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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 26 janvier 2008      N° 980


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La crise financière aux Etats-Unis

La crise financière aux Etats-Unis est apparue il y a quelques mois. Cette crise inquiète le monde capitaliste, puisqu'elle semble se répandre de manière inexorable dans l'économie mondiale. Elle l'est suffisamment en tout cas pour amener le président Bush à proposer, le vendredi 18 janvier dernier, un plan de relance de 140 milliards de dollars et de nouvelles baisses de taux d'intérêt à venir. Les marchés s'inquiètent.
Comment en est-on arrivé là?
Tout vient du fait que les établissements de crédit immobilier aux Etats-Unis ont accordé, tous azimuts, des prêts pour un montant 1 150 milliards de dollars à des ménages qui se sont avérés insolvables. Mais le pire c'est qu'on ne connaît pas les créanciers concernés dans cette histoire. Et comme l'argent n'a jamais sommeil, les crédits ont ensuite été revendus à d'autres établissements sous forme de produits financiers que l'on a associés encore à d'autres prêts tels que, par exemple, les crédits à la consommation. Et on diffusé tout cela à l'ensemble de la communauté financière. Du coup, cette crise de défiance s'est généralisée. Résultat, les banques refusent de se prêter de l'argent entre elles car elles ne se font pas confiance. En dernier recours ce sont les banques centrales qui vont assumer le rôle de prêteurs.
La plus grosse banque américaine, Citigroup, vient de perdre 18 milliards de dollars. Du coup, la plus grande banque américaine se tourne vers les fonds de l'Asie et de Moyen-Orient qui lui apportent ces 18 milliards de dollars.
D'autres professions, comme celles qui assurent contre les risques (les monoliners) commencent déjà à s'écrouler. En France, les petits actionnaires s'inquiètent. Et l'inquiétude risque de gagner certains Etats dans les semaines à venir.
Cette nouvelle crise capitaliste qui s'aggrave aux Etats-Unis va-t-elle s'amplifier jusqu'à envahir l'ensemble du système capitaliste mondiale? Ce n'est pas impossible.



«La modernisation du marché du travail»: des mesures de régression sociale

Le gouvernement et les organisations patronales se réjouissent des négociations avec les organisations syndicales qui se sont terminées le vendredi 11 janvier par un accord sur le contrat de travail et la soi-disant «sécurisation des parcours professionnels».
Le gouvernement souhaitant que l'accord soit au plus vite transcrit dans un projet de loi et voté avant l'été, n'a pas hésité à faire usage de chantage envers les syndicats en les menaçant de légiférer s'ils ne l'acceptent pas.
Quatre syndicats représentatifs sur cinq (CFTC, CFE-CGC, la CFDT et Force Ouvrière) ont annoncé qu'ils signeront l'accord lundi 21 janvier, seule la CGT a signalé qu'elle ne signera pas le texte. La CFDT a donné son accord en prétextant «qu'un mauvais texte est préférable à un très mauvais.»
Cet accord sur la «modernisation du marché du travail» serait dit-on bénéfique aux patrons comme aux salariés, car il donnerait plus de flexibilité aux entreprises et apporterait plus de sécurité aux travailleurs. Ce qui est évidemment faux. Ce texte est une fois de plus l'occasion d'offrir au patronat plus d'avantages au détriment du salarié. Le patronat a la possibilité de rompre à l'amiable le contrat de travail en négociant seul avec le salarié isolé. Cette «rupture conventionnelle» doit être validée dans un délai de quinze jours par le directeur départemental du travail (dont le silence vaudra acceptation). Si le salarié veut contester cette rupture du contrat de travail, il ne pourra le faire que devant le tribunal administratif, si ce dernier prend une décision favorable au salarié, il pourra porter l'affaire devant un tribunal des prud'hommes, ce qui risque de durer encore quelques années.
Autre mesure que prévoit la réforme, l'allongement de la période d'essai pour les salariés, de un à deux mois pour les ouvriers et les employés, deux à trois mois pour les salariés de la maîtrise, et trois à quatre mois pour les cadres. Cette période d'essai est en outre renouvelable! Et bien sûr cet allongement là laisse la porte plus grande ouverte au «remerciement» du salarié.
La réforme prévoit aussi de fixer un plafond pour les indemnités accordées à un salarié par les prud'hommes en cas de licenciement abusif. Autrement dit, peu importe la gravité des actes délictueux commis par l'employeur, il ne sera pas condamné à verser plus que le plafond.
Il est évident que cette «modernisation» du marché du travail est un retour à l'époque où les travailleurs devaient accepter toutes les conditions d'un patronat avide de profits. Seule une contre offensive générale des travailleurs pourra mettre un frein au saccage organisé de leurs droits et à la régression sociale.



Elections générales à Barbade

Mardi 15 janvier 2008 le DLP (Democratic Labour Party) a gagné les élections contre le BLP (Barbados Labour Party) au pouvoir depuis 13 ans.
Avec 20 députés du DLP, contre 10 au BLP, David John Howard Thompson, 46 ans, est devenu 6ième Premier Ministre de Barbade. Il y avait deux autres partis ainsi que des candidats indépendants qui n'ont pas eu d'élus. On peut considérer que la population a vraiment voulu le changement car le BLP a perdu beaucoup de sièges. Il lui était reproché le coût de la vie très élevé, face à la misère d'une grande partie de la population et surtout une mauvaise politique du logement. Le DLP, gagnant, avait fait campagne pour un salaire minimum qui n'existe pas à Barbade: les bas salaires font que beaucoup de travailleurs, surtout des femmes avec enfants, vivent en dessous du seuil de pauvreté. Même si dans certains secteurs les salariés sont syndiqués et obtiennent des salaires décents.
Toutefois il ne semble pas y avoir de différence fondamentale entre les deux partis DLP et BLP. En effet, malgré leur référence aux travailleurs - ils s'appellent tous les deux «labour party»- ils soutiennent les possédants, les patrons. Ils favorisent la privatisation des services publics, sont accusés de vendre la terre aux «expatriés» et de favoriser les profits de grosses sociétés anglaises ou américaines.



Barack Obama, sa couleur, c'est celle de la bourgeoisie

Les élections primaires qui doivent déterminer celui ou celle qui sera le candidat démocrate aux élections présidentielles américaines présente pour cette session une originalité: un Noir et une femme sont en lice!
Barack Obama a remporté les élections dans un premier Etat, l'Iowa, alors qu'Hilary Clinton, femme de l'ex président du même nom, les a remportées dans le New Hampshire et dans le Nevada. Cette apparence de démocratie n'a cependant pas de quoi bouleverser le système, puisque ces deux candidats un peu atypiques restent deux bons représentants de la bourgeoisie. Les Noirs de la population ne se reconnaissent pas vraiment dans Barack Obama, qui représente un milieu de négociants, à des années lumières des difficultés que peuvent connaître les pauvres et travailleurs noirs aux Etats Unis. Il n'incarne même pas un tant soit peu les sentiments et l'histoire des Noirs victimes du racisme et de l'humiliation. Du reste, il n'y tient pas, sachant bien que pour parvenir éventuellement à gagner ces primaires, les voix de Noirs seraient bien insuffisantes et il se couperait de l'électorat blanc ou des autres communautés. Il tente donc de «ratisser large» en jouant sur tous les tableaux. Obama est «Noir» ou «Blanc» quand ça l'arrange, comme on peut être «populaire», «classe moyenne» ou «bourgeois» quand ça arrange aussi du point de vue électoral. Il est évident que dans des Etats à forte population noire et marquée par le passé de luttes pour les droits civiques de Noirs ou par le racisme, il jouera de préférence la carte «noire». Et dans d'autres la «blanche». Mais au-delà du caractère «bicolore» de sa candidature qui fait son originalité car il est le premier homme de couleur à parvenir à ce degré électoral aux Etats-Unis, il reste un homme politique tout à fait classique et banal.
En outre, une grande partie de l'électorat noir va traditionnellement au parti démocrate. Car ces Noirs nourrissent bien des illusions sur ce parti qui à leurs yeux apparaît comme un parti plus favorable aux Noirs et aux classes défavorisées en général. Ce en quoi bien sûr ils se trompent lourdement car le parti démocrate est l'un des «deux partis uniques» avec le parti républicain qui sème des illusions parmi les pauvres et donc parmi les Noirs, pauvres d'entre les pauvres aux USA, pour les intérêts de bourgeois féroces et rapaces. Toujours est il que pour l'heure il est soutenu par les universitaires, et une partie de la classe moyenne, mais pas par ces travailleurs et ces pauvres, Noirs ou Blancs ou Hispaniques. Du reste, les voix de l'électorat hispanique dans le Nevada se sont plutôt reportées sur Clinton que sur lui. Et pour l'heure, les Noirs, bien qu'ils ne soient pas nombreux à voter, soutiendraient même plutôt Mme Clinton, tout au moins jusqu'ici, pour des raisons affectives: son mari, Bill Clinton, ex président, est issu d'un milieu plus populaire, et les déboires conjugaux d'Hilary lui ont semble-t-il valu la sympathie des femmes noires des couches populaires dans le passé. Il est certain que Barak Obama profitera aussi d'une partie des voix des Noirs.
La tendance pourra t-elle vraiment s'inverser dans ce milieu électoral là, et dans quelle proportion ? On ne le sait pas encore. Mais comme il ne bénéficie pas d'un engouement naturel parmi les Noirs de la population, il faudrait à Obama l'appui des lobbys de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie noires, des milieux religieux noirs ou autres groupes de pression encadrant cette communauté pour gagner l'électorat noir en général. Ce qui, de toutes façons n'en ferait pas un meilleur candidat pour les travailleurs et les pauvres.
Barack Obama a reçu le soutien d'un groupe d'Antillais, dont le chef de file est justement un chef d'entreprise. Mais il y a peu de chances qu'il entende jamais parler de ces admirateurs. La bourgeoisie dont Obama et Clinton représentent les intérêts est de bien plus haute volée, et la couleur n'y change rien.



Notre camarade, Jeanne Clertant

Nous reproduisons ci-dessous, entre guillemets l'article paru dans Lutte ouvrière n° 2055 du 21 décembre dernier, après le décès de notre camarade Jeanne «Fanny» Clertant, avec en bas un petit additif qui nous est propre.

«Jeanne, ou plutôt Fanny comme nous l'appelions, vient de mourir après avoir bataillé plusieurs années contre le cancer. Son énergie, sa force de conviction et de rayonnement ainsi que sa chaleur humaine vont beaucoup nous manquer.
Elle aura milité plus de quarante ans dans nos rangs, ayant rejoint Voix Ouvrière en 1965 lorsqu'elle était étudiante. Elle fut donc, depuis cette époque précédant 1968, de tous les combats de notre organisation. Au lendemain de Mai 68, elle a contribué à la constitution du groupe de l'Est, et à établir les liens avec les ouvriers de Peugeot Sochaux. Elle s'était fortement impliquée auprès des camarades de Citroën d'Aulnay-sous-Bois, notamment lors des grandes grèves de 1982-83, pour en garder jusqu'à maintenant de très solides amitiés. De la même façon, elle avait su gagner à nos idées des camarades cheminots et bien d'autres, qui militent toujours à nos côtés. Elle avait ce don de faire partager sa vaste culture littéraire et artistique, et de transformer en dévoreur de romans celui qui n'avait jusque-là jamais ouvert un livre. Bien des camarades lui doivent leur formation politique individuelle.
Pour être discrète en public, elle en imposait par son dynamisme et sa faculté de créer des foyers militants. Sa ténacité était communicative, comme son entregent. Quant à ses amis et amies personnels les plus proches, ils garderont de vifs souvenirs de sa convivialité, de son plaisir de vivre, de son amour des fleurs et des plantes et de ses multiples savoir-faire. Une très forte personnalité que ses camarades et amis n'oublieront assurément pas.»

CO: Evidemment à Combat ouvrier nous partageons totalement ce qui est dit dans Lutte Ouvrière sur Fanny, notre camarade aussi. Les camarades de Combat ouvrier la connaissaient bien. Elle avait eu l'occasion de passer des vacances en Guadeloupe à plusieurs reprises. Elle aimait l'île et était curieuse de tout, de la vie et préoccupations des habitants mais aussi de la flore locale. Elle avait découvert Marie Galante et a toujours gardé un attachement particulier pour la «grande galette».