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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES - Samedi 16 juin 2007 N° 969
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À la Une
ÉditorialNos remous peuvent casser la vague bleue
Si l’abstention a été forte en France, elle l’a été bein plus aux Antilles: plus de 60%. Nous ne savons pas encore si le deuxième tour confirmera cette tendance. Mais toujours est-il que la population ne s’est pas sentie concernée par les programmes des uns et des autres. Beaucoup de candidats du reste n’en avaient pas et ne se présentaient que par petite ambition personnelle. Mais les candidats des grands partis officiels de gauche et de droite n’ont pas davantage suscité l’engouement. Nombreux sont ceux qui dans la population estiment que les politiciens, quels qu’ils soient, ne changeront rien à rien à leur sort et conditions d’existence. Contrairement à l’élection présidentielle où la population a pensé qu’il y avait un enjeu car elle votait pour celui qui conduirait la politique de la France, elle a estimé cette fois que le rôle des députés comptait bien peu. Et en ce sens elle n’a pas tort. Les jeux semblaient déjà faits.
Aux présidentielles, la Martinique et la Guadeloupe avaient voté Royal et non Sarkozy. Mais c’est ce dernier qui fut élu. «Alors à quoi bon aller voter maintenant puisque de toutes façons nos voix ne seront aucunement prises en compte». Plus ou moins consciemment c’est cela que les non électeurs ont voulu exprimer dimanche dernier lors du premier tour. Et puis, les lois, ils le savent, sont préparées dans les salons privés des Bouygues, Bolloré voire Fabre, Hayot. Pas à l’assemblée nationale.
Ceux qui sont sortis des urnes pour les duels du deuxième tour l’ont donc été par la minorité de l’électorat. Pourtant huit en sortiront vainqueurs au deuxième tour. Huit d’entre eux iront nous représenter à l’assemblée nationale française à 7000 kilomètres. Ils nous représenteront pour cinq ans et pas moins, sans pouvoir être démis en cours de route si comme d’habitude ils ne tiennent pas leurs promesses. C’est cela leur démocratie, la démocratie bourgeoise. Ces notables représenteront aussi officiellement les travailleurs, les exploités, les pauvres. Ils parleront en leur nom puisque disent-ils, ils sont les « élus du peuple », alors qu’ils n’ont rien à voir de près ou de loin avec les travailleurs!
A t-on déjà vu un député défendre réellement leurs intérêts au cours des 30 dernières années? Non, à tel point que pour se défendre les travailleurs font appel à leurs syndicats, à leurs camarades de travail, pas à «leur» député. Pour se défendre ils font grève, en dehors de toute «action parlementaire».
Mais il y aurait-il pour autant «la politique» d’un côté et l’action syndicale et la défense des travailleurs de l’autre? Non. Il y a la politique ouvrière: la défense des intérêts de classe des travailleurs, des exploités, aux élections comme au quotidien, contre la bourgeoisie.
Plus de 2000 d’entre vous, en majorité des travailleurs ont voté pour des candidats qui font cette politique, ceux de Lutte-Ouvrière-Combat-Ouvrier. C’est bien insuffisant, certes, mais ce sont ceux-là qui ont raison, car ils ont compris que leurs véritables intérêts ne passent pas par l’élection de tel ou tel notable qui ira siéger à l’autre bout du monde. Ils ont compris que c’est en votant pour des travailleurs, des exploités comme eux ou pour des militants qui les défendent quotidiennement qu’ils peuvent voir changer leur sort. Et ce, pour la bonne raison que ces candidats sont les seuls à dire que seules les luttes feront les changements de demain, comme elles ont été les seules hier, à réaliser les vrais changements pour le monde du travail. Non seulement ces candidats le disent mais ils le font en étant eux-mêmes des militants qui se battent.
Ce n’est pas cependant sur ce terrain électoral où les dés sont pipés d’avance que nous gagnerons dans cette période. On nous parle de vague déferlante de droite, la « vague bleue». Elle arrive. Mais nous, travailleurs, nous pouvons préparer la prochaine vague, la vague rouge, celles des luttes sur lesquelles l’assurance des Sarkozy et des Fillon se brisera, car ce que ces gens là préparent, ils le font au bénéfice de leur classe, les riches et les possédants et contre nous les exploités!
La droite a les mains libres à la Chambre des députés. Aux travailleurs de l’empêcher d’appliquer dans le pays ce qu’elle aura décidé
Sarkozy aura donc la majorité qui lui permettra, comme il l'a dit, de tenir ses promesses faites à la droite. Et certainement bien d'autres promesses, pas encore annoncées, de mauvais coups envers les classes populaires.
Mais s'il se croit les mains libres, il a tort! L'ensemble des salariés ne se laissera pas éternellement pousser vers la misère. Ce qui guette tous les travailleurs, non seulement les mal ou sous payés mais aussi les moyennement payés, ce sont les plans sociaux, les licenciements, avec la perte de leur salaire remplacé par des indemnités de chômage insuffisantes pour vivre, jusqu'au RMI, où la droite leur reprochera d'être "assistés".
Sarkozy, comme pendant les cinq ans de gouvernement passés et de majorité de droite, pourra continuer à "assister" le patronat, surtout le grand, par des sommes qui atteignent ou dépassent largement la centaine de milliards d'euros. Rien que le pourboire des cadeaux fiscaux qu'il vient de faire aux plus riches pèsera de 11 à 15 milliards d'euros sur le budget de l'État. Cela c'est uniquement une aumône pour récompenser ses électeurs. Mais pendant cinq ans, il pense pouvoir continuer à répondre présent à toutes les sollicitations du grand capital.
Mais s'il a les mains libres à l'Assemblée, il ne les a pas dans le pays. Le monde du travail peut être sujet à des colères soudaines et imprévisibles. Il l'a montré dans le passé. La moindre petite grève ignorée peut, en certaines circonstances, se propager comme une traînée de poudre. De la poudre, le patronat va en répandre partout et, sans qu'on sache d'où elle vient, de Sarkozy probablement, une étincelle enflammera le tout.
Un ministre de Sarkozy a dit que le Parti socialiste entretenait la haine des patrons chez les travailleurs. C'est prêter beaucoup au Parti socialiste. La haine des patrons, c'est le patronat lui-même qui la suscite.
Rien qu'un tout petit exemple. Il vient de se dérouler, sur une zone industrielle de l'Etang de Berre, dans les Bouches-du-Rhône. Quelques centaines de travailleurs de Cofathec, une filiale de 1 200 travailleurs de GdF qui s'occupe de la maintenance des installations dans plusieurs entreprises des raffineries (Esso, Total, Shell, BP) et dans la sidérurgie à Arcelor-Fos (ex Sollac), se sont mis en grève le 25 mai, suite à une quasi provocation de leur direction qui avait proposé une simple augmentation de 1,5 % accompagnée de 26 centimes pour la prime de déplacement. Ils cherchèrent à étendre la grève dans la zone industrielle. Et cela a marché, cela s'est étendu. Peu, mais étendu quand même. Pas à l'appel des syndicats, mais dix travailleurs par ci, trois par là, cela a touché plusieurs entreprises de la zone en dehors de Cofathec.
Sarkozy et le patronat du voisinage ont dû prendre peur car le sous-préfet lui-même est intervenu et le patron a cédé en grande partie aux revendications des grévistes.
Pourquoi? Parce qu'aussi bien Sarkozy que le patronat environnant craignaient l'extension. Cela évidemment aurait été gênant à la veille d'une élection. Mais la crainte était là quand même.
Bien sûr, ils veulent faire une grande partie de leurs mauvais coups cet été, pendant les vacances. Mais l'écoeurement sera d'autant plus grand à la rentrée. La conclusion est que Sarkozy aura une majorité de béni-oui-oui dans son Assemblée qui voteront, comme un seul homme, ce qu'il voudra.
Mais quant à tout faire appliquer, c'est un autre problème. Ce n'est pas l'Assemblée qui lui mettra des bâtons dans les roues, mais ce sont les grèves. De Gaulle a connu cela. Sarkozy est trop jeune pour avoir retenu toutes les leçons de l'histoire, chacun doit faire son expérience!
Arlette LAGUILLER
Guadeloupe-Martinique
ELECTIONS LEGISLATIVES. PREMIER TOUR. L’abstention devance PS, UMP, PPM, MIM...
En Martinique comme en Guadeloupe, c’est l’abstention qui remporte le plus gros score: 63,96%, et en Guadeloupe, 65, 83%.
Les résultats du premier tour sont marquées par la traditionnelle opposition droite / gauche sauf dans la troisième circonscription où le maire de Fort de France, Letchimy, met en ballotage un autre homme de gauche, Edmond Mariette, député sortant.
Sauf ce cas, tous les députés sortants arrivent en tête. Mais le report des voix au deuxième tour pourrait dans certaines circonscriptions faire tomber certains. On entrera donc à fond dans le jeu politicien des alliances, des contreparties et tractations de toutes sortes.
Au delà de certaines personnalités qui peuvent apparaître plus honnêtes que d’autres, ces candidats des deux grands partis de gouvernement de la droite ou de la gauche ne changeront absolument rien au sort des travailleurs. Leurs partis ont gouverné alternativement assez longtemps pour qu’on sache pertinemment qu’ils n’ont rien fait de vraiment décisif pour améliorer le sort des travailleurs et des plus pauvres, notamment le chômage.
Reste Alfred Marie Jeanne, indépendantiste modéré, président du conseil régional, qui double pratiquement ses voix par rapport à l’élection précédente. Il cultive en apparence une certaine indépendance par rapport au PS et à l’UMP. Mais jusqu’ici il n’a pas fait mieux pour défendre les intérêts des travailleurs et des pauvres que ses pairs des grands partis de droite et de gauche traditionnelles. Il n’a jamais cherché à mobiliser les travailleurs en masse pour lutter contre le chômage, les bas salaires et la misère. Ce n’est pas son programme.
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