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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 19 avril 2008      N° 986


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À la Une

Éditorial

Famine. Pas une fatalité, mais un fleau dû au système capitaliste!

Après le Mexique l'an dernier, le Cameroun, la Côte d'Ivoire et l'Egypte, les mois derniers, ce fut au tour, à la mi-avril d'Haïti d'être secoué par des émeutes de la faim. Les émeutiers pillent les magasins pour se nourrir. Ils ne veulent pas mourir de faim sans rien faire. Ils sont exaspérés. Partout, la police et l'armée éduquées à défendre les biens des possédants ont réprimé férocement. Plus de 5 morts à Haïti, plus de 200 blessés en Egypte. En Thaïlande, l'armée est déployée dans les rizières pour protéger la production de riz et repousser les affamés. C'est le lourd tribut qu'ont eu à payer des révoltés dont le seul tort était ne plus pouvoir supporter d'avoir faim.
Ce manque d'aliments dans le monde n'est pas dû à une catastrophe naturelle; il n'est pas passager, il doit s'approfondir, inexorablement. Les organes de l'ONU prévoient que dans les quinze ans avenir, c'est plus de 33 pays qui seront touchés par la famine. Soit 1,2 milliard de personnes qui risquent de mourir de faim. Ceci sur tous les continents.
Cette catastrophe annoncée, n'est due qu'à un seul fléau: l'organisation capitaliste de l'agriculture à l'échelle mondiale. Il y a une dizaine d'années, les capitalistes ont estimé que les prix des céréales étaient trop bas, aussi dans les pays producteurs de blé ils ont poussés les paysans à laisser les terres en jachère et les plus vieux à se retirer. La production a progressé moins rapidement que la demande. Les prix se sont redressés, mais dans le même temps des pays comme la Chine et l'Inde ont accru leurs consommations en céréales, en viande et en lait. La production agricole a donc eu les plus grandes difficultés à faire face à cette augmentation de la demande. Les stocks de blé et de riz sont aujourd'hui au plus bas. Et les prix ont donc grimpé à des sommets inhabituels depuis plusieurs années!
Sur les marchés chinois et indiens, dans les pays développés, il y a d' importantes fractions de la population qui sont solvables, donc «le marché» répond à leur demande, mais ce n'est pas le cas dans les pays les plus les pauvres, les moins développés. Pour eux, il n'y a pas de produits alimentaires, car aux prix d'aujourd'hui, ils ne peuvent pas payer. Alors, on va laisser mourir de faim une partie de leur population. Et eux-mêmes ne produisent plus de nourriture car depuis longtemps «on» (c'est à dire les grands groupes agro-alimentaires avec la complicité des gouvernements fantoches de ces pays!) a imposé aux paysans de ces régions la culture de produits destinés à l'exportation au lieu des produits vivriers destinés à leur propre consommation!
C'est la recherche du maximum de profit qui est la règle dans l'agriculture mondiale. Pour les multinationales, il est plus profitable de cultiver actuellement des fourrages pour nourrir les animaux des pays les plus riches, de la canne à sucre, du maïs... pour faire du biocarburant que du riz et autre blé pour nourrir les affamés. Le Sénégal en est un exemple. Ce pays d'Afrique est lui aussi menacé de famine. Cela n'empêche pas ses capitalistes de se lancer dans des cultures destinées à la fabrication de biocarburants. Pour les capitalistes entre les profits et la mort de millions d'affamés le choix est vite fait. C'est leur système, caractérisé par cet égoïsme, par cette soif de profit qui ne s'étanche jamais, qui est ainsi fait et les hommes qui ne sont les dirigeants et les profiteurs sont taillés à sa mesure.
D'un autre côté, la hausse des prix du blé, du riz attire les spéculateurs en tous genres. Les capitaux spéculatifs, après avoir sévi dans l'électronique puis plus récemment dans l'immobilier qui n'est plus aussi rentable, se ruent dans ce secteur des matières agricoles, faisant monter les prix de façon complètement folle. Pour la seule journée du jeudi 2 mars, le prix du riz a bondi de 31% assurant la richesse des spéculateurs et enfonçant dans la faim des millions de pauvres.
La spéculation amplifie l'augmentation du prix des denrées alimentaires. Elle accentue la catastrophe. Inévitablement elle fera échouer l'action de l'ONU qui demande aux pays riches 500 millions de dollars pour circonscrire cette catastrophe. Ce qui est dérisoire par rapport aux besoins réels et par rapport aux profits des ces capitalistes, multinationales et spéculateurs confondus.
Il n'y a pas de solution à ce problème de la famine et aux fluctuations sur les marchés agro-alimentaires, pas plus que dans les domaines financier ou de l'immobilier. Toutes les crises qui touchent ces différents secteurs de l'économie sont la manifestation inexorable de la folie et de l'irrationalité du système capitaliste. Mais ce n'est pas un simple problème théorique ou abstrait, c'est la vie de centaines de millions de gens en chair et en os qui se joue au travers de ces crises.
La seule vraie solution est de renverser ce système économique anarchique et injuste et de lui substituer une autre façon de produire les biens utiles, soumise avant tout à la nécessaire satisfaction des besoins de la population mondiale. Pour faire cela, il faut d'abord exproprier les profiteurs, les grands groupes agro-alimentaires et industriels, les banques, les organismes financiers... et imposer le contrôle des travailleurs sur l'économie. C'est la seule solution qui en soit une, tout autre discours sur la «régulation des marchés financiers ou agricoles» ne sont que des mots creux, destinés à tromper et à calmer la colère de ceux qui n'en peuvent plus et veulent se révolter contre leur insupportable et dramatique situation.
Mais les réactions de tous ces gouvernements confrontés aux émeutes et autres soulèvements de colère, les réactions et discours des autorités économiques de la planète montrent que ces gens-là sont, malgré tout leur cynisme, sensibles à la menace que représente la masse explosive que leurs injustices ont créée un peu partout. Pour les pauvres de tous les pays, c'est en partie là que réside l'espoir pour demain: être capables de se faire craindre et d'imposer ainsi des reculs à la rapacité des puissants; c'est la possibilité d'imposer de vrais changements dans le rapport de forces entre possédants-exploiteurs et exploités, afin d'envisager un meilleur avenir.



Guadeloupe
Mobilisation des élèves et étudiants contre les suppressions de postes d'enseignants

Les lycéens ont manifesté le lundi 14 avril pour protester contre la dégradation de leurs conditions d'études liée aux nouvelles mesures du gouvernement en matière d'éducation. Lors de la grève des enseignants du 8 avril, les élèves de Baimbridge ont débrayé pendant deux heures, et les étudiants du Camp Jacob à St Claude se sont également mobilisés. Dans d'autres établissements, ils ont pris la décision de s'organiser pour manifester leur opposition aux suppressions de postes dans l'éducation.
A la rentrée, 93 nouvelles suppressions de postes d'enseignants sont prévues dans l'académie. Des options sont menacées de disparaître dans certains établissements. La disparition des BEP au profit de bac professionnels en trois ans est aussi une atteinte aux possibilités de formation. Moins d'enseignants, cela signifie des classes de plus en plus chargées et donc des conditions de travail de plus en plus difficiles. Moins de postes, c'est aussi moins d'emplois pour les jeunes qui sont aujourd'hui étudiants. C'est pourquoi les lycéens ont décidé de se mobiliser et de manifester. Lundi 14, rendez-vous a été pris devant le lycée de Baimbridge. Ils étaient accompagnés par certains de leurs enseignants. Malgré la pluie, ils étaient nombreux à défiler, principalement des élèves du lycée Jardin d'essai, mais aussi du LGT Baimbridge et du LPO. Ils se sont rendus au lycée Carnot, où après quelques difficultés, ils ont été rejoints par de nouveaux manifestants. Scandant le slogan «non aux suppressions de postes», ils se sont ensuite rendus au rectorat. Une délégation des représentants des lycées de Jardin d'essai, du LPO, du LGT Baimbridge, de Ste Anne et de Petit Bourg a été reçue par le recteur, sans résultat. Cependant, cette manifestation est la preuve que ces jeunes sont conscients des difficultés que leur réserve l'avenir si les mesures du gouvernement ne sont pas contrecarrées assez tôt. Ils ont donné l'exemple et sont maintenant en attente d'une réponse massive de leurs enseignants.



Martinique
TOTAL Union Ouest Lamentin. Grève contre des licenciements abusifs

Depuis le mercredi 2 avril 2008, la station service TOTAL Union Ouest qui se trouve à côté du parking de Centre Auto au Lamentin n'accueille plus de clients. En effet, les employés ont décidé de protester contre les lettres de licenciements adressées à deux caissières. L'associé majoritaire, qui n'est pas le gérant, mais qui néanmoins mène la procédure, accuse ces employées de ne pas pouvoir justifier des différences dans la vente de cartes téléphoniques. Ainsi, une est accusée d'avoir, sur une période de 30 jours, une différence de 95 cartes, avec des disparitions journalières dans une même semaine de 10, 12, 9, 8, 10 cartes. L'autre est accusée d'avoir une différence de 96 cartes, mais sur une période de 60 jours.
Curieusement, ces deux employées avaient manifesté il y a quelques mois leur intention de quitter l'entreprise, mais l'associé n'étant pas prêt à conclure un accord transactionnel, l'affaire n'a pas pu aller jusqu'au bout. En octobre 2003 déjà, la station avait été bloquée par les salariés pour faire annuler un licenciement. L'associé majoritaire n'avait pas digéré une condamnation notifiée par les Prud'hommes en juillet 2002 et avait tenté de prendre sa revanche au moyen d'un licenciement pour faute. Mais il avait été mis en échec.
la demande du syndicat CGTM, deux rencontres ont eu lieu au cabinet de l'avocat de l'entreprise, le jeudi 10 avril 2008, pour tenter de trouver une solution au conflit. Au cours de la seconde rencontre, en présence du gérant légal de la station et des deux employées incriminées, l'associé majoritaire a tenté de justifier sur la base de ses seuls éléments sa décision de licencier. Puis, constatant que les salariées et leur représentant syndical contestaient ses affirmations, il s'est levé et, furieux, transpirant, s'est mis à invectiver le représentant de la CGTM, le qualifiant entre autres de «fonctionnaire» (oubliant qu'il l'était lui aussi et que c'est cette situation qui l'empêchait de gérer officiellement la station), de «minable». Son avocat a même dû quitter son siège pour se placer entre lui et le représentant syndical avant que son client ne franchisse certaines limites!
Le lendemain, un huissier était présent à la station pour vérifier la présence de piquets de grève. Mais il a été déçu, bien qu'ayant tenté une provocation en direction des employés en grève. Il a pu constater que tous les employés, sauf un, ne travaillaient pas, mais ne bloquaient non plus l'accès. En revanche, l'associé majoritaire, non salarié, était en train se servir des automobilistes. Et il avait fait appel à une personne extérieure pour remplacer les trois caissières. Ce qui a été signalé à la DDTE.
L'associé majoritaire a, ce même jour, manifesté auprès des salariées en cause son intention de trouver un accord avec elles, mais, a-t-il précisé, sans la présence du représentant syndical. Ce qui lui a été refusé.
Les employés sont déterminés, d'autant plus qu'ils bénéficient du soutien des chauffeurs salariés d'hydrocarbures qui sont en contact étroit avec eux et nombreux autres travailleurs de stations service. Ce qui est loin d'être le cas de l'associé majoritaire par rapport à ses pairs!