|
|
|
PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES - Samedi 22 septembre 2007 N° 973
Sommaire > Page suivante > Accueil > Archives > e-mail
À la Une
ÉditorialAffaire du Chlordécone
Ces criminels qui nous dirigent...
«Une affaire pire que celle du sang contaminé», c’est l’opinion exprimée par le professeur D. Belpomme, à propos de l’affaire du Chlordécone. Dans son rapport présenté le 18 septembre devant la chambre des députés, le professeur parle d’une augmentation importante du nombre de cancers de la prostate, de la présence chez presque tous les nouveaux nés de traces de pesticides. Accablant donc. Quand on prend connaissance du dossier, on n’est pas loin de penser que le cancérologue dit vrai, même si les preuves scientifiques irréfutables sont encore à rechercher.
Tout d’abord, ce pesticide interdit en France depuis 1990 pour sa nocivité est autorisé en Guadeloupe et en Martinique jusqu’en 1996. Pourquoi cette autorisation? Serait-ce parce qu’il s’agit d’anciennes colonies? En tout cas cela va permettre à certains de continuer à s’enrichir par la production et la vente du produit et aux grands planteurs de bananes de gonfler leur fortune grâce à des rendements plus élevés. Et aujourd’hui on fait mine de découvrir les conséquences désastreuses sur la santé des populations de la Guadeloupe et de la Martinique. D’ailleurs on ne sait toujours pas toute la vérité. Un jour, tel spécialiste parle de drame, le lendemain, un autre spécialiste minimise. La communication du professeur Belpomme ne vient-elle pas de déclencher une véritable bataille médiatique? L’Institut de veille sanitaire soutient qu’aucune donnée fiable ne vient confirmer ses dires. Un de ses chercheurs reconnaît certes que les pesticides sont présents dans le sang de presque tous les habitants de Guadeloupe et de Martinique, mais, selon lui, cela ne veut pas dire pour autant que c’est la raison du nombre important de cancers de la prostate. L’AFSA (agence française de sécurité alimentaire) quant à elle soutient qu’il n’y a pas lieu d’affoler la population, et qu’il suffit de prendre des précautions en ce qui concerne l’alimentation: par exemple ne consommer certains aliments que deux fois par semaine. De qui se moque-t-on? J.J Bros, le préfet de la Guadeloupe, après le député E. Jalton ne vient-il pas de déclarer, à la suite des propos du professeur Belpomme qu’il ne faut pas exagérer car on risque de faire peur aux touristes, et de porter préjudice aux profits de certains? Pour L.D.Bertome, président de la chambre d’agriculture de la Martinique «Belpomme enfonce la Martinique», quant aux planteurs de la filière banane, eux se disent «choqués»!
Il n’y a donc que l’argent qui compte, quitte à empoisonner des milliers de gens. Il en a été de même dans l’affaire du sang contaminé: on connaissait l’existence d’un procédé permettant d’éliminer les virus possibles, mais cette technique étant propriété d’une société étrangère, les responsables français, dont des ministres, ont préféré laisser empoisonner des milliers de malades en attendant que les laboratoires français mettent au point une technique. Et ces gens là ont eu le cynisme de se déclarer non responsables.
Voilà bien longtemps que les travailleurs de la banane et les militants dénoncent les dangers des pesticides. Eux, n’avaient pas besoin de laboratoire sophistiqué. Ils constataient à l’œil nu les dangers du Temik et autre Kepone, Nemacur ou Curlone et le dénonçaient souvent dans les tracts sur les habitations, devant l’indifférence des gros planteurs et des pouvoirs publics et élus. Mais ces travailleurs ont vu leurs camarades brûlés, blessés gravement. Beaucoup en sont morts.
Et dire que l’affaire du Chlordécone a failli être enterrée! Les révélations du docteur Vaquet, cancérologue au CHU de Pointe-à-Pitre qui avait, il y a quelques années noté le rôle important des pesticides dans les cancers de la prostate et «l’infertilité» masculine, avaient provoqué un tollé. On l’a pratiquement obligé de se taire. Puis il y eut les plaintes des associations. Aujourd’hui le scandale éclate et fait grand bruit. D’aucuns réclament la transparence. Pourquoi n’était-ce pas le cas depuis la mise sur le marché du Chlordécone? Il n’est pas impossible que cette affaire connaisse les mêmes développements que celle de l’amiante, celle du sang contaminé et tous ces autres scandales qui mettent en danger la vie des peuples. Car dans cette société les profits des grandes entreprises, les profits capitalistes, sont au-dessus de tout et même de la santé et de la vie de millions de gens.
Négociations des banques AFB - Va-t-on vers un nouveau conflit?
Une délégation de l’AFB (Association française des banques) est venue négocier la convention collective en Guadeloupe les 12, 13 et 14 septembre derniers. Les discussions n’avancent pas car la délégation de l’AFB n’a qu’une seule idée en tête: imposer la convention collective nationale et de ce fait supprimer les acquis des salariés. Ainsi concernant la prime de vie chère de 40%, l’AFB veut tout simplement la supprimer et parle de la maintenir jusqu’en 2012 pour les anciens salariés. Cette idée de supprimer les majorations pour prime de vie chère, de 20 à 40 %, selon les secteurs (banques, assurances, certaines mutuelles) est dans la tête de tous les patrons en ce moment. Tous les gouvernements, depuis la présidence de V. Giscard d’Estaing, ont déjà tenté de s’en prendre à cette prime. Mais à chaque fois, ils se sont heurtés à l’opposition farouche des agents de la fonction publique. Le dernier mouvement en date étant la grève des ATER (étudiants chercheurs de l’université) qui se sont battus contre la suppression des 40 %. Face à leur mobilisation, le gouvernement a reculé mais rien ne dit qu’il n’essaiera pas à nouveau.
Les travailleurs des banques doivent se préparer à la lutte s’ils ne veulent pas voir baisser leur pouvoir d’achat. Mais ils sont loin d’être les seuls concernés. Et c’est la raison pour laquelle ils doivent avoir le soutien de l’ensemble des travailleurs. Le patronat avec l’aide du nouveau président de la république et de son gouvernement a le sentiment d’avoir les mains libres pour attaquer les travailleurs en revenant sur des avantages acquis, en aggravant les conditions de travail. Mais surtout il veut obtenir la suppression des quelques mesures qui continuent à protéger, très faiblement d’ailleurs, les salariés contre le droit des patrons à licencier quand et qui bon leur semble. Cela par une modification du Code du travail en instituant un nouveau contrat de travail. L’heure est donc à la lutte et ce n’est que ce langage là que les patrons peuvent comprendre.
En ce qui concerne les banques AFB, on se souvient du long conflit de 81 jours, du 22 décembre 2003 au 12 mars 2004. A l’époque l’AFB avait tenté un passage en force en voulant imposer la convention collective nationale de 2000 moins avantageuse. Les employés des banques AFB, se sont battus pour le maintien de leur convention locale de 1977. Le tribunal leur a donné raison et avait estimé que la dénonciation de la Convention Collective ne s’était pas faite dans les règles et qu’il fallait recommencer la procédure. Les responsables des banques AFB (BFC, BNP, SGBA et BDAF) ont toujours refusé le paiement des jours de grève à tous les grévistes malgré deux décisions de justice favorables pour certains grévistes. Ils veulent que les travailleurs paient le prix fort afin qu’ils n’aient plus envie de se battre, mais ils doivent savoir que ceux de Guadeloupe ne vont pas accepter sans réagir une telle régression sociale. La délégation de l’AFB est déjà venue à plusieurs reprises pour des séances de négociation. Mais on sent bien que les représentants de l’AFB font semblant de négocier et espèrent arriver à la date butoir, soit le 31 octobre, avec toujours les mêmes propositions. Car leur volonté est de baisser les salaires des travailleurs des banques en Guadeloupe et ils n’ont aucune volonté de proposer mieux.
Les employés de banques AFB doivent préparer la riposte car il ne faut pas les laisser faire sans réagir. Cela fait 7 ans que ce conflit dure. A chaque fois les différents tribunaux ont donné raison aux travailleurs car la nouvelle convention est une attaque en règle contre les avantages acquis. Les représentants des grandes banques AFB, ne peuvent admettre qu’ils n’arrivent pas à imposer aux employés de banques de la Guadeloupe, de la Martinique et de la Guyane, et dans le cadre de la convention collective nationale, les reculs qu’ils ont pu imposer aux travailleurs de France.
Les employés de banque des DOM ont raison de se battre pour défendre leur niveau de vie. Car les banques, en particulier la BNP PARIBAS font d’énormes profits et veulent donner toujours plus à leurs actionnaires sur le dos des salariés. Il ne faut pas les laisser faire!
REGIMES SPECIAUX DE RETRAITE
Encore une attaque contre les travailleurs!
Le premier ministre Fillon a déclaré que la réforme des régimes spéciaux de retraite était prête et le président y est favorable. Il doit se prononcer formellement le 18 septembre. Il s’agit d’aligner sur le régime normal ces régimes qui permettent à certaines professions pénibles ou à risques de partir à la retraite un peu plus tôt, notamment ceux de la SNCF à 55 ans. Les travailleurs concernés sont ceux d’EDF, de la SNCF, de la RATP, ou certains fonctionnaires. Il s’agit donc d’une nouvelle attaque contre ces travailleurs, qui voient leur durée d’activité prolongée de plusieurs années.
Mais ils ne sont pas seuls à être concernés. Les attaques contre les retraites ont commencé avec le gouvernement de Balladur, qui avait allongé la durée de cotisation de deux ans et demi dans le secteur privé. Le montant de la pension est depuis lors calculé sur les vingt cinq meilleures années au lieu des dix dernières, ce qui le diminue de beaucoup par rapport au dernier salaire. Par la suite, ce sont les retraites de la fonction publique qui en 2003 ont été alignées sur celles du privé, avec une obligation de cotiser 40 annuités au lieu de 37 ans et demi pour obtenir une retraite à taux plein.
Maintenant, le patronat, par la bouche de sa représentante Parisot, réclame du gouvernement le passage à 42 annuités au lieu de 40 pour tous, et que l’âge de la retraite soit repoussé à 62 ans au lieu de 60.
Il est donc clair que les attaques se font morceau par morceau, secteur par secteur, dans le but d’éviter une riposte d’ensemble des travailleurs. Mais chacune d’entre elles concerne tous les salariés puisque ceux qui ne sont pas attaqués aujourd’hui le seront demain.
Les travailleurs qui bénéficient encore aujourd’hui de ces régimes spéciaux ne sont pas des privilégiés, contrairement à l’idée que le gouvernement cherche à ancrer dans l’esprit de ceux des autres secteurs. Ils continuent simplement à bénéficier de ce qui était avant les réformes, un régime normal. Jusqu’ici, ceux qui ont été attaqués successivement se sont battus séparément, et n’ont pas pu obtenir, malgré d’importantes grèves, en particulier des fonctionnaires en 2003, que leur régime soit maintenu. Il ne faudrait pas commettre à nouveau la même erreur. Les travailleurs concernés doivent avoir le soutien de tous.
|