils sont exploités pour moins de deux euros par jour. Ils fuient l’insécurité où le kidnapping est devenu un «commerce» contrôlé par des bandes armées. Ils fuient l’incurie et l’incapacité des équipes de politiciens qui disent qu’ils vont sauver le pays et en fait remplissent leurs poches et sauvent leur peau. Ils fuient la mainmise d’une petite poignée de bourgeois qui se payent les armes, les politiciens, les entreprises pour continuer à faire des bénéfices et vivre de l’exploitation et de la misère de la population laborieuse.
Pour s’en sortir, ils sont prêts à tout risquer pour tenter leur chance ailleurs en espérant que dans cet autre pays l’exploitation ne sera pas aussi féroce. Pour ceux qui réussissent la traversée c’est une autre désillusion, un autre combat qui les attend.
Pour ceux qui sont restés au pays la bataille continue au jour le jour en essayant de s’organiser pour faire face à l’exploitation et ne croyant plus guère aux illusions charriées par les médias, les politiciens, le gouvernement. La dernière en date: le dimanche 11 mars 2007 est la date retenue par le Conseil Electoral Provisoire pour l'organisation de la poursuite des élections municipales dans les zones où il y a eu des fraudes trop flagrantes le 3 décembre de l'année dernière. Une nouvelle occasion pour les politiciens de faire des pitreries devant une population devenue blasée.
Jamaïque
La milice tire sur des ouvriers
Le journal «The Jamaica Observer» annonce l’arrêt d’un chantier très important, commencé en novembre 2006 avec plus de 2000 ouvriers, celui d’un complexe hôtelier 5 étoiles édifié par la société espagnole «Fiesta Hotel». A la mi-janvier, puis le 5 février, les ouvriers du bâtiment, ont eu à se plaindre de ne pas avoir de contrat, de ne pas être payés. Plusieurs centaines d’entre eux se sont mis en grève pendant une semaine pour ces raisons et contre les conditions sanitaires sur le chantier. Après une semaine de grève, une cantine a été installée. Mais la colère des ouvriers a explosé le 28 février. Ce jour là une grille était installée et seuls les ouvriers munis d’une carte ont été autorisés à rentrer. Comprenant qu’ils étaient sournoisement lock-outés, les ouvriers ont commencé à lancer des pierres. Des milices mises en place à l’entrée du chantier ont tiré, un ouvrier est tombé. Là ce fut la rage, le journal parle d’une véritable émeute, les ouvriers en colère mettant le feu aux constructions et à six voitures du chantier.
Outre le fait que cet hôtel annonçait l’embauche de 2000 employés, cette affaire laisse un grand malaise en Jamaïque. Déjà le démarrage du chantier avait donné lieu à des tractations jugées louches entre politiciens jamaïcains qui étaient en même temps hommes d’affaires et la société espagnole. Il est aussi question d’ «erreurs de management», les responsables du chantier venus d’Espagne et de Saint Domingue ayant de très mauvais rapports avec les travailleurs. Le gouvernement a assuré sa sympathie à la victime gravement blessée et appelle à une conciliation entre les travailleurs et la société des travaux.
Mars 1917: les ouvriers Russes renversent le pouvoir du Tsar
La Russie, en 1917, connut une révolution qui allait non seulement changer la Russie et tout l’empire qu’elle dominait, mais aussi bousculer le monde entier, et en particulier ébranler tout le monde capitaliste.
La Russie de l’époque était un état autoritaire et policier, dirigé par un monarque absolu appelé le tsar, représentant d’une classe de propriétaires fonciers dits «nobles» qui mettait la Russie et ses pays dominés en coupe réglée. Sous la protection policière et armée du tsar prospéraient des entreprises capitalistes issues de l’exportation en Russie de capitaux étrangers anglais et français surtout. C’est ce qui explique que lors de la guerre de 14-18, première guerre dite mondiale la Russie du tsar choisit le camp de l’impérialisme franco-britannique contre celui de l’impérialisme allemand.
Mais ce conflit allait être le fossoyeur de ce régime autoritaire car elle révéla toute la pourriture de ce régime qui fut incapable de mener la guerre et d’organiser la production convenablement à l’arrière. Sur le front les soldats souffraient immensément de privations de toutes sortes, de sous équipement et de l’incompétence des chefs militaires nobles ; à l’arrière la production était désorganisée, la nourriture insuffisamment produite, car venant de campagnes désertées pour aller faire la guerre.
C’est dans ces conditions de mécontentement profond qu’une étincelle allait tout faire exploser: ce fut la révolution de février 1917!
Du fait de la différence des calendriers, la Révolution russe de février 1917 a commencé le 8 mars, à l’occasion de la journée internationale des femmes! Dans le pays en guerre, les travailleurs manquaient de tout, et leur état d’esprit était très tendu. Sur le front, les soldats connaissaient une incroyable misère. Le huit mars, les ouvrières du textile de la capitale Petrograd, dont beaucoup sont femmes de soldats, se mettent en grève et demandent l’appui des ouvriers de la métallurgie. Le 23 février (8 mars) il y a 90 000 grévistes, qui manifestent et réclament du pain, mais aussi la fin du pouvoir autocratique du tsar et l’arrêt de la guerre.
C’est le début de la révolution, que tout le monde espérait ou craignait, mais qui survient à un moment imprévu. Le lendemain, le mouvement double d’intensité: la moitié des ouvriers industriels de Pétrograd sont en grève. Leurs manifestations se heurtent violemment à la police, mais le contact avec les soldats qui sont dans les casernes est plus amical: les soldats viennent aussi des classes populaires, ils sont liés aux manifestants par l’origine sociale et par la révolte qui couve aussi dans leurs rangs, contre la guerre et contre les privations.
L’ampleur de la grève ne cesse de croître, comme la pression des ouvriers sur l’armée. Le 27 février (12 mars), de nombreux soldats sortent des casernes pour se joindre aux travailleurs en lutte, ce qui donne un nouveau souffle à la poussée révolutionnaire. La foule pille les casernes et s’approprie les armes. Pétrograd devient alors un champ de bataille. Le soir du 27, toute la garnison du tsar, 150 000 hommes, est dissoute. La foule délivre les détenus politiques. Le pouvoir du tsar est tombé. Comme lors de la première révolution, en 1905, un soviet (conseil) des ouvriers de Pétrograd est constitué. Ces conseils, dirigés par des travailleurs, allaient en fait devenir les organes de leur pouvoir politique. Cependant, les ouvriers font confiance à des dirigeants socialistes modérés (menchevik), qui prennent la tête du soviet et qui remettent le pouvoir à la bourgeoise. La révolution de février 1917 ne débouche dont pas sur la prise du pouvoir par les travailleurs. Mais une situation originale est créée avec l’existence des soviets qui constituent, de fait, un deuxième pouvoir face à celui de la bourgeoisie.
C’est Lénine, dirigeant du parti communiste (bolchevik), qui à son retour d’exil, proclame que les travailleurs doivent prendre le pouvoir et diriger eux mêmes la Russie. Cette prise du pouvoir par les travailleurs contre la bourgeoisie nécessitera une nouvelle révolution: celle d’octobre 1917.
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