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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Lundi 7 mai 2007      N° 967


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À la Une

Éditorial

Sarkozy président: C’est toujours un adversaire des travailleurs qui est au pouvoir!

Nous publions ci-dessous la «Déclaration d'Arlette Laguiller au soir du second tour de l’élection présidentielle 2007».

Ainsi, les classes populaires vont donc subir la présidence de Nicolas Sarkozy pendant les cinq prochaines années et un ou plusieurs gouvernements dont la politique sociale sera dans le droit fil de celle des gouvernements que nous connaissions depuis cinq ans et qui furent les pires de tous ceux que nous avons connus jusqu’à présent.
Bien sûr, le programme de Ségolène Royal n’aurait rien changé aux problèmes fondamentaux qui accablent aujourd’hui les classes populaires comme la baisse du pouvoir d’achat, le chômage et la disparition du logement populaire.
Mais Nicolas Sarkozy non seulement ne changera rien à ces problèmes mais il aggravera dans bien des domaines la vie quotidienne. Il ne s’en est pas caché. À ceux qui auront besoin d’une augmentation de salaire, il répond déjà, en substance, qu’ils n’ont qu’à se lever plus tôt et travailler plus.
Aux sans-logis ou aux mal-logés, il n’offre rien, pas même de bonnes paroles. Le ruisseau sera assez bon pour eux! Car la croissance, quand il en parle, ce n’est pas pour eux, c’est à leur détriment.
Quant au chômage, non seulement il n’envisage rien de sérieux pour le réduire, à part comme pour tout le reste, de faire la chasse à ceux qu’il appelle des faux chômeurs ou des faux malades.
Le monde du travail ne doit cependant pas baisser la tête car cette élection n’est pas une catastrophe. Même si Ségolène Royal avait été élue, nous aurions dû entrer en lutte, et même des luttes sérieuses, importantes et déterminées pour que les choses changent ne serait-ce qu’un peu pour nous.
Avec Nicolas Sarkozy, il en ira de même et les luttes devront être les mêmes, aussi déterminées mais pas plus.
Tout dépend du monde du travail, de sa détermination et de la conscience qu’il aura que le bulletin de vote n’est qu’un chiffon de papier et que seules les luttes peuvent payer. Les principales luttes qui se sont déroulées depuis des dizaines d’années l’ont été dans des situations où la droite était au pouvoir. Alors, ne soyons pas abattus. L’avenir de la société et le progrès social dépendent des travailleurs et sont entre leurs mains. Et tout dépend donc de nous tous!

RESULTATS DU DEUXIEME TOUR AUX ANTILLES
Contrairement au premier tour en Guadeloupe, c’est Ségolène Royal qui est arrivée en tête, malgré une intensive mobilisation de tous les sarkozistes. Donc 50,83% pour Ségolène Royal et 49, 17 % pour Sarkozy. En Martinique, l’avance de Ségolène Royal s’est maintenue et elle fait 60, 52 % contre 39,48 % pour Sarkozy! La droite locale des deux îles et le patronat agressif qui y sévit ne pourront se réclamer d’un résultat favorable pour leur candidat préféré! Mais ce sont nos luttes, infiniment plus que ces résultats qui nous permettront de nous faire respecter et de changer notre sort!

ELECTIONS LEGISLATIVES DE JUIN 2007
Comme nous l’avions déjà annoncé dans le précédent numéro de C.O., nous présenterons des candidats de Combat Ouvrier pour les élections législatives. Nous envisagions de présenter deux ou trois candidats sur les huit circonscriptions de Martinique et Guadeloupe. Mais, aujourd’hui, nous avons la possibilité que des militants de Combat Ouvrier soient présents partout dans les huit circonscriptions des Antilles, en se présentant sous la bannière de Lutte Ouvrière, le mouvement auquel appartient Arlette Laguiller et dont nous avons défendu les idées (qui sont aussi bien sûr les nôtres!), le programme et la candidature pour les présidentielles. Nous avons fait ce choix.
Nous mettrons et soutiendrons donc des candidats «Lutte Ouvrière», issus de nos rangs, partout dans les deux îles. Et ils mettront en avant, pour ce « troisième tour», le même programme de défense des intérêts des travailleurs qu’ils ont fait connaître et défendu durant la campagne présidentielle. Contre le chômage, pour l’utilisation des subventions massives au patronat à la création de millions d’emplois dans les services publics, pour prendre sur les énormes profits du patronat pour augmenter les salaires, pour la création immédiate de logements sociaux!



Résultats des élections présidentielles aux Antilles (premier tour)

En Guadeloupe, au premier tour des élections présidentielles, qui s’est déroulé aux Antilles le samedi 21 avril, on constate que le candidat N. Sarkozy de l’UMP a remporté, en Guadeloupe, le plus grand nombre de voix et qu’en Martinique c’est la candidate du Parti Socialiste, S.Royal qui est arrivée largement en tête. La candidate Arlette Laguiller, de Lutte Ouvrière, que nous soutenons, a obtenu un score supérieur à celui des élections de 2002: 1834 voix (1,09%) contre 816 en 2002 (0,9% en 2002). Notons le fait que l’abstention a été moins importante: 40,86% en 2007 contre 61,16 en 2002.
Donc, nous avons: total des voix de gauche (PS et les autres candidats de gauche ou d’extrême-gauche): 44, 99% ; total des votes de droite ( Lepen compris): 46, 26%, total de Bayrou 8,51%.
En Martinique, Ségolène Royal est arrivée en tête avec 48,48% des voix. L’ensemble de la gauche plus l’extrême-gauche fait 54,83%. Arlette Laguiller, que nous soutenions à ces élections, a réalisé un score de 2050 voix, soit 1,29% des suffrages, un peu mieux qu’en 2002.

L’impasse du vote utile
On voit donc que ce sont surtout les grands partis officiels qui ont attiré les votes de ceux qui sont sortis de l’abstentionnisme et au total PS-UMP font plus de 80% des suffrages exprimés, ne laissant qu’autour de 8% à Bayrou et quelques miettes aux différents candidats dits d’ «extrême-gauche », PC (parti communiste) et verts! Ce qui est conforme à ce qui s’est passé sur l’ensemble de l’électorat de France. Beaucoup de travailleurs ont voté dès le premier tour pour Ségolène Royal ou même pour Bayrou afin de barrer la route à Sarkozy au lieu de s’exprimer sur la politique qui est nécessaire pour combattre la situation économique et sociale actuelle!
L’électorat, dans ses différentes composantes a donc préféré voter utile! Utile à quoi? Cela va uniquement permettre que l’un des deux candidats qui font partie des gens qui ont gouverné à tour de rôle depuis 74, en passant par Mitterrand en 81, Chirac et Jospin, jusqu’en 2002, monte au pouvoir! Ce qui n’arrangera en rien les affaires des travailleurs!
Avec Sarkozy, c’est franc, direct et sans ambiguïté, il travaillera à faire tout ce que veut le patronat. Celui-ci veut plus de flexibilité et se débarrasser des articles du Code du travail qui l’empêche de licencier comme il veut, on «travaillera plus» pour que les patrons gagnent plus, on fera donc reculer les «35 heures» officielles, on repoussera encore plus la date de départ à la retraite, on déchargera encore plus les patrons de leurs cotisations. Et tout à l’avenant. On pourchassera plus les «immigrés clandestins», on organisera plus de rafles d’enfants immigrés dans les écoles ; on allégera de moitié le nombre de fonctionnaires etc.
Avec S. Royal, on est assuré que rien de substantiel ne sera fait pour mettre fin au chômage massif, voulu et organisé par les grands capitalistes ; elle continuera à les arroser de milliards d’euros de subventions, même si c’est en passant par les PME (petites et moyennes entreprises) comme elle le répète dans sa campagne. Elle ne pourra pas faire grand-chose pour empêcher les évolutions souhaitées par le grand patronat sur les retraites, les allègements de charges sociales, sans s’attaquer à leur mainmise totale sur l’économie...A moins que les travailleurs n’interviennent, sous sa présidence, et décident alors de pousser les choses en avant, dans le sens de leurs intérêts.
Alors, que ces deux candidats aient obtenu plus de 80 % des votes exprimés, montre à quel point les organisations ouvrières, syndicats et partis politiques, ont laissé reculer la conscience de classe des travailleurs et à quel point ceux-ci, accablés de trahisons répétés des bureaucraties politiques et syndicales de la Gauche, ne perçoivent plus clairement qui sont leur amis, leurs ennemis et leurs faux amis.

Pour un sursaut des travailleurs
Le verdict passager d’un résultat électoral est là pour nous faire voir la réalité telle qu’elle est, à un moment donné, aussi désagréable qu’elle soit, et non pour en tirer des conclusions définitives. La majorité des gens de la classe laborieuse, comme des autres classes populaires, est en permanence écrasée et anesthésiée, sous le poids d’une propagande officielle et répétitive. Les travailleurs n’ont pas confiance en leur propre force, en tant que classe, car les grandes organisations ouvrières politiques ou syndicales ne luttent plus beaucoup contre l’exploitation capitaliste, contre la mainmise du patronat sur la société ; elles ne les dénoncent même pas systématiquement ; elles ne font plus aucune analyse d’ensemble des politiques et des actions menées par les ennemis des travailleurs. Ce qui permet à un Sarkozy, élu de Neuilly, ville de résidence des très riches, de se déguiser la main sur le coeur, en politicien populaire.
Les syndicats et les organisations de gauche depuis 81, date de la montée au pouvoir du candidat de la gauche, se sont mis «en pilotage automatique» (expression de Jospin!) dans la voie du pouvoir ; «l’alternance démocratique» c’est leur credo et le seul objectif fourni aux masses populaires: «votez pour nous faire monter au pouvoir»! Pour quoi faire? Selon eux, cette question n’a pas d’importance! D’où la campagne incolore (ou tricolore) et insipide de S. Royal, l’absence de tout réel engagement social pouvant faire réagir et entraîner les travailleurs! D’où son travail de rabibochage actuel envers Bayrou et ses électeurs! Cette dépolitisation, cet affaiblis-sement des frontières de classes, entraînent qu’un vieux politicien de droite (ou d’un «centre» toujours collé à la droite!) comme Bayrou peut aussi être appelé «ami ou allié» de la gauche!
Que dans un tel contexte de recul, il se soit trouvé près de 4000 personnes sur le programme de défense des intérêts des travailleurs d’Arlette Laguiller est un encouragement à continuer à se battre pour le «camp des travailleurs»!
Alors, on voit le travail qu’il faut faire, ce qu’il faut s’acharner à expliquer, défendre! Mais parfois, en dépit de la démoralisation, du manque de confiance en soi ou des confusions passagères, il y a des sursauts de la classe ouvrière, des couches populaires, laborieuses qui peuvent en quelques heures, quelques jours briser les barrières causées par le découragement, le manque de confiance. La remontée en lutte peut se faire et surprendre les bourgeois qui croient qu’avec Sarkozy, (s’il passe comme c’est prévu, calibré, enveloppé), ils seront tranquilles pour cinq ans et pourquoi pas plus!
Un tel sursaut, c’est évidemment notre souhait, notre espoir, sans que cela signifie rester les bras croisés dans l’attente du sursaut.

(NDLR: article écrit avant le second tour)