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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES - Samedi 15 décembre 2007 N° 978
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Le référendum du 7 décembre 2003
LA POSITION DES PARTIS
Il y a quatre ans, le 7 décembre 2003, le gouvernement français organisait un référendum sur le statut, en Martinique et en Guadeloupe. La question était: «approuvez vous le projet de création en Martinique ou en Guadeloupe (selon les cas) d’une collectivité territoriale demeurant régie par l’article 73 de la constitution, et donc par le principe de l’identité législative avec possibilité d’adaptations et se substituant au département et à la région dans les conditions prévues par cet article? »
Dans les deux îles, ce fut le «non» qui l’emporta. Mais s’il fut massif en Guadeloupe avec 72,98% contre 27,02% de oui, il le fut bien moins en Martinique avec 50,48% contre 49,52% de oui.
En bref, que signifiait la question posée?: La possibilité de substituer aux deux assemblées, conseil régional et conseil général, une assemblée unique d’une part et d’autre part, la possibilité d’adaptation de certains textes tout en restant soumis au droit commun français.
Pour les partisans du changement de statut, autonomistes, indépendantistes ou partisans d’une évolution même plus modérée, ce référendum disaient-ils pouvait être un premier pas vers la souveraineté locale ; il s’agissait des partis communistes, des indépendantistes et d’une petite fraction de la droite emmenée par Lucette Michaux Chevry en Guadeloupe. Certes, ils auraient préféré que la question posée le soit autour de l’article 74 de la constitution, celui qui donnait plus «de souveraineté» en particulier celle de la « spécialité législative » c’est à dire la possibilité de voter des lois, comme ce fut proposé à Saint Barthélemy et à Saint Martin. Notons que dans ces deux îles une très forte majorité s’est prononcée pour le changement sous l’égide de l’article 74. Depuis, ont été érigées les «Communautés d’Outre mer» de St Barth et St Martin avec une assemblée ayant le pouvoir de voter des lois.
Mais ces partis se résignèrent à accepter malgré tout le choix du gouvernement de présenter l’article 73 aux électeurs.
Pour les partisans du «Non», une partie des socialistes, la majeure partie de la droite, le Oui serait la porte ouverte à l’indépendance et à l’aventure. Ou alors ce « oui » équivaudrait à acheter un « chat’ en sak » c'est-à-dire miser sur quelque chose qu’on ne voyait pas et dont on ne connaissait pas les tenants et les aboutissants.
Combat ouvrier avait appelé à l’abstention.
LES RAISONS DE LA VICTOIRE DU «NON»
Il est vrai que ce référendum avait été précipité, presque bâclé. La population ne comprenait pas toutes ces nuances entre article 73 et article 74. Les partis n’eurent presque pas la possibilité ni le temps de s’expliquer largement sur les médias. Ce fut une des raisons de la victoire du « non » dans les deux îles, mais ce ne fut pas la seule. Laisser plus de pouvoir aux élus locaux actuels, la population s’en méfie. Car la classe politique est plutôt mal vue. Les affaires de corruption, le clientélisme électoral, les trahisons, les changements de camp aussi nombreux que subits, tout cela est connu de longue date par la population qui ne fait pas confiance en général aux élus locaux. Dans un tel contexte politicien, la perspective d’une autonomie ou d’une indépendance se profilant à terme effraie beaucoup de gens. De même existe, non sans raisons, au sein de la population, la crainte de perdre les quelques avantages sociaux acquis de haute lutte au cours de près d’un siècle de combats sociaux post esclavagistes.
Une bonne partie du personnel politique local a donc préféré «coller» prudemment à l’opinion populaire de manière à éviter un effritement de leur électorat personnel. Si en Martinique le « non » ne l’a emporté que de 1% sur le oui, cela est sans doute dû à la forte influence du parti d’Alfred Marie-Jeanne, indépendantiste modéré, député, président du conseil régional de la Martinique qui appelait au «oui ». de même aura joué l’influence du PPM (Parti progressiste d’Aimé Césaire), bien qu’un dirigeant comme Aliker ait appelé à voter «non». Les indépendantistes de Guadeloupe quant à eux ont une influence électorale bien plus faible et très peu d’élus.
DÉCEPTION DES PARTISANS DU CHANGEMENT DE STATUT
C’est avec amertume voire avec un certain mépris envers la population que les partis communistes et indépendantistes qui sur cette question du statut sont liés, ont commenté les résultats. En gros, la population ne comprendrait rien à rien, elle se complairait dans l’assistanat, le «colonialisme» en refusant de prendre ses responsabilités de peuple majeur etc.
Or, ce référendum ne posait même pas ce problème là. Il s’agissait plus d’un petit aménagement administratif, d’une sorte de décentralisation accrue qu’une manière de sortir d’un système colonial même résiduel. Qu’aurait apporté de plus à la population laborieuse une assemblée unique avec les mêmes élus en lieux et places des deux assemblées?
Le gouvernement français avait composé un petit cocktail politico administratif et il fallait le boire? Il n’y avait rien dans le changement proposé qui puisse faire avancer en quoi que ce soit les intérêts des travailleurs et de la population laborieuse.
AUX MILITANTS DE LA MOUVANCE POUR LE CHANGEMENT DE STATUT
Cependant, mis à part les dirigeants et responsables des partis nationalistes, il existe au sein de la mouvance indépendantiste et celle des PC ou dans les syndicats nationalistes, un certain nombre de militants, parfois même une petite minorité de travailleurs ou d’artisans qui depuis longtemps militent pour un changement de statut. Ils le font au nom de la «dignité du peuple martiniquais ou guadeloupéen », au nom du refus d’être dirigé de 7000km par un pouvoir blanc dominant une population noire ou de couleur. Et même si selon nous ils se trompent en pensant que la voie nationaliste est garante de l’émancipation du peuple antillais, ils agissent malgré tout sincèrement et parfois courageusement au sein d’une population hostile à ces idées, sans agressivité contre eux, cependant.
Ceux là aussi ont été déçus par la victoire du «non». Un certain nombre de ces militants de base parfois sans parti ou en marge, un peu déçus, parfois découragés n’abandonnent pas le terrain de certaines luttes au sein de la population pour autant. Nous les côtoyons souvent, militons avec eux dans des actions unitaires contre les injustices qui frappent des membres de la population ici et là. Nous comprenons leurs sentiments d’humiliation face aux vexations, au racisme, au sentiment d’être des laissés pour compte d’un pouvoir issu de trois siècles d’esclavage et de colonisation.
Cependant, nous leur disons fraternellement que ce ne sont pas les quelques marionnettes qui seraient sorties des assemblées dotées d’un peu plus de pouvoir local octroyé par l’impérialisme français qui auraient pu changer quoi que ce soi d’important à la situation actuelle. L’indépendance ou l’autonomie par rapport à l’Etat français ne devraient pas être le droit pour la classe privilégiée locale d’ajouter sa propre oppression et ses propres prélèvements à ceux de la métropole. Elle devrait signifier le contrôle de la vie politique et économique locale par la population elle-même. En d’autres termes que les entreprises, les banques, les transports, aéroports, ports, plantations, usines à sucre puissent être placés sous le contrôle des travailleurs. Pour qu’aucun changement de type polico-administratif ne se traduise par une baisse ou une détérioration grave de leur niveau de vie, les travailleurs devront être capables d’imposer les conditions de travail, de salaires qu’ils jugeront nécessaires pour vivre décemment.
QUELLE VOIE POUR LES TRAVAILLEURS ET OPPRIMÉS?
A Combat Ouvrier, c’est dans une telle perspective que nous nous plaçons. Et pour l’heure, notre combat consiste à faire de chaque lutte grande ou petite une occasion de faire avancer la conscience de classe des opprimés, de chaque lutte une expérience de plus vers l’apprentissage de l’exercice du contrôle ouvrier et populaire. Ce sont autant d’étapes vers l’établissement du rapport de force indispensable entre les travailleurs, la population d’une part et les notables, les classes riches et l’état impérialiste français d’autre part. Car c’est sur la base d’un tel rapport de force que les travailleurs et les exploités auront les meilleures chances de faire valoir leurs propres revendications et leur propre indépendance de classe. Mais aussi c’est ce rapport de force là, qui sera le meilleur garant d’épanouissement futur pour tous ceux dont le passé colonial et ses séquelles d’aujourd’hui ont nourri rancœur et humiliations.
Jamaïque
Municipales: victoire du JLP, le parti au pouvoir
Les élections municipales se sont déroulées le mercredi 5 décembre à la Jamaïque, trois mois après les élections législatives qui avaient amené le JLP (Jamaica Labour Party) au pouvoir. Elles ont donné la victoire au JLP qui dirigera 134 communes contre 94 par le parti d’opposition, le PNP (People’s National Party). Lors de ces élections 14 Conseils ou «gouvernements locaux» sont constitués. Dans 9 d’entre eux le JLP a la majorité, dans 4 le PNP et dans le dernier ces partis sont à égalité. D’autres partis présents à ces élections n’ont eu aucun siège. Les dernières municipales, en 2003 avaient vu la victoire du JLP.
Moins de 40% des inscrits sont allés voter. Les listes électorales avaient pourtant été épurées. Ces élections n’ont pas passionné les foules, bien moins que les élections générales en septembre où le PNP avait perdu les élections. Il faut dire que pour la majorité des communes l’action des politiciens n’est pas convaincante. Dans de nombreux quartiers, les pluies ont défoncé les rues au point que beaucoup peuvent difficilement atteindre leur logement. Ces logements sont souvent insalubres. Le chômage et la pauvreté règnent. L’éducation semble réservée à une minorité. Dans ces conditions la violence est grande parmi les jeunes.
Cette violence a souvent été signalée par ceux qui n’ont pas voté. La peur d’être attaqué par les gangs à la solde des politiciens a été une raison de ne pas sortir ce jour là. Ces élections ont fait une dizaine de morts.
SAINTE-LUCIE
La fille de John Compton au parlement. Pour quelle politique?
John Compton a marqué la vie politique de Sainte-Lucie où il a été élu 7 fois premier ministre. Six mois avant sa mort il avait repris l’activité politique dans son parti, le «United Workers Party» et avait gagné les élections législatives dans le Micoud Nord. Son second semblait tout désigné pour lui succéder quand Jeannine Compton épouse Rampallah a annoncé son désir de faire de la politique et de se présenter dans la circonscription. A deux voix près elle a gagné les partielles dans le parti contre le second de son père puis a été élue brillamment. Reste à savoir quelle politique elle va mener dans une zone très touchée par la chute de la banane, principale ressource et par une dégradation des conditions de vie.
Soutien aux militants syndicaux d’EDF Guyane
Le 4 décembre 2007 s’est déroulé le procès de 5 agents EDF qui ont eu le tort d’être actifs lors de la grève de décembre 2006 qui avait également eu lieu en Guadeloupe et Martinique. Les 5 agents dont le dirigeant Castor Jean-Victor comparaissaient devant le tribunal de grande instance de Cayenne. Le chef d’inculpation est «outrage à agent de la force publique, violence en réunion» et pour cela, deux d’entre eux ont déjà été licenciés car la direction d’EDF cherche à les faire passer pour de véritables délinquants. Ces militants risquent des peines de prison, des milliers d’euros d’amendes ou la perte de leurs droits civiques. De plus la direction entrave la procédure d’appel du licenciement et essaie d’empêcher l’expertise décidée par le CHSCT (Comité d’hygiène, de Sécurité et des conditions de travail) sur le climat social à EDF.
Le jour du procès, l’UTG (Union des travailleurs Guyanais) avait appelé les travailleurs à une grève générale en soutien aux militants. Ainsi plusieurs centaines de militants ont répondu à l’appel et dans le tribunal une centaine étaient présents.
Il faut savoir que la grève de décembre 2006 posait des problèmes de fond, à savoir obliger la direction d’EDF à réviser à la hausse son programme d’investissement pour la Guyane afin d’éviter les nombreuses coupures. Les élus avaient dû prendre position et avaient réuni le Congrès qui avait validé les revendications des grévistes. La direction d’EDF n’a pas digéré cette forte mobilisation et cherche à se débarrasser des militants les plus actifs de l’UTG de façon à instaurer un climat de terreur. L’affaire est mise en délibéré pour le 22 janvier 2008.
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