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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 12 janvier 2008      N° 979


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À la Une

Éditorial

Un nouveau train de mesures contre les travailleurs

Dès les premiers jours de janvier, un certain nombre de mesures qui pourront être catastrophiques pour les plus pauvres, entrent en application. Elles concernent les franchises médicales, qui continuent leur ascension: 50 cents de plus par boîte de médicament, 50 cents sur les actes paramédicaux, 2 euros supplémentaires sur les transports sanitaires, dans une limite fixée pour l'instant à 50 euros par an. De nouveaux médicaments ne seront plus remboursés, ce qui ne fait que compléter une liste déjà longue. Le gaz augmente de 4%, alors q'en France, de nombreuses personnes parmi les plus démunies, l'utilisent comme moyen de chauffage.
En contre partie, les minima sociaux sont crédités d'augmentations dérisoires: le RMI, que perçoivent en France 1,2 millions de personnes, augmente de 1,6%, soit 447,91 euros par mois pour une personne seule, 671,81 euros pour adulte avec un enfant. De même, l'allocation chômage de longue durée augmente de 1,6%, et l'allocation de solidarité spécifique, attribuée à ceux qui ont dépassé les limites du chômage est de 14,74 euros par jour. Pour les adultes handicapés, l'augmentation est encore plus faible: 1,1 euros de plus, de même pour les retraites. Ces augmentations ridicules sont loin de couvrir la hausse des prix, qui a été officiellement de 2,4% en 2007. D'autant plus que cet indice officiel de l'inflation, calculé sur un nombre limité de produits, est inférieur à la réalité.
C'est donc cette partie la plus pauvre de la population qui subira de plein fouet les mesures mises en oeuvre en ce début d'année. Elles font suite à toute une série d'autres qui ont déjà aggravé la misère. Mais cela ne s'arrêtera pas là: Hausse annoncée des prix des carburants. Les prix du pain, des produits laitiers, de bien des produits de l'agro-alimentaire ont augmenté récemment .Et quand les minima sociaux ne permettent plus de se soigner, de se de se nourrir, quand les logements décents sont bien trop chers, que reste-t-il ?
Pour ceux qui ont un travail, l'augmentation des salaires inexistante ou dérisoire est bien loin de compenser ces hausses de prix. L'augmentation du pouvoir d'achat dont Sarkosy se gargarise sonne comme une plaisanterie cynique. En fait, c'est toute la population laborieuse qui continue de s'enfoncer dans la pauvreté. Pour gagner à peine de quoi vivre, il faudra s'épuiser au travail et donc rapporter d'autant plus de profit aux patrons. C'est la logique du «travailler plus pour gagner plus», autre slogan cynique du président. Plus la santé va coûter cher, plus il faudra payer pour s'habiller, se nourrir, et plus il faudra travailler, faire d'heures supplémentaires, subir les pressions et le harcèlement sans broncher.
Et pour que la force de travail soit exploitable encore plus longtemps, le gouvernement a décidé d'augmenter le nombre d'annuités de cotisation pour la retraite à 41,5 ans pour tous, alors que le MEDEF en demande déjà 42 à 45.
Cette régression des conditions de vie des travailleurs n'est pas une nouveauté. Le changement, c'est peut être son accélération, et le fait que le nouveau président paraît bien pressé d'appliquer les réformes pour lesquelles, il le clame haut et fort, il a été élu. Il ne se cache nullement d'être l'homme de main du grand patronat, et nargue les travailleurs avec beaucoup d'aplomb. Mais il reste aux travailleurs le choix de ne pas l'accepter.



Dans les banques AFB
Signature d'une nouvelle convention collective

Le 19 décembre dernier les organisations syndicales des banques BNP, BDAF, BFC et SGBA ont signé la nouvelle convention collective en présence d'une délégation de l'AFB (Association Française des Banques). Cette signature met un terme à huit ans de négociations et de conflits, dont les 84 jours de grève de décembre 2003 à mars 2004, et les différents procès contre l'AFB toujours gagnés par les salariés. Il faut se rappeler que l'AFB avait tenté un premier passage en force pour imposer la convention signée en France en 2000. Les travailleurs avaient réagi, s'étaient mobilisés et avaient porté plainte. Les tribunaux ont estimé que la convention de 1977 était toujours en vigueur car elle n'avait pas été dénoncée. L'AFB n'en avait pas tenu compte. Elle a fait une deuxième tentative après avoir dénoncé la convention de 1977 et en décembre 2003 a voulu une nouvelle fois imposer la convention de 2000 sans aucune négociation avec les syndicats. Cette fois les travailleurs ont fait grève et en mars 2004 un protocole de fin de conflit a été signé. L'AFB reconnaissait l'existence de la convention de 1977 et s'engageait à entamer des négociations pour une nouvelle convention dans les DOM. Mais encore une fois les tribunaux ont donné raison aux salariés en estimant que la convention de 1977 n'avait pas été régulièrement dénoncée. A chaque fois les salariés ont dû se battre pour faire reconnaître leurs spécificités car le but de l'AFB était de supprimer la prime de 40 % et revenir sur les avantages acquis.
La nouvelle convention est malgré tout en dessous de celle de 1977 avec la suppression du point bancaire, la diminution du nombre de jours de congés pour événements familiaux mais les représentants syndicaux ont, grâce à l'appui des employés de banque, pu préserver certains acquis en particulier la prime de 40 % de vie chère, les points de diplômes, et la prime d'expérience. La nouvelle convention par contre a prévu la mise en place d'une commission paritaire locale avec plus de pouvoirs et de compétences où il sera possible de négocier les salaires.
Il reste en suspens le problème du remboursement des jours de grève laissé par l'AFB entre les mains des directions locales. A ce jour la BFC a accepté de rembourser tous les grévistes (suite à une décision de justice concernant 3 salariés), la BNP a indemnisé 11 salariés de Basse-Terre qui ont obtenu gain de cause au tribunal mais elle refuse d'étendre la mesure aux autres, elle a d'ailleurs fait appel de la décision. La BDAF ne veut rien entendre et s'en remet à la justice. La SGBA a promis de rembourser fin janvier.
Bien sûr la signature de cette convention est le résultat d'âpres négociations avec propositions et contre propositions. Sans la mobilisation du personnel, l'AFB était prête à s'en prendre aux acquis, à tout balayer sous prétexte de moderniser la convention. Les travailleurs ont réussi à préserver l'essentiel. Le combat est loin d'être terminé car il faudra se préparer à d'autres luttes lors des négociations dans la commission paritaire locale.



Visite du Premier Ministre aux Antilles françaises
Derrière le soi-disant plan de développement, des menaces contre le niveau de vie de la population

Cinq mois après le passage du cyclone Dean qui a causé d'énormes dégâts aux Antilles, le Premier ministre François Fillon s'est rendu en Guadeloupe et en Martinique les 4 et 5 janvier, accompagné du ministre de l'agriculture, Michel Barnier, du secrétaire d'Etat à l'Outre Mer, Christian Estrosi, du secrétaire d'Etat au tourisme et au commerce, Luc Chatel et du secrétaire d'Etat aux sports, Bernard Laporte. Il a fait le point sur la reconstruction après Dean, pour aussitôt embrayer sur une déclaration de politique générale pour l'Outre-Mer. En effet dès son arrivée à l'aéroport de Pointe-à-Pitre le Premier ministre a clairement précisé que «le cyclone Dean c'est du passé, et on va profiter de ce voyage pour parler du développement économique de la Guadeloupe et de la Martinique».
Le soi-disant plan de développement économique de François Fillon, n'est ni plus ni moins que l'application aux Antilles de la politique de réduction des dépenses de l'Etat, de son désengagement progressif par la réduction de ses aides. Et derrière l'affirmation qu'«il faut donner aux économies d'outre- mer une capacité de développement plus autonome, fondée sur la formation, la recherche et l'innovation», il n'y a que cela. On cherche à culpabiliser la population en général et les travailleurs en particulier en leur faisant croire qu'ils attendent trop de l'Etat, qu'il va falloir accepter les sacrifices. Et dans un langage très «mesuré et diplomatique» à la fois, F. Fillon a fait allusion aux «rentes de situation», à l'attraction vers le haut des coûts de production des produits locaux qui les rendent peu compétitifs vis-à-vis des produits de nos voisins de la Caraïbe. En fait c'est en priorité la majoration des 40% des fonctionnaires et d'autres catégories de salariés comme les employés de banques qui est encore une fois en point de mire. Et derrière eux, tous les salariés de Guadeloupe et de Martinique en général qu'on estime trop bien payés par rapport à ceux des îles voisines.
Le gouvernement prévoit donc d'inclure tout cela dans la future loi-programme sur la défiscalisation et l'exonération des charges qui sera transmise au conseil économique et sociale en février.
Ce discours traduit la politique générale du président de la République, Nicolas Sarkozy, et de son gouvernement qui n'ont que du mépris pour la population pauvre et les travailleurs en les obligeant à accepter une politique restrictive favorable aux plus riches.
Les élus locaux, dont les représentants de grands partis de gauche: les présidents de la région et du département de la Guadeloupe, se sont contentés de souligner les difficultés financières des collectivités locales et l'insuffisance des aides étatiques qui accompagnent le développement. Alors que l'élaboration d'un plan d'urgence s'impose si on veut résoudre les problèmes majeurs tels que le chômage, le logement social et l'environnement qui sont les conséquences du retard de développement des Antilles par rapport aux autres départements français. Mais cela, il n'y a qu'une mobilisation des travailleurs qui peut l'imposer.