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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 24 mars 2007      N° 964


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Cent milliards de bénéfices pour les groupes du CAC 40

Les groupes français ont de nouveau réalisé des bénéfices record. Sur les 40 plus grandes entreprises cotées à la Bourse de Paris (le CAC 40), 38 ont publié leurs bénéfices pour l’année 2006. Ils représentent une somme de plus de 95 milliards d’euros. Ces bénéfices sont en progression par rapport à 2005 où ils atteignaient déjà le chiffre de 85 millions d’euros.
Total a publié le plus gros bénéfice jamais enregistré par une entreprise française à 12,6 milliards d’euros (+ 5 %), suivi de près par les groupes bancaires et les assurances. Quelques chiffres illustrent les profits réalisés: la BNP 7 milliards ; le Crédit Agricole, 4,9 milliards ; Renault, 2,8 milliards, France Télécom, 4,1 milliards ; Carrefour, 2,2 milliards ; Danone 1,353 milliard et Bouygues 1,2 milliard.
Une bonne partie de tous ces bénéfices sera distribuée prioritairement aux actionnaires qui demandent toujours plus de rendement pour faire augmenter leurs actions. Près de 40 milliards d’euros seront ainsi distribués aux actionnaires. Et si les actionnaires ne sont pas satisfaits, ils peuvent toujours demander au conseil d’administration un plan de restructuration permettant d’augmenter le rendement des actions. A la clef, des milliers de suppressions d’emplois comme à Airbus, où un ancien dirigeant (Noël Forgeart) a quitté l’entreprise avec une prime de 6 millions d’euros et 4 millions d’euros en actions alors que 4 200 emplois seront supprimés en France.
Les bénéfices sont ventilés ailleurs dans les spéculations, les achats d’entreprises, la concurrence, rien qui ne soit bénéfique à la population. Dans ces entreprises les bénéfices ne sont pas réinvestis dans la production ou dans les services à la population, c’est la base du système capitaliste où le centre de l’économie est le profit et non l’homme.



Haïti
Les promesses de Chavez et Préval. De l’argent pour l’Etat. Quelle amélioration pour la population?

Au terme d’une tournée en Amérique Latine et dans la Caraïbe, Hugo Chavez a fait une escale à Port-au-Prince le lundi 12 mars pour signer quelques contrats de coopération avec René Préval. Parmi ceux-ci l’accord «Petro Caribe», qui avait été annoncé depuis 10 mois, a été mis en avant par Chavez. Il stipule que le pétrole, sera livré au gouvernement haïtien à un prix préférentiel à raison de14.000 barils par jour, et il ajoute la promesse de financer l’installation de 5 centrales électriques.
Voilà pour les promesses. Elles sont reprises par les politiciens qui entretiennent les illusions dans la population sur les changements que cet accord apporterait. Ainsi le ministre des Travaux publics a affirmé que «dans les jours à venir l’électricité ne serait plus une denrée rare», et les médias reprennent en chœur que «le plan pétrolier devrait permettre d’économiser 150 millions de dollars par an sur la facture d’énergie». Les caisses de l’Etat haïtien se verront donc augmentées de plusieurs millions de dollars USD grâce à Petro Caribe. Mais qui va profiter de cet argent?
Selon les précisions de Préval, Petro Caribe ne va pas influer sur les prix des produits pétroliers à la pompe, ces derniers seront toujours le reflet des prix pratiqués sur le marché international, le gallon de carburant ne baissera donc pas. L’Etat haïtien n’a jamais réalisé les besoins des masses pauvres. Leurs revendications dans les domaines de travail, de production, d’éducation, de santé, de logement … ne sont jamais satisfaites. A l’inverse, l’Etat a toujours fabriqué des nouveaux millionnaires. Les détournements de fonds, les scandales financiers sont légion. L’histoire récente du pays fourmille d’exemples de politiciens, de fonctionnaires qui se servent des caisses de l’Etat comme ils se servent de leurs poches. Les politiciens qui sont au pouvoir aujourd’hui, sont les mêmes qui étaient là hier, rien ne laisse penser qu’ils vont avoir une autre attitude avec l’argent de l’Etat, ils le mettront au service des possédants, des bourgeois.
Les discours trompeurs sont faits pour berner la population, les avantages liés à l’accord Petro Caribe pourraient satisfaire quelques revendications de la population pauvre si c’est elle même qui avait le contrôle sur ceux qui sont au pouvoir, si elle pouvait par sa mobilisation contraindre les responsables à se pencher sur ses problèmes. Dans le cas contraire, l’argent de Petro Caribe connaîtra le même sort que les aides qui ont été plusieurs fois sorties des caisses pour des projets qui n’ont jamais abouti.



Guadeloupe
Manifestation de la CGTG à l’occasion de la journée des femmes

La Centrale syndicale CGTG avait appelé ses syndiqués et leurs familles à une journée de célébration de la journée internationale de lutte des femmes. Le 8 mars tombant en semaine, c’est le dimanche 11 mars que 300 personnes environ se sont retrouvées sur le site de l’Anse Tabarin au Gosier. Une table présentant de nombreux romans en particulier sur le thème de la situation des femmes et de leurs luttes a attiré les visiteurs. Les participants ont pu déjeuner en musique et passer un agréable moment car la journée était radieuse et l’ombre des arbres fort appréciable. Cette bonne ambiance n’a pas fait oublier les débats: un exposé a été fait sur l’origine du 8 mars et l’état des inégalités entre hommes et femmes aujourd’hui. Puis plusieurs syndiqués, hommes et femmes, sont venus témoigner de la situation dans leurs entreprises et du rôle actif des femmes dans les luttes des travailleurs au quotidien.Une animation musicale a clôturé l’après midi. C’était donc un appréciable moment de détente, qui a encore renforcé la solidarité des travailleurs nécessaire au combat contre toutes les injustices et les inégalités.



Editorial d'Arlette Laguiller
Le changement qui serait vraiment nécessaire. Mettre fin à la dictature des conseils d’administration!

Les candidats qui rêvent d'être qualifiés pour le deuxième tour de l'élection présidentielle se prononcent, chacun à leur manière, pour le "changement". Sarkozy a placé sa campagne sous le signe d'une "rupture", consistant à continuer la politique de Chirac, avec en plus quelques appels du pied à l'électorat de Le Pen. Bayrou prétend vouloir sortir du bipartisme UMP-PS. Ségolène Royal vient de se dire (après ce même Bayrou) en faveur d'une VIe République.
Mais pas plus que les candidats de droite, qui se situent ouvertement sur le terrain de la défense des intérêts du grand patronat, elle ne propose de changer quoi que ce soit au fonctionnement du système économique, de remettre en cause le pouvoir qu'exercent quelques poignées de gros actionnaires, qui décident sans aucun contrôle du sort de millions de travailleurs, de l'avenir de régions entières.
Car dans ce système, ce ne sont pas les ministres qui gouvernent vraiment, même s'ils en ont l'air, parce que les décisions qu'ils prennent sont conformes à ce qu'attend d'eux le grand patronat. Mais qu'ils s'en écartent ne serait-ce qu'en paroles, et ils sont vite rappelés à l'ordre. Quand de Villepin a suggéré que EADS-Airbus, qui veut supprimer dix mille emplois, ne distribue pas de dividendes cette année, l'un des dirigeants de cette société lui a sèchement répliqué "qu'aucun gouvernement ne décide de notre dividende" et que "cette question est réglée par le conseil d'administration".
C'est cela le fonctionnement dit "normal" du système capitaliste. Un système dans lequel, guidés par la seule recherche du profit, les dirigeants des grandes entreprises peuvent décider librement de fermer des usines, de réduire au chômage des milliers de travailleurs, en même temps qu'ils imposent aux autres des charges de travail sans cesse croissantes. Un système responsable du chômage, de la généralisation de la précarité, des temps partiels imposés, et de la multiplication de ceux qu'on appelle les "travailleurs pauvres". Un système responsable de la spéculation immobilière et de la scandaleuse crise du logement que nous connaissons.
Evidemment, les responsables de ce système ne disent jamais ouvertement que leur seul mobile est l'intérêt égoïste. Ils invoquent la concurrence internationale, des difficultés économiques. Mais pourquoi devrions-nous les croire alors que les bilans de leurs entreprises viennent régulièrement démentir leurs propos?
Il serait normal, il est nécessaire, que l'ensemble de la population, puisse exercer un contrôle sur la manière dont sont prises des décisions qui concernent la vie de millions de personnes. Il faudrait que les travailleurs aient accès à toute la comptabilité des entreprises, et pas seulement aux informations tronquées et truquées délivrées aux Comités d'entreprise. Il faudrait que chacun puisse informer les autres de ce qu'il observe dans son travail, et pour cela rendre la vie économique transparente, abolir le secret commercial, le secret de fabrication, qui sont bien plus dirigés contre l'ensemble de la population que contre la concurrence qui, elle, a bien des moyens de savoir. Ce sont aussi les comptes bancaires des gros actionnaires, leur fortune personnelle, qui devraient être portés à la connaissance de la population. Les patrons savent bien, au centime près, ce que gagne chacun de leurs salariés. Les banquiers de qui nous sollicitons un prêt n'ignorent rien de ce que nous possédons. Pourquoi la population n'aurait-elle pas le droit de connaître le montant de la fortune de ceux qui prétendent lui imposer des sacrifices au nom de prétendues nécessités économiques?
Si je me présente dans cette élection présidentielle, c'est pour permettre aux travailleurs de dire à la gauche que s'ils votent contre Sarkozy, ce n'est pas pour se contenter de formules creuses comme la "Sixième république". Mais c'est pour affirmer leur volonté de voir appliquer une politique qui s'attaque réellement aux problèmes du chômage, des bas salaires, du logement, ce qui passe par cette exigence de transparence, vitale pour toute la population laborieuse.

Arlette Laguiller



Sarkozy et “l’identité nationale”. Un ministère pour l’électorat réactionnaire (Article publié par nos camarades de Lutte Ouvrière)

Redoublant d'ardeur pour capter l'électorat de Le Pen en multipliant les propositions qui reprennent les thèmes de propagande de l'extrême droite, Sarkozy vient d'annoncer son intention, s'il est élu, d'instituer un « ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale ». Évidemment la création de ce ministère de l'Immigration, si Sarkozy est élu, ne changera pas grand-chose à la situation actuelle, car le Sarkozy ministre de l'Intérieur dispose déjà de tout un arsenal juridique pour pourrir la vie des travailleurs immigrés. Mais cette proposition est manifestement un appel du pied à l'électorat lepéniste.
Il y a quelques semaines, devant des millions de téléspectateurs, on l'avait vu déclarer: « Personne n'est obligé d'habiter en France, mais quand on habite en France, on respecte ses règles, c'est-à-dire qu'on n'est pas polygame, on ne pratique pas l'excision sur ses filles, on n'égorge pas le mouton dans son appartement et on respecte les règles républicaines ». Comme si tout cela s'appliquait à la majorité des immigrés qui vivent et travaillent en France.
Mais son projet de ministère de « l'Identité nationale » va encore plus loin, en prévoyant un « examen de passage », une bonne connaissance du français, pour les familles de travailleurs immigrés qui voudraient bénéficier d'un « regroupement familial » de plus en plus problématique. Car pour les gens comme Sarkozy, les travailleurs immigrés sont en France pour travailler, point final. Le droit à une vie de famille, c'est au bon plaisir de ceux qui les exploitent ou de leurs représentants.
Mais en fait Sarkozy n'est pas xénophobe. Ce qu'il pense des travailleurs immigrés, il le pense de tous les travailleurs. Qu'ils produisent du profit et qu'ils se contentent de ce que le patronat veut bien leur laisser, car ce n'est pas une simple coïncidence si c'est le même homme qui s'en prend au droit de grève, aux retraites, aux droits des chômeurs, quelles que soient leur origine et leur nationalité.