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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES - Samedi 14 juin 2007 N° 969
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Page 4
U.S.A. - RUSSIE
Jeu politique autour du bouclier anti missile
Avant que se tienne le sommet des huit grands pays les plus riches (le G8) qui possèdent à eux seuls 65,7% de la richesse et seulement 13,5% de la population mondiales, deux de ces pays, les Etats-Unis et la Russie, se sont affrontés sur la question du bouclier anti missile américain.
Les Etats-Unis souhaitent installer dix missiles intercepteurs en Pologne et un radar ultra perfectionné en République Tchèque, pour se protéger des éventuelles menaces d’Etats qualifiés de «voyous» comme l’Iran ou la Corée du Nord. Cette idée nous rappelle la menace contre l’Irak qui possédait soi-disant des armes de destruction massive, armes, qui n’ont jamais été trouvées. La Russie n’ayant pas approuvé cette prochaine mise en place du bouclier antimissile, a menacé de diriger ses fusées sur ces nouvelles installations américaines.
Au G8, Vladimir Poutine, dirigeant de la Russie, a proposé à George W. Bush, d’implanter sa défense anti missile à Azerbaïdjan (un Etat de l’ex-URSS), site plus approprié dit-il pour la protection de toute l’Europe. Evidemment, cette proposition, si elle était acceptée, permettrait à Poutine de contrôler les installations américaines puisque l’Azerbaïdjan se trouve aux portes de la Russie. Piégé, Bush n’a pu refuser d’emblée. Mais il n’acceptera pas.
Ce prétexte de lutter contre les états voyous a des relents de guerre froide entre feu l’URSS et l’impérialisme américain. Ce dernier est toujours gêné par le seul pays capable de l’égaler en matière d’armement et de technologie nucléaire, la Russie. Or sur ce point les USA cherchent une domination sans partage, totale. Leurs nouveaux satellites lui permettraient aussi d’espionner la Russie et pourquoi pas, un jour, d’y intervenir rapidement. Poutine, lui, joue un jeu destiné à préserver l’indépendance de grande puissance de la Russie à l’égard des USA. Il est évident que la Russie n’acceptera pas n’importe quoi des USA et de Bush. Elle en a encore les moyens. Mais lesquels et jusqu’à quand? Quelle est la force réelle de la Russie? serait-elle capable d’égaler réellement et pendant longtemps la puissance nucléaire américaine? Poutine pourrait-il bénéficier de la protection anti-missile américaine sans pour autant perdre une partie de son indépendance? C’est sans doute ces questions qui peuvent expliquer les colères feintes mais aussi les sourires entendus de Poutine à l’égard de Bush et des USA.
Zone franche globale de Sarkozy: pour enrichir les gros et moyens patrons!
Juste avant son départ comme premier ministre Dominique De Villepin a rendu publique la décision d’extension de la zone franche urbaine (ZFU) de Pointe-à-Pitre Abymes.
Cela a suscité la satisfaction de certains commerçants situés dans la nouvelle zone ZFU, mais provoqué aussi le mécontentement de tous ceux qui sont dans des rues hors ZFU.
Rappelons que l’intérêt porté par les entreprises à ces ZFU tient à cinq exonérations: taxes profes-sionnelles, taxes foncières sur le bâti, impôts sur les bénéfices (sur les sociétés, sur les revenus), exonérations sur les cotisations sociales patronales et sur celles du personnel pour toutes les entreprises ayant moins de cinquante salariés et ceci jusqu’à 2011. Alors on comprend que les uns soient très contents et que les autres veuillent bénéficier d’une telle manne.
Mais qu’ils se rassurent Sarkozy a prévu et annoncé dans un de ses discours, lors de ses passages ici, la création de «zones franches globales d’activités» (ZFG) dans les DOM.
Il précise qu’il faudra aussi conserver la défiscalisation et que dans cette ZFG il y aura des mesures d’exonération d’impôts sur les sociétés, de taxes professionnelles ; il prévoit aussi un mécanisme de crédit d’impôts pour compenser les dépenses de prospection commerciale dans les zones environnant ces DOM. Crédit qui pourrait monter jusqu’à 66% de ces dépenses. Ah! qu’il est bon être un propriétaire capitaliste et de faire des affaires sous Sarkozy! Pendant la campagne électorale tous les candidats de droite comme de gauche (socialistes divers) et centristes, affirmaient unanimement leur satisfaction pour ces ZFU et surtout pour la ZFG de Sarkozy.
Or il ne s’agit ni plus ni moins que du prolongement de la politique menée depuis trente ans consistant à subventionner les capitalistes directement ou indirectement sous prétexte de favoriser ainsi l’emploi en soutenant l’activité économique.
Cette politique dite libérale par certains, qui est la politique capitaliste de l’état au service des patrons, consiste, pour subventionner le patronat, à piller les fonds publics. Cela se fait au détriment des services publics, au détriment de la fonction publique, notamment des grands secteurs tels que l’éducation, la santé, et au détriment également du logement social. Même si Sarkozy met une grande conviction (aidé par tous les médias!) dans ses discours destinés à faire croire qu’aider les patrons apportera de l’emploi, il suffit de se rendre compte que depuis trente ans on les a largement et abusivement aidés et cela n’a pas fait reculer le chômage et la pauvreté. Par contre les actionnaires, le patronat, les riches d’une façon générale, se sont eux fortement enrichis.
Aujourd’hui, la gauche qui elle aussi a mené une telle politique n’a même plus la force de faire illusion. Elle ne fait que des propositions dérisoires pour lutter contre le chômage et la misère. D’une certaine façon elle se rallie à la politique de Sarkozy, car tout ces gens, politiciens, notables de droite et de gauche, ont la même caractéristique ; celle d’être lâches et impuissants face au patronat et face aux riches. Ce sont les actionnaires, les fonds de pension, les Bouygues, les Bolloré, les Lagardère, les Arnaud et cie qui dictent au pouvoir politique la politique qu’il faut faire.
Les seuls à pouvoir s’opposer à tout cela ce sont les travailleurs conscients et organisés, ne comptant que sur les forces de leur propre classe et armés de leurs propres idées et perspectives.
DARFOUR
Une guerre civile entretenue par les grandes puissances
Depuis février 2003 le Darfour, région de l’ouest du Soudan est déchiré par la guerre. On compte déjà 400 000 victimes et plus de 2 millions de réfugiés. Le Darfour fait partie du Sahel et comme lui, il doit faire face à l’avancée du désert et à l’intensification de la sécheresse. Les ressources de la région se raréfient alors que la population s’accroît. Cette double évolution rend de plus en plus difficiles les relations entre les tribus nomades d’origine arabe et les tribus sédentaires constituées d’éleveurs d’origine africaine. Le pouvoir central de Khartoum, capitale du Soudan, ne fit rien pour désarçonner la crise qui pointait.
Au début de février 2003 le SLA (Armée de Libération du Soudan) et le JEM (Mouvement pour la justice et l’égalité) occupèrent la capitale de l’Etat du Nord Darfour. Ils réclamaient une meilleure répartition des ressources et des richesses. Au lieu d’accéder à leurs demandes, le président du Soudan, Omar El Béchir, fit bombarder les villages et lança contre les tribus d’origine africaine les cavaliers «Janjawid » ou «cavaliers de guerre». Ces derniers agissent en toute impunité. Aidés par l’armée, ils tuent, violent, volent les troupeaux et brûlent les champs. Ils ont déjà fait 400 000 morts directement ou indirectement et ont provoqué l’exode de plus de 2 millions de villageois qui fuient leurs atrocités.
Face à ces crimes les puissances internationales se sont positionnées selon leurs intérêts. La Chine arme le Soudan, donc arme les assassins janjawids. C’est elle qui exploite les concessions pétrolières et gazières du Darfour. Elle achète les deux tiers de la production de pétrole et de gaz du Soudan. Le pétrole, la Chine en a avidement besoin pour alimenter ses industries. La Russie est également un pourvoyeur d’armes du Soudan son seul allié dans la région.
Les USA, trop contents de mettre en difficulté la Chine et la Russie, soutiennent le SLA et Le JEM en faisant des déclarations sur le «génocide» du Darfour et en faisant voter des résolutions à l’ONU qu’ils savent sans effets. La France longtemps hésitante a fini par prendre position contre Khartoum. Elle le devait car la guerre se propageait au Tchad et en Centrafrique qui sont ses chasses gardées. Elle le fait sans conviction. La France a actuellement déployé au Tchad 1000 hommes de troupe soutenus par des avions et des hélicoptères, ce qui est largement suffisant pour tenir en respect ces cavaliers montés sur des chameaux ou pour ouvrir le corridor humanitaire nécessaire pour venir en aide à la population du Darfour. Elle se contente de dénoncer, de discuter. Elle laisse 7 000 soldats africains démunis de moyens financiers et de matériel au Darfour.
Tous ces pays ne visent, d’une manière ou d’une autre, que le pétrole et le gaz du Darfour. Ils ne veulent brusquer ni le pouvoir central, ni ses opposants de manière à avoir accès à ses gisements dans l’avenir. Parler de la vie de la population pauvre et famélique du Darfour, cela c’est pour la galerie. En réalité, c’est le cadet des soucis des grandes puissances pour qui seules comptent leurs convoitises.
SÉNÉGAL
Mort de Sembène Ousmane (Nous publions ci-dessous des extraits d’un article de l’AFP)
Le cinéaste sénégalais Ousmane Sembène, considéré comme l'un des pionniers du cinéma africain, est décédé samedi à Dakar à l'âge de 84 ans.
Ousmane Sembène était "malade depuis décembre". Il est décédé à son domicile.
Né en janvier 1923 dans une famille de pêcheurs à Ziguinchor, en Casamance, Ousmane Sembène était un autodidacte de talent. D'abord écrivain, il se lance dans le cinéma au début des années 1960 afin de s'adresser plus facilement à des populations souvent illettrées et ne parlant pas toujours français. "Monté" à Dakar dans les années 1930, il exerce d'abord plusieurs petits métiers et traverse maintes épreuves, en Afrique et en Europe, avant d'enfin pouvoir s'installer dans un fauteuil de réalisateur.
Il est notamment mécanicien, charpentier, maçon, "enrôlé contre (son) gré" comme tirailleur lors de la Seconde Guerre mondiale, ouvrier, docker. Son premier roman, "Le docker noir", s'inspire d'ailleurs de cette expérience, suivi par d'autres: "O pays, mon beau peuple", "Les bouts de bois de Dieu", "Le Mandat"...Dans ‘‘Les bouts de bois de Dieu’’, on voit vivre la grève de 1947 des travailleurs du train ‘‘Dakar Niger’’.
De "Borom sarret" (1963), racontant une journée dans la vie d'un pauvre transporteur, à "Mooladé", plaidoyer contre l'excision et hommage aux femmes, en passant par "La Noire de..." (1966), "Le Mandat" (1968), "Ceddo" (1976), sa filmographie montre un "cinéma progressiste profondément populaire", affirment les critiques du septième art.
Son premier long-métrage, "La noire de ...", est considéré comme le premier long-métrage négro-africain.
Au lendemain des indépendances, il est l'un des premiers artistes africains à prévenir des dangers de dérives de l'ère post-coloniale, et à appeler à "un changement radical des politiques africaines".
Ousmane Sembène a été récompensé à deux reprises au festival de Venise. Il a reçu le prix de la critique internationale pour "Le mandat" en 1968, et le prix spécial du jury en 1988 pour "Le camp de Thiaroye", un film retraçant la violente répression de tirailleurs sénégalais réclamant leur solde par l'armée française.
Il a également reçu le prix "Un certain regard" lors du festival de Cannes en 2004 pour son film "Moolaadé", un plaidoyer contre l'excision. Il était membre fondateur du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco), organisé tous les deux ans.
AFP
Les avocats en grève pour soutenir Harry DURIMEL
Harry Durimel, l’avocat et militant des Verts était convoqué le lundi 4 juin à l’annexe du Tribunal de Pointe-à-Pitre pour une éventuelle mise en examen. Il lui est reproché d’avoir violé le secret de l’instruction et entraver sa bonne marche dans une affaire remontant à février et mars 2004. Ce jour là, plus d’une centaine d’avocats est venue soutenir Harry Durimel et a décidé de suspendre toute activité judiciaire. L’ensemble du barreau de la Guadeloupe s’est mobilisé et certains avocats sont venus de la Martinique également. Le juge ne pouvant mettre en examen Harry Durimel lui donna un statut de témoin assisté. Les avocats ne sont pas satisfaits de cette décision et ont fait appel car ils estiment qu’aucune charge ne doit être retenue contre leur confrère. Ils estiment qu’il s’agit d’une attaque du pouvoir judiciaire contre leur profession. L’audience d’appel est prévue le jeudi 14 juin à Basse-Terre.
Mais en attendant, la mobilisation se poursuit et beaucoup d’affaires sont reportées faute d’avocat. Pour les avocats et une partie de la population il s’agit d’une affaire menée contre Harry Durimel qui est aussi l’avocat très actif du dossier du chlordécone dans lequel l’Etat est attaqué. Ce pesticide dangereux est responsable de l’empoisonnement des terres en Guadeloupe. Beaucoup de gens ont le sentiment qu’on veut faire taire Durimel. Les avocats ont prévu une réunion avec l’ensemble des centrales syndicales le lundi 11 juin à Rémy Nainsouta. Ils entendent maintenir la pression au moins jusqu’à la décision de l’appel. Combat Ouvrier s’associe à l’appel lancé pour soutenir Durimel au tribunal de Basse-terre le 14 juin prochain.
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