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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES   -   Samedi 19 avril 2008      N° 986


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Haïti
Émeutes de la faim. Le gouvernement lâche du lest

En Haïti la population pauvre acculée à la faim par une montée vertigineuse des prix des denrées a laissé éclater sa colère dans la période du 4 au 11 avril.
Cela a commencé dans le sud du pays par la ville des Cayes. Les protestations se sont ensuite étendues à d'autres villes, Petit Goave, Gonaïves, Saint Marc, Ouanaminthe et à la zone métropolitaine, A Carrefour, puis Port au prince et Pétionville des milliers de manifestants ont pris la rue avec des slogans contre la hausse des prix, contre les salaires trop bas qui ne permettent même pas de s'alimenter, contre la Minustah (troupes de l'ONU).
Impossible de joindre les deux bouts avec un salaire de 70 gourdes (1,5 euro) quand le lait est à 15 gourdes, le pain 20 gourdes, la livre de riz à 40 gourdes, et il faut payer le transport chaque jour sans parler du loyer ou de l'école des enfants ainsi que les habits. Quant à ceux qui n'ont pas de travail ils en sont réduits à des expédients comme manger de l'argile. Voilà ce qui a poussé ces milliers de pauvres dans les rues, sans parler de la désillusion face aux promesses, aux illusions semées par Préval et son un parti dénommé «Espoir». Le gouvernement a renforcé la répression, la police a été secondée par les troupes de la Minustah qui ont protégé les symboles du pouvoir, le Palais national, les édifices publics.
Dans un premier temps, Préval a tenté de ramener le calme en le 9 avril en dégageant sa responsabilité, disant que les dérapages des prix étaient dus à la conjoncture internationale, ce qui est évidemment vrai; mais en passant sous silence le fait que les bourgeois et possédants haïtiens spéculaient largement sur les prix, sous prétexte de hausse du prix du pétrole. Il proposait une augmentation de la production nationale, comme s'il le ferait d'un coup de baguette et que cela amènerait les grossistes à baisser les prix. Alors que tous les gouvernements haïtiens depuis des décennies acceptent la loi des gros capitalistes haïtiens genre Mews, Brant, etc. qui préfèrent importer et commercer plutôt que produire quoi que ce soit localement. Même le sucre, Mews préfère l'importer que le produire alors qu'Haïti a été gros producteur de cette denrée! Quant à la production manufacturée dans les parcs industriels (textile, objets divers électriques, etc.) ils sont destinés aux marchés extérieurs (USA entre autres ).
Devant la poursuite des mouvements, c'est finalement le premier ministre Alexis qui a été désigné comme responsable et démis de ses fonctions par les parlementaires.
Les politiciens sont satisfaits, l'opposition à Alexis comme les pro-Aristide, et ils se pressent pour être de ceux qui auront accès à cette nouvelle mangeoire, d'où ils pourront continuer à se remplir les poches tout en servant les intérêts des possédants.
En direction de la population en colère, Préval a tenté un geste d'apaisement, en annonçant samedi 12 avril une subvention de 8 dollars américains sur le prix sac de 100 livres de riz. Les bailleurs de fonds internationaux participeraient pour 5 dollars et les importateurs pour 3 dollars à l'achat des sacs de riz sur le marché. Il n'y a aucune assurance que cela fera baisser le prix du riz sur les étalages qui dépend du bon vouloir des intermédiaires. Ces promesses sont à prendre avec beaucoup de réserve, comme toutes celles que Préval a faites depuis qu'il est au pouvoir.
En revanche aucune annonce n'a été faite sur les salaires alors qu'une des revendications des manifestants est d'avoir un salaire décent. C'est le gouvernement qui fixe le taux du salaire minimum et tous les patrons se cachent derrière ce prétexte pour ne pas augmenter le salaire.
Alors que les transports étaient paralysés, les ouvriers de la zone industrielle étaient contraints de se présenter au travail, car menacés de licenciement par les patrons. Ils furent aussi menacés par des groupes de partisans d'Aristide, plus ou moins des «chimères» qui voulaient régler des comptes avec certains patrons qui avaient contribué à chasser Aristide du pays. Ce qui montre bien que les travailleurs ont intérêt à prendre eux-mêmes en main leur propre protestation et luttes contre les bas salaires et les injustices permanentes dont ils sont victimes.
La solution pour lutter immédiatement contre la vie chère, en attendant une hypothétique production nationale, c'est une augmentation conséquente des salaires de misère que touchent les ouvriers de la zone industrielle. Des parlementaires avaient calculé que, bien au-dessus des 70 gourdes actuelles (un peu plus de 1 euro!), c'est 300 gourdes (6 euros!) par jour qui seraient un minimum à peu près décent! Mais ils se sont contentés de calculer et n'ont jamais fait passer cette loi.
Les habitants des quartiers pauvres, les travailleurs, les pauvres des campagnes ont laissé éclater leur colère amenant les politiciens et les possédants à faire des gestes limités, en grande partie symboliques, mais qui montrent qu'ils craignent une extension des mouvements. C'est cette crainte de la colère de masses pauvres et particulièrement des travailleurs qui pourra, en s'amplifiant et en s'organisant efficacement, contraindre les patrons et le gouvernement à leur service à satisfaire les plus élémentaires revendications des pauvres.
Dans la voie de l'amélioration de leur sort, les pauvres, les travailleurs n'ont rien à attendre des institutions étatiques, ni des présidents, ni des parlementaires. Personne ne leur donnera rien qu'ils n'auront eux-mêmes arraché. Pour que les choses changent en Haïti, en faveur des pauvres, il faut remettre en cause l'organisation sociale et économique qui y sévit. Il faut exproprier la bande de profiteurs en tous genres, des gros négociants et capitalistes du genre Mews, Biggio, Brant, Apaid et tous ces affairistes qui profitent du marché noir pour bâtir rapidement de grosses fortunes. C'est tout ce milieu des possédants et des politiciens à leur service qu'il faut balayer afin de reconstruire de fond en comble une autre société où l'économie, la production, l'utilisation des moyens économiques seront exclusivement mis au service des besoins de la population et non à ceux d'une petite minorité de profiteurs capitalistes, d'une bande de margoulins et d'affairistes assoiffés de profits.


Aperçu de la situation actuelle en Haïti

Ces informations sont retranscrites ici à partir de données provenant de militants présents en Haïti.

«Coup de colère contre la vie chère!»

«Tout a démarré le 3 avril dernier aux Cayes, chef-lieu du département du sud et deuxième ville du pays, quand des milliers de manifestants ont déferlé dans les rues pour protester contre la vie chère, contre la faim qui tenaille chaque jour davantage les couches pauvres de la population. Les principales communes de l'arrondissement des Cayes ont adhéré au mouvement de protestation qui a aussi fait tache d'huile -avec moins d'intensité, certes - dans certaines villes du pays telles Gonaïves, St Marc, Petit-Goave, Ouanaminthe. Mais c'est à Port-au-Prince, la capitale, que la mobilisation a pris une ampleur particulière depuis le lundi 7 avril avec quatre jours d'affilée de manifestations émaillées de violence, de débuts d'émeutes de la faim, d'affrontements avec la Minustah (troupes armées de l'ONU) en certains points de la capitale.
Dans la capitale, les écoles, le commerce, les banques, l'administration publique, le transport, rien n'a fonctionné pendant la semaine. Des manifestants nombreux arrivaient de différents quartiers populaires de la capitale pour venir grossir la marée humaine en colère au Champ-de-Mars. Le mardi 8 mars, des groupes de protestataires ont tenté de défoncer la barrière principale du Palais national pour investir l'enceinte du siège de la Présidence. Ils voulaient, selon leurs déclarations, «inviter le chef de l'Etat à participer à la mobilisation» car ce dernier, au micro d'un journaliste qui l'avait interrogé récemment sur la vie chère, avait répondu d'un ton ironique qu'il en était, lui aussi, affecté et qu'il attendait l'invitation pour participer aux manifestations contre la vie chère.
Chauffeurs des transports collectifs, étudiants, petits détaillants, jeunes chômeurs de quartiers pauvres, tous ils crachaient au micro des journalistes leur colère contre la hausse vertigineuse des prix et contre l'inaction voire la morgue du gouvernement face à ce fléau appelé «klowòks» (chlorox), métaphore créole inventée par la population pour décrire la faim et ses effets destructeurs sur l'organisme humain en faisant référence à ce produit chimique qui est aussi une marque de blanchisseur très utilisée par la population.
La petite marmite (1 livre) de riz le moins cher, aliment de base de grande consommation, est passée de 25 à 35 voire 40 gourdes en moins d'une semaine. D'autres produits alimentaires de première nécessité pour la population pauvre, comme la farine, l'huile, ont suivi le même cours dans le même laps de temps. Le pain devient de plus en plus creux et petit se plaignent les consommateurs. Certains petits boulangers en sont à fermer les portes de leurs entreprises face à la flambée du prix de la farine.
Dans plusieurs endroits du pays, des familles pauvres sont réduites à manger des galettes de boue en agile pour résister à la faim, à ne faire à manger que le dimanche tant les prix des produits de consommation courante s'envolent et deviennent hors de portée des couches pauvres de la population quasiment sans pouvoir d'achat. Le prix du carburant a été l'objet de trois augmentations en moins de deux mois sans parler des fraudes au niveau des compteurs! C'en est trop! Cette vitesse d'augmentation n'a d'autres explications que l'appât du gain par le marché noir, par des actions spéculatives de toutes sortes au détriment des classes pauvres qui crèvent de faim. Cette explosion d'une partie de la population pauvre -dans la capitale et dans certaines villes de province- est plus que justifiée.
Particulièrement à Port-au-Prince, la capitale, la mise à sac de certains supermarchés et d'entrepôts de riz ont été l'objet de nombreuses critiques de part et d'autre sous prétexte qu'il fallait manifester dans l'ordre et la discipline sans toucher à la sacro-sainte propriété privée. Mais c'est une insulte aux pauvres qui sont saignés par ce renchérissement continu du coût de la vie pendant que des dépôts regorgent de riz, de farine, parfois de produits alimentaires tel le blé destinés à être distribués mais qui deviennent avariés tant ils sont longtemps stockés pour être vendus au marché noir; pendant que ces riches, méprisants à l'égard des classes pauvres, roulent en 4x4, Hummer, Mercedes, Lexus flambant neuf, vivent dans des villas luxueuses bien éclairées auxquelles sont agrippés des ghettos, des prisons pour pauvres sombrant dans le noir même en plein jour. Oui, c'est révoltant!
Ce sont donc ces affameurs, ces gros commerçants, les classes possédantes en général qui, par l'appropriation des richesses du pays, par l'étalage de ces richesses dans l'océan de misère, acculent la population pauvre à la faim et par conséquent à l'explosion périodique de sa colère.
(...)
Le bilan de ces journées de manifestations est lourd, particulièrement dans la ville des Cayes et à Port-au-Prince: six morts et une soixantaine de blessés... Le chef de l'Etat qui, dans son discours du 9 avril, rendait les marchés mondiaux responsables de la vie chère contre laquelle il ne pouvait rien, disait-il, a annoncé lui-même deux jours après, dans le cadre d'une rencontre au Palais national avec les gros commerçants et des paysans que le sac de riz allait baisser de 8$US suite à un compromis entre l'Etat et les importateurs. Delimart, un grand supermarché sur la route de Delmas, propriété de la famille Boulos, avait précédé le chef de l'Etat en cassant les prix de certains produits alimentaires.



Mouvement des lycéens en France

C'est dans la rue que les lycéens vont entamer mardi 15 avril leur sixième journée de mobilisation après plus de trois semaines de mouvement dans l'éducation nationale.
La journée du 10 avril a été un très grand succès partout en France: 80 000 jeunes mobilisés et uniquement sur Paris il y a eu 35 000 lycéens dans les rues. Dans la région parisienne plus de 17 établissements ont été bloqués ou fermés, la mobilisation se poursuit dans les petites et grandes villes de la région de Toulouse, de Bordeaux, de Grenoble, Blois, l'Oise, etc. Pour se faire entendre toutes les actions sont décidées avec les professeurs, les parents d'élèves telles que les sit-in, école morte, rassemblement...
Les raisons de ces mobilisations résident dans les mesures prévues par Xavier Darcos ministre de l'Education nationale. Il prévoit de supprimer près de 12 000 postes d'enseignants sous prétexte qu'il y aura pour la rentrée 2008 une baisse démographique de 13 000 élèves, alors que les effectifs des élèves du second degré augmenteront en 2009.
Il envisage aussi de convertir une partie des suppressions de postes en heures supplémentaires, d'instaurer le bac professionnel en trois ans, ce qui aura pour conséquence des classes surchargées, disparition de certaines options (donc le choix des options seront très limité), le non remplacement des enseignants.
La politique du gouvernement vise à faire des économies au détriment de l'éducation, et ceux qui payeront le prix fort de cette politique sont les jeunes des quartiers populaires, les riches pourront inscrire leurs enfants dans des écoles privées où ils auront droit aux meilleurs enseignements.
Il ne reste qu'une seule manière de faire reculer le gouvernement c'est que cette mobilisation s'amplifie partout en France y compris dans les DOM.