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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 6 octobre 2007      N° 974


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Métallurgie Martinique
A Profilage, un travailleur mutilé

Le mercredi 19 septembre, un jeune ouvrier travaillant sur une planeuse a eu 3 doigts sectionnés. Ce tragique incident est le résultat prévisible d’une situation de tension créée par la direction dans cette entreprise.
La société Profilage Martinique installée à la zone artisanale de Pointe des Grives en Martinique depuis janvier 1996 est une filiale de la multinationale Acélor Mittal. Elle a pour activité principale le profilage des tôles à froid ou par pliage. Elle occupe le marché de la vente de tôles pour les toitures de maison. Elle compte 11 employés (ouvriers et commerciaux) et emploie environ 4 intérimaires ou plus quand la demande est plus forte.
Depuis sa création, cette filiale a toujours fait la pluie et le beau temps sur le dos des employés. C’est ainsi qu’elle a tenté après le passage de plusieurs directeurs venus de France, de profiter de l’absence de représentants syndicaux pour imposer des roulements avec des horaires inadmissibles et sans demander l’avis de l’ensemble du personnel. Quant au directeur actuel, il utilise un commercial de temps en temps en ouvrier d’atelier c'est-à-dire en OS3 (Ouvrier Spécialisé 3), ou propose des primes à la livraison à condition que les ouvriers respectent le port du casque et les chaussures de sécurité, et qu’il n’y ait aucun défaut sur les tôles en fin de chaîne. Bref une vraie carotte accrochée à une certaine hauteur pour qui veut bien sauter haut pour l’attraper. Ce directeur qui n’est d’ailleurs qu’un employé venu de France essaie d’être la bouche, les yeux et les oreilles du grand patron et cherche ainsi à imposer sa propre loi.
A cause de la forte demande en tôles suite au passage du cyclone Dean, ce monsieur a modifié les horaires normaux qui étaient pour les ouvriers de 6 h à 13 h 30 et pour les commerciaux de 9 h à 17 h. Il impose des roulements de 3 fois 7h 30 pour tout le monde. A savoir: une première équipe de 6 h à 13 h 30, puis une seconde de 13 h 30 à 21 h et enfin une de 21 h à 4 h 30.
Bien entendu, l’accroissement des cadences est de mise, et il est demandé au personnel de dépenser toute son énergie selon la manière «travailler plus» de Sarkozy, avec un sous-effectif, la direction s’étant contentée d’embaucher 3 intérimaires, de faire venir un employé de Guadeloupe et un de France pour la période.
Compte tenu des conditions dans lesquelles travaillent les ouvriers de Profilage Martinique, ils sont le plus souvent très fatigués et ne peuvent avoir de bons réflexes. Ils sont en permanence exposés au danger face à ces appareils qui, à longueur de journée, coupent, pressent, plient des plaques d’acier. Le résultat: les doigts sectionnés d’un travailleur.
Cette situation est révoltante, et la réaction des employés ne s’est pas fait attendre. C’est ainsi qu’ils ont décidé le mercredi 27 septembre de suspendre le travail et de demander des explications à leur directeur sur ces agissements. Surpris, celui-ci a été obligé d’écouter les employés et il a changé de ton. Après une heure de discussions, il a accepté de donner sa réponse et de signer un protocole de fin de conflit, le 1er octobre en présence d’un représentant syndical de la métallurgie.



Martinique
Un scandale de la maltraitance de personnes handicapées

L’hébergement dans des conditions déplorables de plus de cinquante personnes atteintes de troubles psychiatriques a fait grand bruit au début du mois de septembre. Cela se passait dans deux structures de la commune de Morne Rouge. La direction de la Santé et du Développement a dû fermer les deux établissements et a pris en charge l’hébergement des résidents dans un petit hôtel de Saint Pierre.
C’est à la suite du passage de Dean que l’affaire a éclaté au grand jour: à cause des dégâts provoqués par le cyclone, le maire Pierre Petit s’est vu dans l’obligation d’alerter le centre opérationnel de Desaix sur la situation des pensionnaires logés dans ces structures. C’est à ce moment là que, comme par hasard, le pot aux roses fut découvert, ou plutôt, que les pouvoirs publics ont été pris la main dans le sac, de négligence, de mépris de la personne humaine, et démission de leur responsabilité aux côtés des plus faibles et des plus démunis.
En effet, la mauvaise gestion des 2 établissements, et surtout les conditions précaires d’hébergement et de soins des «résidents» étaient connues des services autorisés depuis plus de 10 ans. Le médecin chef des actions de santé au Conseil Général, collectivité qui a en charge la politique sociale en direction des personnes handicapées, a reconnu qu’un arrêté préfectoral de fermeture avait été pris à l’encontre des structures depuis 1996...
Pendant toutes ces années, l’Etat par l’intermédiaire de la DSDS, direction de la Santé et du développement social, a pu compter sur la compréhension bienveillante de tous ceux qui, du Conseil Général et donc des élus, à la Direction de l’hôpital de Colson, préféraient se voiler la face. Pourquoi? Eh bien! «pour n’avoir aucun contact avec ces pensions sauvages» comme l’a dit le directeur de Colson. Ils se sont tus, ont laissé faire et aujourd’hui préfèrent dénoncer la tenancière des structures ou, pire encore, les familles.
Ainsi il apparaît que ces gens là, les décideurs, ont préféré se laver les mains. Ils ont laissé l’Etat continuer à délaisser les investissements nécessaires pour l’accueil des personnes fragilisées dans de bonnes conditions, et utiliser l’argent public en priorité pour les plus riches.
Lors d’émissions radio à propos de cette triste affaire, de nombreuses personnes ne se sont pas gênées pour dénoncer l’hypocrisie de tous ces hauts responsables. Ces derniers aujourd’hui au devant de la scène, font mine de découvrir le problème des mauvaises conditions de l’hébergement médico-social pour des dizaines de personnes en difficulté mentale en Martinique. Mais elles sont beaucoup moins bavardes à propos des autres «pensions sauvages» et surtout du manque de structures adaptées à l’hébergement et aux soins des personnes handicapées.



Le budget: une goutte d’eau dans “l’Outre-Mer”

Le gouvernement vient de voter son projet de budget pour 2008. Un budget que Nicolas Sarkozy a voulu, dans sa logique du «travailler plus pour gagner plus», «basé sur la valorisation du travail pour créer de la richesse et de l’activité». Pour ce faire, il va, notamment, supprimer 22 921 emplois à plein temps dans la fonction publique, dont 11 200 dans l’Education Nationale, aggraver le déficit public (271,8 milliards d’euros) avec le coût du paquet fiscal de 8,9 milliards dont 5,1 pour l’exonération des cotisations sociales des heures supplémentaires et le coût de l’abaissement de plafond de la taxe professionnelle (2,9 milliards). Comme on peut le constater, ce projet n’a rien d’original. Comme tous les autres gouvernements, celui de Sarkozy-Fillon continue à pressurer les travailleurs et renflouer de plus en plus chaque année les caisses du patronat.
S’agissant de la «mission Outre Mer» (projet de budget), les priorités affichées de Sarkozy et Fillon sont de «soutenir l’économie et l’emploi Outre-mer, soutenir le développement local en partenariat avec les collectivités territoriales, garantir la sécurité des citoyens et lutter contre l’immigration clandestine, garantir l’égalité des chances des citoyens d’Outre-mer».
Cette mission comporte deux programmes: l’emploi Outre-mer (58%) et les conditions de vie Outre-mer (42%). Le secrétaire d’Etat à l’Outre-mer gérera 3,49 milliards d’euros et le ministère de l’économie, des finances et de l’emploi 158 millions consacrés aux aides directes à l’embauche aux plus défavorisés. Un plus de 15 milliards financerait ces fameux objectifs.
Ces chiffres ne doivent pas faire illusion. En réalité, c’est un budget en stagnation que le gouvernement nous présente. Et puis, ces milliards versés en 2006 comme en 2007 n’ont pas résolu le problème des emplois (30 à 34% de chômage chronique – France 8,4%), du logement, de la précarité. Cet argent va, pour une grande part, dans la poche du patronat. Il finance l’abaissement du coût du travail par l’exonération des cotisations de Sécurité Sociale (867 millions d’euros), en augmentation de 6%. Ce sont là des cadeaux au patronat sans contre-partie, sans parler de ce qui lui sera offert dans le cadre de la zone franche globale qui contrairement à ce qu’on voudrait nous faire croire, ne créera pas d’emplois et ne fera pas baisser les prix. En tout cas, le monde du travail n’a rien à attendre de Sarkozy.



Martinique - Lamentin
Les jeunes enfants pénalisés

Le lundi 24 septembre, une cinquantaine de jeunes parents ont passé une bonne partie de la nuit devant la mairie du Lamentin pour tenter de faire inscrire leur enfant de 2 à 3 ans dans une classe maternelle. Certains couples ont dormi dans leur voiture, d’autres ont dû se partager le travail, un parent se chargeant d’amener à l’école un aîné, l’autre restant planté devant la mairie pour avoir une place.
En effet après la mobilisation des parents en juin dernier, ces derniers ont pu obtenir un rendez vous avec le maire et l’inspectrice d’académie, pour qu’une classe maternelle soit ouverte avec 26 places. C’est par le biais d’un dispositif exceptionnel dénommé «Réseau Ambition Réussite» que la ville du Lamentin a pu obtenir un poste d’enseignant supplémentaire et ouvrir cette classe à l’école Zobda Quitman. Mais bien qu’ils aient pratiquement campé devant la mairie, près de la moitié des parents se sont retrouvés sans solution pour leur enfant.
Et la mairie du Lamentin commente, par le biais d’un de ses adjoints, en disant que …les écoles ne sont pas obligées d’accueillir les enfants avant 3 ans, et avertit que l’an prochain ce sera encore pire, se comportant ainsi comme un relais docile des décisions du pouvoir politique en place.
Voilà un exemple de la situation scandaleuse faite aux jeunes parents. Ces derniers sont victimes des choix délibérés des pouvoirs publics et des élus pour qui la prise en charge et l’éducation des enfants n’est pas une priorité.



Schéma martiniquais de développement, agenda 21 jetés en “RAZIÉ”?

Comme les gouvernements précédents, le nouveau gouvernement s’empresse d’éla-borer une loi-programme pour l’Outre-mer. Il a comme objectif de «renforcer la compétitivité de l’économie et des entreprises d’Outre-mer en privilégiant pour chacun des départements leurs qualités spécifiques». Encore une loi faite soi disant pour le développement économique et la résorption du chômage.
La nouvelle solution miracle est la «zone franche globale», fameuse mesure qui sert à exonérer le patronat des impôts. Le 12 septembre dernier, les élus et les responsables économiques des départements d’Outre-mer ont été reçus à Paris dans le cadre des travaux préparatoires à l’élaboration de cette loi programme.
Le gouvernement avait déjà préparé un avant projet qui doit servir de base de discussion. Alors, que deviendront le Schéma de Développement Martiniquais présenté par la Région en mai 2006 et l’Agenda 21 ou projet de développement durable du Conseil général? Ces deux documents prévus par les lois françaises étaient censés rassembler des propositions économiques pour les territoires concernés. Lors de ses dernières visites aux Antilles, le secrétaire d’Etat à l’outre-mer, Christian Estrosi a bien montré que c’est lui qui menait le jeu. Allant au devant des uns et des autres, assurant chacun qu’il était prêt à «reprendre ou intégrer leurs propositions» et attendait ces dernières pour le 15 octobre 2007.
Mais comment ces propositions pourraient–elles s’intégrer à un projet qui semble déjà bien ficelé? Tout cela est du bluff!
A. Marie-Jeanne, le président du Conseil Régional, devant l’initiative gouvernementale du 12 septembre, a essayé de pousser ses collègues à présenter une unité de façade comme d’habitude pour soi disant parler d’une même voix devant le gouvernement. Mais pour dire quoi? Qu’il faut une nouvelle répartition de la richesse, une autre logique de développement que celle favorable aux capitalistes? Pas du tout. Mais quels qu’ils soient, la responsabilité des élus locaux et leurs propositions de développement pèsent peu face aux décisions gouvernementales. Marie-Jeanne en a encore fait l’expérience même s’il continue à faire des discours sur la responsabilité martiniquaise et la nécessité de la gestion martiniquaise de l’économie. En réalité tout cela ne dérange pas ces élus au service des capitalistes comme ce gouvernement.
D’ailleurs aucun d’entre eux ne s’est opposé au nouveau projet gouvernemental même s’ils savent comme le dit la sénatrice de la Réunion que: «ce canevas s’inspire de la même orientation que les précédentes lois-programmes. Or ces dernières n’ont pas débouché sur des créations massives d’emploi.» Par contre, les patrons et autres capitalistes en ont profité, et ils attendent la prochaine loi, confiants que leurs intérêts et profits seront assurés. Tout cela arrange bien aussi les élus du conseil régional et ceux du conseil général. Par contre, les chômeurs et les travailleurs n’ont rien à attendre de cette loi ni de ces élus, ils ne devront compter que sur leur propre détermination s’ils veulent améliorer leur sort.