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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 3 novembre 2007      N° 976


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À la Une

Éditorial

Le “Madiana de l’environnement”?

Il y a bien eu le «Grenelle de l’Environnement” en France» alors pourquoi pas le «Madiana de l’environnement» en Martinique. Une journée de débat qui s’est déroulée en Martinique le mercredi 17 octobre au Palais de Madiana avec plus de 300 personnes.
Le député maire PPM de Fort de France, Serge Letchimy a présenté son nouveau plaidoyer pour «un statut écologique dérogatoire au droit commun». Il a d’abord lancé son idée «de placer la Martinique sous un statut écologique dérogatoire» dans une lettre adressée au président de la république. La nouvelle «audace» consiste, après nous avoir servi pendant des années «le changement de statut politique», de nous servir aujourd’hui «le nouveau statut écologique»! On se rabat sur ce qu’on peut! tout en sacrifiant à «l’air du temps» et aux modes de l’heure.
Selon l’élu du PPM, ce «statut écologique» pourrait être taillé sur mesure aux dimensions de la Martinique. Et ce avec l’aide du gouvernement français, et il «servirait de catalyseur général à une nouvelle approche du développement et de l’économie locale», permettant de favoriser «une dynamique de redéploiement agricole et industriel diversifié en redéfinissant l’offre touristique, la construction, les logements sociaux ». «La décision déterminante serait de se donner les moyens d’étudier ce statut écologique». Que de phrases!
Mais, à qui ce statut serait-il octroyé? Aux élus? Aux élus représentant quels intérêts? Aux possédants des hôtels pour l’offre touristique, aux possédants des entreprises du bâtiment pour les logements sociaux, aux gros propriétaires fonciers pour le redéploiement agricole? Ou à la population laborieuse, elle même confrontée aux requins, exploiteurs, pourvoyeurs de chômage ou d’emplois précaires?
M.Letchimy et ses amis du PPM connaissent pourtant la réalité de la situation sociale déplorable à la Martinique, mise au grand jour par les conséquences des dégâts provoqués par le cyclone Dean. Mais aussi, M.Letchimy sait pertinemment que ce n’est pas un tel «statut écologique dérogatoire» qui empêcherait les capitalistes avec leur mode de production anarchique de continuer à prendre les décisions qui leur permettent de faire le maximum de profits en sacrifiant encore l’environnement. Dans les faits, le véritable pouvoir de décision resterait entre leurs mains et ce sont eux qui sont les plus grands pourvoyeurs de pollution.
Une telle proposition a tout l’air d’un tour de passe-passe ou d’une supercherie!
Mais dans sa lettre à Sarkozy, Letchimy poursuit en annonçant qu’avec un tel statut «nous» (?) pourrons, pour le moins, doter le projet de zone franche globale d’une colonne vertébrale tout en initiant une gouvernance économique locale plus appropriée». S’agirait-il alors d’un deal: «accord sur les zones franches globales» contre «nouveau statut écologique» ou tout au moins « nouvel interlocuteur reconnu pour discuter d’un nouveau statut» après le président de la Région Alfred Marie-Jeanne du MIM, ou le président du Conseil Général Claude Lise? Un donnant-donnant: plus d’autonomie administrative contre plus de dérogations aux patrons et aux riches dans le cadre des zones franches?
Débats, conférences, questionnements à propos de questions urgentes et cruciales pour l’avenir de l’humanité sont bien nécessaires, mais à condition qu’elles débouchent sur des réalisations concrètes et efficaces et non pas comme on peut le craindre sur de petites combines politico financières.



La zone franche globale d’activités, prétexte à subventions aux entreprises

Depuis quelque temps, on nous rebat les oreilles de la nouvelle zone franche globale. Il a d’abord été question de zone franche tout court, puis de zone franche globale et aujourd’hui, le gouvernement ayant tranché, de «zone franche globale d’activités». Cette zone franche ne concernera pas tous les secteurs de l’économie, mais seulement le tourisme, l’artisanat et le service à la personne et s’étendra à tout le département.
Le préfet J-J Brot, à la demande du Secrétaire d’Etat à l’Outre Mer, a organisé trois réunions concernant cette question ; l’une avec les socioprofessionnels à la CCI de Pointe-à-Pitre le 8 octobre, une autre le lendemain à Basse-Terre avec les syndicats, (en fait avec la seule CFDT). Les autres syndicats dont la CGTG ont estimé qu’on voulait leur faire jouer le rôle de potiche et ont décliné l’invitation. Une dernière réunion fut organisée avec les élus et les socioprofessionnels le 18 octobre à Basse-Terre. On a pu notamment entendre la présidente de la CCI de Pointe-à-Pitre se féliciter de la qualité du travail effectué sur cette question par les patrons et les parlementaires. Un rapport a donc été adressé au gouvernement qui va trancher.
Pour la présidente de la CCI et bien d’autres commentateurs, la zone franche globale est la nouvelle trouvaille qui va enfin permettre de faire «décoller» l’économie de la Guadeloupe. Il y en a même qui se demandent si elle ne va pas permettre de créer des emplois pour faire baisser les 27% de chômeurs officiels que compte le pays.
Derrière tout ce tapage, il n’y a rien d’autre que le moyen de permettre à certains de s’en mettre plein les poches. Car ce n’est pas la première mesure, et certainement pas la dernière, qui est prise pour soi-disant faire décoller l’économie et créer des emplois. Et ce depuis la loi Pons sur la défiscalisation qui, on s’en souvient, a juste permis à un certain nombre de capitalistes et gens aisés d’échapper aux impôts, ou en tout cas de les réduire. Puis, il y eut la loi Perben avec suppression des charges sociales sur les salaires jusqu’à 1,20 fois le SMIC dans la banane et l’hôtellerie entre autres. Puis ensuite la LOOM, et la LOPOM, (les lois d’orientation outre mer) sans oublier les zones franches dans Pointe-à-Pitre et ailleurs. Concernant ces zones franches, certains ont tout simplement transféré leurs activités vers ces zones. A chaque fois, l’Etat a permis à certains profiteurs de garder l’argent de certains impôts et taxes et corrélativement fait baisser les moyens dont disposent les communes, les assemblées locales, pour accomplir certaines de leurs missions de service public. Aucun bilan n’a été fait sur les résultats de ces différentes mesures sur les chiffres du chômage. Et les représentants patronaux exigent en plus, que tous les avantages liés aux mesures précédentes, LOOM et LOPOM soient maintenus. Voilà qui en dit long sur leurs véritables buts: gonfler leurs fortunes. Et l’Etat, encore une fois, exaucera leurs vœux.



Les grévistes des “Mac Do” obtiennent gain de cause

De jeunes travailleurs qui ont une moyenne d’âge de 25 ans ont décidé de se mettre en grève depuis le 24 octobre 2007 dans plusieurs «Mac Do» de Guadeloupe.
Depuis leur embauche, il n’y a jamais eu de Négociations Annuelles Obligatoires (NAO), ce que réclament les grévistes depuis le mois de mars dernier. Dix rencontres se sont déjà tenues avec la direction. Les grévistes se retrouvent face à une direction habituée à imposer ses décisions au détriment des travailleurs sans les consulter, sans respecter les conditions de travail et encore moins le code du travail. Les grévistes ont élaboré une liste de six points de revendications:
En premier lieu, ils veulent que le jour du 27 mai, date de la proclamation de l’abolition de l’esclavage, soit un jour chômé et payé, le paiement du treizième mois, avec la mise en place d’un minimum garanti de 60% pour les catégories I et II (les managers) et de 40% pour les catégories III et IV (petits salaires). Ensuite, le paiement de la demi-heure de pause.
Ils réclament le respect du code du travail qui prévoit que les heures de nuit commencent à partir de 21 heures alors que pour la direction, ces heures débutent à partir de 23 heures. Ils réclament aussi une majoration de 10% pour ces heures de nuit et une majoration de 25% et 4% de repos compensateur pour certaines tranches horaires. Enfin, ils réclament une augmentation des salaires de 60 euros brut pour l’ensemble des salariés et le respect intégral de la convention collective.
Mac Donald’s a ouvert 9 restaurants en Guadeloupe ; deux autres doivent voir le jour bientôt, et les patrons disent qu’ils n’ont pas d’argent. Mac Donald’s est une multinationale implantée dans 121 pays avec 1 090 restaurants en France. En 2006, son chiffre d’affaires avoisinait 21 586 milliards d’euros et ses bénéfices touchaient presque les 14 000 milliards d’euros. Les bénéfices fulgurants de ces restaurations rapides sont réalisables grâce à l’exploitation de jeunes étudiants et chômeurs, qui représentent la catégorie de population la plus vulnérable en période de crise de l’emploi et d’augmentation du chômage. On peut naturellement en déduire les profits que les patrons peuvent réaliser en Guadeloupe, et ceux-ci pourraient très bien couvrir les revendications des grévistes. Mais ces possédants exploiteurs, refusent toute négociation et n’hésitent pas à utiliser tous les moyens d’intimidation pour briser la grève. Ils ont payé des vigiles pour effrayer les grévistes et ont porté plainte pour fait de grève.

D.H.: le 31 octobre les grévistes ont obenu satisfaction à presque toutes leurs revendications.