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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES - Samedi 20 octobre 2007 N° 975
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9 octobre 1967: l’assassinat de “Che” Guevara
Nous reproduisons ci-dessous un article rédigé par nos camarades de Lutte Ouvrière dans l’édition du 5 octobre dernier.
Le 9 octobre 1967, le guérillero Ernesto « Che » Guevara, fait prisonnier la veille par des soldats boliviens accompagnés d'un cadre de la CIA, était abattu dans le dos par un sous-officier dans le village de La Higuera, dans la région où, onze mois auparavant, le « Che » avait entamé une guérilla à partir de laquelle il espérait ouvrir un nouveau front contre l'impérialisme américain. Né en 1928 à Rosario en Argentine, il avait 39 ans.
Quarante ans après, le révolutionnaire mort au combat reste un mythe, symbole de la résistance à l'impérialisme américain, d'abord en Amérique latine, mais aussi dans les milieux altermondialistes ; une icône suffisamment durable pour que les commerçants du monde capitaliste en aient fait un sujet de poster ou de T-shirt.
De la Bolivie à la révolution cubaine...
Né dans une famille de grands propriétaires argentins ruinés, où l'on cultivait des idées libérales, sa jeunesse fut celle d'un anticonformiste curieux et ne tenant pas en place. Étudiant en médecine, il s'intéressait à la littérature et aux civilisations pré-colombiennes. Au cours de ses voyages, il découvrit l'extrême misère des plus déshérités du continent, les paysans d'origine indienne, mais aussi la violence des affrontements sociaux qui découlait du fait que c'était le plus souvent l'armée qui tranchait les débats politiques, avec le soutien, parfois armé, des dirigeants des États-Unis, qui intervenaient sans vergogne sur un continent considéré comme leur arrière-cour.
En 1953, le «Che» était en Bolivie, quelques mois après la révolution de 1952 qui avait nationalisé l'industrie minière. Il y fut plus sensible au racisme du nouveau régime vis-à-vis des indiens qu'au radicalisme des mineurs qui avaient pourtant été le moteur du changement de régime. En 1954, au Guatemala, il assista impuissant au renversement du régime du général Arbenz par des troupes aux ordres de la compagnie américaine United Fruit qui entendait empêcher une réforme agraire pourtant modeste. Jusqu'à sa chute, Arbenz se garda d'armer la population contre les putschistes. Le «Che» expliqua plus tard que c'est là qu'il était devenu partisan de la lutte armée.
En 1956, au Mexique, Guevara se lia aux révolutionnaires qui, autour de Fidel Castro, se préparaient à déclencher une guérilla à Cuba contre la dictature de Batista, homme-lige des États-Unis, qui avait fait de l'île un paradis... pour les riches touristes amateurs de jeux et de prostituées.
C'est au cours de trois années de guérilla dans la Sierra Maestra, qui allait déboucher sur le succès de la révolution cubaine, qu'il vit de près le monde paysan et sa sensibilité au thème de la réforme agraire. Mais il continua aussi à se méfier des militants des villes qui, pour lui comme pour Castro, devaient rester une force d'appoint subordonnée aux guérilleros.
La victoire acquise, le «Che» se retrouva à la tête de l'appareil économique cubain et, s'il participait à toutes les tâches à l'égal des autres, il entendait aussi inciter les ouvriers à en finir avec cette «mentalité de classe ouvrière exploitée et spoliée, qui lutte seulement pour des revendications économiques». Par la suite, le régime devait se féliciter du succès de la «campagne grandiose pour déraciner le vieux vice d'un économisme étroit chez les travailleurs» qui avait imposé à ceux-ci heures supplémentaires non payées et baisses de salaires.
... et de Cuba à la Bolivie
Mais, en 1965, Guevara reprit la guérilla, au Congo d'abord puis en Bolivie l'année suivante. Pour lui, il fallait «créer un, deux ou trois Viêt-nam», un «internationalisme» qui était plutôt un inter-nationalisme: faire que dans différentes régions du monde, à l'imitation du combat du peuple vietnamien, se multiplient les foyers de lutte contre l'impérialisme américain.
La lecture de son Journal de Bolivie, où le « Che » a consigné au jour le jour ses impressions et les difficultés rencontrées, révèle l'isolement de sa dernière guérilla. Les rares paysans rencontrés par les guérilleros étaient si effrayés par leur présence que, d'après le «Che», ils avaient tôt fait de les dénoncer aux forces armées. Guevara y montre aussi que jusqu'au bout, il considéra la classe ouvrière au mieux comme une force d'appoint à la guérilla. Lorsque l'armée bolivienne réprima dans le sang le 24 juin 1967 un mouvement de protestation des mineurs, il écrivit que «le massacre dans les mines éclaircit considérablement le panorama pour nous». Et dans une adresse à ces mineurs, il estimait qu'«il ne faut pas persévérer en des tactiques fausses, héroïques sans doute, mais stériles», invitant les mineurs à le rejoindre: «Ici, nous transformerons la déroute en triomphe et la plainte des veuves prolétariennes en un hymne de victoire».
Le sort tragique de Guevara fut celui de beaucoup d'hommes et de femmes d'Amérique latine dont les guérillas, isolées et anéanties par l'armée, furent le tombeau. Comme Guevara, même quand ils se réclamaient du socialisme, ils ne comptaient nullement sur la classe ouvrière pour transformer mais plutôt sur les masses paysannes. Mais, surtout, pour eux, c'était à l'appareil militaire de la guérilla de diriger la révolution, pas aux masses populaires. Ils se méfiaient plutôt de la force potentielle que donne au prolétariat sa place dans la production capitaliste.
Le «Che» était un révolutionnaire désintéressé, mais son combat comportait des limites précises, qu'il a ressenties lui-même au sujet de la révolution cubaine, finalement réduite à la lutte pour l'indépendance nationale et à la mise sur pied d'une économie nationale pour tenter d'échapper un peu à la tutelle de l'impérialisme. Ces limites n'étaient rien d'autre que les limites sociales et nationales que les révolutionnaires réunis autour de Castro avaient eux-mêmes tracées. Étrangers à la classe ouvrière, jamais ils ne cherchèrent à élargir leur lutte en appelant, et en aidant, les travailleurs du monde entier à se soulever, comme l'avait tenté, par exemple, la révolution russe à ses débuts.
Tant mieux si le combat du «Che» impose à beaucoup la volonté de lutter contre le capitalisme et l'impérialisme. Mais ils doivent aussi savoir qu'il n'offre aucune clé pour le renverser.
Haïti
De nouvelles inondations catastrophiques
La deuxième semaine d’octobre a été marquée par des pluies incessantes, avec des conséquences catastrophiques sur la partie centrale du pays qui a subi la crue des rivières du bassin versant. Selon un bilan officiel encore provisoire, on compte au moins 47 morts dans l'ensemble du pays, dont la majorité dans des localités proches de la capitale.
Dans la ville de Cabaret située au Nord de Port au Prince, la rivière Bretel a dévalé la montagne, inondant les quartiers environnant, des vagues de boue de plus de 1,5m de haut ont tout emporté au passage: bétail, véhicules, maisons et habitants. 25 personnes ont péri et une dizaine sont portées disparues selon le dernier bilan. A cela s’ajoute ceux qui ont péri dans d’autres localités comme Grande Saline dans l’Artibonite ou Zorangers dans la Plaine du cul de sac. On peut estimer à plus de 20.000 le nombre de victimes sinistrées directes des inondations ; mais il est difficile de connaître le nombre exact car les habitations étant éparpillées dans des endroits inaccessibles ne sont pas toutes recensées.
Les autorités critiquent de nouveau les habitants qui n’ont d’autre solution que de construire des cases sur l’espace qui leur reste sur le bord des ravines, les terrains exposés aux inondations.
Une fois encore le gouvernement s’agite et a déclenché une intervention d’urgence promettant de l’aide en nourriture, matériels, médicaments ainsi que le soutien des militaires de l’ONU la MINUSTAH. Il alimente les illusions de la population des villes sinistrées qui est dans la détresse et qui espère que le gouvernement la soulagera et jouera son rôle de service public. Mais on a vu comment, en septembre 2004 après le passage de la tempête Jeanne sur Gonaïves qui avait provoqué 3000 morts, en juillet 2005 après Denny et Emilie, ou encore en octobre 2006 lors des inondations de Gros Morne, les gouvernements successifs ont été peu concernés par les problèmes des sinistrés.
Jusqu’à maintenant les habitants de certains quartiers de Gonaïves sont toujours sinistrés. Alors ce n’est pas l’aide du gouvernement qui changera le sort de la population pauvre exposée aux intempéries. Même si quelques centaines de milliers de dollars ont été débloqués ils n’arriveront pas à la population touchée ; ils serviront de cagnotte dans laquelle les opportunistes puiseront pour s’enrichir aux noms des centaines de milliers de victimes. Car c’est l’Etat qui est corrompu et ne s’est pas mis au service de la population pour jouer le rôle minimum qui lui incombe au niveau des aménagements de base et des travaux publics.
Louisiane
L’affaire des “6 de Jena”
Il y a un an dans le lycée de Jena en Louisiane aux Etats Unis, des jeunes noirs obtiennent des autorités du lycée, l’autorisation de tenir réunion sous un arbre où se réunissent quotidiennement des lycéens blancs. Le lendemain on trouve accrochées aux branches de l’arbre trois cordes de pendu. Les autorités du lycée appellent et sermonnent les élèves blancs soupçonnés. N’empêche que l’atmosphère devient tendue dans le lycée entre Blancs et Noirs.
Un jour, un jeune Noir isolé se fait tabasser par des jeunes Blancs, la police arrête les coupables, les met en garde à vue et les relâche. Quelques jours après, ce fut le tour d’un jeune Blanc de se faire tabasser par des jeunes Noirs. Ceux-ci furent arrêtés, jetés en prison ; un d’entre eux a même été condamné à 22 ans de prison. C’est ce qu’on a appelé l’affaire des «6 de Jena».
Cette affaire n’est pas sans rappeler aux jeunes Noirs ce qu’ont connu leurs parents avec le Klu Klux Klan (KKK) pendant la période ségrégationniste en Louisiane notamment. Elle est là pour leur rappeler que la bête n’est pas morte et qu’elle peut à tout moment se réveiller.
L’inculpation de ces 6 jeunes lycéens noirs pour tentative de meurtre, pour avoir tabassé un lycéen blanc a soulevé l’indignation aux Etats-Unis. Le mouvement pour les droits civiques, avec à sa tête des leaders comme le révérend Jesse Jackson ou le fils de Martin Luther King, entre autres, a organisé le jeudi 12 septembre dernier une très importante manifestation à Jena, (ville de 3000 habitants) pour dénoncer cette justice à deux vitesses qui rappelle une bien triste époque que d’aucuns pensaient révolue. En tout cas, des dizaines de milliers de manifestants sont venus de partout. Des centaines d’autobus ont convergé vers la petite bourgade de Jena où le maire a déclaré l’état d’urgence ; les écoles et les magasins ont été fermés.
La bête immonde du racisme et de la ségrégation est toujours présente notamment dans cette Louisiane du sud anciennement ségrégationniste.
TRINIDAD ET TOBAGO
Les notables se préparent aux élections
Le 5 novembre auront lieu les élections générales à Trinidad et Tobago. Les sondages se multiplient mettant face à face le parti au pouvoir le PNM (People’s National Movement) du premier ministre en place Patrick Manning et l’opposition. Celle ci était représentée par l’UNC (United National Congress) dirigé par l’ancien premier ministre Basdeo Panday qui avait 16 parlementaires élus en 2002 contre 20 au PNM. Cette opposition s’est divisée il y a un an avec la création d’un nouveau parti, le COP (Congress of the People). Certains pensent que cette division favorisera le maintien du PNM au pouvoir, d’autres non. De toutes façons la politique de ces différents partis de notables diffère peu. L’élection de l’un ou l’autre ne changera pas grand chose pour l’ensemble de la population dont une grande partie vit dans la pauvreté. Et ce ne sont pas les distributions hâtives de logements sociaux à la veille des élections qui masqueront les 20 % de chômeurs. Le crime reste un réel problème à Trinidad. A côté de la délinquance de la misère, il y a celle des notables. Tous les partis ont des membres accusés de corruption.
Aucun de ces partis ne propose de lever les limitations au droit de grève à Trinidad. En mars-avril 2007 grèves et manifestations de différents secteurs avaient montré le mécontentement des travailleurs contre les bas salaires face aux hausses des prix, de l’alimentation en particulier, et les mauvaises conditions de travail. Face aux menaces de licenciement dans une compagnie de télécommunications, un syndicat vient de lancer le mot d’ordre «no jobs, no vote!», sorte de moyen de pression sur tous ces notables qui se présentent aux élections.
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