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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 12 janvier 2008      N° 979


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Pointe à Pitre
Les bêtises de quelques jeunes ne devraient pas avoir des conséquences aussi dramatiques

Vendredi 21 décembre 2007, tous se sont émus du drame survenu rue Sadi Carnot en plein Pointe à Pitre avec l'incendie d'un bazar chinois: 7 morts, un blessé grave qui est décèdé par la suite, des familles détruites. A l'origine du sinistre, quelques collégiens à la recherche de pétards en cette veille de congés: altercation avec le commerçant, l'affaire se gâte et le feu éclate dans le stock de fusées, feux d'artifice, pétards stockés à l'entrée du magasin. Or c'est la seule issue, envahie par un feu violent: des clients, la famille du commerçant sont piégés à l'intérieur.
Dès que la nouvelle a été connue, les «défauts de la jeunesse guadeloupéenne» ont été dénoncés. Ce problème est réel: de plus en plus de jeunes sans perspectives sont à l'affût d'une dernière bêtise. Ne faut-il pas poser le problème du sous encadrement de ces jeunes dans les écoles, les quartiers?
Beaucoup parlent aussi d'exiger l'interdiction totale de la vente des pétards. Cette vente est lucrative et même après le drame, des pétards ont gravement blessé des enfants: doigts arrachés, visage brûlé... Ils devraient être stockés dans certaines conditions. Est-ce partout le cas?
Ce dernier point soulève celui des responsabilités concernant la sécurité dans les magasins. Le bazar qui a brûlé, un ancien hangar, avait 50 m de profondeur et une seule issue. Actuellement à Pointe à Pitre, la plupart des commerces n'ont pas d'issue de secours. Ont-ils même des extincteurs? Quand la mairie donne des autorisations d'ouverture, y a-t-il des contrôles? Y a-t-il des agents en nombre suffisant pour les faire? Il est maintenant question d'aider les commerçants à se mettre aux normes. Quelles garanties y a-t-il que de tels travaux seront réalisés? Or les responsabilités sont lourdes. Elles mettent en danger la vie de la population, celle des commerçants eux mêmes, de leurs employés et aussi celle des pompiers sollicités en dernier recours. La tentation est grande de concentrer la répression sur les jeunes. Mais déjà les salariés du commerce ont commencé à se préoccuper de leurs comités d'hygiène et de sécurité. Ils ne laissent pas l'affaire aux autorités



Les incendies c'est aussi de la négligence patronale!

Plusieurs incendies se sont déclarés récemment en Martinique dans des établissements commerciaux. En général, ces sinistres qui se déclarent dans les grands hangars improvisés en immeubles de commerce, et ne font pas de victimes. Les interprétations des uns et des autres font souvent allusion à des actes délibérés et malhonnêtes de la part des propriétaires de ces magasins.
C'était récemment le cas pour les établissements de la «Foir' Fouille» et «Tonton Tapis» tous deux situés dans les grandes zones commerciales où s'empilent comme un mécano des magasins et bazars de toutes sortes. D'ailleurs, à propos de l'incendie déclaré il y a un mois à la zone commerciale dite «Les Mangles» au Lamentin, le Maire P. Samot a même déclaré publiquement: «que cet établissement était inconnu de ses services et que certains promoteurs faisaient n'importe quoi!!! ». Déclaration qui indique fort justement le contexte dans lequel s'édifient ces commerces aujourd'hui. Pressés par l'appât du gain, c'est souvent au mépris des mesures de sécurité et des déclarations obligatoires que certains employeurs ouvrent leurs entreprises.
Concernant la zone commerciale des «Mangles» les incendies précédents dont celui de Tonton Tapis avaient permis de mettre en évidence les difficultés des pompiers à progresser dans leur lutte contre le feu du seul fait que les bouches à incendie n'étaient pas aux normes et ne produisaient pas un débit d'eau suffisant pour faire face aux sinistres! Il n'empêche que dernièrement ils furent confrontés aux mêmes difficultés. Dans l'intervalle patrons et Municipalité se renvoyèrent la balle de la responsabilité de leurs propres défaillances.
Et que dire des entreprises dont le nombre n'est pas négligeable à ne pas disposer d'un document unique de prévention de risques, qui mettrait à l'abri leurs salariés et les clients alors même que ce document est rendu obligatoire par la législation du travail?
Mais qui le leur réclame? Qui exige le respect de l'application de la réglementation? Quand le discours dominant dans cette société est celui qui est en faveur des patrons qui réussissent, souvent quels que soient les moyens qu'ils utilisent!
Alors bien sûr, lorsqu'il y a un drame et des victimes on est abreuvé de bons sentiments car tout le monde y va de son couplet et déplore.
Mais passé les premières heures ou s'expriment sympathie et encouragements, face à ces sinistres qui peuvent se reproduire, on se doit de regarder les choses de plus près, comprendre et agir pour titrer les leçons et ne pas laisser se soustraire de leurs responsabilités ceux qui dans cette société, ont plus d'une fois fait la démonstration que la vie des hommes compte beaucoup moins que leurs profits.



La «guerre de la banane» continue

On se souvient qu'au lendemain de l'instauration d'une taxe de 176 Euros par tonne sur les bananes entrant en Europe et en provenance des pays autres que les ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et les territoires faisant partie de l'Europe (Les Açores, Madère, Guadeloupe, Martinique) la société NOBOA, l'un des premiers producteurs de bananes du monde dont le siège est en Equateur, appuyée par les trusts US de la banane, DALE, DEL MONTE et CHIQUITA, avait porté plainte devant l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce). Ces sociétés estimaient cette taxe contraire aux règles du commerce mondial définies par l'OMC.
Elles viennent d'obtenir satisfaction, l'OMC ayant déclaré cette taxe sur les bananes illégale.
Ce n'est que le nième épisode de la guerre commerciale que les multinationales américaines de la banane livrent pour obtenir un libre accès au marché européen, que certains états de l'Union Européenne comme la France et l'Espagne tentent de «réserver» aux bananes produites sur des territoires leur appartenant comme les Açores ou les Antilles ou aux pays membres des ACP avec lesquels existent des accords spécifiques.
En fait, l'OMC, au nom de la soi-disant libre concurrence ne fait que défendre les intérêts des grands trusts, américains surtout. Il suffit de savoir que cet organisme, au nom de cette prétendue liberté du commerce mondial, interdit aux Etats pauvres du continent africain de soutenir leurs productions, agricoles notamment, alors que pratiquement toutes les grandes entreprises américaines reçoivent des subventions et des aides de toutes sortes de l'Etat américain pour leur permettre d'exporter leurs produits: blé, soja, avions, armes, etc.
Pour sûr, l'affaire n'est pas terminée pour autant. La France, l'Espagne et le Portugal trouveront très rapidement une autre astuce pour protéger «leurs bananes» et celles des ACP.



Baie-Mahault
Quand le maire fait comme si les arriérés dus aux salariés devaient sortir de sa poche

Le 5 décembre le maire Chalus a réuni le personnel municipal. Il y avait des haut-parleurs vers la rue et jusqu'à la poste on a pu l'entendre invectiver les agents et les traiter avec mépris. L'affaire remonte à juin 2007. Pour diverses raisons les employés de catégorie C, environ 580, doivent toucher des rappels de salaire ou «reconstitution de salaire» calculée pour chacun. Le maire a demandé aux employés de lui laisser faire la fête de la commune, la somme globale à verser étant très importante. Ni en août, ni en octobre, rien n'a été versé, contrairement à ce qui avait été prévu. D'où la réunion où le maire a commencé par de longs discours sur sa politique. Un syndicaliste est intervenu pour lui rappeler que les employés voulaient des informations sur les rappels à toucher et non des polémiques politiques. Le maire furieux, d'autant que l'intervenant était applaudi et pas lui, s'est énervé, criant aux employés: «les chiens aboient la caravane passe». Il a annoncé aux agents que de toutes façons, dès qu'ils seraient payés, le percepteur récupérerait les impôts en retard. A l'heure où nous écrivons les employés ne voient toujours pas les arrêtés indiquant quelles sommes ils devraient toucher. Certains ont reçu une «prime», mais il n'a jamais été question de prime. Une mobilisation est donc prévue pour lundi 7 janvier.



Martinique
Les travaux routiers se multiplient a la veille des elections

Ces jours-ci, un peu partout, les municipalités réparent les routes. Celles-ci sont en effet, dans certains quartiers en très mauvais état, déformées avec en plus des trous qui abîment les pneus et les amortisseurs des voitures, ce dont se plaignent les habitants. Il n'est pas nouveau que les maires fassent réparer à la hâte les routes en étalant l'asphalte par ci par là durant la période électorale. Cela fera partie de leurs arguments pour appeler à les maintenir en poste. Et cela marche auprès de bien des électeurs.
Mais cette année d'importants travaux sont entrepris et rendent les routes impraticables, comme aux Abymes où dans certains quartiers, les habitants n'ont pu pendant plusieurs semaines, voire mois, accéder normalement en voiture à leur domicile. Dans cette commune, les automobilistes sont confrontés à des embouteillages importants à cause de travaux effectués en même temps sur différents axes routiers. A Sainte-Rose, pour la première fois, après plus de 20 ans, les routes ont été recouvertes d'asphalte sur les terrains occupés. Et la liste est longue des chantiers en tous genres qui apparaissent ces jours-ci dans presque toutes les communes, à deux mois à peine des prochaines élections municipales.
Si l'on ne peut reprocher aux Municipalités d'améliorer le réseau routier (des financements existent pour cela), il est quand même à déplorer que tout cela se fait un peu à la hâte et est très souvent bâclé. Ce qui nécessitera de les refaire...dans un peu plus de cinq ans à l'approche des municipales de 2013.



Maintien des profits pour les patrons de la banane

Le vendredi 4 janvier dernier, Louis Daniel BERTOME, annonçait que les aides de l'Etat à la suite du cyclone Dean avaient bien été versées aux planteurs. Il s'agit d'une enveloppe de 20 millions d'euros soit 3000 euros par hectare pour chaque planteur sinistré. Cette fois encore, les gros planteurs vont très certainement toucher la plus grande partie de ces aides.
Ensuite il y a le FEADER, fonds agricole européen, qui dans son programme de 2007-2013 avait dégagé 41 millions d'euros pour les secteurs de production agricole soit 3,5 millions d'euros de plus pour la production martiniquaise.
A cela s'ajoutent les 9 millions d'euros pour la formation des ouvriers agricoles afin de maintenir les salariés prêts à la reprise du travail. Et comme si cela ne suffisait pas, un autre cadeau vient s'ajouter à cette liste: le remboursement intégral des 28 jours versés par les employeurs dans le cadre du chômage partiel total des ouvriers.
Les patrons de la banane n'ont donc pas à se plaindre, puisque l'Etat a tout fait pour les indemniser en prenant des mesures exceptionnelles d'aides, mais aussi en assurant le maintien de la main d'oeuvre nécessaire aux prochaines récoltes.



Martinique
Les patrons se moquent des travailleurs

Depuis le mois de mars 2007 aucune réunion de la commission paritaire du BTP ne s'était tenue pour négocier des augmentations de salaires. C'est après 3 réunions consécutives au cours du dernier mois de 2007 que les 3 organisations patronales (le CAPEB Martinique, CNATP Martinique et le SEBTPAM) ont accepté de rencontrer les 7 organisations syndicales des ouvriers du bâtiment pour discuter des salaires.
Le dernier protocole avait été signé le 1er mars 2007 où seulement 2 % d'augmentation de salaires avait été accordés par ces mêmes patrons du bâtiment.
Ainsi pour l'année 2007, pas question pour ces exploiteurs d'accorder un centime de plus aux ouvriers, ni non plus d'augmenter la prime de transport. Les organisations syndicales des ouvriers du bâtiment réclamaient une augmentation de 7 %. En définitive ce qui est ressorti de cette énième réunion de la commission paritaire du 21 décembre 2007, c'est que les salaires ne seront augmentés que pour l'année 2008, c'est à dire: 2 % à compter du 01 janvier 2008 et 2% à compter du 1er juin 2008.
En faisant un petit calcul cela représentera pour un ouvrier OQ 1, une augmentation horaire de 37 centimes sur sa fiche de paie du mois de janvier 2008. Soit une augmentation mensuelle, si on peut l'appeler ainsi, de 59,81 euros brut.
Quant à la prime de transport, elle passe de 53,50 euros à 56 euros mais... à compter du 01 janvier 2008. Voilà ce que le patronat du BTP qualifie d'augmentation de salaires.
Plus d'une fois, après une signature d'un protocole, on a pu entendre des ouvriers interpeller des militants syndicaux pour leur dire que les augmentations de salaires dans le BTP ne sont que des miettes. Pour d'autres «c'est une augmentation de 300 euros minimum qu'il nous faut pour faire face à la vie chère».
Ils ont bien raison, mais cela ne se fera pas d'un coup de baguette magique. C'est seulement par une mobilisation de tous les travailleurs du bâtiment en Martinique qu'ils pourront contraindre le patronat à leur accorder de véritables augmentations de salaire.