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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES - Samedi 17 novembre 2007 N° 977
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À la Une
ÉditorialLes cheminots, les travailleurs de la RATP, d’EDF et de GDF ont montré leur détermination à ne pas se laisser faire
Comme pour le 20 octobre dernier, les cheminots ont participé massivement à la grève du mardi 13 novembre au soir. Ils ont été rejoints le mercredi 14 par les travailleurs de la RATP, d’EDF et de GDF. Les grévistes refusent le projet du gouvernement qui veut leur imposer de travailler plus longtemps pour une pension plus réduite. Les cheminots ont décidé de poursuivre leur mouvement, qui au départ d’ailleurs était une grève reconductible, jusqu’à un changement d’attitude la part du gouvernement.
Rappelons que le 20 novembre, les syndicats de la fonction publique appellent à la grève, contre, entre autres, la suppression de postes et pour l’augmentation des salaires. On se demande d’ailleurs pourquoi ces syndicats n’ont pas appelé tous les salariés concernés par ces mouvements à faire grève au même moment. En Guadeloupe et en Martinique un certains nombre de syndicats, dont certains des enseignants appellent à participer à la grève du 20 novembre.
Cette fois encore on a pu entendre les criailleries des membres du gouvernement et du patronat soi-disant révoltés contre la prise en otage des usagers des services publics. Les journalistes et autres commentateurs de service se sont joints à ce concert justifiant la décision du gouvernement de prendre une mesure soi disant d’équité. Car sous prétexte que les cheminots, les agents de la RATP, d’EDF et de GDF sont les derniers à subir des mesures déjà imposées, successivement, aux travailleurs du privé puis à ceux de la Fonction publique, le gouvernement les considère comme des privilégiés. Et ceux qui traitent de privilégiés des travailleurs dont plus d’un tiers ont moins de 1 000 euros de retraite sont ceux qui ont applaudi aux 15 milliards d’euros de cadeaux fiscaux aux quelques milliers de familles les plus riches ou qui considèrent comme normal que le président de la République s’accorde une augmentation de 172% de son salaire, au prétexte qu’il était inférieur à celui de son premier ministre. Pour ces gens là, l’égalité doit se faire par le haut, mais par le bas pour les travailleurs.
Le gouvernement essaie de faire de cette grève une épreuve de force. Mais cette épreuve n’oppose pas seulement le gouvernement aux quelque 500 000 travailleurs des régimes spéciaux. Elle oppose aussi le gouvernement et le patronat à l’ensemble des salariés. Et dans cette épreuve de force, les grands médias leur prêtent main forte en nous jetant à la figure de prétendus sondages qui montreraient que la majorité de la population serait contre les grévistes. A-t-on organisé un sondage pour savoir l’avis de cette population sur les 15 milliards d’euros de cadeaux fiscaux faits aux plus riches? Le gouvernement en aurait-il tenu compte? On nous jette aussi à la figure que les 53% d’électeurs qui ont voté Sarkozy l’ont fait pour qu’il applique des réformes. Réforme, les 15 milliards donnés aux riches? Réforme, toutes les mesures qui ne visent qu’à permettre aux plus riches d’en avoir plus? Réforme le démantèlement des services publics, faire des économies sur les retraites, l’assurance maladie de manière à distribuer l’argent économisé au patronat?
L’ensemble du monde du travail est concerné par le mouvement des travailleurs des régimes spéciaux, car c’est lui qui perdra si le gouvernement gagne l’épreuve de force. On nous a déjà prévenus. Pour une retraite entière il faudra cotiser 41, puis 42 ans et avec des pensions de plus en plus réduites. Il n’y a pas de raison que les salariés soient condamnés à travailler toujours plus pour voir leur pouvoir d’achat diminuer inexorablement et pour, une fois la retraite venue, crever de misère.
La grève a donc été reconduite ; le gouvernement s’agite et prétend faire de nouvelles propositions, dont des négociations par entreprise. Il joue la montre. Cela suffira-t-il pour mettre fin au mouvement? Cela dépendra de la détermination des cheminots, des employés des services publics concernés. La grève de 1995 a montré qu’ils étaient capables d’imposer le recul à Chirac-Juppé. Ils peuvent faire de même avec Sarkozy-Fillon.
Le budget de l’Outre Mer pour 2008
Le gouvernement vient de voter son projet de budget pour 2008. Un budget que Nicolas Sarkozy a voulu «basé sur la valorisation du travail pour créer de la richesse et de l’activité».
S’agissant de la «mission d’Outre Mer» (projet de budget), les priorités pour Sarkozy et de son gouvernement sont, prétendent-ils:
• Soutenir l’économie et l’emploi outre mer;
• Soutenir le développement lo-cal en partenariat avec les collectivités territoriales;
• Garantir la sécurité des citoyens et lutter contre l’immigration clandestine
• Garantir l’égalité des chances des citoyens d’Outre Mer.
Cette mission comporte deux programmes: l’emploi (58%) et les conditions de vie dans l’Outre Mer (42%). La rue Oudinot gérera 3,49 milliards d’euros et le ministère de l’économie, des finances et de l’emploi 158 millions consacrés aux aides directes à l’embauche des «publics les plus éloignés de l’emploi». Un peu plus de 15 milliards financeraient ces fameux objectifs.
Ces gros chiffres ne doivent pas tromper. C’est un budget en stagnation que le gouvernement a présenté. Ces milliards versés en 2006 comme en 2007 n’ont pas résolu les problèmes de l’emploi (30 à 34% de chômage chronique – France 8,4%), de logements, de précarité. Cet argent va, pour une grande part, dans la poche du patronat. Il financera entre autres l’abaissement des coûts du travail par l’exonération des cotisations de Sécurité Sociale (867 millions d’euros), en augmentation de 6%. Ce sont là des cadeaux au patronat sans contrepartie.
En tout cas, le monde du travail n’a rien à attendre de Sarkozy, car il a déjà montré clairement quel était son camp: celui des capitalistes et surtout des plus gros d’entre eux.
Epidémie de dengue:
insuffisance des moyens de prévention
L’épidémie de Dengue ne cesse de progresser, avec quelques 6000 cas recensés. De nombreuses personnes, souvent des enfants et des personnes âgées, sont hospitalisées. Les pouvoirs publics s’en inquiètent à juste titre, mais comme c’est souvent le cas, avec retard et un certain affolement qui donne l’impression qu’ils ne savent pas trop quoi faire d’efficace. Pourtant, ce n’est pas la première fois qu’une telle épidémie frappe la Guadeloupe. En 1995, la direction de la DSDS (Direction de la Santé et du Développement Social) avait fait preuve de son manque d’efficacité, lié principalement au manque de moyens matériels et de personnel. A l’époque, les agents de la DSDS et leur syndicat CGTG avaient dénoncé les problèmes et mis en garde contre une récidive de plus grande ampleur. Le problème s’est également posé à la Réunion, de façon encore plus grave, avec l’épidémie de Chikungunya.
Mais une fois l’épidémie enrayée, il semble que le problème ait été oublié par la direction jusqu’à nouvel ordre, puisque qu’il resurgit à l’identique douze ans plus tard. L’épidémie est cette fois-ci encore plus importante, et les erreurs sont les mêmes. Entre temps, l’éducation pour la santé de la population a été laissée en suspens, alors que chacun sait que les habitudes en la matière sont longues à s’implanter et nécessitent un effort sur une longue durée pour modifier les comportements. Par ailleurs, les campagnes de démoustication par pulvérisations sont épisodiques et interviennent principalement en période d’épidémie. On semble avoir régressé en la matière: il y a plusieurs dizaines d’années, les passages étaient réguliers, tout comme les interventions des agents de la DSDS chez les particuliers, avec destruction des gîtes larvaires et distribution de produits à placer dans les pots à fleurs par exemple. Les carcasses de voitures qui bordent les routes sont incriminées par la DSDS comme étant des gîtes de reproduction pour les moustiques. Mais jusqu’ici, le problème de leur enlèvement n’a pas été résolu.
A la base de ces insuffisances, il y a bien sûr le manque de moyens matériels et humains: le nombre d’agents chargé de la prévention est en régression, ils ne sont pas assez nombreux pour faire le travail nécessaire et ne disposent pas de matériel suffisant. Actuellement, 7 véhicules sont fonctionnels pour la Grande Terre, et les agents estiment qu’il en faudrait 2 de plus, ainsi qu’un véhicule supplémentaire à Marie Galante et un à Baillif pour pouvoir faire le travail en profondeur. De même concernant les agents eux mêmes: ils sont aujourd’hui 58, dont 4 sont en congé de longue maladie, donc 54 opérationnels. Il y a quelques années, ils étaient 122! La situation en Martinique est encore plus critique, avec 32 agents. A la Réunion, les agents qui étaient dans le passé 177, se sont retrouvés à seulement 45 au moment de l’épidémie de Chicungunya. Il est prévu d’augmenter leur nombre à la Réunion, avec 19 puis 45 recrutements, mais rien n’est prévu pour l’instant en Guadeloupe et en Martinique. La politique d’économie de l’Etat sur les services publics a des conséquences très graves, puisqu’elle met en danger des vies. Mais la santé de la population n’est pas une priorité pour les pouvoirs publics, et quand les problèmes deviennent graves, la direction de la DSDS avoue son impuissance en s’en remettant aux pompiers et à l’armée, et en culpabilisant la population. Les agents de la DSDS ont tenu une conférence de presse au local de la CGTG le mercredi 14 novembre pour tenir la population informée de la situation critique et dénoncer le manque de moyens.
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