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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 14 juillet 2007      N° 971


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À la Une

Éditorial

Après les élections à Saint-Barth et Saint Martin, la question du changement de statut aux Antilles

Les électeurs de St-Barth et St Martin ont élu respectivement le conseil territorial de leur nouvelle collectivité. Les deux îles du Nord rattachées jusque là à la Guadeloupe auront donc plus d’autonomie. En particulier ce conseil territorial aura le droit de légiférer dans les domaines de compétences qui sont les siens. Les électeurs avaient choisi massivement cette voie là lors du référendum du 7 décembre 2003. Mais notons que si on a compté 21% d’abstentionnistes à St-Barth, il y en eut plus de 55% à St Martin. En Martinique et en Guadeloupe, par contre, les électeurs l’avaient massivement rejetée.
Dans les deux îles du Nord, la plupart des responsables politiques avaient fait campagne pour la création d’une nouvelle collectivité. Ils ont joué sur le sentiment micro régionaliste de la population des deux îles. Cette dernière en effet se sentait depuis fort longtemps doublement défavorisée, à la fois par rapport à la «métropole» et par rapport à la Guadeloupe. Plus proche géographiquement de l’île américaine de Porto Rico, parlant souvent l’anglais en priorité, surtout à St Martin, la population a souvent eu le sentiment d’être un peu à part par rapport à la Guadeloupe ou à la Martinique et que ses différences n’étaient pas prises en compte voire minimisées ou méprisées. Quant aux élus et responsables politiques de l’île, ils espèrent en traitant directement avec la «métropole» française sans passer par la Guadeloupe, obtenir des arrangements qui leur permettront de légiférer et de gérer les fonds publics plus librement. En particulier, il s’agira pour eux de drainer l’argent généré par le tourisme. Ce tourisme orienté vers les riches (ST Barth est bien surnommée l’île des milliardaires) attirant les capitalistes américains, alimente déjà pas mal de coffres forts privés. Il y a donc dans ces deux îles une «petite pompe à fric» qu’il s’agit de faire fonctionner à la fois pour les riches eux-mêmes, pour l’Etat et pour les fonds publics gérés par les élus locaux sans véritable contrôle. Pour la population laborieuse déjà victime d’un chômage important, les retombées risquent d’être tout simplement nulles, voire pires. On parle même de remettre en cause le SMIC et de l’aligner sur les salaires de la partie hollandaise de l’île de St Martin. Mais même si cette mesure là n’était pas prise, la tendance est là. C’est la tendance sarkozy. Les élus feront tout pour attirer les riches par des cadeaux de toutes sortes, comme par exemple la défiscalisation à outrance, «l’abaissement du coût du travail», c'est-à-dire des salaires et permettre le maximum de flexibilité.
On comprend donc la méfiance des travailleurs et de la population de Guadeloupe et de Martinique et même des plus de 55% d’abstentionistes de St-Martin, à l’égard du changement de statut proposé par certains élus ou partis. Ces derniers tentent de jouer sur une certaine fibre régionaliste ou «identitaire». Mais la population sait bien que derrière ces opérations là existe une politique d’appauvrissement volontariste des classes pauvres au profit des riches et des élus politiques.
De plus, l’attitude des élus politiques en général, à quelques exceptions près a de quoi rendre méfiant. Combien de mises en examen d’élus, voire de condamnations pour détournements de fonds, corruption et autres malversations se succèdent depuis des années! Combien de trahisons, de retournements de veste au gré des promesses d’avantages en poste ou en argent! Comment donc la méfiance de la population ne serait-elle pas fondée envers toute évolution politique qui accorderait à ces élus là une plus large liberté de gérer et d’utiliser les fonds publics?
Avant tout changement ou évolution du statut il faudrait donc que la population puisse exercer son contrôle direct. Le meilleur moyen serait qu’elle ait elle-même déjà, avant tout changement, ses propres représentants, élus dans les quartiers populaires, dans les entreprises et représentés au sein des assemblées.
Combien de travailleurs, d’ouvriers agricoles, de paysans, de petits commerçants y a-t-il au sein des assemblées locales?
C’est par là que le véritable changement devrait commencer. Les luttes des travailleurs, des exploités en général existent. Elles sont nombreuses, variées, fructueuses. Elles constituent déjà un élément vers des luttes politiques futures pouvant ouvrir au besoin d’autres voies institutionnelles mais en faveur de la classe des exploités.



La banane: un secteur qui a de l’avenir? Certainement pas pour les travailleurs

«Les planteurs de Guadeloupe» ont remis une prime de 1 500 € à un jeune qui venait d’obtenir avec les meilleures notes du département, le diplôme de Développement Agricole Tropical. A cette occasion, F. Lignières s’est fendu d’une déclaration pour inciter les jeunes diplômés de l’agriculture à venir travailler dans la banane. Car pour lui, c’est un secteur qui a de l’avenir. Pour les planteurs? Très certainement quand on voit la liste des subventions, aides et prêts relais de toutes sortes qui sont versés à ce secteur, que ce soit en Guadeloupe ou en Martinique. Par contre, ce que F. Lignières ne pouvait dire c’est que pour les travailleurs, «la banane» est un secteur où l’exploitation fait rage. C’est le seul où il n’y a pas de qualifications, donc pas de grille de salaires, pas d’ancienneté. Celui qui y travaille depuis 25 ans est payé au même taux horaire, c'est-à-dire le SMIC, que celui qui vient de commencer. Les heures supplémentaires sont rarement payées. Il n’y a pas de treizième mois et la prime de fin d’année (de 4000F en 1999-2000) que les travailleurs de la banane de la Guadeloupe avaient arrachée après 52 jours de grève est de moins en moins payée. Et sans compter les conséquences sur la santé des travailleurs de l’utilisation massive des produits toxiques, dont le tristement célèbre composant le chlordécone. Et concernant ce composant, on n’a pas encore une idée définitive des dégâts qu’il a causés ou causera sur la santé des travailleurs de ce secteur.
Comme si tout cela ne suffisait pas, les conditions de travail en général, notamment les tâches, varient d’une plantation à l’autre et dépendent de la combativité des travailleurs. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles il n’y a toujours pas de convention collective dans la banane en Guadeloupe.
D’ailleurs très nombreux sont les patrons qui ne veulent pas entendre parler de syndicats sur leur plantation et font tout pour empêcher leur implantation. Alors, si les jeunes veulent venir travailler dans ce secteur, il faut qu’ils sachent ce qui les attend, et surtout qu’ils se préparent à mener les luttes nécessaires pour une amélioration conséquente des salaires et des conditions de travail.



La mobilisation des agents du CHU de Fort de France

Durant le mois de juin, les agents hospitaliers du CHU de FDF sont restés mobilisés avec la CGTM-Santé pour défendre leurs revendications et s’opposer aux méthodes de management de leur direction.
En effet, au fil des mois, la direction se montrait de plus en plus zélée pour appliquer la politique de rigueur du gouvernement. Cette direction se montrait particulièrement hypocrite lorsqu’elle était interpellée par les syndicats, et notamment par la CGTM-Santé, car elle leur disait le contraire des directives qu’elle donnait à ses cadres.
Après une séance de négociations syndicat-direction qui s’est déroulée après le lundi 4 juin, un appel à la grève fut lancé le mercredi 6 juin. Pas moins de vingt revendications étaient listées dont l’embauche sur les postes vacants, le nombre de collègues autorisés à partir en congé en même temps, la promotion du personnel administratif, ouvrier, soignant, technique, informatique et médico-technique, la non-suppression de postes d’ASH avec l’ouverture de la «Maison de la Mère, femme, enfant (M.F.E)», et aussi la prime de service aux contractuels.
Le mercredi 6 juin, de nombreux collègues sont restés aux alentours du barrage dressé par les plus déterminés à l’entrée pour discuter avec les uns et les autres. Et près de 200 d’entre eux se sont regroupés dans le hall d’accueil pour entendre et apprécier les réponses de la direction sur la plateforme de 220 points qui lui avait été présentée. Ensuite, une forte délégation s’est rendue à la direction générale pour l’obliger à revoir sa copie.
Cette dernière a dû effectivement s’expliquer: sur le nombre de collègues pouvant partir en congé en même temps, il n’était subitement plus question de changer les quotas…, sur l’embauche sur les postes vacants pour lequel la direction tient compte de la réglementation et du «souci de préserver les chances des contractuels», sur les conditions de travail en blanchisserie, dans les ateliers et les secrétariats médicaux. Les agents ont appris également que 10 d’entre eux ayant réussi à des concours sont désormais nommés ou reclassés.
La direction a bien dû céder sur un certain nombre de points: la non-suppression des postes d’ASH à la maison de la Mère, femme, enfant. Sur les 33 agents concernés, 18 seront affectés à la MMFE, 10 seront reclassés ou en promotion professionnelle, 5 auront une affectation à l’hôpital Pierre Zobda Quitmann. Sur l’anesthésiologie, la direction s’engage à compléter l’effectif à 4 AS avec les contractuels en attendant une réunion sur l’organisation du travail.

MOBILISATION SUR LA PRIME DES CONTRACTUELS

Par contre la direction n’a pas cédé sur le paiement de la prime de service aux personnels contractuels.
Cette prime de service instituée par arrêté du 24 mars 1967 pour «les personnels titulaires et stagiaires ainsi que les agents de service hospitaliers recrutés à titre contractuel», est «liée à l’accroissement de la productivité de leur travail».
Elle aurait dû être de 7,5% des salaires bruts des titulaires, stagiaires et contractuels en activité ayant contribué à la productivité du CHU. Sauf que pour se montrer zélée et avoir de l’avancement, la direction n’a pas inclu le salaire des contractuels et aujourd’hui, elle explique «qu’il n’y a pas d’argent».
Eh bien! Le préavis de grève n’a pas été levé et le jeudi 14 juin, une deuxième mobilisation a eu lieu durant toute la journée.
En effet, appuyant les personnels contractuels, la CGTM-Santé faisait valoir qu’en droit, une lettre circulaire du Ministère de mars 2007, ne faisait pas force de loi, face à un arrêté prévoyant le paiement de cette prime.
Le jeudi 14, après avoir mis en place un piquet de grève à l’entrée de l’hôpital, les grévistes se sont retrouvés en forte délégation dans les bureaux de l’ARH pour demander des explications au directeur. Ce dernier a d’ailleurs dû interrompre une de ses réunions pour les recevoir.
La balle est désormais dans le camp de l’administration car les agents exigent qu’elle arrête de s’en prendre aux travailleurs précaires.