|
|
|
PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES - Samedi 8 septembre 2007 N° 972
Sommaire > Page suivante > Accueil > Archives > e-mail
À la Une
ÉditorialAntilles
Après le passage du cyclone Dean: des centaines de sans-abri, du chômage accru et ... une poignée de profiteurs!
Le cyclone Dean a fait des dégâts considérables en Martinique et moins importants en Guadeloupe. Dans cette île, il y a eu peu de dégâts dans les maisons individuelles et aucune victime. Par contre, l’agriculture et la pêche ont souffert, beaucoup de cultures maraîchères aussi et un certain nombre de bananeraies. Quant aux pêcheurs ils ont subi de nombreuses pertes de nasses, et d’autres dégâts matériels dont des embarcations endommagées. Le secteur du tourisme a été relativement touché avec la forte houle qui a endommagé les plages et détruit quelques installations, ainsi que certaines communes. Environ 30000 foyers ont été privés d’électricité mais le réseau a pu être assez vite rétabli.
La Martinique, elle, a connu une plus grande détresse humaine. Les cyclones sont un révélateur de la misère masquée. On compte 5040 maisons endommagées et 542 maisons complètement détruites, deux morts. Dans la seule commune du Vauclin, 57 maisons ont été détruites. Plus de 300 familles sont actuellement hébergées dans des écoles et des gymnases. Le réseau électrique et d’adduction d’eau a été totalement endommagé ainsi que les réseaux téléphoniques (GSM et fixes). Les choses se rétablissent peu à peu. Mais il faudra compter bien un bon mois pour que l’ensemble de ces réseaux vitaux soit rétabli.
La population n’a pas attendu l’arrivée des secours publics pour relever dignement la tête. On a vu de nombreuses personnes faire preuve d’une solidarité immédiate: des jeunes se mettre à dégager des routes, des propriétaires de tronçonneuses, de camions se mettre bénévolement au service de la collectivité à Fonds Saint Denis,Rivière Pilote, Macouba et ailleurs. Les jeunes en particulier ont suscité par leurs actions de solidarité de nombreux témoignages de sympathie.
Dans les deux îles des aides d’urgence à la population ont été votées par les assemblées locales et décidées par l’Etat. Mais quand parviendront-elles aux pauvres?
Le secrétaire d’état à l’outre mer Estrosi est venu en Martinique et en Guadeloupe une première fois puis une deuxième fois accompagnant le premier ministre Fillon avec un certain nombre de supposés «experts». Fillon a déclaré qu’il reviendrait avant la fin de l’année pour constater l’état de la reconstruction. L’évaluation des dégâts se chiffrerait à environ 500 millions d’euros pour les deux îles. Il est déjà clair que le gros de ces subventions ira aux patrons de la banane et principalement aux gros planteurs et la portion congrue, comme toujours, aux moyens et petits planteurs. Comme le dit un communiqué de nos camarades de la CGTG-Banane: «les dégâts causés par «Dean» sont une aubaine pour certains gros planteurs… En effet, leur gain (subventions en tout genre et indemnisation par les assurances) sera plus important que s’ils avaient exporté leur production. Par contre, pour les petits planteurs, voire certains moyens planteurs ce ne sera certainement pas le cas. En ce qui concerne les ouvriers agricoles, ce sera la misère assurée.» Les patrons de la banane préparent déjà les travailleurs à la perspective du chômage technique et même aux licenciements. L’un des gros planteurs de Guadeloupe, Francis Lignières n’a-t-il pas annoncé sa décision de mettre un terme à l’activité bananière? Voilà quelques années du reste que des patrons de la banane ferment des plantations.
Sous une forme ou sous une autre, ces patrons perçoivent régulièrement toutes sortes de subventions pendant qu’ils licencient les travailleurs. C’est surtout pour ces gens là que les Estrosi et Fillon se déplacent Quand ils parlent de «solidarité nationale», il faut comprendre surtout «solidarité de classe» avec les riches, même si, par peur du mécontentement social, ils octroient quelques miettes aux travailleurs et aux pauvres. Les travailleurs de la banane en Martinique et en Guadeloupe ont déjà fait savoir qu’ils ne se laisseront pas faire!
Les promesses de Sarkozy aux patrons
Un patronat enthousiaste, ovationnant Sarkozy debout à la fin de son discours. Les choses sont claires.
Le discours adressé par Nicolas Sarkozy aux patrons réunis lors de l’université du MEDEF réaffirme son allégeance aux intérêts du patronat et sa volonté d’aller toujours plus loin dans ce sens. Certains ont pu dire qu’il n’avait pas annoncé de mesures concrètes, néanmoins, les orientations sont parfaitement claires et ne doivent laisser aucun doute dans l’esprit des travailleurs: il faudra se battre si on veut arracher quelques avancées, et même pour conserver ce qui reste de nos droits en tant que salariés.
Sur la question des 35 heures: Sarkozy promet d’aller beaucoup plus loin dans l’assouplissement de la loi. Avec les heures supplémentaires, dégrevées d’impôts, liées à l’annualisation du temps de travail et autres assouplissements en faveur des patrons, il ne reste pas grand chose à dépecer dans ce domaine. Il faut donc s’attendre au pire. Cela passerait par une plus grande place donnée aux accords de branche et d’entreprise, les travailleurs devant négocier de façon fragmentée, donc plus faibles face à un patronat uni et bénéficiant du soutien sans faille du gouvernement.
Toujours concernant le monde du travail, le président estime «qu’il faut en finir avec cette idée fausse: pour donner du travail à tout le monde, il faut partager le travail». Il veut aussi en finir avec «la politique de dévalorisation du travail qui depuis 30 ans s’efforce d’empêcher les Français de travailler». La logique du discours n’est pas évidente, mais on peut comprendre qu’il entend faire travailler un maximum ceux qui ont un emploi. Quant à ceux qui sont au chômage, qu’ils y restent, en somme. A ce propos, il a réaffirmé sa volonté de faire fusionner l’UNEDIC et l’ANPE, ce qui en plus des réductions de postes, entraînerait une pression plus grande sur le demandeur d’emploi. Au lieu d’être aidé celui-ci sera « coincé » et pourra mieux être radié dès qu’il aura refusé 2 emplois. Encore un moyen d’imposer aux chômeurs de bas salaires, de mauvaises conditions de travail.
Conformément à la revendication patronale exprimée par la présidente du Medef, Parisot, Sarkozy veut ouvrir la possibilité d’une «séparation amiable» entre patron et salarié, ce qui signifie pour un patron pouvoir licencier plus facilement, sans être tenu par un dispositif légal.
Autre sujet de conflit entre patrons et salariés: l’ouverture des magasins le dimanche. Sarkozy y est favorable, conformément à ce que veulent les patrons de supermarchés. Il ajoute que cela se fera sur la base du volontariat, mais ceux qui travaillent dans ces grandes surfaces savent bien quelles pressions pèsent sur eux, surtout quant ils sont en CDD ou nouvellement embauchés, mais pas seulement.
En ce qui concerne la fonction publique, le chiffre d’un départ à la retraite sur trois non remplacé en 2008 a été confirmé, ce qui entraînera 22 700 suppressions de postes. Que les usagers se débrouillent avec les services publics surchargés donc inefficaces, que les travailleurs des Postes, des hôpitaux, de l’éducation et autres soient écrasés par la charge de travail, cela n’affectera en aucun cas les amis de Sarkozy, qui ont un autre standard de vie.
Quant aux cadeaux aux patrons, la manne va continuer à tomber, et comme on ne sait plus quoi offrir à ceux qui ont déjà tout, on en rajoute à ce qui existait déjà: de nouveaux allégements des charges fiscales et sociales, pourquoi pas? Après le plafonnement de l’impôt à 50% des revenus et l’allégement de l’impôt sur la fortune, Sarkozy entend «aller beaucoup plus loin dans la remise en cause de nos prélèvements sociaux, de la réforme fiscale». Il promet d’aller beaucoup plus loin dans l’allégement de la taxation du travail. «Si on taxe trop le travail, il se délocalise, si on taxe trop le capital, il s’en va» dit-il. Bien sûr, comme toujours, la couverture de ces cadeaux aux patrons est de prétendre qu’ils vont favoriser l’emploi. Mais comme on l’a vu depuis des décennies, le fait que les patrons empochent les subventions ou ne versent pas les charges fiscales et sociales n’a jamais fait diminuer le chômage, ni augmenter le niveau de vie des travailleurs.
Sarkozy s’est également insurgé contre la pénalisation du droit des affaires et s’est opposé à la prise en compte des dénonciations anonymes dans les délits fiscaux. Mesures qui devraient permettre à certains d’avoir les mains (baladeuses) encore plus libres, diront les mal-pensants.
Tout cela se résume dans son appel à la nation à «être rassemblée derrière les entreprises». Tous derrière et les patrons devant! Voilà ce que pourrait être le mot d’ordre du nouveau président. Mais les travailleurs ne l’entendront peut être pas de cette oreille.
Martinique
Après le cyclone, dans les bananeraies, des conditions de travail aggravées
Depuis le 20 août sur les exploitations bananières, moins de la moitié des ouvriers ont été embauchés. Ils s’occupent de la remise en état des plantations. Et ils ont du travail jusqu’au 15 septembre dans la plupart des cas.
Les patrons en ont profité pour imposer des horaires de 6h à 14h30 aux champs et pour leur faire réaliser en une semaine des travaux qui en nécessitent normalement trois. Pour ce faire, les commandeurs ont déployé beaucoup de zèle et de pression. Les ouvriers non informés se sont laissés faire. Beaucoup de femmes ont été écartées de l’embauche car ces travaux sont particulièrement pénibles. On peut noter cependant que sur certaines exploitations les ouvriers agricoles ont su reprendre le travail en imposant des conditions de travail habituelles et pour la totalité des salariés.
Les ouvriers non embauchés ont été mis en congés payés. Les planteurs utilisent aussi les congés de 2008 pour mettre le maximum de salariés au chômage. Les salariés en inaptitude ont été mis en chômage partiel dès le 20 août.
Tout cela est la mise en œuvre de la politique du groupement Banamart. Dans de nombreux cas, même sur les plantations où il existe des délégués du personnel il n’y a eu aucune information, aucune concertation. Les travailleurs n’ont aucune indication sur leurs conditions de travail actuelles et sur leur avenir.
D’ici la première semaine de septembre des salariés en chômage ont décidé de se représenter à l’embauche, pour connaître les intentions véritables des patrons et défendre leurs droits. D’autres salariés et les syndicats de la Banane ont rencontré les planteurs ainsi que le ministre de l’agriculture, pour leur dire qu’ils souhaitaient par-dessus tout que des mesures soient prises pour garantir les salaires et les emplois actuels.
|