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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 6 octobre 2007      N° 974


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Haïti
Un marché pour les patrons guadeloupéens?

Le président de la chambre franco-haïtienne de commerce et d’industrie, Grégory Brandt, est venu proposer aux patrons guadeloupéens d’investir en Haïti. Il est arrivé avec une promesse de 1,5 milliards de dollars octroyés par les bailleurs de fonds pour le développement du pays. Une manne qu’il propose aux entrepreneurs guadeloupéens de manière insistante, expliquant à la télévision que les affaires reprennent. Les activités démarrent dans les zones franches et la main d’œuvre y est toujours à bon marché. Le salaire moyen est toujours de 70 gourdes, moins de 2 euros pour une journée de travail dans les entreprises. Il insiste sur la sécurité et les garanties.
Dans le même temps le prix du pain augmente de 20 % passant de 10 gourdes à 12 gourdes et les grossistes envisagent l’augmentation des denrées à base de farine, prétextant que les cours du blé augmentent au plan international.
Brandt ne parle pas de cela. Il ne parle pas non plus du courant électrique qui est inexistant dans les quartiers populaires tout comme l’eau, de l’hôpital Général délabré qui ne peut assurer les soins aux démunis, de l’épidémie de chique dans le Plateau Central, ou du racket exercé par les bandes armées sur la population de Cité Soleil. Il n’en parle pas car c’est grâce à cette misère que lui et ses semblables, les quelques familles qui contrôlent Haïti, vivent dans l’opulence et offrent un marché aux capitalistes étrangers.



Le premier ministre de la Dominique accusé de corruption

Le jeune Premier ministre de la Dominique, Skerrit Roosevelt, élu en 2005 à l’âge de 32 ans, aussi le leader du Parti travailliste de la Dominique (Dominica Labour Party- DLP), vient d’être accusé de corruption. Deux journaux ont publié des articles qui parlaient à son sujet d’acquisitions de biens immobiliers valant près d’un million de dollars alors que Roosevelt n’a qu’un salaire de 5000 dollars.
Le Premier ministre a porté plainte contre le journaliste Matthias Peltier et le quotidien d’information «Times Newspaper» de la Dominique auteurs des articles.
Mais le chef de l’opposition politique, soi-disant outré, réclame la démission du Premier ministre.
Vu le manque de transparence et de contrôle direct de la population au niveau de l’Etat, il n’est pas surprenant que des chefs de gouvernement quel que soit leur parti politique, confondent biens publics et intérêts privés. C’est courant et en France comme en Guadeloupe ou en Martinique, «on connaît». Il n’est pas surprenant que les dirigeants de l’opposition jouent aussi les «messieurs propres» et plus vertueux que quiconque. C’est de bonne guerre chez ces notables dans la lutte pour le pouvoir. Et la population a intérêt à se méfier tout autant des uns et des autres.



U.S.A.
Il y a 50 ans, une victoire du mouvement noir contre la ségrégation scolaire

Le 26 septembre 1957, le président américain Eisenhower dut envoyer une division de parachutistes pour permettre à 9 élèves noirs de se rendre au collège de Little Rock en Arkansas, un Etat du sud des Etats Unis.
Deux ans plutôt, le 17 mai 1954 la cour suprême, suite à une longue bataille juridique menée par l’aile modérée du mouvement noir, avait déclaré illégale la ségrégation scolaire qui avait cours dans les Etats du sud des USA.
En effet depuis l’abolition de l’esclavage en 1869, la ségrégation sévissait. Les Noirs n’avaient que des droits mineurs. Leur dignité était bafouée. En particulier dans le domaine scolaire les bonnes écoles étaient réservées aux élèves blancs. Les élèves noirs étaient entassés dans des taudis et recevaient un enseignement au rabais.
Cette situation indigne d’un être humain n’était pas acceptée pas les Noirs et par les jeunes blancs progressistes. Ils s’organisèrent pour s’opposer à elle. C’est ce début de mobilisation qui poussa la cour suprême à prendre cette décision en 1954. Les autorités et hommes politiques des Etats du sud traînèrent les pieds pour appliquer la mixité raciale dans les écoles. Cette hésitation, fut perçue par les racistes comme un encouragement à s’opposer aux directives de l’Etat fédéral. Des milliers d’entre eux se mobilisèrent pour empêcher les 9 collégiens d’entrer dans cette école réservée aux Blancs. Le gouverneur de l’Arkansas désireux de récolter les voix des racistes pour assurer sa réélection fit déployer la garde nationale aux côtés des racistes.
Le président de la république inquiet de l’embrasement suite à une probable réaction de la population noire fit pression sur le gouverneur, la garde nationale fut retirée. La police municipale fut incapable de faire respecter les droits de 9 collégiens noirs. L’Etat fédéral devait s’engager. D’autant plus que dans le Sud des mouvements de plus en plus radicaux apparaissaient pour faire respecter les droits des Noirs et aussi pour imposer leur droit de vote. En 1954 une femme noire, enceinte, Rosa Parks, refusa de céder sa place assise à un Blanc dans un bus. Elle fut condamnée pour cela. La population noire boycotta durant deux ans la compagnie des bus de Montgomery en Alabama état voisin, pour obtenir la fin de la ségrégation dans les transports publics. Ce mouvement attira l’attention sur un jeune pasteur Martin Luther King qui commençait à s’imposer comme le chef de file de la lutte contre la ségrégation. Le président Eisenhower se devait d’intervenir pour que le mouvement ne se radicalise pas. Le 26 septembre les parachutistes imposèrent la présence des 9 collégiens noirs.
C’est donc la lutte de la population noire qui permit d’obtenir cette victoire. Ce mouvement pour l’abolition de la ségrégation dans tous les domaines n’était qu’à ses débuts. Il devait encore s’amplifier et se radicaliser pour imposer en quelques années l’obtention des droits civiques, sinon en fait, du moins en droit et une amélioration, même relative, des conditions de vie de la population noire.



Birmanie
Les manifestations contre la dictature

Ancienne colonie anglaise, la Birmanie (43 500 000 habitants) est située au sud ouest de la Chine. C’est un pays agricole assez pauvre qui produit du riz, du teck et du bambou qui sont ses principales ressources avec l’opium.
Des milliers de Birmans ont manifesté pendant plusieurs jours depuis le 19 août dernier dans les principales villes du pays protestant contre la hausse du prix des carburants et des transports en commun. Ils défilaient notamment dans les deux principales villes du pays, Rangoon et Mandalay. Ce sont des milliers de moines bouddhistes, les bonzes, qui sont à la tête des manifestations et qui ont lancé le mouvement de protestation.
Les moines et la population réclament un «dialogue de réconciliation nationale» ou des mesures contre la vie chère. Mais c’est la dictature qu’ils ne peuvent plus supporter. Les militaires au pouvoir depuis 1988 ont tiré sur les manifestants. On parle officiellement de 13 morts dont des moines, et des dizaines de blessés dont un journaliste japonais tué à bout portant. Quant à Aung San Suu Kyi, chef de l’opposition, elle est toujours assignée à résidence surveillée à Rangoon dans une zone déclarée «d’accès restreint».
Le spectre de la répression de 1988 resurgit. Cette année là la population s’était opposée au pouvoir militaire des généraux Ne Win et San Yu acculés à la démission après le massacre par les militaires de plus de 3 000 personnes et des milliers de blessés. D’autres généraux qu’eux ont assumé alors la dictature.
Le mouvement de protestation semble aujourd’hui moins isolé qu’en 1988 car malgré la censure de la junte militaire la pression internationale contient son ardeur sanguinaire. Le principal allié de la junte, la Chine, n’est pas prête non plus, à quelques mois des jeux olympiques de Pekin, à la soutenir sans réserve au risque de gâcher la «future grande fête».
Reste à savoir jusqu’où le régime est prêt à aller pour réprimer violemment la contestation comme il a commencé à le faire le 25 septembre.
Malheureusement, les appels des bonzes à la prière ou les appels des dirigeants de l’opposition à la non-violence ne préparent guère la population à faire face à un tel danger.



U.S.A.
Grève générale chez Général Motors

Le groupe américain de construction automobile Général Motors (GM) a connu une grève générale pour la première fois depuis 1970. L’accord d’entreprise que veut imposer la direction est un recul considérable pour les travailleurs. GM menace de faire baisser les salaires de 5 dollars de l’heure et de déplacer des usines à l’étranger si les travailleurs n’acceptent pas des concessions dans le domaine de la protection sociale, en particulier les retraites.
Le lundi 24 septembre, les négociations entre le syndicat UAW (United Automobile Workers) et la direction ont tourné court. Elles avaient commencé dès le mois de juillet mais achoppaient sur les retraites et surtout l’emploi. Les 73 000 travailleurs des 80 sites de General Motors sur l’ensemble des USA se sont mis en grève, et les transporteurs les ont assurés de leur solidarité. Pour l’entreprise, cela signifiait 12 000 véhicules par jour et 880 millions de dollars par semaine de perdus. Il apparaît cependant que le syndicat a appelé à la grève en accord avec la direction, de manière à redorer son blason, en montrant qu’il est encore capable de réagir face à une telle régression, et pour finalement aboutir à un accord qui satisfait surtout les patrons.
Concernant les retraites, jusqu’ici, l’entreprise assurait la rémunération des retraités de son groupe. La direction veut se débarrasser des 460 000 retraités en instaurant un fond de placement. Selon l’accord de principe intervenu mercredi 26, la gestion de la protection sociale sera désormais assurée par une structure dépendant des syndicats, financée à 70% par GM et à 30% par l’union syndicale. La direction se débarrasse donc de la gestion et d’une partie de la charge.
Concernant l’emploi, GM envisage de ne pas produire aux USA deux nouveaux modèles de voitures. Cette délocalisation pourrait entraîner des dizaines de milliers de licenciements.
Beaucoup de travailleurs ont sans doute été contents de voir que le syndicat appelait enfin à une grève, mais pour faire reculer la direction, ils ne pourront compter que sur leurs propres forces. La grève aura pu au moins leur faire prendre conscience de leur puissance et des pertes qu’ils peuvent infliger à la direction en arrêtant le travail.



Elections en Jamaïque
Au pouvoir depuis 1989, le PNP est remplacé par le JLP

Les élections du 3 septembre dernier ont donné la majorité au JLP, «Jamaican Labour Party» (parti Travailliste) et ont chassé du pouvoir le PNP, Parti National du peuple qui espérait sa cinquième victoire consécutive. Le JLP a eu 34 députés et le PNP, 26. Le nouveau premier ministre est Bruce Golding, 60 ans, leader du JLP dont il a commencé à faire partie à 21 ans. C’est un charivari dans les ministères et les grandes entreprises du pays, banques, compagnies aériennes…à la tête desquels le PNP était installé et qui devront changer de responsables. Appartements, voitures de fonction et privilèges de toutes sortes doivent changer de mains.
La population pauvre, aux prises avec de grandes difficultés de vie, avec le chômage, la violence et dernièrement avec les conséquences de l’ouragan Dean, n’a pas reconduit le PNP, traditionnellement son parti. L’abstention a atteint 40% des inscrits.
Il apparaît que les successeurs de Michael Manley, ex leader du PNP de 1969 à 1992, n’ont pas sa dimension. Ils sont accusés, pour la plupart, «d’ignorer les traditions du parti et de ne pas être concernés par son rôle historique dans la construction» de la Jamaïque indépendante. Manley a participé aux luttes syndicales avec le National Workers’ Union dont il était devenu le président. Il fut élu Premier ministre de la Jamaïque de 1972 à 1980 et de 1989 à 1992. Avec le PNP de Manley au pouvoir, de nombreuses lois favorables à la classe ouvrière, sur le salaire minimum, la reconnaissance des syndicats, ont été votées.
Aujourd’hui c’est le marasme pour une grande partie de la population. Le changement de parti au pouvoir ne suffira pas à régler ces problèmes. Il a bien existé un parti qui se déclarait pour la lutte des classes en 1954. Il n’existe plus depuis 1962. Toute cette violence au sein des couches pauvres de la population pourrait- elle être orientée vers une lutte d’ensemble pour mettre fin aux injustices et à l’exploitation? Peut être si les travailleurs et les pauvres de Jamaïque parvenaient à créer un vrai parti des travailleurs, indépendant des deux partis bourgeois populistes qui les trompent depuis trop longtemps.