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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 8 septembre 2007      N° 972


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Martinique
Après leur rencontre avec Barnier, salariés et syndicats sont méfiants

Le samedi 1er septembre a eu lieu une rencontre entre le ministre de l’agriculture Lucien Barnier, les salariés et les syndicats. Les travailleurs tenaient à faire connaître leurs inquiétudes sur l’avenir. En effet leur salaire n’est pas assuré par le chômage partiel, ni leur retour à l’emploi.
Le ministre n’a pu leur garantir ni l’un ni l’autre. Le chômage partiel sera prolongé au-delà des délais légaux. Mais c’est une mesure qui n’est pas satisfaisante. Ils subissent une perte de salaire sur une longue période et ne sont pas sûrs de retrouver leur emploi. Le directeur du travail assure que les salaires seront garantis car il y a un accord national étendu qui vient d’être signé et qui aligne l’allocation sur le taux du SMIC. Il propose une réunion début septembre pour exposer le nouveau dispositif. Aucune mesure de reconversion n’a été prévue alors que le «FAFSEA», le fonds pour la formation dans l’agriculture, a déjà mobilisé 12 millions d’euros et pourrait faire plus pour des formations après l’annonce des dégâts causés par Dean. Il semble que ce soit le groupement Banamart qui s’oppose à l’utilisation de ces fonds pour la reconversion des salariés.
En tout cas, les salariés n’ont pas dit leur dernier mot et restent vigilants. Des réunions ont commencé à se tenir ça et là pour faire le point et se préparer à faire face à la situation.



Silence radio sur les méfaits de Dean en Caraïbe

Entre le 17 et le 23 août, le cyclone Dean s’est abattu sur la Caraïbe, provoquant des dégâts considérables.
Environ 50 000 personnes ont été victimes de l’ouragan à Belize, à la Jamaïque, à Sainte-Lucie, à la Dominique et en Haïti. Ce sont des centaines de familles qui se retrouvent sinistrées, privées d’eau potable, de nourriture et de produits de première nécessité. Les inondations et les vents en sont la cause: des maisons et des plantations d’arbres à pain, de mangues, de pamplemousses, de bananes et d’avocats ont été saccagées.
Mais sur les dégâts considérables subis par nos voisins, silence radio, silence télé. Les médias de Guadeloupe ont été parfaitement muets. Par contre on a toujours droit au moindre petit fait divers parfois insignifiant. Les poignées d’amour de Sarkozy en vacances seraient-elles plus importantes que la situation économique et sociale des îles voisines, même de la Dominique, plus proche pourtant de la Guadeloupe que la Martinique?
Il est inadmissible que les médias de la Guadeloupe, archipel faisant partie intégrante de la Caraïbe, n’aient diffusé aucun reportage relatant la situation de nos voisins, après le passage de Dean.



Haïti
Après le passage de Dean

Le bilan officiel des victimes de l'ouragan Dean en Haïti est de 9 morts, un disparu et 25 blessés. La protection civile a fait état de plus de 4000 familles sinistrées, plus de 1000 maisons détruites et plus de 3000 maisons endommagées, dans les départements du Sud, du Sud-est, de la Grande-Anse, des Nippes et de l'Ouest.
Une quarantaine d'écoles ont été également endommagées. Dans ces départements, des jardins (maraîchers) ont été ravagés et plus de 800 personnes hébergées. Le responsable de la protection civile attend le décaissement des fonds promis par le gouvernement afin d'intensifier l'assistance aux sinistrés. A ces dégâts s’ajoutent les atteintes journalières liées au chômage, aux bas salaires, aux logements insalubres. La rentrée scolaire est prévue pour le 10 septembre et les parents n’ont pas d’argent pour acheter le matériel nécessaire ou payer «l’écolage».



Brèves... Brèves...

Chat échaudé...
On se souvient qu'après le cyclone Hugo, une série d'aigrefins, chenapans véreux, ont cherché à s'enrichir dans le cadre de la reconstruction, avec des montages douteux et des livraisons incomplètes. Certains ont été traduits en justice. D'autres ont pris la fuite. Certains politiciens ont été complices de ces malversations! Alors, attention en Martinique!
Vigilance et maximum de contrôle de la population ne seront pas de trop!

Que leur faut il encore savoir?
« L'état de catastrophe naturelle », qui conditionne la couverture de certains dommages, tarde à être déclaré. Il le sera le 20 septembre en commission interministérielle! Cette commission se base pour cela sur « l'intensité anormale du phénomène en fonction de données recueillies sur le terrain ». Attendre encore! Les centaines de sans-abri, les milliers de maisons endommagées en Martinique et les dégâts aussi en Guadeloupe ne leur suffisent pas.

Courage, Fillon!
Et pourtant Fillon est, selon ses dires, venu aux Antilles pour aller vite et faire en sorte que tout aille vite. Mais il leur faut un mois et demi pour déclarer l'état de catastrophe naturelle... ou pas! Pourquoi est-il venu, alors?



Martinique
Après Dean: une répartition bien inégale des aides

Lorsque les premiers chiffres évaluant les dégâts occasionnés par l’ouragan Dean ont été publiés, les journalistes se sont fait l’écho des préoccupations des gouvernants. Qui va payer, mais aussi où sera envoyé tout cet argent nécessaire?
Le gouvernement français a bien vite trouvé la réponse.
Quels sont les chiffres?
Après le passage de ses experts, l’évaluation actuelle des dégâts sur la Guadeloupe et la Martinique s’élève à 500 millions d’euros.

Qui va payer?
D’après les communica-tions faites à l’issue de la réunion interministérielle du 29 août présidée par Sarkozy et à laquelle étaient conviés les élus des deux îles, les assurances devraient rembourser les biens assurés à hauteur de 185 millions d’euros après la reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle des communes. Pour la Banane le gros de l’indemnisation devrait se faire par le biais du Fonds de Solidarité de l’Union Européenne, spécifique aux catastrophes.

Des aides pour qui?
Les organisations patronales ont bien vite annoncé les chiffres de leurs pertes et mis en place les procédures «ad hoc» pour recueillir les indemnisations nécessaires au redémarrage de leurs productions. D’abord celles du secteur bananier. Dès le lendemain, les dirigeants des groupements bananiers réunissaient leurs adhérents et rendaient publics leurs chiffres. Pour faire plus vrai, ils emmenaient les ministres en visite sur leurs terres. Et moins d’une semaine après le passage de Dean, Estrosi, le secrétaire d’état à l’Outre-Mer leur annonçait une aide de 115 millions d’euros. Les autres professionnels, ceux de la pêche, de l’agro-alimentaire ou du tourisme faisaient valoir également l’importance de leurs pertes.
Sarkozy a affirmé que la relance économique des Antilles était au cœur de ses préoccupations. Bon.
En dépêchant ses ministres, Estrosi le secrétaire d’Etat à l’Outre-Mer, puis Fillon, le premier ministre et enfin Barnier, le ministre de l’agriculture, il a voulu montrer sa réactivité mais surtout marquer le terrain politique. Les ministres étaient chargés de se faire une première idée des dégâts et d’annoncer des premières mesures. Ils ont annoncé que «des délais de paiement supplémentaires seront accordés aux entreprises pour les impôts et cotisations sociales», que «l’Agence française du développement (AFD) sera mobilisée et proposera des crédits de trésorerie aux entreprises et des prêts bonifiés en direction des collectivités territoriales» ou que «le tourisme sera relancé par la création d’une cellule de communication et la mise en place d’offres promotionnelles». En définitive, même si le cyclone est un coup dur, tous ces gens là, les possédants, ceux qui ont accumulé des biens et du profit, arriveront à s’en sortir. Ils peuvent plus facilement être aidés par les «experts» en tout genre. Pour le gouvernement, « faire redémarrer l’économie », c’est permettre aux patrons de recommencer, de faire des profits et de distribuer quelques miettes aux salariés et à la majorité de la population pauvre. Ils sauront le faire, et, comme ils le disent «rebondir».

Et la population laborieuse?
Qu’en est-il des biens non assurés des particuliers et des plus petites entreprises, souvent des petits artisans ou commerçants? Il est dit qu’ils devraient être indemnisés, sous certaines conditions, par un Fonds de secours de l’Etat, sur la base des déclarations remises en mairies par les sinistrés et relayées par le préfet de région dans un délai de 3 à 5 mois.

Qu’est ce qui lui sera remboursé?

Pour les plus démunis, qui sont nombreux, quelques matelas, quelques feuilles de tôles, un peu d’électroménager! Et encore! Comme le disaient certaines personnes, « on nous demande de passer à la mairie en amenant des factures, des photos et je ne sais quoi comme éléments de preuve, mais on a tout perdu, ou tout a été mouillé »!
Pour ces gens-là, les petites gens et spécialement pour ceux qui avaient tout perdu, le gouvernement a débloqué, la semaine suivant le cyclone, une aide exceptionnelle de 300 euros par personne et 80 euros par personne supplémentaire à charge, soit 75 000 euros. Pour cela il a fallu réunir, les présidents des collectivités, les maires, les députés, les sénateurs, pour bien déterminer qui, dans chaque commune, était suffisamment nécessiteux pour pouvoir bénéficier de telles largesses. Aujourd’hui cette aide d’extrême urgence aurait été réajustée et l’on parle de 225 000 euros. A voir. Quant aux salariés, ils sont nombreux à être particulièrement mis à l’épreuve en cette période. D’abord ceux des habitations de banane ou de canne et tous les autres qui seront mis au chômage technique, ou au chômage partiel, ou qui perdront carrément leur emploi, en recevant une indemnisation de 60 à 70% de leur salaire de misère, ou rien du tout.
Autant dire que ce sont les mêmes, les plus gros, les plus forts, les plus exploiteurs aussi qui sont prêts à recevoir les plus grosses aides pour faire redémarrer l’économie de la Martinique et de leurs portefeuilles.
Ce n’est pas en se payant de mots, comme l’ont fait certains élus, sur les secours, la solidarité aux Martiniquais, que cela change grand-chose à cette façon de répartir les aides.
Pour contrôler l’aide, les secours ou la solidarité, les travailleurs salariés ou non, dans les quartiers, dans leurs habitations auraient intérêt à le faire eux-mêmes. Il en est de même pour les « aides à l’amélioration de l’habitat précaire» promises. En s’organisant par exemple dans des comités de suivi et de surveillance populaires, ils pourraient, de façon collective sans avoir à s’en remettre complètement aux maires ou au préfet, recenser les besoins des leurs, et veiller à ce qu’aucun d’entre eux ne sorte appauvri et avec des difficultés supplémentaires de cette triste période.



Martinique
Dean: flambée des prix attendue

Le prix du pain a augmenté ou va l’être. Là, ce ne serait pas la faute de Dean, mais d’une pénurie de blé. Les prix des produits fabriqués à partir du blé et qui constituent souvent la nourriture de base, telles les pâtes, devraient suivre le même mouvement.
Banane, produits maraîchers et vivriers, pêche, etc.: tous ces secteurs sont également «sinistrés». Et on entend déjà parler de hausses inéluctables des prix. Un peu comme si on voulait préparer la population, alors que ses sources de revenus sont touchées.
Dean est parti, mais c’est à un autre type de difficultés que la population va devoir faire face.
Le gouvernement pense aux riches en allégeant leurs charges. La vigilance des victimes de Dean et de l’ensemble de la population sur tout ce qui concerne leurs conditions de vie ne sera pas de trop. C’est ce qu’ont commencé à faire les travailleurs de la Banane face à Barnier le ministre de l’Agriculture.



Jamaïque
Après Dean, des sans-abri occupent des logements inachevés

Des milliers de Jamaïcains ont eu leur logement détruit. Il y a bien des chèques d’aide aux sinistrés, mais c’est le dénuement pour beaucoup. C’est ainsi que plusieurs centaines de personnes ont décidé d’occuper 75 logements. Ces maisons avaient été construites par le gouvernement vénézuélien dans la zone de Sainte Catherine pour les victimes de l’ouragan Ivan. Mais le gouvernement jamaïcain, n’a pas installé de routes d’accès à ces logements, ni d’eau, ni d’électricité. Rien n’est prévu pour terminer ces logements.
Cependant le député du coin, candidat du PNP au pouvoir condamne cette occupation. Il n’a pas de scrupule à demander qu’ «on jette dehors» les occupants et d’ajouter qu’ «ils n’ont qu’à suivre la procédure» pour obtenir un logement. Les occupants tiennent bon. Ils déclarent qu’ «ils n’ont nulle part où aller.»



Ouragan Dean
Graves dégâts à la Dominique

La Dominique, entre la Martinique et la Guadeloupe, a gravement souffert du passage de l’ouragan Dean. Elle a perdu 100% de sa récolte bananière. D’autres cultures sont aussi détruites par la violence des eaux, beaucoup de ravines ayant débordé.
Particulièrement au sud de l’île, des toits ont été arrachés, des arbres et des poteaux électriques sont tombés, bloquant les routes et supprimant l’électricité à des centaines de personnes. Le téléphone a été coupé, mettant certaines zones (Soufrière) dans l’isolement total. Ailleurs (Bagatelle, Fonds Saint Jean), la mer a envahi. Des pêcheurs ont tout perdu. A Campbell, avec la destruction de leur maison dans un éboulement, deux personnes sont mortes. A Salisbury, l’école primaire, assez importante, a perdu son toit et beaucoup de matériels.
Les plus gros planteurs s’organisent pour obtenir des aides des organismes des îles sous le vent, du CARICOM et des Nations Unies. Signalons que les pertes de la banane sont de 80% à Sainte Lucie et de 10% à St Vincent. Les gros planteurs se disent rassurés par les promesses du gouvernement. Qu’en sera-t-il des petits planteurs et des ouvriers agricoles? Qu’en sera-t-il des plus démunis, pas aussi bien organisés?