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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES - Samedi 3 novembre 2007 N° 976
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Page 4
Turquie
Le son du canon à la frontière entre la Turquie et l’Irak
Depuis quinze jours, l’armée turque a massé 100 000 hommes sur sa frontière avec l’Irak. Ses généraux entendent déloger les quelques 3 500 militants kurdes du PKK (parti des travailleurs kurdes) qui se sont réfugiés dans les montagnes de l’autre côté de la frontière. Le prétexte? la quarantaine de soldats turcs tués selon eux par des attaques du PKK. Soutenus par les nationalistes qui manifestent bruyamment leur désir de vengeance, les généraux parlent de guerre en Irak du Nord pour maintenir, voire pour renforcer leur contrôle sur l’Etat et la société turcs. Contrôle mis à mal par les élections et par le rapprochement avec l’Union européenne. Dans ce sens, ils ont déjà obtenu le feu vert du Parlement pour envahir le Nord de l’Irak. Mais le Premier ministre Erdogan issu d’un mouvement Islamique modéré, hésite. Il sait qu’une armée même très nombreuse et bien outillée est inefficace dans les montagnes arides du Nord de l’Irak. Il se contente de menacer d’envahir et fait procéder à des bombardements et à des incursions limités. Il fait aussi pression sur les Etats Unis et sur les autorités irakiennes pour qu’ils assurent eux-mêmes la répression des militants du PKK. Depuis des années, l’Etat turc n’a plus aucun pouvoir sur cette région autonome. L’armée et le gouvernement américains, embourbés dans le reste de l’Irak, incapables de mettre un terme au cycle infernal attentat répression sont embarrassés par les menaces turques sur le Nord de l’Irak, seule région calme du pays. D’une part, ils ne peuvent pas ne pas répondre à la demande de leur fidèle allié qu’est l’Etat turc. C’est par la Turquie que transitent tout le matériel et tous les hommes en direction de l’Afghanistan et l’Iran. D’autre part, ils ne peuvent pas non plus laisser faire l’armée Turque. Le sous-sol du Kurdistan iranien est gorgé de pétrole. Perdre son contrôle direct n’est pas concevable pour les capitalistes regroupés autour de Bush.
Les autres puissances de la région, Iran et Syrie sont inquiètes. Une intrusion de la Turquie en Irak la renforcerait à leur détriment. Mais une défaite de la Turquie face au PKK renforcerait inévitablement le sentiment national Kurde. Et l’Iran et la Syrie pourraient se retrouver alors face à des mouvements séparatistes enhardis chez eux mêmes car le peuple kurde fort de 35 millions d’individus vit à cheval sur les frontières de quatre pays: l’Iran, l’Irak, la Turquie et la Syrie. 24 millions sont turcs. Le PKK milite pour l’érection d’un grand état kurde regroupant tous les Kurdes.
Ni les opérations militaires turques, ni les pressions exercées par l’Europe et les USA sur l’Etat turc ne ramèneront la paix au Kurdistan.
Certes, les Kurdes opprimés ont droit à un Etat. Mais pour l’heure aucun des partis kurdes ne défend les intérêts des travailleurs kurdes. Le PKK non plus en dépit de ce qu’il affiche et prétend. Ils représentent les intérêts de multiples coteries, clans, chefs de guerre qui ont soif de pouvoir et qui représentent les intérêts des couches dirigeantes kurdes: féodaux, et bourgeois. Pour les travailleurs et opprimés kurdes l’avenir réside en une organisation et une lutte indépendantes en liaison avec les travailleurs turcs, irakiens, iraniens, syriens. Ils pourraient ainsi non seulement lutter pour leur propre compte indépendamment des clans kurdes qui les trompent mais aussi contre les dictatures civiles ou religieuses des différents pays dans lesquels ils vivent en marge. Ce serait aussi le meilleur moyen de lutter contre l’impérialisme occidental qui veut soumettre ces régions à sa volonté. Perspective peut être pas simple à réaliser, certes, mais ni plus longue ni plus complexe que ce que le PKK propose aux masses kurdes, perspective qui leur éviterait l'impasse où les mène le PKK.
Après la lettre de Guy Môquet. Les jeunes résistants et la politique du PCF
Guy Môquet, un militant communiste de 17 ans, a été exécuté le 22 octobre 1941 par l’armée d’Hitler occupant la France. Il avait été au préalable emprisonné, le 15 octobre 1940, par la police française, soumise à l’ordre nazi, à cause de son appartenance au Parti Communiste français, interdit en France par le gouvernement Daladier.
Le 20 octobre 1941, un officier allemand fut exécuté par un groupe de résistants. En représailles, l’armée d’occupation demanda au gouvernement de Vichy, dirigé par Pétain, de lui livrer 50 otages, qui furent exécutés. Guy Môquet était l’un d’eux.
Comme lui, de nombreux jeunes, communistes ou non, se sont engagés dans la résistance au nom du combat contre le fascisme. Tony Bloncourt, de famille guadeloupéenne et haïtienne fut l’un d’eux à Paris. Dans les colonies des Antilles-Guyane de jeunes résistants aussi ont fait preuve de courage jusqu’à la mort. Ils ont fait preuve d’héroïsme dans ce qu’ils pensaient être la défense de la liberté. Mais la voie qu’avait choisie leur parti, le PCF pour ces jeunes résistants communistes, si elle a contribué à délivrer la France de l’occupation allemande, n’a aucunement aidé la classe ouvrière à se délivrer de l’oppression de la bourgeoisie, et de ce fait, du danger toujours existant d’une nouvelle guerre.
Quand, le 3 septembre 1939, la France déclara la guerre à l’Allemagne, le Parti Communiste y était hostile, parlant de fraternisation avec les soldats allemands au nom de la communauté de classe. Par la suite, sa position devait changer. En 1941, après l’offensive allemande contre l’Union Soviétique, l’Allemand devint péjorativement «le Boche», l’ennemi, qu’il soit ou non un travailleur. Vers la fin de la guerre, le slogan «à chacun son Boche» devint celui du PC, qui encouragea et organisa des attentats terroristes, comme celui dont fut victime l’officier allemand, à l’origine de l’exécution de Môquet et de ses camarades. On peut certes comprendre que dans un pays occupé, la révolte des jeunes ait pu les pousser à ce type d’actions. C’est moins compréhensible de la part de dirigeants adultes et formés se réclamant du communisme. Les attentats avaient pour conséquence des représailles sanglantes de l’armée allemande dans les villages suspectés d’abriter un résistant. Les attaques de trains de permissionnaires allemands ne pouvaient que les rejeter dans le camp de leur propre bourgeoisie, contre les travailleurs français. Cela n’avait plus rien à voir avec l’appel à la fraternisation des débuts! De leur côté, certains révolutionnaires trotskystes, beaucoup moins nombreux et moins influents auprès de la classe ouvrière que le PC, préconisaient certes de lutter contre le nazisme, mais que les travailleurs le fassent avec leur propres méthodes, pour défendre leurs propres intérêts, et pas pour servir ceux d’une bourgeoisie contre une autre. La guerre était un conflit entre impérialismes, et les résistants, avec toute leur bonne foi et leur courage, servaient sans le vouloir et au nom de la liberté, leur propre impérialisme.
C’est ainsi qu’après la guerre, le Parti Communiste utilisa sa force, et ses luttes dans la classe ouvrière pour aussi engager les travailleurs qui lui faisaient toujours confiance, dans la reconstruction de l’économie. Il fallait «produire d’abord, revendiquer ensuite». La CGT, dirigée par le PC écrivait sur les murs du métro: «retroussons nos manches, ça ira mieux après». Les bénéficiaires de tout cet effort «d’unité nationale» ont été bien sûr les capitalistes. Des ministres du PC étaient au gouvernement, et alliés à de Gaulle. C’est à cela que la résistance, et le sacrifice de jeunes comme Môquet, avaient mené.
Aujourd’hui, un conflit mondial ne s’annonce pas, mais reste une possibilité. Les bruits de bottes et les bombes qui éclatent dans le monde nous le rappellent chaque jour, tout comme la crise économique latente. Pour que cela s’arrête pour de bon, la solution reste la même que celle préconisée par les révolutionnaires du siècle dernier: il faut renverser le capitalisme fauteur de guerres.
Octobre 1917: les 90 ans de la révolution Russe
Il y a 90 ans, en Russie, les travailleurs alliés aux paysans prenaient le pouvoir et fondaient le Premier Etat ouvrier révolutionnaire de l’histoire qui devait se maintenir plusieurs années.
Plus qu’une simple commémoration du passé, pour tous les travailleurs, les pauvres, et les damnés de la terre, cet anniversaire reste encore aujourd’hui porteur d’espoirs en un changement radical de l’avenir de l’humanité.
1905
La Révolution ouvrière de 1917 eut sa «répétition générale» en 1905, qui fut une étape décisive.
La Révolution de 1905 vit en effet l’apparition des premiers organes révolutionnaires du pouvoir de la classe ouvrière: les soviets (Conseils ouvriers). Ils furent d’abord dirigés par les travailleurs dans les usines, puis dans les quartiers, et en partie dirigés par les paysans et les soldats. Mais la Révolution ne parvint pas à son terme, c’est-à-dire à la chute de l’Empire et à l’écrasement de la bourgeoisie. L’une des causes de cet échec fut le ralliement très insuffisant de la paysannerie à la classe ouvrière.
Février 1917
C’est la Première guerre mondiale et ses conséquences désastreuses pour les soldats et la vie quotidienne des masses qui favorisèrent l’éclosion révolutionnaire en Russie. C’est en février 1917 que les masses excédées réagirent. Ces évènements débutèrent par une manifestation des femmes. C’est ainsi que le 23 février du calendrier julien de l’ancienne Russie (soit le 8 mars du calendrier grégorien ou occidental), les ouvrières du textile de Pétrograd (aujourd’hui Saint-Pétersbourg) se mirent en grève à l’occasion de la journée internationale des femmes. Le mouvement prit de l’ampleur et s’étendit rapidement à l’ensemble du prolétariat de Petrograd.
Les soldats rejoignirent aussi le mouvement, car servant de chair à canon dans les tranchées, ils voulaient en finir avec la guerre. Les masses insurgées exprimèrent trois revendications principales: le pain, la paix et la terre. Sous la pression du mécontentement le tsar abdiqua le 3 mars.
LE DOUBLE POUVOIR
Les ouvriers renouant avec la tradition de leurs camarades de 1905, constituèrent des soviets dans les usines, dans les quartiers et une milice révolutionnaire. Ces conseils, étaient composés de délégués ouvriers élus et révocables à tout moment.
Le 27 février le Soviet de Petrograd, malgré le peu de délégués (250 environ), prit une série de mesures avec la création d’une commission de ravitaillement, l’envoi des gardes révolutionnaires à la Banque d’Empire et à la monnaie.
Pendant ce temps, les représentants de la bourgeoisie formèrent un gouvernement provisoire.
Il y eut deux organes de pouvoir, on parvint très vite à un double pouvoir dans le pays: d’un côté les ouvriers et les soldats à travers le Soviet et de l’autre la bourgeoisie constituant le gouvernement provisoire.
Ce double pouvoir dura plusieurs mois, jusqu’à ce que la classe ouvrière fût prête à s’emparer du pouvoir politique. En effet, les ouvriers révolutionnaires (ceux qui voulaient tout le pouvoir aux soviets) furent minoritaires pendant plusieurs mois dans les Soviets. Cependant, ils utilisèrent ce temps là pour élargir les soviets et gagner la majorité en leur sein.
Octobre 1917
Le parti bolchevik, dont Lénine et Trotski furent les dirigeants, joua un rôle décisif dans la révolution d’octobre. Ce parti ouvrier révolutionnaire était le parti d’avant-garde des masses. C’était le seul parti qui exprimait les intérêts véritables de la classe ouvrière et de la majorité de la population laborieuse.
Durant plusieurs mois, les Bolcheviks se battirent pour obtenir la majorité dans les soviets. Avant eux, les partis qui avaient la majorité dans les soviets, étaient le parti cadet mais surtout les mencheviks et les socialistes révolutionnaires. Ces derniers représentaient en réalité les intérêts des classes bourgeoises et petites bourgeoises au sein de la classe ouvrière.
La direction du Parti bolchevik incita à continuer la lutte jusqu’à la victoire, en préparant les masses à la conquête du pouvoir. Les Bolcheviks organisèrent les soviets, armèrent les ouvriers, convainquirent l’armée et la paysannerie de rejoindre la cause de la révolution prolétarienne.
Dans la nuit du 24 au 25 octobre, une insurrection armée d’ouvriers, de soldats, de matelots révolutionnaires renversa le gouvernement provisoire et les Soviets s’emparèrent du pouvoir politique, suite à l’insurrection armée.
Aussitôt, la paix immédiate, l’abolition du droit de propriété sur la terre des propriétaires fonciers, le contrôle ouvrier sur la production et la création d’un gouvernement des soviets, furent proclamés.
La Révolution elle-même se réalisa sans grande effusion de sang. Cependant, la guerre civile qui s’ensuivit fut particulièrement sanglante en raison des attaques des armées constituées par la bourgeoisie. Pendant trois à quatre ans ans, la bourgeoisie tenta de reconquérir le pouvoir en formant les armées «blanches» contre l’armée rouge, avec des généraux tsaristes soutenus par des capitalistes européens (Angleterre, France, Etats-Unis...). Mais en vain, l’Armée rouge, constituée de travailleurs et de paysans, gagna la guerre civile.
La Révolution russe était conçue par les Bolcheviks et les travailleurs révolutionnaires comme le premier pas vers la Révolution socialiste mondiale, mais l’isolement de l’URSS et plus tard la politique criminelle de la bureaucratie stalinienne furent des éléments déterminants de l’échec à l’expansion de la révolution prolétarienne mondiale. Cependant, la Révolution de 1917 suscita l’enthousiasme des travailleurs du monde entier. Son influence a parcouru la terre pendant plus d’un demi-siècle, et même si cet enthousiasme a quasiment disparu, le fait que des travailleurs aient pu exproprier des grands propriétaires, prendre la direction des usines, et constituer leur propre Etat, signifie que c’est chose possible. C’est une des raisons qui nourrit l’optimisme des communistes révolutionnaires et des travailleurs militants, qui se battent pour un changement radical de la société à l’échelle planétaire.
De nos jours l’existence d’une minorité de riches possédants, exploitant les travailleurs et la grande majorité des peuples crée toujours les conditions d’une nouvelle Révolution qui renversera les classes dirigeantes et posera les bases d’une nouvelle société, débarrassée de l’exploitation de l’homme par l’homme, seule porteuse de réels progrès pour l’humanité: la société communiste.
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