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Organisation communiste révolutionnaire (trotskiste)
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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 8 septembre 2007      N° 972


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La crise boursière ou la débilité du système capitaliste

A la fin du mois dernier, les cours des bourses du monde entier s’effondraient, provoquant de si grandes inquiétudes dans le secteur économique que les banques centrales durent intervenir et injecter des fonds colossaux dans le circuit pour juguler la crise ou du moins l’enrayer.
L’origine de cette nouvelle crise du système capitaliste remonte à une arnaque opérée sur des travailleurs américains, principalement de la Californie qui connaissait un boom immobilier avec la construction de cités champignons.
Des ménages aux revenus modestes ont pu devenir propriétaires après avoir obtenu des prêts hypothécaires à taux variable (subprime).
Cette «subprime» est en fait un prêt scandaleux où les taux d’intérêts ne sont pas stables, et peuvent augmenter à tout moment. Cette subprime est une escroquerie qui fait de l’acquéreur une victime de prêteurs prédateurs.
Des milliers de petits propriétaires trop endettés pour rembourser les échéances de leurs crédits se retrouvèrent donc soumis à des procédures de saisie: 1,1 million de procédures de saisie de logement aux USA en un semestre!
Cette crise du crédit qui affecte évidemment en priorité les classes défavorisées provoqua la chute des valeurs immobilières, mais aussi la faillite de nombreux établissements de crédit hypothécaire.
Mais la crise n’a pas touché que les spécialistes de la «subprime», beaucoup de banques américaines mais aussi étrangères avaient des participations dans le capital de ces sociétés et se trouvaient du même coup prises dans l’engrenage.
Les banques centrales des grands pays sont aussitôt accourues à la rescousse de ces gros banquiers en injectant des sommes énormes pour enrayer les faillites.
Les rapaces capitalistes ont donc encore une fois provoqué une crise, mettant en jeu l’avenir du monde entier et ce sont les Etats par l’intermédiaire des banques centrales qui payent. Parler d’Etats, c’est dire que se sont les contribuables, les classes populaires, qui payeront la note.
A noter que la Banque de France devra donner 15% des 180 milliards de la Banque Centrale Européenne, soit environ 30 milliards d’euros: c’est deux fois plus que le déficit de la Sécurité Sociale, qu’on qualifie «d’abyssal».
On le voit, une fois encore, les financiers n’ont aucune difficulté à obtenir que les fonds publics servent à les secourir, tandis que pour les travailleurs c’est toujours et encore plus de restrictions.



Jamaïque
Elections générales sur fond de misère et de violence

Le 3 septembre, 1 300 000 Jamaïcains, pour une population de 2 800 000 personnes sont invités à élire 60 députés. Le parti gagnant formera le gouvernement. En face du PNP, People’s National Party (parti national du peuple) au pouvoir depuis 1989, le JLP, Jamaican Labour Party (parti travailliste). Ces partis en constante opposition ont utilisé la violence pendant des années: de véritables gangs armés, à leur solde, les “gunmen”, ont tué à chaque élection. En 1980, près de 900 personnes sont mortes de violences électorales.
Cette année, l’ouragan Dean a fait des sans abris par milliers et de gros dégâts: destruction de plantations de banane, de bâtiments publics. Le 1er ministre, leader du PNP a reporté alors les élections. Le JLP lui a reproché d’avoir communiqué la date tardivement. Puis deux sondages différents ont donné le JLP gagnant. Ces enjeux électoraux et la misère accrue par l’ouragan font un mélange explosif. Quatre personnes ont été tuées: le chauffeur d’un candidat JLP, deux hommes dont un policier, la nuit dans un bar appartenant à un membre connu du JLP et une quatrième personne proche du JLP. Les deux partis se renvoient la balle. Mais des commandos de “gunmen” ont été vus.
L’actuel premier ministre est une femme - pour la première fois en Jamaïque - Portia Simpson Miller. C’est sa première élection en tant que leader du PNP. Elle remplace en effet depuis 2006 l’ancien premier ministre P.J. Patterson. Son parti se targue d’avoir amélioré les conditions de vie des Jamaïcains. Son concurrent est Bruce Golding le leader du JLP qui promet de mettre fin au crime et à la corruption.
PNP et JLP depuis des années se contentent de promesses. Mais la misère, les immenses ghettos montrent que rien n’a changé pour les masses pauvres. Quant à la violence, elle est permanente et celle qui est organisée par les gangs à la solde des deux partis en période électorale ne fait qu’entretenir la violence quotidienne de bandits armés qui à longueur d’année sèment la terreur dans l’île.



Suzie Anduse-Dahomay

Le décès de Suzie Anduse-Dahomay a causé un grand émoi en Guade-loupe. Cette militante du mouve-ment natio-naliste gua-deloupéen était en effet très connue de par ses activités politiques, syndicales et associatives. Elle faisait partie de cette génération de jeunes éveillée à la vie politique et aux idées nationalistes dans les années 60, marquée par l’oppression coloniale et les tueries de Mai 67. Elle milita ensuite à Bordeaux dans le cadre de l’association générale des étudiants guadeloupéens, l’AGEG. Puis à son retour avec son mari Rolland Anduse et bien d’autres elle milita activement dans les syndicats UTA et UGTG et aussi à l’UPLG (Union Populaire pour la libération de la Guadeloupe). Elle poursuivit son combat militant ensuite principalement à l’UGTG. C’est d’ailleurs au cours d’un exposé à ses camarades qu’elle fut surprise par l’hémorragie cérébrale qui devait l’emporter quelques semaines plus tard. Elle est décédée à Paris le 12 juillet 2007. Assistante sociale elle contribua à aider de nombreuses familles et de nombreux jeunes en difficulté.
Des centaines de personnes sont venues lui rendre un dernier hommage, chez elle, à Morne à l’eau puis le lendemain au crématorium de Blanchet où ses camarades de l’UGTG organisèrent un cortège émouvant. Elle était membre de la famille Dahomay, sœur de notre camarade Lita. Nous avions une vision politique différente et dans le passé de très vifs échanges nous ont opposés à Suzie comme il est courant entre militants de courants opposés et convaincus de la justesse de leurs idées. Mais il n’en existait pas moins un respect mutuel pour l’action réciproque que nous menions chacun parmi les travailleurs en dehors même des liens personnels et familiaux qui existaient entre elle et plusieurs de nos camarades.



Il y a 50 ans, la création du “Parti Communiste Martiniquais”

Il y a 50 ans, Le 21 septembre 1957 la fédération de la Martinique du parti communiste français devenait le Parti Communiste Martiniquais. Un des principaux fondateurs était Léopold Bissol. Ce changement de nom et pas vraiment de politique correspondait cependant à un léger recentrage. En effet la période de décolonisation mondiale et l’émergence des idées autonomistes ou indépendantistes dans une fraction de la jeunesse avaient conduit la fédération à affirmer une certaine autonomie par rapport au parti communiste français avec l’accord de ce dernier. Ce fut le cas aussi pour la fédération communiste de la Guadeloupe. Mais le changement s’arrêtait là.
Pourtant pendant longtemps les communistes de Martinique ont cristallisé autour d’eux les espoirs de milliers de travailleurs qui se battaient contre l’exploitation du patronat et les méfaits du colonialisme.

Le « groupe Jean Jaurès » dans le bain des luttes ouvrières
Les travailleurs ont mené des luttes nombreuses, mémorables, depuis le début du vingtième siècle. En 1901 les ouvriers des champs de cannes, comme ceux des usines sucrières ou ceux de la ville, exploités par les békés ou la bourgeoisie furent sensibles aux idées socialistes développées par Lagrosillière (Lagro) et le Parti Socialiste Martiniquais. Et ce, jusqu’en 1919 où Lagrosillière trahit les travailleurs en signant un pacte électoral avec le béké Fernand Clerc, l'un des hommes les plus riches en Martinique.
Un groupe de militants refusa de cautionner cette trahison et, le 19 décembre 1919, il fonda le « groupe Jean Jaurès". Jules Monnerot, Léopold Bissol, J. Del, Juvénal Linval puis André Aliker se réclamaient de la révolution Russe de 1917 et défendaient la lutte des prolétaires dans leur journal Justice qui sera la vitrine du mouvement communiste en Martinique.
Ce groupe organisa les travailleurs des villes et des campagnes, dénonçant l’exploitation des békés qui étaient protégés par les gouverneurs coloniaux et la loi française. Pour preuve, l’assassinat d’André Aliker le 12 janvier 1934 commandité par le béké Aubéry dont il avait dénoncé les vols à l’usine du Lareinty. Durant les années 1930, les manifestations de la classe ouvrière se multiplièrent comme partout dans le monde. La marche de la faim de février 1935 obligea les békés à céder des augmentations de salaire aux ouvriers de la canne. De jeunes militants se réclamant du communisme: H. Bayardin, G. Gratiant, V. Lamon, T. Lero, René Ménil formèrent le groupe «Front Commun», et fusionnèrent avec le groupe Jean Jaurès en octobre 1935, ils seront le noyau de la Fédération communiste qui adhérera au Parti communiste Français en 1937.
Sur la lancée de la grève générale de juin 36 en France, les manifestations de la classe ouvrière se multipliaient en Martinique. Le 25 octobre 1936, les militants communistes J. Monnerot, A. Duféal, L. Bissol, V. Lamon, J. Del, G. Gratiant, R. Ménil furent à l’origine de «l’Union des Syndicats martiniquais». Ce syndicat fut une arme importante pour la défense des revendications essentielles des travailleurs. Par la suite il devint « l’Union départementale de la CGT française », aujourd’hui la CGTM.
La popularité des représentants communistes eut sa conséquence électorale. Ainsi, en 1937 c’est un ouvrier, L. Bissol, qui est élu au conseil général de la Martinique.

Vers le PCM
Après avoir connu la clandestinité durant la guerre sous l’Amiral Robert, la Fédération communiste retrouva le vote des travailleurs et en novembre 1945 deux communistes, Bissol et Césaire, furent élus députés. En 1946, ils furent à l’origine de la loi de la départementalisation des colonies des Antilles.
La fédération martiniquaise connut un revers important causé par la démission d’Aimé Césaire en 1956. Il l’expliqua par l’invasion de la Hongrie par les troupes staliniennes, mais l’essentiel de sa « Lettre à Maurice Thorez » consiste en une justification d’un tournant vers le nationalisme modéré, débarrassé de toute référence au communisme, qui se concrétisa dans la création du Parti progressiste martiniquais (PPM) en 1958.

Parti Communiste ou Stalinien?
Mais ce communisme n’avait plus grand chose à voir depuis longtemps avec les idées de Lénine, avec la révolution et l’internationalisme prolétarien. Les dirigeants s’en revendiquaient en théorie, mais en fait suivaient le cours de la bureaucratie stalinienne au pouvoir en URSS depuis la fin des années 1920. Ce cours consistait entre autre à faire en sorte que les partis communistes du monde fondés dans le sillage de la révolution d’octobre soutiennent et mobilisent les travailleurs de manière à susciter une force d’appoint à la bureaucratie stalinienne en guerre froide avec l’impérialisme mondial. Mais lorsque les montées ouvrières en arrivaient au point où elles pouvaient dépasser cette limite et entrer dans un processus de révolution sociale, le stalinisme directement ou par l’intermédiaire de ses partis satellites se chargeait de les briser. La bureaucratie stalinienne utilisa le prestige de la révolution russe et l’autorité qu’elle en tirait pour mieux étouffer dans le monde toute perspective révolutionnaire réelle et maintenir ses privilèges de couche sociale parasitaire au pouvoir en URSS. La liquidation physique de toute une génération de militants révolutionnaires, léninistes, trotskystes fut ainsi programmée et mise en œuvre à grande échelle en URSS et parfois dans d’autres pays.

Et maintenant?
Bien des militants voire des dirigeants ouvriers des Partis communistes aux Antilles comme ailleurs se sont sincèrement battus pour l’idéal communiste avec la révolution sociale en ligne de mire. Tous n’ont pas été complices conscients de la politique stalinienne, même s’ils étaient en réalité les rouages d’une politique qui les trompait. Certains à cette époque des années 20 et 30, dans un certain nombre de pays, ont choisi la rupture non pas avec le communisme mais avec le stalinisme. Mais dans certains pays, surtout coloniaux, un certain nombre de militants éloignés, manquant d’information, aux prises avec la répression coloniale constante n’ont pu bénéficier de l’apport théorique de Léon Trotsky par exemple. Et certains intellectuels ont refusé de penser par eux-mêmes au-delà de l’alternative: stalinisme ou réformisme modéré de gauche ou de droite, stalinisme ou réformisme nationaliste. Ils ont, aujourd’hui encore, leur part de responsabilité dans le retard de la révolution socialiste mondiale.
Aujourd’hui, l’évolution du PCM a confirmé cette tendance. De plus, les scissions, démissions, querelles, la démoralisation ont miné un parti affaibli. Les luttes ouvrières offensives du début du siècle dernier et jusque dans les années 1970 parvenaient encore à masquer le réformisme ou le nationalisme modéré du PCM et à en faire aux yeux de beaucoup encore un « Parti communiste ». Mais aujourd’hui, le «roi est nu». Le recul des luttes ouvrières de la période montre la politique du PCM sans masque, une politique réformiste nationaliste modérée à la remorque de la petite bourgeoisie locale.
Il reste que ce parti se dit encore (mais pour combien de temps?) communiste et que si en son sein existent des militants communistes sincères, combatifs, jeunes, ouvriers, l’espoir peut alors demeurer qu’avec d’autres tendances du mouvement communiste et ouvrier, dont la nôtre par exemple, se forge un pôle communiste révolutionnaire pour impulser un nouvel élan aux luttes ouvrières, retrouver les traditions de lutte du mouvement ouvrier et trouver ensemble la voie qui devra mener un jour à la révolution prolétarienne.