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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES -
Samedi 9 février 2008 N°
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À la Une
Éditorial
Crise des crédits, crise financière: menace réelle sur l'économie et les conditions d'existence de la population laborieuse
Après un temps d'accalmie, les places boursières, en ce début février, ont de nouveau plongé. Les spéculations auxquelles se livrent les milieux financiers menacent aujourd'hui d'atteindre l'économie réelle et de créer d'immenses difficultés pour la majorité de la population laborieuse dans le monde.
Il s'est produit aux U.S.A. une crise des prêts immobiliers dite des «subprime» qui a entraîné des réflexes de rationnement du crédit, les banques se méfiant les unes les autres. Ceci a entraîné à son tour une perte de confiance sur les marchés boursiers. Certaines grandes banques perdant des sommes colossales, le gouvernement américain est intervenu (les cent quarante milliards de Bush.) mais aussi la banque centrale européenne. Mais plus cette intervention étatique était massive plus elle alimentait la méfiance des spéculateurs en tous genres.
La banque fédérale américaine a baissé de façon importante son taux de crédit mais cela n'a pas recréé la confiance, au contraire! Et on assiste aujourd'hui à un comportement de rationnement du crédit. Autrement dit pour les ménages comme pour les entreprises, même jugées solvables ou saines, les banques accorderont beaucoup plus difficilement des crédits. La conséquence en sera un réel ralentissement de l'économie américaine mais aussi européenne.
L'affaire de la Société Générale est venue montrer que contrairement aux déclarations de Sarkozy et Lagarde les nuages du Tchernobyl financier venu d'Amérique ne s'arrêtent pas à l'entrée du continent Européen. Contrairement aux déclarations mensongères de ces deux personnages, la France est parfaitement intégrée et parmi les plus actifs dans l'internationalisation et la libéralisation de la finance. Elle a reçu près de 35 % d'investissements extérieurs et exportés plus de 48 % d'investissement à l'étranger. On ne voit vraiment pas comment, selon les dires de Sarkozy, Fillon et Lagarde, l'économie française serait à l'abri, plus que les autres des secousses financières actuelles! Déclarations destinées à rassurer les «investisseurs» mais aussi les couches laborieuses!
Il y a plus d'un siècle Karl Marx écrivait: «La banque et le crédit deviennent le moyen le plus puissant pour mener la production capitaliste au-delà de ses propres limites et l'un des pourvoyeurs les plus efficaces de crises et d'escroqueries».
Alors les spécialistes s'interrogent sur les mesures à prendre. Ils parlent de rendre les acteurs financiers «plus transparents», de créer des régulateurs capables de surveiller et de rendre les prises de risques plus coûteuses afin de limiter l'enthousiasme des établissements financiers. On parle aussi «d'améliorer la gouvernance des entreprises» et des banques. Donc tous ces économistes et spécialistes, fanatiques partisans du libéralisme, cherchent des solutions dans la voie de l'intervention de l'Etat.
Mais tout cela est vain car la maladie est dans la nature même du système capitaliste. Ce système qui autorise ceux qui en ont les moyens à investir où ils veulent, quand ils veulent avec l'unique but de faire du profit.
Aujourd'hui nous avons donc un secteur financier qui représente quatre fois le produit intérieur mondial! Autant dire donc que des gens achètent, vendent et font des profits de façon totalement artificielle, sur des «produits financiers» virtuels.
Mais quand leur bulle spéculative s'écroule, cela entraîne ou menace d'entraîner l'ensemble de l'économie réelle, les entreprises de production, d'échanges, de services, etc. avec des conséquences néfastes pour les travailleurs. Car qui dit difficultés ou restrictions des crédits dit aussi diminution des investissements dans la production, diminution de la capacité d'achat d'une grande partie de la population, difficultés d'écoulement des stocks qui à leur tour réagissent négativement sur l'économie et provoquent donc des licenciements.
En est-on là aujourd'hui? Sommes-nous au début ou à la vieille d'une crise économique majeure? On ne peut le dire, mais une crise financière, une crise du crédit comme celle d'aujourd'hui peut tout à fait déboucher sur une véritable crise économique.
Le meilleur moyen pour les travailleurs d'empêcher cela, de ne pas en subir les conséquences, c'est de revendiquer pour eux-mêmes une part plus grande des richesses et de produits de leur propre travail:
- en réclamant des augmentations de salaires et des pensions de retraites substantielles;
- en exigeant une intervention massive de l'état dans les services publics pour améliorer les conditions d'existence de tous;
- l'arrêt immédiat des subventions massives sous toutes formes aux grands groupes capitalistes;
- en imposant la surveillance et le contrôle des comptabilités des banques et des entreprises!
Guadeloupe
Grève dans le secteur de l'hôtellerie. La lutte a payé
Le mardi 29 janvier les travailleurs de l'hôtellerie affiliés à l'UTHTR-UGTG ont entamé un mouvement de grève qui s'est terminé suite à la signature d'un accord le 1er février.
Il s'agissait d'une grève générale dans ce secteur et la mobilisation a été particulièrement forte à la Pointe de la Verdure au Gosier où les grévistes ont maintenu leur piquet de grève malgré toutes les tentatives du patronat de dénigrer leur mouvement. Leurs revendications étaient les suivantes:
-la poursuite des NAO (négociations annuelles obligatoires) de branche de 2006;
- la signature des accords relatifs à la grille de classification et de salaires et l'ouverture des NAO de branche de 2007.
En réalité un accord était intervenu entre le GHTG (groupement hôtelier et du tourisme de la Guadeloupe) qui représente le patronat et les organisations syndicales, mais les patrons ne voulaient pas que l'accord s'applique aux structures de moins de 20 salariés. Pour eux, l'accord ne doit s'appliquer qu'aux signataires de la convention et adhérents du GHTG. L'UGTG quant à elle a trouvé inacceptable que les travailleurs des structures de moins de 20 salariés ne bénéficient pas de la convention et ne puissent profiter eux aussi des augmentations de salaires décidées et des autres avantages (prévoyance, mutuelle, plans de formation). Il faut noter qu'il y a beaucoup de structures de moins de 20 salariés en Guadeloupe.
La grève, très active, a duré 4 jours. Les patrons et les média n'ont cessé de répéter que les grévistes prennent les touristes en otage, que ce n'était pas le moment de faire grève en pleine saison touristique. Ce sont toujours les mêmes propos qui sont tenus contre les grévistes même si les touristes ont pris les choses avec philosophie et ont attendu patiemment la fin du conflit.
Finalement sous la médiation de la direction du travail, un accord a été signé le 1er février et il prévoit un avenant à l'accord de branche qui donne la possibilité à ceux qui veulent adhérer à la convention de le faire. Avec cet avenant les salariés des structures non adhérentes du GHTG et de moins de 20 salariés peuvent bénéficier de la convention signée.
Martinique
Mobilisation des contrats aidés
La mobilisation pour soutenir les personnels employés dans l'Education nationale sous «Contrats aidés» (CEA, CAV) a connu une nouvelle phase. Environ 2000 salariés se trouvent menacés de perdre leur emploi. En effet, au 31 janvier 2008, ce sont des centaines de personnes utilisées pendant de nombreux mois par l'Etat que ce dernier renverrait pointer aux ASSEDIC.
Le mardi 22 janvier, une première manifestation avait déjà eu lieu et avait permis à environ 200 contrats aidés de manifester leur volonté de ne pas être jetés à la rue.
Le jeudi 24, lors de la journée de grève générale, ils avaient à nouveau défilé en compagnie de nombreux autres travailleurs dans les rues de Fort de France.
Les «Contrats aidés» sont en effet des salariés relevant du droit privé et qui interviennent dans les établissements scolaires dans des services aussi divers que la restauration scolaire, l'entretien des locaux et des espaces verts, la vie scolaire, au secrétariat des chefs d'établissement. Leur présence est indispensable pour faire fonctionner les établissements, et ils ne «rendent» pas «des services» comme l'a déclaré la rectrice Marie Reynier le 7 novembre 2007.
Depuis le lundi 26 janvier 2008, des parents d'élèves regroupés dans leur association et des enseignants, accompagnant les salariés en «contrat aidé», se sont mobilisés devant plusieurs établissements, les empêchant même de recevoir les élèves. Cela a été le cas notamment au collège de Tartenson à Fort de France, au lycée Petit Manoir au Lamentin, au collège de Montgérald à Fort de France, au Lorrain. Dans un établissement du sud de la Martinique, les élèves ont également participé avec les enseignants et les parents à des défilés pour réclamer que les personnels sous contrats aidés soient gardés en poste. Les mobilisations ont continué jusqu'au vendredi 1er février.
Sous cette pression, la rectrice a trouvé quelques solutions pour prolonger certains contrats, mais dit-elle, dans l'avion, il y a 4 pilotes: le Rectorat, l'Etat, la Région et le Département, et elle refuse d'assumer seule la charge des prolongations des contrats de toutes les personnes concernées. Le président du Conseil général a proposé de prendre en charge certains contrats aidés affectés en collèges, mais toujours sous statut précaire. Le président de la Région a lui opposé une fin de non recevoir à la Rectrice qui aurait pris contact avec cette collectivité lundi 26 janvier.
Cette situation est due au fait que l'Etat ne respecte pas ses propres lois, c'est-à-dire d'embaucher des fonctionnaires sur des emplois permanents. Au contraire, ce sont des personnes sous payées qui sont embauchées sous un statut précaire, un an ou deux ans renouvelable(s), pour satisfaire un besoin réel.
Jusqu'au vendredi 1er février 2008, la situation n'avait pas beaucoup évolué. Le responsable local de la FSU a déclaré que cette organisation était la seule habilitée à parler au nom des contrats aidés et a annoncé qu'elle se rendrait en France pour trouver une solution auprès du gouvernement. Une réunion devrait se tenir au Conseil général le vendredi 8 février 2008 et regrouper Rectorat, Région, Département et Représentant de l'Etat pour tenter de trouver une solution.
Quelle que soit celle qui sera trouvée pour permettre la reprise des cours normalement le 11 février 2008, le problème risque bien de rester entier. Pour exiger de ceux qui sont concernés (Rectorat, Etat, Département, Région) et qui sont aux affaires, trouvent des solutions durables pour les personnes concernées, la lutte contre les contrats précaires devra se poursuivre car c'est seulement un élargissement du soutien et de la mobilisation qui peut faire pression sur les politiques.
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