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Samedi 5 avril 2008 N°
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À la Une
Éditorial
Réforme du marché du travail. Une nouvelle attaque contre les travailleurs
Le projet de réforme du marché du travail a été présenté en conseil des ministres le 19 mars dernier. Le texte sera examiné à l'assemblée nationale en avril, puis au sénat début mai. Ce projet comporte des mesures très défavorables aux travailleurs. Le CNE (Contrat nouvelle embauche) est abandonné mais apparaît un nouveau Contrat à durée déterminée (CDD) réservé aux cadres et ingénieurs pour un «objectif précis», d'une durée de 36 mois. Il s'agit donc encore d'emploi précaire. Le contrat à durée indéterminée (CDI) sera précédé d'une période d'essai plus longue, jusqu'à deux mois pour les ouvriers et employés, trois mois pour les techniciens et agents de maîtrise et quatre mois pour les cadres. Jusqu'ici la période d'essai pour un ouvrier était de quelques semaines. La période d'essai est renouvelable, elle peut donc aller jusqu'à 4, 6 et 8 mois suivant la catégorie professionnelle. Comme avec le CNE, l'emploi précaire est donc institutionnalisé.
Autre régression très dangereuse: la possibilité de licencier dans le cadre d'une «séparation à l'amiable» négociée individuellement entre l'employeur et le salarié. Cela ouvre la porte à des licenciements beaucoup plus faciles, le salarié se retrouvant seul et sans défense face à un patronat dont on connaît la force de pression. Jusqu'ici, le respect de la procédure légale pouvait permettre d'éviter que certains travailleurs ne soient jetés à la rue sans délai. Cette procédure qui pouvait faire hésiter certains patrons disparaît.
En cas de licenciement sans cause réelle et sérieuse, un plancher et un plafond sont fixés pour les indemnités accordées par les prud'hommes au travailleur qui en est victime. Ainsi, les patrons pourront licencier sans motif sans avoir trop à payer. C'est une autre porte ouverte à la liberté de licencier.
Cette réforme du marché du travail faite suite à un accord signé en janvier entre le patronat et certains syndicats, la CFDT, FO, la CFTC, la CFE-CGC. On est donc en droit de se demander quel intérêt peuvent avoir de tels représentants syndicaux pour livrer ainsi les travailleurs en pâture au patronat. Il est cependant à remarquer que la CGT n'a pas signé et s'est opposée à cet accord. Mais quant à engager le fer contre les attaques patronales, la CGT en est loin pour le moment sauf si les travailleurs mécontents l'y contraignent.
De la même façon, la refonte du code du travail, qui a précédé ce projet de loi, est passée sans réaction de la part des directions syndicales. En fait de simplification, le code du travail a vu le nombre de ses articles doublé: 1761 articles supplémentaires, créant un flou et une complexité qui font la part belle aux patrons. Des changement subtils de syntaxe même ont été étudiés pour donner leur encore plus de liberté là où certaines contraintes pouvaient exister.
Le code du travail a été le résultat de revendications et de luttes menées au fil des années par les travailleurs, qui ont réussi à imposer, dans le cadre de la société capitaliste, un certain respect de leurs droits. C'est sur tout cela que les patrons et le gouvernement à leur service veulent revenir, malheureusement avec la complicité de bon nombre de dirigeants syndicaux.
Il reste à espérer que les travailleurs ne se laisseront pas dépouiller sans réagir: il faudra bien apporter une réponse massive à cette volonté du patronat de ramener la classe ouvrière à des conditions du XIXè siècle.
Succès de La grève des agents de France Télécom aux Antilles-Guyane
Après trois semaines de grève les agents de France Télécom de Guadeloupe, Martinique, Guyane, ont obtenu en grande partie gain de cause. Alors qu'ils réclamaient 300 euros d'augmentation mensuels, les agents contractuels ont pu quand même arracher 168 euros à la direction, avec rétroactivité à partir de janvier 2008 ainsi qu'une prime de 500 euros. De plus cette augmentation uniforme ne sera pas déduite des prochaines négociations annuelles obligatoires (NAO).
L'intersyndicale CGTG (Guadeloupe), FO, CGTM (Martinique), SUD et UTG (Guyane) a donc appelé à la reprise du travail lundi 31 mars. Il faut toutefois souligner qu'en Guadeloupe, c'est contre l'avis des dirigeants de FO que la grève a pu continuer jusqu'à satisfaction. En effet, alors que dans le courant de la semaine précédente, ces derniers incitaient à la reprise du travail, une camarade de la CGTG s'y est fermement opposée, rejointe ensuite par la grande majorité des grévistes en assemblée générale. Seuls les 8 responsables de FO ont alors voté contre la poursuite de la grève. La détermination des grévistes a prouvé que la lutte est payante.
Martinique
Pierre et Vacances Ste Luce, les employés exigent leurs droits
Les mardi 18 et mercredi 19 mars la centaine d'employés du groupe Pierre et Vacances de Sainte Luce a cessé le travail. Les employés entendaient exiger de la direction qu'elle donne aux représentants des salariés les documents économiques sur l'entreprise. Ces derniers doivent leur permettre de présenter leurs revendications dans le cadre des NAO (négociations annuelles obligatoires), comme le prévoit le code du travail.
Devant la détermination des employés et pour ne pas risquer gros pendant la période de fête pascale, la direction a dû ravaler son arrogance et céder à la demande des travailleurs.
La peine de mort de Mumia Abu Jamal a été annulée
Le 27 avril, une Cour d'Appel fédérale de Philadelphie aux Etats-Unis, a annulé la condamnation à mort de Mumia Abu Jamal. Après plus de 26 ans de bataille juridique, la décision a été prise par les juges qui ont finalement reconnu qu'il y avait eu irrégularité au niveau de la procédure lors du procès d'Assise en 1982. Deux juges contre un ont réclamé la révision du procès. Mais la justice a confirmé la culpabilité de Mumia et l'accuse d'avoir assassiné le policier.
Cette décision ne conduit pas automatiquement à la libération de Mumia Abu Jamal qui reste toujours dans le couloir de la mort. Il risque la prison à vie ou une nouvelle condamnation à mort.
L'avocat de Mumia, maître Robert R.Bryam réclame un jugement sur le fond et un nouveau procès au niveau de la Cour d'Appel. S'il n'obtient pas satisfaction il fera un recours auprès de la Cour Suprême des Etats Unis. Rien n'est encore joué.
Il est révoltant de constater que la justice américaine qui reconnaît des irrégularités de procédure dans cette affaire, ne libère pas un homme qui clame son innocence depuis 26 ans. Suite à des années de procédures la peine de mort de Mumia a été suspendue plusieurs fois. En Juin 2007, la Cour d'Appel avait accepté pour la première fois d'examiner les requêtes de la défense portant sur le non respect des droits constitutionnels et les discriminations raciales qui ont entaché le procès. Lors de cette audience, plus d'un millier de personnes s'étaient mobilisées devant le palais de justice de Philadelphie. Des manifestations avaient eu lieu également dans le monde. La Cour n'avait retenu que des vices de procédure.
Si la justice a tout de même réagi face à la mobilisation, les réactions de l'accusation demeurent tenaces. Celle-ci a toujours fait appel des décisions de justice ce qui a fait durer la procédure tant d'années.
La nouvelle décision de suspendre la peine de mort de Mumia peut être contestée par cette accusation et un nouveau procès avec des jurés ainsi qu'une nouvelle condamnation à mort n'est pas impossible. Cependant, c'est la mobilisation internationale et la ténacité des comités de soutien qui ont permis aujourd'hui l'annulation de la peine de mort contre Mumia.
Alors, plus que jamais, la mobilisation s'impose pour un nouveau procès et sa libération.
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