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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 3 novembre 2007      N° 976


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Martinique
Chlordécone: les premiers concernés, derniers entendus?

Il y a eu la proposition de «Cap 21» de Corinne Lepage pour la création d’un fonds de soutien aux agriculteurs victimes de la pollution au chlordécone. Il s’agit en principe de leur permettre de repartir sur de nouvelles bases au lieu d’être contraints de vendre leurs terres au plus offrant et d’abandonner leur outil de travail.
Il y a eu également le plan d’action du parti progressiste Martiniquais (PPM) en 4 points: l’analyse des sols et végétaux gratuitement en Martinique, la traçabilité des végétaux, les études sur l’état sanitaire des familles ayant consommé des produits de sols contaminés et le bilan complet de santé des salariés permanents du secteur agricole.
Voilà maintenant les 12 propositions de Louis Boutrin et Raphaël Confiant, auteurs d’un ouvrage sur le chlordécone «chronique d’un empoisonnement annoncé», présentées comme étant les «mesures urgentes pour sortir de la crise».
On retrouve là encore une série de mesures techniques: gel immédiat de toutes les terres contaminées, assurer la potabilité de l’eau, la traçabilité des aliments, l’indemnisation des agriculteurs et autres professions touchés par le produit toxique, tables rondes et congrès des élus sur l’avenir de l’agriculture, création d’une usine de bioéthanol , dépollution des sols contaminés, études épidémiologiques portant sur l’ensemble de la population, recensement de tous les ouvriers agricoles en contact avec le chlordécone pour un bilan médical complet, étude épidémiologique spécifique pour cette population en Martinique.
Les propositions concernant la population et les ouvriers agricoles ont été présentées depuis août 2004 par les ouvriers agricoles CGTM, aux différents ministres concernés de l’époque, aux élus régionaux et départementaux, aux députés, aux sénateurs dans un document écrit, sans aucun résultat.
Puisque le chlordécone suscite désormais tant de propositions, les ouvriers agricoles auraient tout intérêt à s’occuper directement de ces questions s’ils veulent être entendus et exiger que soient satisfaites leurs propres demandes.



Zone franche et 40 %

Le quotidien local France-Antilles a consacré, pendant plusieurs jours des pages d’interviews à la question de la Zone Franche Globale d’Activités (ZFGA) prévu par le gouvernement Sarkozy pour 2008.
Mais pour faire passer l’information et éclairer ses lecteurs, F-A a choisi d’interviewer une bonne brochette de patrons de la place.
C’est ainsi que le journaliste, avec une certaine complicité, interrogea Marcel Ozenat, l’un des chefs de file du patronat local, su … les dangers qui guettent l’avenir des 40% des fonctionnaires.
Et celui-ci sans se démonter répondit qu’il fallait «craindre» que le gouvernement, en guise de contrepartie aux allègements consentis aux patrons, s’attaque aux 40% de vie chère et récupère ainsi des sommes qui seront destinées aux collectivités!
Quel aplomb de patron! C’est tellement plus facile de prendre aux salariés ce qu’ils ont gagné par la lutte, pour ensuite le donner aux riches et exploiteurs.
Mais ainsi va la logique du profit. C’est évident que Sarkozy en bon serviteur de la bourgeoisie, viendra nous faire les poches pour faire des patrons d’aujourd’hui des gens encore plus riches que ceux d’hier. Mais il nous appartient de prendre ces propos pour de vraies menaces et de préparer activement la riposte qu’exigent de telles intentions.



Basse-Terre - Guadeloupe
Distillerie Bologne: des occupants considérés comme de la vermine

A la mi-octobre, alors que l’épidémie de dengue commençait et que la décharge de Baillif était fermée, le préfet mit le directeur de la distillerie de Bologne en demeure de désinfecter son domaine. Le béké profita pour écraser trois maisons construites illégalement sur ses terrains depuis des dizaines d’années. De plus il laissait entendre que le préfet sous-entendait cela dans son ordonnance. Ce béké avait tout simplement assimilé vermines et pauvres. Fort de son bon droit il ne fit aucun geste pour réparer sa bévue, ceci malgré une réunion entre lui, la mairie de Basse-Terre et la préfecture. Tant et si bien que le préfet transmit le dossier au procureur, une façon comme une autre de faire lanterner les expulsés. Les békés, grands propriétaires de terres sur lesquels des Noirs pauvres habitaient mériteraient bien qu’on leur fasse perdre une fois pour toutes leur nostalgie d’un autre temps!



Abymes - Guadeloupe
Quartier Lafond: un quartier de défavorisés laissé à son propre sort

Depuis plus d’un an a débuté la construction du commissariat à l’entrée du quartier de Lafond aux Abymes. Et depuis, les habitants doivent tous les jours faire face à ces gros et larges trous qui se sont creusés sur la route. La plupart des taxis refusent de faire une course, même aux personnes âgées, dans ce quartier à cause du mauvais état du chemin. Sans compter les déchets et notamment les encombrants qui jonchent les coins de la rue. C’est aussi un quartier facilement inondable, si bien qu’en saison des pluies, les résidents pataugent dans les eaux. Que font les élus qui sont sensés nous représenter pour mettre fin à cette situation intenable? Les habitants doivent-ils attendre la fin des travaux qui dureront encore l’année prochaine?

Un correspondant du quartier



Chlordécone: aucun engagement sérieux de l’Etat

Le chlordécone, pesticide interdit depuis une dizaine d’années occupe le devant de la scène médiatique depuis plusieurs semaines après le rapport du professeur Dominique Bellepomme. On a eu droit aux déclarations les plus extrémistes comme «la Martinique est totalement empoisonnée par le chlordécone», ou des déclarations tout a fait irresponsables comme «il n’y a aucun danger dû au chlordécone». Le gouvernement et les politiques se sont emparés de l’affaire et multiplient les réunions et les voyages aux Antilles.
Le 9 octobre dernier le sénat auditionnait les ministres de l’outre-mer, de l’agriculture, de la santé et de l’écologie.
Le 21 octobre Didier Houssin, directeur général de la santé et délégué interministériel pour le chlordécone était présent pour la réunion du GREPHY (groupe régional phytosanitaire). C’est un organisme qui se réunit deux fois par an, complètement inconnu de la population mais pour la circonstance sorti de l’ombre.
De cette réunion il n’est rien sorti de particulier que l’on ne savait déjà sur la question.
Les élus ont dit qu’ils étaient prêts à collaborer dans le cadre de leurs compétences et le conseil régional met 600 mètres carrés de terre hautement «chlordéconée» à la disposition du CIRAD pour ses expériences. Les médecins chargés des études épidémiologiques du CHU de Pointe à Pitre et de l’INSERM ont répété qu’ils ne connaissaient pas les effets sur la santé des faibles doses de chlordécone retrouvées dans l’organisme des personnes durant leurs travaux et qu’ils attendaient des résultats pour 2008 sur 1200 femmes enceintes et 200 enfants. Les médecins de l’union régionale de médecins libéraux de la Martinique (URMLM) n’ont en réalité aucune information ni formation sérieuses sur le sujet du chlordécone, ni sur les nombreux produits toxiques manipulés par les ouvriers agricoles qui sont aussi leurs patients.
Pour clôturer tous ces débats, Didier Houssin présenta un plan d’action interministériel en 8 points qui insiste surtout sur la recherche de plus d’informations concernant les sols contaminés, sur la transparence, la diffusion de l’information au grand public, la recherche du transfert du chlordécone à la plante, le renforcement des contrôles et de la traçabilité.
Tout cela n’est pas nouveau et ressemble à une énième répétition d’intentions pieuses. Il est vrai que D. Houssin est venu écouter, montrer de l’intérêt, mais sans aucune volonté de s’engager de manière sérieuse et précise.
En réalité le gouvernement n’a aucun plan pour faire face aux conséquences sanitaires et sociales créées par l’usage du chlordécone et des autres pesticides. D’ailleurs à cette réunion n’était invité aucun représentant des ouvriers agricoles, premiers concernés par les effets de ce produit toxique qu’ils ont utilisé directement durant des années.



L’eau: un bien commun pour une minorité de requins

Il y a quelque temps se sont déroulées les «Journées de l’Eau». Pendant plusieurs jours le président du SIAEAG (Syndicat Intercommunal d’Alimentation en Eau et d’Assainissement de la Guadeloupe) ses invités venant de Guyane, de Martinique et de nombreux pays de la région nous ont parlé de l’eau. L’eau, «un bien indispensable dont des millions d’êtres humains vivant sont privés, alors que d’autres le gaspillent». Il est à noter que ce sont ceux qui vivent dans les pays où la misère fait des ravages qui sont privés de cet élément. Enfin, on a parlé de la pollution, de l’épuisement des ressources, de la qualité de l’eau etc, etc. Et bien évidemment on n’a pas pu éviter une des questions qui préoccupent particulièrement les usagers: celle du prix de l’eau. Mais à ce sujet, on est plutôt «resté sur notre soif». Les explications données par deux responsables de la Générale des Eaux Guadeloupe, sur la cherté de l’eau n’ont pas du tout convaincu. Si le précieux liquide est si cher c’est que pour le mettre à la disposition de l’usager, il faut effectuer beaucoup de dépenses: le captage, le traitement, la mise en place et l’entretien du réseau, les analyses, les salaires des employés. Des profits de la «Générale des Eaux Guadeloupe», de la «CGSP» il n’en a pas été question. A croire que ces deux entreprises ainsi que la «SOGEDO» qui sont en charge de la distribution de l’eau et du traitement des eaux usées pour certaines communes de la Guadeloupe sont des entreprises philanthropiques.
En ce qui concerne la Guadeloupe, on ne peut pas dire que les dirigeants de «l’eau» aient vraiment éclairé les consommateurs. L’eau est toujours aussi chère depuis le combat entamé, il y a maintenant plus de douze ans, par un certain nombre d’usagers dans différentes associations et tout particulièrement contre la «Générale des Eaux Guadeloupe». La preuve. Il n’y a qu’à comparer les factures d’usagers résidant dans différentes communes. Par exemple à Trois Rivières, ville dont la gestion de l’eau est gérée en Régie, le mètre cube d’eau est facturée 1,12€. Aux Abymes: 1,31€ et à Goyave: 1,21€. La gestion dans ces deux dernières villes est assurée par la «Générale des Eaux Guadeloupe». Pour l’abonnement au service de l’eau: 18,38€ pour les Abymes et 20,84€ pour Goyave. Pour les eaux usées, l’abonnement: 10,21€ aux Abymes et 15,14€ pour Goyave. Pour la collecte et le traitement des eaux usées, 0,74€ par mètre cube aux Abymes et 1,58€ à Goyave. Bien sûr les responsables de la «Générale des Eaux» nous donneront toujours des justifications. Mais on ne comprend vraiment pas les raisons de cette différence de prix pour le même service rendu, sinon le besoin pour les entreprises gérant cette ressource, de réaliser des profits considérables.
L’eau, qui est un bien essentiel à la vie de chacun et qui relève du domaine du service public est depuis longtemps devenue une source d’enrichissement considérable pour des capitalistes. Ce n’est pas par hasard que l’on retrouve, parmi les grandes entreprises françaises faisant partie du CAC 40, trois qui sont chargées de la distribution de l’eau et des activités afférentes: Vivendi-Véolia (ex Générale des Eaux), SUEZ (ex-Lyonnaise des Eaux) et la SAUR appartenant au groupe Bouygues. Ces sociétés monopolisent la part la plus importante de la gestion et de la distribution en France, mais aussi dans nombre de pays étrangers.



Haïti
Les gesticulations de la police nationale

Le 24 octobre, la police nationale appuyée par les militaires de l’ONU a investi le centre ville pour, selon ses affirmations, y débusquer les bandits qui attaquent les petites marchandes et les passants. Il y a eu des tirs nourris et de nombreux étalages de marchandes ont été piétinés, une panique s’est installée pendant quelques heures au centre ville.
Cette opération de «nettoyage» a été lancée à l’initiative de la Chambre de Commerce et d'Industrie d'Haïti, la Police nationale, la Mairie de Port-au-Prince, des commerçants et d’autres secteurs qui réagissaient après des déclarations de représentants de l’ONU à propos de la reprise de l’insécurité.
La sécurité n’a jamais été rétablie dans la capitale ou dans les grandes villes de province, le rançonnement de la population n’a jamais cessé mais comme il ne s’agissait pas de cas médiatiques ou de personnalités, la presse et l’opinion n’en parlaient plus. De nouveaux cas de rapt d’étrangers ont amené les représentants de l’ONU à donner de la voix, d’où la réaction des dirigeants haïtiens.
Mais les petites marchandes, sceptiques, ont assisté au déploiement des agents de la Police nationale, ne croyant pas vraiment que cela puisse apporter une solution réelle aux actions des bandits. Elles ont expliqué que les bandits capturés dans ces rafles se retrouvent libérés dans la semaine. Malgré les risques, elles sont obligées de venir vendre pour gagner leur vie et nourrir leur foyer. Le centre ville reste encore le lieu où les marchandises sont moins chères que chez le boutiquier. C’est donc là que les travailleurs viennent acheter malgré les risques.
Toute cette agitation de la police est aussi une opération médiatique pour montrer que le gouvernement et notamment la police font leur travail. Quant aux petits commerçants ils n’en voient pas le résultat.