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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 17 novembre 2007      N° 977


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Pakistan
Un dictateur reste un dictateur

Le 3 novembre dernier, le général Pervez Musharraf a suspendu la constitution et décrété l’état d’urgence. Pourtant il avait été réélu à la tête de l’Etat pakistanais en octobre. Mais des juges de la cour suprême semblaient vouloir contester sa récente réélection. De plus il subissait de plus en plus la pression des Etats Unis. Il tente ainsi de se maintenir au pouvoir.
Le Pakistan, puissance régionale et nucléaire a toujours été un allié inconditionnel de l’Amérique. Mais depuis l’occupation de l’Afghanistan par les occidentaux, les exigences des USA se font de plus en plus précises. Ils veulent que l’armée du Pakistan soit déployée le long de sa frontière afghane et empêche que le pays soit une base arrière des Talibans. Mais cette armée, dont certains éléments sont sensibles à la propagande des Talibans, qui de plus est corrompue, s’acquitte très mal de cette tâche. Elle indispose les généraux américains, qui songent parfois à haute voix à limiter les pouvoirs de Musharraf.
G.Bush tente de favoriser une entente entre le général Musharraf et Mme Bénazir Bhutto. Cette dernière est rentrée d’exil, pour partager le pouvoir avec le général. Ce dernier resterait au pouvoir, mais renoncerait à son titre de chef de l’armée. Mme Bhutto et son parti devraient dominer l’assemblée nationale que des élections devraient renouveler le 15 janvier 2008.
Ce vernis démocratique concocté par les USA n’est pas au goût du dictateur. Il a décidé de passer outre. Il prend le pari que Bush et sa clique le soutiendront pour éviter le chaos au Pakistan.



Tchad
Des hypocrites en action

Une ONG (organisation non gouvernementale), l’Arche de ZOE, met sur pied le projet de recueillir une centaine d’enfants orphelins du Darfour, en France. Ses membres, acheminés de France par des avions de l’armée française, avec un traducteur et un officiel tchadien, rassemblent les enfants. C’est à ce stade de l’opération que les autorités tchadiennes arrêtent les membres de l’association ainsi que les hôtesses espagnoles et l’équipage de l’avion qui devait transporter les enfants en France. On découvre que les enfants ne sont pas, selon les dernières informations, des orphelins et qu’en plus ils sont tchadiens. On avait donc menti à leurs parents.
Alors on a eu droit à un festival d’hypocrisie.
D’abord le président tchadien faisant mine de découvrir l’affaire. Pourtant des officiels tchadiens ont participé au regroupement des enfants. En outre, il dit agir pour protéger les enfants. Mais ce politicien a renversé Hissen Habré, le précédent président, en utilisant des troupes avec des enfants soldats. La vie des enfants ne le préoccupe donc pas.
En fait, le président du Tchad veut utiliser cette affaire pour faire pression sur la France. Il veut obtenir des aménagements dans le dispositif militaire que la France et l’Europe doivent déployer à la fin du mois sur sa frontière avec le Soudan. De plus il veut prendre un peu de distance vis à vis de la France et son occupation militaire. Cette plus grande indépendance, il estime pouvoir l’utiliser pour exploiter le pétrole qu’une société américaine vient de découvrir dans le sous-sol tchadien.
Du côté de la France, on n’est pas en reste. Alors que des avions militaires français ont été utilisés, les diplomates du pays prétendent ne pas avoir été au courant. Sarkozy quant à lui en a profité pour occuper les devants de la scène. Il a sauté dans un avion pour ramener en France et en Espagne les hôtesses et infirmière après que ses services spéciaux aient obtenu leur libération après un accord secret.
Cette affaire d’enlèvement d’enfants par l’arche de Zoé est utilisée par le Tchad et la France pour régler leurs comptes. La santé, le bien être de la population du Tchad ne les préoccupent guère, contrairement à ce qu’ils veulent faire croire.



TRINIDAD & TOBAGO
Les notables se préparent aux élections

Le 5 novembre auront lieu les élections générales à Trinidad et Tobago. Les sondages se multiplient mettant face à face le parti au pouvoir le PNM (People’s National Movement) du premier ministre en place Patrick Manning et l’opposition. Celle-ci était représentée par l’UNC (United National Congress) dirigé par l’ancien premier ministre Basdeo Panday qui avait 16 parlementaires élus en 2002 contre 20 au PNM. Cette opposition s’est divisée il y a un an avec la création d’un nouveau parti, le COP (Congress of the People). Certains pensent que cette division favorisera le maintien du PNM au pouvoir, d’autres non. De toutes façons la politique de ces différents partis de notables diffère peu. L’élection de l’un ou l’autre ne changera pas grand chose pour l’ensemble de la population dont une grande partie, vit dans la pauvreté. Et ce ne sont pas les distributions hâtives de logements sociaux à la veille des élections qui masqueront les 20 % de chômeurs. Le crime reste un réel problème à Trinidad. A côté de la délinquance de la misère, il y a celle des notables. Tous les partis ont des membres accusés de corruption.
Aucun de ces partis ne propose de lever les limitations au droit de grève à Trinidad. En mars-avril 2007 grèves et manifestations de différents secteurs avaient montré le mécontentement des travailleurs contre les bas salaires face aux hausses des prix, de l’alimentation en particulier, et les mauvaises conditions de travail. Face aux menaces de licenciement dans une compagnie de télécommunications, un syndicat vient de lancer le mot d’ordre «no jobs, no vote!», sorte de moyen de pression sur tous ces notables qui se présentent aux élections.



La crise du “Subprime”: crise mondiale du système capitaliste

Le monde capitaliste s’enfonce dans la crise économique. A l’échelle de la planète les chiffres sont éloquents: 35 millions de chômeurs dans les pays riches, là où on les compte encore!
La dernière grande étape de cette crise s’appelle «la crise des subprime», crise financière qui a éclaté en août 2007. Partie des USA après que des milliers de petits propriétaires trop endettés pour rembourser les échéances de leurs crédits hypothécaires (subprime) se soient retrouvés en cessation de paiement et donc soumis à des procédures de saisie.
Cette crise du crédit qui affecte évidemment en priorité les classes défavorisées a provoqué la chute des valeurs immobilières, mais aussi la faillite de nombreux établissements de crédit hypothécaire. Beaucoup de banques américaines et aussi étrangères qui avaient des participations dans le capital de ces sociétés ont été prises dans l’engrenage.
Un vent de panique a alors soufflé sur les grandes places boursières quand la baisse des actions des sociétés financières a atteint un record, entraînant avec elles, dans la dégringolade, les banques. Et pas les moindres, puisque même la BNP Paribas, la première banque française, a annoncé qu’elle suspendait l’activité de fonds servant à la spéculation.
La crise de l’immobilier américain a traversé l’atlantique pour atteindre toutes les banques engagées dans la spéculation sur les titres représentant les dettes hypothécaires et la spéculation immobilière.
D’un seul coup le flot monétaire a été stoppé, occasionnant une crise de liquidités, menaçant l’économie. Les banques centrales sont alors entrées dans la danse pour enrayer l’hécatombe en injectant des centaines de milliards dans les caisses des banques. Une accalmie a semblé intervenir, mais elle été de courte durée. La Northern Rock, huitième banque d’Angleterre se retrouva en faillite. La télévision nous a montré, devant ses guichets, les queues de clients inquiets venus retirer leurs pécules. Puis plus récemment ce fut le tour de 2 grandes banques américaine, (City bank et Merryl linch) de se retrouver dans la tourmente.
La crise de l’immobilier aux USA est loin d’être finie. Mais personne ne peut deviner son devenir. Les analystes parlent de «situation volatile» façon de dire qu’ils ne savent rien.
Avec l’aide des Etats et des banques centrales, il se peut que le système financier s’en sorte: la crise aura balayé une certaine quantité de petits spéculateurs en même tant qu’elle aura emporté les logements d’un grand nombre de ménages américains modestes. Elle peut déboucher sur une chute de la production industrielle, des fermetures d’usines, des plans d’austérité et une nouvelle poussée du chômage.
Les gros repartiront dans de nouvelles spéculations ou dans les mêmes tandis que le prolétariat de la planète, particulièrement ceux des pays pauvres, paye et payera encore durement les conséquences des spéculations du capital.



La révolte de Nat Turner et les luttes des Noirs aux Etats Unis

Le dix novembre 1831, l’esclave noir Nat Turner fut pendu dans l’état de Virginie aux Etats-Unis à l’âge de trente et un ans.
Cet esclave s’était en effet révolté contre sa situation et, qui plus est, avait entraîné dans son action un groupe d’environ soixante-dix esclaves. Ils déclenchèrent une insurrection le 22 août 1831. Ils causèrent d’importants ravages dans le comté de Southampton (Virginie), allant d’une plantation à l’autre, saccageant tout et tuant une cinquantaine de Blancs. Ils avaient pour but d’atteindre Richmond, la ville principale de la région, de soulever l’ensemble des esclaves et de repartir pour l’Afrique d’où ils avaient été arrachés.
Nat dit «Turner», car esclave de Benjamin Turner, eut la chance de vivre pendant plusieurs années en contact avec sa mère qui, semble-t-il, lui inculqua l’idée d’une mission libératrice pour ramener tous les Africains en Afrique afin d’échapper à l’esclavage. Il était donc persuadé qu’il devait libérer son peuple. Eduqué dans un milieu religieux, ayant fait quelques études, charpentier de métier, il était une figure populaire et admirée par les esclaves pour ses connaissances et son talent d’orateur. De tempérament mys-tique, il interpréta «des signes» lui ordonnant de déclencher la révolte: celle-ci fut lancée le 22 août et dura jusqu’à fin octobre où la révolte fut écrasée.
Nat, réfugié dans une grotte fut débusqué et pendu le 10 novembre ainsi que dix-huit de ses camarades.

Durant toute la fin du 18ème et au début du19ème, il y eut de nombreuses révoltes dans le sud, sous le régime de la colonie anglaise puis sous celui des Etats-Unis. Certaines sont connues, comme la rébellion de Stono (1739), la révolte des frères Prosser en 1800, celle, très importante, de 1811 à la Nouvelle-Orléans ou comme la conspiration de Denmark Vesey qui réussit à grouper autour de lui 9 000 Noirs qui fomentèrent un soulèvement de grande ampleur.
Nous aurons l’occasion, dans d’autres articles de retracer ces faits de révoltes qui, en dépit d’échecs répétés, de tentatives avortées, suivis d’une impitoyable répression, montrent que dans aucun territoire des Amériques et des Antilles les esclaves n’ont accepté sans se battre, sans résister d’une façon ou d’une autre, l’oppression inhumaine qui les écrasait.
Les propriétaires esclavagistes du sud des USA craignaient toujours que l’exemple des Noirs qui se dressaient pour mener une action contre leurs oppresseurs blancs encourage d’autres esclaves à se révolter pour reconquérir leur liberté et leur dignité. La révolte de Nat Turner provoqua une grande peur chez les Blancs du Sud qui se vengèrent en multipliant les exactions contre les noirs afin de les terroriser, de les dissuader de toute tentative de révolte. Ainsi la Virginie mit sur pied une véritable armée (plus de 100 000 hommes sur une population globale – Blancs et Noirs - d’environ 1 200 000 habitants) destinée à écraser toute tentative de soulèvement.
De fait, à partir de cette époque (1830), l’esclavage dans le sud des Etats-Unis fut particulièrement bien ancré et défendu, de façon à décourager toute tentative de soulèvement collectif. La révolte de Nat Turner est bien une des dernières de ce type. Mais toutes les autres formes de résistance continuèrent: ralentissement du travail, sabotages, incendies dans les plantations, assassinats isolés de Blancs, fuites vers le Nord, etc.

Les esclavagistes du sud des Etats-Unis affectaient bien sûr de croire que leur système d’oppression serait éternel, tandis que les capitalistes du Nord savaient eux que le maintien d’un tel système ne pourrait que susciter une révolte généralisée dangereuse en soi. Car elle pourrait aussi entraîner des Blancs pauvres, et cela contre tous les possédants. C’est en grande partie cette considération, entre autres, qui encouragea l’état des possédants du Nord (particulièrement la bourgeoisie industrielle) à prendre sur lui de mettre fin à la situation dans les grandes plantations du sud, par la dite «guerre de sécession» (1861-1865). Il se réclama alors du noble idéal d’abolition de l’esclavage! Mais derrière les proclamations, il y avait les intérêts des uns et des autres, tous possédants et futurs exploiteurs des esclaves «libérés»! Ceux-ci ne mirent ensuite fin aux discriminations officielles, à la ségrégation, à l’absence de droits civique, dans le sud, qu’après un siècle de protestations et de luttes de grande ampleur!