|
|
|
PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES - Samedi 9 février 2007 N° 981
Sommaire > Page précédente > Accueil > Archives > e-mail
Page 4
Palestine
Le hamas marque à nouveau des points
Le 27 janvier, soit dix jours après le blocus de la bande de Gaza par décision du gouvernement israélien, l'armée du Hamas a fait sauter à l'explosif une partie de la clôture qui sépare la bande de Gaza de l'Egypte. Cette brèche a permis à la population de l'enclave d'aller se ravitailler chez leurs voisins égyptiens. Ce sont ainsi plus de 700 000 Palestiniens, la moitié de la population, qui se sont engouffrés dans la brèche durant plusieurs jours pour acheter en Egypte des denrées alimentaires et des produits de base y compris du carburant. Le gouvernement égyptien a laissé faire durant deux jours avant de fermer la frontière, mais de nouvelles ouvertures ont été opérées à coups de buldozers sur la clôture. Ces derniers jours des affrontements ont eu lieu entre les forces égyptiennes qui essaient de reprendre la situation en main et la population de Gaza. Il y a déjà des morts et des blessés.
Cette action d'ampleur, qui n'est pas la première, s'oppose au blocus total qui a été infligé au peuple palestinien par Israël. En affamant les Palestiniens de Gaza, l'état israélien a provoqué la colère et renforcé le parti au pouvoir, le Hamas qui a dirigé les opérations. Que ce soit du côté israélien ou du côté égyptien, chacun se renvoie la balle pour trouver un responsable de cette situation. Mais ce qui inquiète surtout les deux états, et en particulier l'Egypte, c'est la grande solidarité qui se manifeste dans la population égyptienne envers les Palestiniens.
Quelles que soient les reproches que l'on peut faire au Hamas sur sa politique il faut reconnaître que cette action d'ampleur qu'il dirige est un véritable défit à de nombreux états capitalistes de la communauté internationale complices du blocus qui affame tout un peuple.
Rapport Attali
"La voix de son maître"
Le mercredi 13 janvier dernier, la Commission pour la libéralisation de la croissance française, présidée par Jacques Attali a remis au Président Nicolas Sarkozy son rapport sous la forme de plus de trois cent propositions.
Ce rapport Attali qui a nécessité nous dit-on quatre mois de travail de quarante «spécialistes» de différents domaines, s'inscrit dans la continuité de la politique anti-ouvrière prise par le Chef d'Etat et son Gouvernement. En fait cette soi-disant commission de spécialistes n'a fait que reprendre des propositions faisant partie du programme de Sarkozy, mais en lui donnant la caution de gens qu'on nous présente comme de «grosses têtes».
Et on nous reprend les refrains entonnés depuis des mois par Sarkozy et sa bande: La situation catastrophique de l'état de la France et de ses finances : l'Etat est trop endetté, il y a trop de fonctionnaires, la sécurité sociale est trop déficitaire, l'enseignement coûte trop cher, l'éducation n'est pas assez adaptée aux besoins du marché, il y a trop d'inégalité et d'exclusion etc.
A ces problèmes, le rapport Attali apporte de soi-disant remèdes miracles, qui «classeront la France parmi les champions de la croissance» dans l'Union européenne. Au centre de ces remèdes il faut compter entre autres : le non remplacement d'un agent public sur deux qui part à la retraite, la généralisation du travail du dimanche, la suppression de la notion d'âge de départ à la retraite, l'augmentation de la TVA et de la CSG, la soumission dès l'école primaire de la jeunesse au monde de l'entreprise en leur inculquant des valeurs du «capitalisme» dans le but de former des salariés assujettis au patronat. Il prévoit aussi de privatiser l'enseignement, de tout libéraliser afin d'obtenir le plein-emploi.
Tout cela s'inscrit dans la droite ligne de toutes les mesures arrêtées par les gouvernements de gauche comme de droite qui se succèdent au pouvoir depuis des décennies, avec comme conséquences: une recrudescence des inégalités, des exclusions, de la pauvreté, et de la précarisation du travail. Car on veut faire disparaître ou en tout cas dépenser le moins possible pour tout se qui est utile à la population, tout ce qui lui assure un minimum de protection sociale. Ce n'est pas la première fois que les gouvernements qui se sont succédé depuis les années 1980 adoptent de tels plans de rigueur. Le résultat est que depuis 1987, cette politique rogne de plus en plus sur les salaires. Le revenu salarial net n'a pratiquement pas augmenté depuis ces vingt cinq dernières années. L'augmentation n'a été que de 16% de 1987 à nos jours. Les profits sont de plus en plus élevés et les salaires stagnent ou baissent. La part de ces derniers dans le Produit intérieur brut (PIB) a baissé de 9,3%, c'est donc 100 milliards d'euros qui sont encaissés par le capital. Le CAC 40 a publié ses énormes profits, plus de 90 milliards d'euros, soit sept fois le déficit de la sécurité sociale (12 milliards).
En plus de la baisse des salaires, il faut cotiser davantage, plus longtemps, pour de maigres retraites, sans oublier les franchises médicales et la diminution des remboursements.
Le rapport Attali ne contient que des mesures qui vont une fois de plus satisfaire les capitalistes et donc dégrader encore plus les conditions de travail et de vie des travailleurs et des pauvres.
Kenya
La situation reste tendue
La crise kenyane causée par la réélection présidentielle contestée du dictateur Kibaki semble connaître un certain apaisement. En effet la violence avait atteint un niveau tel que les grandes puissances se devaient d'essayer de trouver un moyen pour arrêter le massacre. Le nombre de 900 morts a été dépassé et plus de 30 000 personnes ont fuit le Kenya. Alors, après l'échec du président de l'Union africaine (UA), le ghanéen John Kufuor et de la secrétaire d'Etat adjointe américaine aux affaires africaines, Jendayl Frazer, dans leur recherche d'un accord entre Raila Odinga, chef de l'opposition et Mwai Kibaki, le président réélu, c'est l'ex-secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, qui a su mettre autour d'une même table ces deux hommes.
Deux hommes qui, par ethnies interposées, cherchent à résoudre leur lutte pour le pouvoir. Il faut rappeler que suite à la victoire du parti de R. Odinga aux élections législatives, M. Kibaki a eu recours à la fraude pour sauver son poste de président sortant lors des élections du 27 décembre dernier. Sous l'égide de Kofi Annan, les représentants des deux partis, lors de la rencontre du vendredi 02 février dernier, troisième jour de négociations, ont signé un accord comprenant 18 mesures spécifiques à prendre pour faire cesser la violence. C'est la première fois que les deux adversaires se retrouvaient autour d'une table. Il a été convenu notamment d'éviter toute déclaration provocante, la tenue de réunions conjointes pour promouvoir la paix et la tranquillité, et la démobilisation des groupes armés et des milices illégales ainsi que le rétablissement des droits fondamentaux et des libertés civiles.
Pour l'instant le calme semble rétabli, mais la situation reste tendue et fragile. Une petite phrase mal venue de l'une ou de l'autre des deux parties suffit pour rallumer la mèche. Cela d'autant plus qu'on ne sait toujours pas qu'est-ce qui a été décidé concernant la raison principale des combats: qui dirigera le pays et donc détiendra le cordon de la bourse?
Haïti
La dure réalité du monde capitaliste
Beaucoup de gens ont été choqués lors d'une émission à la télévision de voir que des habitants de quartiers populaires à Port-au-Prince mangeaient de la terre (argile) pour survivre. En Haïti c'est cette extrême pauvreté de la majorité de la population qui permet à une poignée d'individus de vivre grassement. Ils amassent des profits en exploitant les ouvriers dans les entreprises à moins de 2 euros la journée de travail, ils grossissent leurs comptes en banques en spéculant sur la parité de l'euro qui est changé à 48 gourdes, et spéculent sur les prix des denrées de base. Le salaire journalier d'un ouvrier d'une entreprise du parc industriel ne lui permet pas de subvenir aux besoins de sa famille, encore moins quand il s'agit d'un jobeur ou d'un chômeur.
C'est cette situation que la société capitaliste dans laquelle nous vivons laisse aux travailleurs alors que la classe bourgeoise s'enrichit en exploitant et en opprimant la majorité de la population.
Les camarades Haïtiens de l'Organisation des Travailleurs Révolutionnaires (OTR) publiaient un témoignage dans leur journal «la Voix Des Travailleurs» n° 172 de décembre 2007, dont nous avons extrait ces informations:
La vie au «Village Démocratie» (Ex Fort Dimanche), témoignage de l'un des premiers occupants:
Sous le règne de Duvalier, Fort-Dimanche était une caserne. C'est là qu'on enfermait les prisonniers politiques, ils étaient torturés et parfois exécutés. Alors, après le retour d'exil d'Aristide en 1994 les gendarmes de Fort-Dimanche ont été chassés et beaucoup de gens qui n'avaient pas d'abri ont occupé l'ancienne caserne. Ceux qui n'avaient pas trouvé une pièce et aussi ceux qui étaient déjà installés ont défriché le terrain qui était rempli de plantes sauvages, d'ossements de morts, de rats, de couleuvres, de détritus de toutes sortes qui dégageaient une odeur nauséabonde. On nous a surnommé des «kokorats» parce qu'on cherchait de quoi manger dans les immondices jetées par les soldats Américains qui étaient en Haïti dans cette période.
Nous avons résisté aux politiciens qui voulaient nous déloger et finalement on a gagné la bataille. On a choisi de donner un autre nom à Fort-dimanche. Après réflexion, on a choisi «Village Démocratie». Parce que, à cette époque les dirigeants parlaient du retour de l'ex président Aristide qui était en exil et disaient qu'on a semé la démocratie, il faut qu'on la récolte. Ainsi, on considérait l'occupation de Fort-Dimanche comme une action démocratique parce qu'on a le droit à un abri en tant qu'humain...
Les conditions de vie à «Village Démocratie» sont pareilles à celles des autres bidonvilles du pays, notamment Cité Soleil. Pendant les périodes d'insécurités beaucoup de gens avaient quitté la zone. Les «chimères» contrôlaient les quartiers et menaçaient ceux qui n'étaient pas de leur côté. Sous leurs menaces les maisons devenaient des caches pour détenir les gens kidnappés. Ainsi ces derniers et aussi le propriétaire de la maisonnette se retrouvaient sous la menace et le contrôle des chimères qui s'installaient aux environs pour assurer la surveillance...
D'autre part, après chaque pluie la zone est inondée parce qu'il y a une ravine qui passe à côté du village, et actuellement bon nombre de maisonnettes sont en train de s'enfoncer dans la boue. Pour pallier cette situation nous sommes obligés de rehausser les murs et de remettre les tôles par dessus...
A côté de cela il y a la vie chère qui de jour en jour devient plus difficile. Pour se nourrir il y a des gens qui mangent des morceaux de terre argileuses qu'on prépare comme un biscuit c'est à dire qu'on y met du sel et on les fait sécher au soleil. Pour certains c'est cette «nourriture» qui les maintient pendant la journée. Moi même je trouve que c'est vraiment grave pour la santé des gens. Donc, je pense que les dirigeants savent très bien quelle misère la population pauvre est en train d'endurer. Parce que lors de la campagne électorale, eux et leurs représentants étaient présents dans tous les quartiers pauvres pour nous demander de voter pour eux. Mais ils font le choix de ne s'occuper que de leurs propres affaires et se fichent de nous.
|