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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES -
Samedi 12 janvier 2008 N°
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Page 2
Pointe à Pitre
Les bêtises de quelques jeunes ne devraient pas avoir des
conséquences aussi dramatiques
Vendredi 21 décembre 2007, tous se sont émus du drame survenu
rue Sadi Carnot en plein Pointe à Pitre avec l'incendie d'un bazar
chinois: 7 morts, un blessé grave qui est décèdé par la suite, des
familles détruites. A l'origine du sinistre, quelques collégiens à
la recherche de pétards en cette veille de congés: altercation avec
le commerçant, l'affaire se gâte et le feu éclate dans le stock de
fusées, feux d'artifice, pétards stockés à l'entrée du magasin. Or
c'est la seule issue, envahie par un feu violent: des clients, la
famille du commerçant sont piégés à l'intérieur.
Dès que la nouvelle a été connue, les «défauts de la jeunesse
guadeloupéenne» ont été dénoncés. Ce problème est réel: de plus en
plus de jeunes sans perspectives sont à l'affût d'une dernière
bêtise. Ne faut-il pas poser le problème du sous encadrement de ces
jeunes dans les écoles, les quartiers?
Beaucoup parlent aussi d'exiger l'interdiction totale de la vente
des pétards. Cette vente est lucrative et même après le drame, des
pétards ont gravement blessé des enfants: doigts arrachés, visage
brûlé... Ils devraient être stockés dans certaines conditions.
Est-ce partout le cas?
Ce dernier point soulève celui des responsabilités concernant la
sécurité dans les magasins. Le bazar qui a brûlé, un ancien hangar,
avait 50 m de profondeur et une seule issue. Actuellement à Pointe
à Pitre, la plupart des commerces n'ont pas d'issue de secours.
Ont-ils même des extincteurs? Quand la mairie donne des
autorisations d'ouverture, y a-t-il des contrôles? Y a-t-il des
agents en nombre suffisant pour les faire? Il est maintenant
question d'aider les commerçants à se mettre aux normes. Quelles
garanties y a-t-il que de tels travaux seront réalisés? Or les
responsabilités sont lourdes. Elles mettent en danger la vie de la
population, celle des commerçants eux mêmes, de leurs employés et
aussi celle des pompiers sollicités en dernier recours. La
tentation est grande de concentrer la répression sur les jeunes.
Mais déjà les salariés du commerce ont commencé à se préoccuper de
leurs comités d'hygiène et de sécurité. Ils ne laissent pas
l'affaire aux autorités
Les incendies c'est aussi de la négligence patronale!
Plusieurs incendies se sont déclarés récemment en Martinique
dans des établissements commerciaux. En général, ces sinistres qui
se déclarent dans les grands hangars improvisés en immeubles de
commerce, et ne font pas de victimes. Les interprétations des uns
et des autres font souvent allusion à des actes délibérés et
malhonnêtes de la part des propriétaires de ces magasins.
C'était récemment le cas pour les établissements de la «Foir'
Fouille» et «Tonton Tapis» tous deux situés dans les grandes zones
commerciales où s'empilent comme un mécano des magasins et bazars
de toutes sortes. D'ailleurs, à propos de l'incendie déclaré il y a
un mois à la zone commerciale dite «Les Mangles» au Lamentin, le
Maire P. Samot a même déclaré publiquement: «que cet établissement
était inconnu de ses services et que certains promoteurs faisaient
n'importe quoi!!! ». Déclaration qui indique fort justement le
contexte dans lequel s'édifient ces commerces aujourd'hui. Pressés
par l'appât du gain, c'est souvent au mépris des mesures de
sécurité et des déclarations obligatoires que certains employeurs
ouvrent leurs entreprises.
Concernant la zone commerciale des «Mangles» les incendies
précédents dont celui de Tonton Tapis avaient permis de mettre en
évidence les difficultés des pompiers à progresser dans leur lutte
contre le feu du seul fait que les bouches à incendie n'étaient pas
aux normes et ne produisaient pas un débit d'eau suffisant pour
faire face aux sinistres! Il n'empêche que dernièrement ils furent
confrontés aux mêmes difficultés. Dans l'intervalle patrons et
Municipalité se renvoyèrent la balle de la responsabilité de leurs
propres défaillances.
Et que dire des entreprises dont le nombre n'est pas négligeable à
ne pas disposer d'un document unique de prévention de risques, qui
mettrait à l'abri leurs salariés et les clients alors même que ce
document est rendu obligatoire par la législation du travail?
Mais qui le leur réclame? Qui exige le respect de l'application de
la réglementation? Quand le discours dominant dans cette société
est celui qui est en faveur des patrons qui réussissent, souvent
quels que soient les moyens qu'ils utilisent!
Alors bien sûr, lorsqu'il y a un drame et des victimes on est
abreuvé de bons sentiments car tout le monde y va de son couplet et
déplore.
Mais passé les premières heures ou s'expriment sympathie et
encouragements, face à ces sinistres qui peuvent se reproduire, on
se doit de regarder les choses de plus près, comprendre et agir
pour titrer les leçons et ne pas laisser se soustraire de leurs
responsabilités ceux qui dans cette société, ont plus d'une fois
fait la démonstration que la vie des hommes compte beaucoup moins
que leurs profits.
La «guerre de la banane» continue
On se souvient qu'au lendemain de l'instauration d'une taxe de
176 Euros par tonne sur les bananes entrant en Europe et en
provenance des pays autres que les ACP (Afrique, Caraïbes,
Pacifique) et les territoires faisant partie de l'Europe (Les
Açores, Madère, Guadeloupe, Martinique) la société NOBOA, l'un des
premiers producteurs de bananes du monde dont le siège est en
Equateur, appuyée par les trusts US de la banane, DALE, DEL MONTE
et CHIQUITA, avait porté plainte devant l'OMC (Organisation
Mondiale du Commerce). Ces sociétés estimaient cette taxe contraire
aux règles du commerce mondial définies par l'OMC.
Elles viennent d'obtenir satisfaction, l'OMC ayant déclaré cette
taxe sur les bananes illégale.
Ce n'est que le nième épisode de la guerre commerciale que les
multinationales américaines de la banane livrent pour obtenir un
libre accès au marché européen, que certains états de l'Union
Européenne comme la France et l'Espagne tentent de «réserver» aux
bananes produites sur des territoires leur appartenant comme les
Açores ou les Antilles ou aux pays membres des ACP avec lesquels
existent des accords spécifiques.
En fait, l'OMC, au nom de la soi-disant libre concurrence ne fait
que défendre les intérêts des grands trusts, américains surtout. Il
suffit de savoir que cet organisme, au nom de cette prétendue
liberté du commerce mondial, interdit aux Etats pauvres du
continent africain de soutenir leurs productions, agricoles
notamment, alors que pratiquement toutes les grandes entreprises
américaines reçoivent des subventions et des aides de toutes sortes
de l'Etat américain pour leur permettre d'exporter leurs produits:
blé, soja, avions, armes, etc.
Pour sûr, l'affaire n'est pas terminée pour autant. La France,
l'Espagne et le Portugal trouveront très rapidement une autre
astuce pour protéger «leurs bananes» et celles des ACP.
Baie-Mahault
Quand le maire fait comme si les arriérés dus aux salariés devaient
sortir de sa poche
Le 5 décembre le maire Chalus a réuni le personnel municipal. Il
y avait des haut-parleurs vers la rue et jusqu'à la poste on a pu
l'entendre invectiver les agents et les traiter avec mépris.
L'affaire remonte à juin 2007. Pour diverses raisons les employés
de catégorie C, environ 580, doivent toucher des rappels de salaire
ou «reconstitution de salaire» calculée pour chacun. Le maire a
demandé aux employés de lui laisser faire la fête de la commune, la
somme globale à verser étant très importante. Ni en août, ni en
octobre, rien n'a été versé, contrairement à ce qui avait été
prévu. D'où la réunion où le maire a commencé par de longs discours
sur sa politique. Un syndicaliste est intervenu pour lui rappeler
que les employés voulaient des informations sur les rappels à
toucher et non des polémiques politiques. Le maire furieux,
d'autant que l'intervenant était applaudi et pas lui, s'est énervé,
criant aux employés: «les chiens aboient la caravane passe». Il a
annoncé aux agents que de toutes façons, dès qu'ils seraient payés,
le percepteur récupérerait les impôts en retard. A l'heure où nous
écrivons les employés ne voient toujours pas les arrêtés indiquant
quelles sommes ils devraient toucher. Certains ont reçu une
«prime», mais il n'a jamais été question de prime. Une mobilisation
est donc prévue pour lundi 7 janvier.
Martinique
Les travaux routiers se multiplient a la veille des elections
Ces jours-ci, un peu partout, les municipalités réparent les
routes. Celles-ci sont en effet, dans certains quartiers en très
mauvais état, déformées avec en plus des trous qui
abîment les pneus et les amortisseurs des voitures, ce dont se
plaignent les habitants. Il n'est pas nouveau que les maires
fassent réparer à la hâte les routes en étalant l'asphalte par ci
par là durant la période électorale. Cela fera partie de leurs
arguments pour appeler à les maintenir en poste. Et cela marche
auprès de bien des électeurs.
Mais cette année d'importants travaux sont entrepris et rendent les
routes impraticables, comme aux Abymes où dans certains quartiers,
les habitants n'ont pu pendant plusieurs semaines, voire mois,
accéder normalement en voiture à leur domicile. Dans cette commune,
les automobilistes sont confrontés à des embouteillages importants
à cause de travaux effectués en même temps sur différents axes
routiers. A Sainte-Rose, pour la première fois, après plus de 20
ans, les routes ont été recouvertes d'asphalte sur les terrains
occupés. Et la liste est longue des chantiers en tous genres qui
apparaissent ces jours-ci dans presque toutes les communes, à deux
mois à peine des prochaines élections municipales.
Si l'on ne peut reprocher aux Municipalités d'améliorer le réseau
routier (des financements existent pour cela), il est quand même à
déplorer que tout cela se fait un peu à la hâte et est très souvent
bâclé. Ce qui nécessitera de les refaire...dans un peu plus de cinq
ans à l'approche des municipales de 2013.
Maintien des profits pour les patrons de la banane
Le vendredi 4 janvier dernier, Louis Daniel BERTOME, annonçait
que les aides de l'Etat à la suite du cyclone Dean avaient bien été
versées aux planteurs. Il s'agit d'une enveloppe de 20 millions
d'euros soit 3000 euros par hectare pour chaque planteur sinistré.
Cette fois encore, les gros planteurs vont très certainement
toucher la plus grande partie de ces aides.
Ensuite il y a le FEADER, fonds agricole européen, qui dans son
programme de 2007-2013 avait dégagé 41 millions d'euros pour les
secteurs de production agricole soit 3,5 millions d'euros de plus
pour la production martiniquaise.
A cela s'ajoutent les 9 millions d'euros pour la formation des
ouvriers agricoles afin de maintenir les salariés prêts à la
reprise du travail. Et comme si cela ne suffisait pas, un autre
cadeau vient s'ajouter à cette liste: le remboursement intégral des
28 jours versés par les employeurs dans le cadre du chômage partiel
total des ouvriers.
Les patrons de la banane n'ont donc pas à se plaindre, puisque
l'Etat a tout fait pour les indemniser en prenant des mesures
exceptionnelles d'aides, mais aussi en assurant le maintien de la
main d'oeuvre nécessaire aux prochaines récoltes.
Martinique
Les patrons se moquent des travailleurs
Depuis le mois de mars 2007 aucune réunion de la commission
paritaire du BTP ne s'était tenue pour négocier des augmentations
de salaires. C'est après 3 réunions consécutives au cours du
dernier mois de 2007 que les 3 organisations patronales (le CAPEB
Martinique, CNATP Martinique et le SEBTPAM) ont accepté de
rencontrer les 7 organisations syndicales des ouvriers du bâtiment
pour discuter des salaires.
Le dernier protocole avait été signé le 1er mars 2007 où seulement
2 % d'augmentation de salaires avait été accordés par ces mêmes
patrons du bâtiment.
Ainsi pour l'année 2007, pas question pour ces exploiteurs
d'accorder un centime de plus aux ouvriers, ni non plus d'augmenter
la prime de transport. Les organisations syndicales des ouvriers du
bâtiment réclamaient une augmentation de 7 %. En définitive ce qui
est ressorti de cette énième réunion de la commission paritaire du
21 décembre 2007, c'est que les salaires ne seront augmentés que
pour l'année 2008, c'est à dire: 2 % à compter du 01 janvier 2008
et 2% à compter du 1er juin 2008.
En faisant un petit calcul cela représentera pour un ouvrier OQ 1,
une augmentation horaire de 37 centimes sur sa fiche de paie du
mois de janvier 2008. Soit une augmentation mensuelle, si on peut
l'appeler ainsi, de 59,81 euros brut.
Quant à la prime de transport, elle passe de 53,50 euros à 56 euros
mais... à compter du 01 janvier 2008. Voilà ce que le patronat du
BTP qualifie d'augmentation de salaires.
Plus d'une fois, après une signature d'un protocole, on a pu
entendre des ouvriers interpeller des militants syndicaux pour leur
dire que les augmentations de salaires dans le BTP ne sont que des
miettes. Pour d'autres «c'est une augmentation de 300 euros minimum
qu'il nous faut pour faire face à la vie chère».
Ils ont bien raison, mais cela ne se fera pas d'un coup de baguette
magique. C'est seulement par une mobilisation de tous les
travailleurs du bâtiment en Martinique qu'ils pourront contraindre
le patronat à leur accorder de véritables augmentations de
salaire.
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