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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES -
Samedi 5 avril 2008 N°
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Page 4
Haïti
Nouvelle flambée des prix
Dans la capitale Port-au-Prince, c'est un seul cri «la vie chère devient plus chère», les prix des denrées n'arrêtent pas de grimper. C'est ce que pointe la dernière publication de l'Institut de Statistique Haïtienne.
En rythme annuel, le taux d'inflation en février a atteint le niveau de 11,9%. Le prix du riz, l'un des produits les plus consommés a enregistré une hausse de 24% par rapport à février 2007. Durant la même période, l'huile a augmenté de 30 %, la farine de blé de 31,2%, le pain de 27 % alors que les carottes augmentaient de 20% et les tomates de 28%. Le lait évaporé non sucré a connu une hausse mensuelle en février de 1,9%, le lait en poudre de 1,7%, et le pois sec de 1,9%.
Dans les quartiers populaires les pauvres disent: Nous n'arrivons pas à joindre les deux bouts, la vie chère «se yon klorox kap koupé lestomak nou» (La vie chère c'est comme boire de l'eau de Javel, cela coupe les boyaux).
Pour combattre la vie chère, les pauvres ne peuvent compter que sur leurs propres forces car les parlementaires sont trop occupés à discuter sur un nouveau projet intitulé, «Document de Stratégie Nationale pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté». Autrement dit, une nouvelle paperasse qui servira de paravent aux importateurs pour spéculer sur les prix des denrées de première nécessité et aux patrons pour réduire le salaire des ouvriers.
Tibet
Les grandes puissances ont choisi... le porte monnaie
En dépit des pressions internationales sur la Chine et l'examen par l'Union Européenne d'un éventuel boycott de la cérémonie d'ouverture des jeux Olympiques, il est clair que les grandes puissances n'ont aucunement l'intention de prendre des mesures contre Pékin. Les chefs Tibétains en exil en sont convaincus. La preuve, cette déclaration du premier ministre du gouvernement tibétain en exil en Inde: «Les Occidentaux ne font que soutenir la Chine parce qu'ils pensent que c'est un marché illimité...»; ou encore «Personne ne peut se permettre de contrarier la Chine parce qu'ils ont peur de voir un marché se fermer» a-t-il ajouté en dénonçant aussi: «La disparition de toute morale humaine dans cette quête avide d'argent et de richesses qui a transformé le monde». Voilà qui a le mérite de la clairvoyance et jette une lumière crue sur toutes les déclarations hypocrites et fumeuses des hommes politiques des grandes puissances sur la défense des libertés. Boycotter les JO de Pékin comme le proposent certains journalistes ou autres Don Quichotte de la liberté, c'est avant tout risquer de faire perdre des gains énormes aux grandes entreprises telles les Nike, Coca Cola, Sony et autres CNN ou TF1, pour ne citer que quelques unes. Mais c'est aussi comme le déclare le 1er ministre Tibétain en exil risquer de se voir fermer le grand marché chinois, non pas de 1,2 milliards d'habitants mais des 200 à 250 millions de gens aisés de ce pays.
Il est indéniable que les Tibétains ont le droit de se battre pour obtenir leur indépendance. C'est un droit élémentaire qui est d'ailleurs reconnu par l'ONU, cet organisme qui a pris la relève de la SDN (Société des Nations) que Lénine avait qualifiée «d'antre de brigands». Mais attendre des grandes puissances qu'elles interviennent pour garantir la paix ou défendre les libertés des peuples contre l'oppression d'où qu'elle vienne, c'est se bercer d'illusions. Washington, Londres ou Paris n'interviennent que pour garantir les intérêts des multinationales qui dominent le monde. Intervenir ne serait-ce qu'en appelant au boycott des JO de Pékin c'est mettre en péril les intérêts de ces pillards.
Jamaïque
La population pauvre victime des gangs
Selon un rapport d'Amnesty International, la population pauvre de la Jamaïque est abandonnée par le gouvernement et laissée à la merci de gangs criminels.
L'organisation de défense des droits de l'homme affirme que les Jamaïcains des quartiers urbains sont «pris en otage» dans la bataille entre la police et les gangs. Selon elle, les autorités jamaïcaines ont stigmatisé et négligé volontairement les communautés urbaines.
La Jamaïque a l'un des taux de criminalité les plus élevés de la région, avec 1500 meurtres en 2007 et 272 personnes tuées par la police.
La population de ces quartiers vit constamment dans la peur, en est réduite à se barricader chez elle et ne plus sortir après 17 heures. Il arrive fréquemment que les enfants n'aillent pas à l'école, ou que les adultes ne se rendent pas au travail parce qu'il n'y pas de transport.
Le chef de la police a reconnu que le nombre de crimes avait augmenté, ainsi que celui des vols. Plus de 300 personnes ont été tuées depuis le début de l'année.
Amnesty International demande au gouvernement d'agir pour baisser le taux de criminalité, de mener une politique respectant les droits de l'homme et de réformer le système judiciaire.
Il ne faut hélas pas se faire d'illusions: le gouvernement jamaïcain, comme la plupart de ses semblables dans le monde, est plus préoccupé d'assurer les profits des capitalistes locaux et internationaux que le bien-être de la population. On n'entend guère parler d'assassinats dans les quartiers chics ou les zones touristiques de la Jamaïque, ce qui montre qu'on arrive à maîtriser les gangs quand c'est jugé nécessaire.
Protéger les riches, et laisser les quartiers pauvres à l'abandon et à la merci des criminels: c'est aussi la politique menée dans de grands pays comme les Etats-Unis. La politique du gouvernement de Sarkozy dans les banlieues françaises, malgré le tapage médiatique, va aussi dans le même sens, même si, heureusement, le taux de criminalité n'y atteint pas de telles proportions.
Quand Barack Obama suscite des illusions chez les noirs et les blancs
Depuis que Barack Obama fait la course en tête pour les primaires démocrates précédant les élections présidentielles, toute l'attention de la presse mondiale s'est focalisée sur lui. La possibilité existe bien qu'un Noir devienne président des Etats-Unis (U.S.A), le pays où les Noirs sont encore, en grande partie, traités en citoyens de seconde zone.
Dans ce pays, le plus riche du monde, ils ont subi pendant des décennies un racisme officiel, la ségrégation, qui s'est achevé avec l'adoption de lois anti-racistes, intégrationnistes, après des luttes importantes -pour les droits civiques- menées par les Noirs pendant la décennie 60.
Qu'aujourd'hui un Noir puisse devenir président des USA apparaît comme un événement considérable. En particulier beaucoup de Noirs, dans le monde entier, considèrent cette possibilité comme une sorte de revanche sur l'oppression et les humiliations subies actuellement et dans le passé.
On comprend bien ce que peuvent éprouver les Noirs qui sont, ici ou là, toujours en butte au racisme plus ou moins ouvert, aux humiliations petites ou grandes.
Mais force est de constater que la promotion d'un homme noir, aussi flatteuse soit-elle, ne change pas la condition de tous les autres, même si on doit admettre que cela peut changer le regard de bien des gens, même abrutis de préjugés, vis-à-vis d'eux.
Il n'y a pas beaucoup d'illusion à se faire sur ce que fera Barack Obama et sur ses possibilités de défendre les intérêts des couches populaires, s'il était élu président des USA. Elles seront limitées par le fonctionnement même du système politique dominant.
Obama sait parler avec des accents de vérité et de sincérité qui frappent les foules qui l'écoutent; lorsqu'il parle de la situation des Noirs américains, de celle des Blancs pauvres démunis et du racisme qui les divise et dont ils doivent triompher pour changer ensemble leurs conditions!
En dépit de cela, Obama reste un produit bien éduqué des universités américaines et du système politique, un sénateur bien vu de l'establishment et de tous les milieux d'affaires. A tel point qu'il a collecté bien plus de fonds pour sa campagne qu'Hillary Clinton.
Certes une grande partie de l'opinion publique américaine, toutes races confondues, lui accorde un large crédit, notamment sur ses prises de position contre la guerre en Irak et pour y mettre un terme.
Sur le plan social et économique, les engagements de Barack Obama ne vont pas très loin, à part un engagement à ce que les «choses changent»! Il semble même s'avancer moins loin, moins précisément qu'Hillary Clinton sur les problèmes de sécurité sociale, de lutte contre la pauvreté, etc.
Obama reste dans les limites permises par la classe dominante, les milieux d'affaires, etc. Le succès de ses discours est en partie fondé sur le flou de ses engagements. Il se contente d'affirmer avec talent que l'Amérique peut changer pour être plus vivable, plus fraternelle, mais il affirme son allégeance au «rêve américain» et au rôle de leader de l'état américain dans le monde. Il distribue du rêve aux foules, un peu comme Kennedy. Mais il n'oublie jamais que ce qu'il vise c'est être président de la première puissance mondiale qui règle et arbitre les affaires économiques et politiques du monde.
Dans une telle vision du rôle de la puissance américaine dans le monde, il n'y aura pas beaucoup de place pour une politique favorable aux intérêts des Noirs pauvres, ni à ceux des Blancs des couches populaires, particulièrement des jeunes qui lui ouvrent aujourd'hui la voie vers un possible succès politique.
Mais à force d'agiter le rêve de vivre mieux, matériellement et moralement, et en meilleure harmonie, suivant en cela Martin Luther King, un politicien comme Obama pourrait bien susciter dans la population pauvre noire et blanche la volonté de réaliser ce rêve en se mobilisant au-delà des périodes électorales, en comptant sur leur propre énergie pour le faire.
Tourisme sexuel dans les îles de la Caraïbe
Dans un article intitulé «le tourisme sexuel, fléau trop banalisé», le journal France Antilles des 22 et 23 mars se fait l'écho des réactions d'une jeune étudiante martiniquaise en BTS de vente et production touristique au lycée de Bellevue.
Au cours de ses voyages d'études dans certaines îles de la Caraïbe, cette jeune s'est trouvée choquée de constater que «beaucoup d'hommes (de 45 ans et plus) faisaient le voyage seuls et tentaient parfois de ramener des jeunes femmes rencontrées à Trinidad, Sainte Lucie, Dominique ou République dominicaine...» Et puis, sillonnant les routes et les régions et dormant dans des hôtels parfois luxueux dans le cadre de sa formation, la jeune fille a pu constater combien la prostitution était monnaie courante. Et cela au vu et au su de beaucoup de gens, complicité qu'elle jugeait tout aussi choquante.
La jeune étudiante ne s'est pas trompée en voyant dans la situation de grande pauvreté de ces populations, la racine du mal et elle pensait qu'il fallait dénoncer le développement de ces pratiques révoltantes.
Les gouvernements nous présentent souvent les pays de la Caraïbe comme un modèle qu'il faudrait imiter, notamment en freinant nos revendications de salaire et autres revendications sociales pour être plus «compétitifs». Il est vrai que le niveau de vie général est plus important en Martinique et en Guadeloupe que dans ces îles «indépendantes». Et malgré cela la prostitution et un certain tourisme sexuel masqué y existent. Qu'en serait alors il si la pauvreté était plus importante?
Qualifié pour mourrir, pas pour être citoyen
Un soldat de l'armée britannique, né à Sainte-Lucie, vient de se voir refuser le droit de devenir citoyen britannique, prétendument à cause de la date de sa demande.
Cette demande a été faite en janvier, mais le ministère de l'Intérieur (Home Office) lui a répondu que pour qu'elle soit acceptée, il lui aurait fallu 5 ans exactement de présence sur le territoire du Royaume-Uni. Or en janvier 2003, il était dans l'armée britannique depuis plus de six mois, mais son régiment se trouvait en Allemagne.
C'est pour cette raison absurde, suivie d'une application à la lettre de la loi, que sa demande a été rejetée.
Cet ancien militaire, qui a passé deux ans en Irak, où il a participé à la prise de Bassorah, ne comprend pas ce qui lui arrive. Il est depuis devenu policier et a récemment été blessé dans l'exercice de ses fonctions.
Mais il est surtout «blessé dans son honneur», et se sent trahi par l'Etat britannique pour lequel il a risqué sa vie. On l'a quand même autorisé à représenter sa demande... en 2011!
Ce soldat, comme beaucoup de militaires immigrés incorporés, eux, dans l'armée américaine, a peut-être cru servir une patrie dans laquelle il voulait s'intégrer. Il n'a malheureusement fait qu'exécuter de basses oeuvres pour un Etat au service des multinationales.
Ce dernier lui a fait cruellement savoir qu'il était assez bon pour mourir, pas pour être citoyen.
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