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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES - Samedi 7 avril 2007 N° 965
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À la Une
ÉditorialPour une lutte d’ensemble des travailleurs
Depuis le début de l’année 2007 on voit que les travailleurs n’hésitent pas à se lancer dans des luttes pour l’obtention d’augmentation de salaires dans différentes entreprises privées de Martinique et Guadeloupe. On a vu des grèves, dont certaines continuent, dans les cliniques privées, l’hôtellerie, les banques, dans une société de centres d’appels, à la Générale des Eaux, etc., mais aussi dans des administrations publiques à l’ANPE, à la Sécurité Sociale.
Est-ce le signe que le mécontentement des travailleurs grandit et qu’ils n’acceptent plus ce quasi blocage des salaires qu’imposent le patronat et l’administration depuis des années?
Lors des différentes NAO on a vu les travailleurs rejeter catégoriquement les propositions minables des patrons d’augmentation à 1% pour l’année ou 2% étalées sur deux ou trois ans.
Les salariés se rendent bien compte que le coût de la vie même dans les domaines des produits courants et indispensables augmente sans cesse. A quoi il faut ajouter les augmentations répétées des produits pétroliers: essence, gaz oil, gaz domestique, produits détergents, etc.
Dans sa campagne électorale, Arlette Laguiller propose qu’au minimum le SMIC soit porté à 1500 euros net tout de suite et propose aussi une augmentation générale des salaires d’au moins 300 euros. Bien sûr les commentateurs et analystes au service de la bourgeoisie ont toujours le chic pour expliquer que c’est utopique, que c’est irréaliste, que les entreprises ne peuvent pas supporter cela, etc. Mais les mêmes oublient de dire que derrière les «entreprises», il y a les patrons, les actionnaires, toute une flopée de gens qui eux ne se gênent pas pour engranger des revenus, des profits en hausse incessante. Ce n’est même pas une supposition, c’est un fait que ces gens là sont très fiers de publier. Toutes les grandes entreprises, et leurs filiales qui arrivent au plus près du consommateur, ont affiché d’énormes bénéfices et distribuent des milliards d’euros de dividendes à leurs actionnaires.
A toutes ces sommes faramineuses (100 milliards d’euros de profits pour les entreprises cotées en bourses, dont 40 iront directement dans la poche des actionnaires) il faut ajouter 67 milliards officiellement donnés en subventions aux entreprises en 2006. Et il faut y ajouter encore toutes les formes non visibles ou dérivées de subventions qui viennent notamment des Conseils Régionaux et Généraux. Nous ici connaissons bien le pactole de la défiscalisation et celui de la LOOM (Loi d’Orientation Outre mer).
C’est dire donc que les patrons des Antilles et les affairistes en tout genre se font des petites fortunes, à travers qui une société informatique, qui une société de gardiennage, de nettoyage, de sécurité, etc. Tous ces gens là sont reliés à des sociétés plus importantes comme le MCA en Martinique (Martiniquaise des Centres d’Appels) où il y a une grève en ce moment. C’est une filiale d’une société internationale beaucoup plus importante, le groupe mondial Télé Performance.
Tous ces soi-disant petits et moyens patrons auxquels il faut ajouter les plus gros de la banane, des supers marchés, de la grande hôtellerie et des transports aériens, etc., se font sans difficultés un important matelas de profits. Alors il est normal que les salariés réclament une part plus importante des résultats d’une production dont ils sont les principaux acteurs.
Alors oui il faut une augmentation générale des salaires de tous les salariés des Antilles, du privé ou du public et le plus tôt sera le mieux. Pour cela il faudra des luttes d’ensemble des travailleurs. Ce n’est pas un rêve inaccessible car quelques conditions favorables sont déjà remplies pour préparer une telle contre offensive des travailleurs. Sur les deux îles nous avons au moins trois syndicats combatifs qui prouvent chaque jour leur engagement dans les luttes des travailleurs et qui ne se couchent pas devant les patrons. Nous avons des travailleurs qui n’ont pas peur de se battre jusqu’au bout, même quand les patrons font durer les grèves des semaines et des mois. Ce sont des conditions favorables pour que les militants de la classe ouvrière dressent ensemble un plan de bataille permettant de mobiliser des couches de plus en plus larges de travailleurs autour de l’idée d’imposer à la classe des patrons un ensemble de conditions qu’elle doit respecter en matière de salaires, de conditions de travail, de droits syndicaux dans les entreprises et de respect de la dignité des travailleurs.
Guadeloupe
Grève à la Générale des Eaux: des grévistes réprimés... mais qui tiennent bon!
Une partie des salariés de la Générale des Eaux des sites de Ste Anne et de Petit Bourg sont entrés en grève à l’appel de la CGTG à partir du 26 février pour protester contre les pratiques discriminatoires de la direction. Suite au décès d’un salarié, la direction a nommé de façon unilatérale un salarié de son choix sur le poste, sans que soit respectée la procédure prévue par l’accord d’entreprise. Trente-six travailleurs sont restés mobilisés pendant cinq semaines, sans que la direction ne réponde à leurs revendications.
Lors de deux séances de négociations, la direction a proposé d’attribuer une prime de 1500, puis de 2500 euros à deux agents lésés par sa nomination arbitraire. Puis le 6 mars, la direction a déclaré par écrit que toutes ses précédentes propositions étaient nulles et non avenues, ce qu’elle a confirmé le 8 mars.
Par la suite, le directeur des DOM, Gérard Bourdonay, a proposé qu’un bilan de compétence soit réalisé, de saisir les tribunaux pour trancher le litige, de réaliser un audit sur le site de Ste Anne, et la reprise du travail. Donc en réalité, il voulait imposer aux grévistes de reprendre le travail sans aucune compensation de la part de la direction. Ce que les grévistes ont bien entendu refusé. Ils persistaient à exiger 10 points supplémentaires pour chaque agent discriminé, à savoir environ 100 euros par mois et un audit sur l’ensemble de l’entreprise. Ils n’ont jamais demandé que l’agent promu de façon arbitraire soit déclassé.
Le 26 mars, une nouvelle négociation a eu lieu, et un relevé de décision a été signé par toutes les parties, en attendant que soit signé le protocole d’accord, ce qui devait avoir lieu le lendemain à 9 heures. La grève était donc terminée. Cependant, la direction a encore créé des difficultés en refusant de signer le point selon lequel il n’y aurait pas de poursuites contre les grévistes. Elle avait donc probablement déjà une idée en tête!
C’est alors que le 27 mars au petit matin, trois travailleurs ont été arrêtés à leur domicile et placés en garde à vue à la gendarmerie. Ils ont reçu le soutien de leurs camarades grévistes, qui ont continué leur mobilisation du fait de ces interpellations. Ils ont été également soutenus par des représentants de leur syndicat CGTG et par les membres de leur famille, soit plusieurs dizaines de personnes qui sont restées présentes devant les locaux de la gendarmerie. Ils ont été libérés au terme du délai légal de 48 heures de garde à vue. Un quatrième gréviste a été arrêté le matin du jour suivant, sur le piquet de grève. Les gendarmes s’étaient d’abord rendus à son domicile, mais ne le trouvant pas, ils ont interpellé son épouse qui n’avait absolument rien à voir avec la grève, et l’ont amenée à la gendarmerie. L’un de ces camarades a été inculpé pour dégradation de matériel. Deux autres sont considérés comme «témoins assistés». Les grévistes sont déterminés à rester mobilisés jusqu’à l’arrêt des poursuites judiciaires.
Les patrons cherchent à intimider les grévistes par tous les moyens. Il leur faut absolument trouver des coupables, car ils espèrent ainsi décourager les travailleurs, quelle que soit leur entreprise, de faire grève, même en cas d’injustice flagrante de la part de la direction. Mais bien au contraire, ils ne font que renforcer leur colère et leur détermination.
Si la direction de la Générale des eaux avait respecté les accords d’entreprise, cette grève n’aurait pas eu lieu. Elle prend maintenant la responsabilité de la prolonger, alors qu’elle était terminée!
DH: le 29 mars un accord a été passé entre la direction de GDE et les grévistes Celui-ci prévoit en particulier:
• Pas de sanctions disciplinaires pour fait de grève;
• une prime de 2000 euros brut pour les deux salariés concernés par les changements survenus dans leur service du fait de la mort d’un responsable ; ces deux salariés bénéficieront aussi de 8 points qui seront attribués en «commission d’avancement»
• Les jours de grèves au nombre de 22 ne seront pas payés, mais les journées de négociations pour les 17 membres de la délégation syndicales seront défalqués et répartis sur l’ensemble des grévistes. Le restant des jours de grève sera retenu à raison de 4 jours ouvrés par mois jusqu’à apurement du solde, à partir de la paye d’avril.
Divers autres aspects ont été discutés et obtenus par les grévistes, concernant la vie des salariés dans l’entreprise et concernant aussi les usagers.
On peut donc dire que les grévistes qui s’acharnaient à poursuivre le mouvement ont eu raison de le faire! Leur détermination a été en partie payante et les a regonflés, mais aussi les autres salariés de l’entreprise, pour les luttes futures! Exactement ce que le patron croyait éviter en faisant la sourde oreille aux revendications!
Martinique
Grève à MCA: une direction rapace et retorse!
Au moment où nous écrivons, les salariés de MCA (Martiniquaise des Centres d’appels) continuent leur grève pour faire aboutir leurs revendications. Le mouvement a commencé depuis le 12 mars. La grève est suivie à plus de 50%.
Quarante trois salariés sont grévistes et trente sept ne suivent pas le mouvement, car ils craignent pour leur emploi, tout en étant d’accord avec les revendications de leurs camarades. Les salariés, une majorité de jeunes et de femmes, réclament une augmentation de leurs salaires de 100€ pour tous, la transformation de deux CDD en CDI, la régularisation des autres contrats précaires et la transformation de la prime de fin d’année en 13ème mois. La société MCA est une filiale du groupe mondial Téléperformance, et intervient pour le compte de Digicel, opérateur dans la téléphonie mobile dans la Caraïbe). C’est une société qui fait des profits très importants.
Dès le début de la grève, les dirigeants de MCA ont fait détourner les appels sur d’autres pays de la Caraïbe, notamment sur Haïti, pour casser la grève. Face à ce mépris et craignant quelques mauvais coups de leur employeur, les salariés ont très vite décidé de rester à tour de rôle dans l’entreprise. L’employeur a cherché à les déloger en les attaquant au tribunal. Mais par deux fois il s’est trouvé débouté car l’avocat des salariés avait pu montrer que ces dirigeants ne respectent pas les droits des salariés quant au déroulement des négociations, ni les droits des représentants du personnel. Après plus de trois semaines, les deux dirigeantes de MCA venues de France, continuent de se cabrer pour essayer de lâcher le minimum aux salariés. Le vendredi 30 mars, lors de la dernière médiation qui se tenait pourtant à la direction du travail, ces dames ont choisi de ne pas se présenter et ont demandé aux salariés de présenter leurs revendications par écrit, montrant bien ainsi qu’elles n’étaient nullement décidées à faire avancer la négociation.
Leur gros client Digicel qui se trouve lésé par la grève, vient de les mettre en demeure d’honorer leurs prestations d’ici le 4 avril sous peine de rompre le contrat. Affaire de gros patrons qui décident en fonction de leurs intérêts, quelles que soient les conséquences pour les travailleurs! Les salariés eux voient que la balle est bel et bien dans le camp de cette direction rapace.
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