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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES -
Samedi 3 mai 2008 N°
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Aimé Césaire et la négritude: portée et limite d'une politique
Élie Domota, nouveau secrétaire général de l'UGTG
Ce sont, pour la grande majorité, des travailleurs, des pauvres, des gens simples qui par milliers ont assisté aux cérémonies de l'enterrement d'Aimé Césaire en Martinique. Ce sont eux qui ont inscrit sur des pancartes: «merci Césaire» et qui le répétaient dans les interviews, ce sont eux qui chantaient à la cadence du «bel air» ou du «laghia» «bon voyage Césaire», «beleia pou Cézè» (vive Césaire). Et, plus que les «obsèques nationales», plus que l'importante couverture médiatique, plus que les délégations «officielles» incarnées par Sarkozy , une brochette de ministres, de politiciens de tous bords des deux îles soeurs, d'artistes et d'intellectuels, c'est cet hommage populaire qui fut particulièrement significatif durant ces journées de deuil.
Car ce que le petit peuple pauvre de Fort de France, celui des quartiers de Citron, Trénelle, Volga ou Texaco a exprimé en tout premier lieu c'est le résultat de l'action de Césaire, à la tête de la municipalité de Fort de France, qui en un demi siècle aura permis à plus d'un de trouver un logement décent, de l'eau courante, de l'électricité, du travail, une vie plus décente.
Au début de ses longues mandatures politiques, Aimé Césaire s'est en effet attaqué avec énergie à éradiquer l'extrême pauvreté qui frappait la population pauvre de Fort de France. Car, après la deuxième guerre mondiale, (comme avant) cette ville était un immense taudis où des milliers de gens vivaient dans une extrême pauvreté, en butte au chômage endémique, au manque d'hygiène aux maladies tropicales; la tuberculose aussi faisait des ravages. C'était, bien sûr la conséquence d'une situation où les travailleurs et les pauvres étaient écrasés par l'exploitation féroce des capitalistes békés mais c'était aussi la conséquence d'une oppression coloniale directe et violente.
LE DIRIGEANT NOIR ET LES NOIRS PAUVRES
Les classes sociales se confondant aux Antilles, dans une grande mesure, avec la couleur de la peau, c'est la majorité noire qui souffrait le plus de cette situation car c'est elle qui constituait comme aujourd'hui encore la fraction la plus opprimée de la population face aux minorités mulâtre et blanche représentant la petite bourgeoisie et la bourgeoisie. Et, pour la première fois, les travailleurs martiniquais voyaient un Noir défendre leur droit à une vie matérielle et morale plus digne. Et pour eux Noirs pauvres, opprimés, peu confiants en leur propre avenir, ils voyaient revenir en Martinique l'un des tous premiers Noirs diplômés, agrégé de lettres, écrivain, sortant des plus grandes universités françaises, pouvant parler d'égal à égal avec les gouverneurs blancs, puis les préfets et autres ministres blancs ou présidents de la république de passage en les forçant au respect. Et en plus il s'agissait d'un Noir qui affirmait que les Noirs devaient relever la tête et qui appelait à la lutte pour l'égalité des droits sociaux avec les Français de métropole.
Césaire s'est expliqué sur son action parlementaire qui devait faire passer en 1946 la Martinique et la Guadeloupe de colonies en «départements français» en disant «fallait-il laisser la population crever de faim?» Certes, la lutte pour l'égalité des droits et la fin des plus grandes discriminations avec la «métropole» n'a pu aboutir plus ou moins qu'au bout de 50 ans. Mais bien avant, la municipalité de Fort de France dont Césaire était le maire s'était déjà attelée à la tâche d'extirper de ses bidonvilles une partie de l'extrême pauvreté.
C'est son sentiment sur tout cela que le petit peuple de Fort de France et de Martinique a voulu exprimer. Il a exprimé sa fierté qu'un Noir connu et respecté partout, sortant de ses rangs, ait pu défendre la cause des Noirs de Martinique mais aussi des colonisés, opprimés à travers le monde. Il a exprimé sa fierté que ce Noir ait acquis une telle notoriété mondiale par ses écrits, ses poèmes, ses pièces de théâtre et cela, même si la grande majorité de ces milliers de pauvres qui ont accompagné Césaire jusqu'à la tombe n'ont rien lu de ses textes. Mais il était en partie la voix des Noirs opprimés, humiliés, écrasés face au colonialisme. C'était celui qui parlait au nom «de millions d'hommes à qui l'on a inculqué savamment la peur, le complexe d'infériorité, le tremblement, l'agenouillement, le désespoir, le larbinisme» (discours sur le colonialisme).
Césaire, comme beaucoup d'intellectuels de cette époque entra au «Parti communiste français» et dans sa fédération de Martinique. Mais c'était à une époque où le «communisme» ne signifiait plus la lutte des classes et la révolution. Bien sûr, cela lui a sans doute permis de s'appuyer sur les luttes des travailleurs d'après guerre et la menace que leurs luttes ont constitué alors pour la stabilité du pouvoir colonial, a permis de faire évoluer la situation sociale des pauvres et gagner des droits sociaux. C'est en ce sens que les travailleurs martiniquais ont leur part propre dans ce qui a pu être obtenu au cours des dizaines d'années, même si l'exploitation a continué évidemment et que la pauvreté est loin d'être éradiquée.
LES DEUX MANIERES D'HONORER CESAIRE
Les antagonismes de classe sont si tenaces, que même lors des funérailles, il y a un monde entre la manière des pauvres d'exprimer leurs sentiments et celle des représentants de la bourgeoisie comme Sarkozy, les ministres actuels et anciens ministres du PS (Jospin, Mauroy, Fabius) ou encore Hollande, ou Royal, ou même comme les artistes et les intellectuels.
D'un côté on entendait très simplement «Césaire m'a fait avoir une maison correcte», «Aimé m'a fait obtenir du travail». Et de l'autre, de grandes phrases creuses et générales sur «le défenseur de la dignité des peuples». Le court discours de Sarkozy n'a été que platitudes. Mais les Jospin et quelques autres officiels n'ont pas fait tellement mieux. Car ce n'est pas sur le Césaire de la révolte anti colonialiste, de la révolte contre la misère du peuple colonisé qu'ils ont mis l'accent, mais sur le Césaire homme politique, parlementaire, le notable , l'homme connu par ses écrits à travers le monde entier, etc...Mais il est vrai aussi que certaines facettes de la politique de Césaire et les limites de ses engagements, ont aussi permis que le monde politique officiel, chef d'Etat, ministres ou ex-ministres, choisisse la part de Césaire qui leur revenait!
LIMITES de la POLITIQUE D'AIME CESAIRE
En effet, tout au long de sa vie, Césaire a été aussi un notable somme toute politiquement modéré, un homme politique qui aura siégé avec les socialistes à l'Assemblée nationale, même aux heures les plus sombres des guerres coloniales d'Indochine ou d'Algérie même quand elles étaient menées par des gouvernements de gauche. S'il a dénoncé le colonialisme et ses méfaits et a prôné l'autonomie politique pour la Martinique, il l'a fait très modérément, en cherchant même parfois à ne pas trop embarrasser les gouvernements, surtout quand ils étaient de son camp, issus de la gauche socialiste. On se souvient du «moratoire sur l'autonomie» qu'il avait déclaré à l'époque des gouvernements Mitterrand.
Alors l'écrivain, le poète de la négritude, qui se montrait parfois si ironique, si persifleur, voire violent dans ses écrits à l'égard des pouvoirs oppresseurs et racistes, dans les faits fut plus souvent que rarement «politiquement correct».
Mais surtout, ni Césaire, ni son parti le PPM, n'ont jamais cherché à remettre en cause le statut quo social existant en Martinique et encore moins en Guadeloupe. Ce statu quo est pourtant le prolongement de l'esclavage, sous une autre forme, celui de l'exploitation féroce des travailleurs noirs par les ex-esclavagistes Békés dans les plantations ou par des groupes capitalistes qu'ont constitué les Hayot, Aubery, Fabre, en liaison avec le capitalisme français, européen ou autre. Ces gens qui réalisent évidemment d'énormes profits par l'exploitation des travailleurs! Le groupe Hayot n'est-il pas la 146 ème fortune de France!
Le cri du fondateur et défenseur de la «négritude», en dépit de la fierté qu'il fit naître chez les Noirs en général, n'a pas bouleversé, ni même ébranlé, les fondements de l'ordre social, ceux du capitalisme, aux Antilles .
Ce sont ces luttes sociales, dans les champs, sur les chantiers, dans les bureaux qui, à différentes périodes, ont contraint les propriétaires békés ou autres à céder sur certaines revendications des travailleurs. C'est la crainte des coups de colère de la masse des travailleurs, assez concentrée et représentant un poids social relativement important, au regard de la petite minorité de possédants, qui a obligé ceux-ci à mieux traiter leurs salariés, à les payer un peu plus décemment. Les exploiteurs étaient bien obligés de vivre, enfermés dans la même île, avec leurs esclaves salariés! C'est aussi cette capacité des travailleurs, à différentes époques, de se faire craindre qui a fait reculer certains aspects de l'oppression coloniale et qui a poussé l'Etat à concéder des progrès dans les conditions de vie de la population laborieuse.
LES TRAVAILLEURS, LE PETIT PEUPLE, LES PAUVRES LUI ONT RENDU HOMMAGE
Les chercheurs, universitaires intellectuels décortiquent et apprécient depuis longtemps le «Césaire littéraire», la partie esthétique de son oeuvre si belle, de son art consommé de l'écriture, de son art poétique remarquable et de ses si belles formulations.
Mais c'est sans doute dans la situation, la souffrance et les luttes des opprimés, celles des Africains, des esclaves de la traite et de l'esclavage aux Antilles, et singulièrement celles des esclaves d'Haïti dans ses oeuvres - «Toussaint Louverture», «La tragédie du roi Christophe», dans les luttes anti-colonialistes en Afrique avec «Une saison au Congo», dans celles des peuples de Martinique et de Guadeloupe que Césaire a puisé une grande partie de son inspiration poétique et littéraire. Son talent d'artiste, sa sensibilité ont fait le reste.
Durant la deuxième moitié du vingtième siècle, les écrits du poète noir martiniquais, son action ont reflété la souffrance et les luttes des travailleurs et du peuple pauvre des Antilles et à un niveau plus large, celles du peuple noir opprimé aux USA et en Afrique.
Sa politique, ses orientations n'appelaient certes pas à renverser un ordre social local et mondial injuste; mais, dans ce monde fait d'inégalités et d'oppression en toutes sortes, il s'élevait, dans ses écrits divers, particulièrement contre ce qui avait écrasé, humilié - et continuait à le faire - les membres du peuple noir dispersé sous différentes latitudes!
C'est dans cet engagement là que des milliers de travailleurs et membres du petit peuple de Fort de France, mais aussi d'autres Noirs moins humbles, mais soucieux de leur dignité, se sont reconnus. Césaire n'a pas été un révolutionnaire au sens politique du terme, mais il fut perçu par les classes populaires comme un «ami du peuple», un bienfaiteur qui, avec ses moyens et ses limites, a tenté de faire et de dire ce qu'il pensait bon pour les plus opprimés, les plus démunis. Ce sont aussi ces racines populaires de son action que les milliers de gens qui l'ont accompagné à son dernier voyage ont ressenties et qu'ils ont traduites dans leur langage, même confusément, pendant ces journées de veillée mortuaire et de funéraillles
SCEA SHANGY: échec du patron de choc
On se souvient que suite à une grève des ouvriers de la plantation SCEA Shangy à Capesterre-B-E sous la direction du syndicat CGTG banane (voir Combat Ouvrier n°983), T. Dambas, «patron qui se croit de choc», gérant la plantation, avait licencié un travailleur au prétexte que celui-ci avait menti sur les médias (RFO Télé) sur la situation dans l'entreprise, ce qui, prétendait-il, avait entraîné d'importants préjudices pour la SCEA Shangy. Mais ce travailleur, candidat aux élections des représentants du personnel, ce qui explique peut-être la tentative de Dambas, étant un salarié «protégé, son licenciement aurait dû être validé par l'Inspection du travail. A ce titre, T. Dambas et le travailleur ont été convoqués à l'Inspection du travail et, suite à une enquête contradictoire, l'inspecteur du travail en charge du dossier a refusé le licenciement. Une lettre datée du 20 mars a été adressée au patron l'enjoignant de réintégrer le travailleur. Le patron, paraît-il, avait fait appel de la décision.
Finalement, ce n'est que le 14 avril que T. Dambas a informé le camarade qu'il devait réintégrer son poste. Mais le gérant doit savoir qu'il devra payer au travailleur la période du 12 février au 14 avril pendant laquelle il est resté sans travail.
Martinique
Le profit n'a pas de limite pour le patronat
Dans la métallurgie bien des choses sont cachées sur la situation sociale des travailleurs et sur leurs conditions de travail. Des travailleurs travaillant dans ce secteur industriel dénoncent les injustices qu'ils subissent de la part de leur patron ou de leurs chefs hiérarchiques.
Dans les entreprises comme Biométal ou l'ENA l'ex Delattre Levivier il y a quelques années de cela, les ouvriers ont dû mener des luttes pour obliger leur direction à respecter leurs droits.
A Profilage par exemple on a assisté à un bras de fer entre les salariés et leur direction. C'est ainsi après plusieurs réunions de NAO les travailleurs sont arrivés à contraindre leur direction d'accepter de leur payer leur prime d'ancienneté avec effet rétroactif, mais aussi qu'une grille de salaire soit appliquée, chose qui n'existait pas auparavant. Ceci représente pour eux une première avancée mais ils ne comptent pas en rester là seulement mais faire en sorte que tous leurs droits soient respectés.
Par contre, ce n'est pas le cas dans bien d'autres entreprises de la métallurgie. Dans certaines entreprises les patrons exploitent à outrance les ouvriers, comme à Ducos où le droit des travailleurs est foulé au pied. Ainsi, sur les fiches de paye aucune qualification n'est précisée; une grande partie des travailleurs se plaignent de ce que, quelle que soit leur ancienneté de 4, 6 ou 8 ans, ils touchent le même salaire horaire soit 9,25€ au lieu de 13€ au minimum. Ce qui n'est pas conforme à la convention collective. Ils n'ont pas de prime d'ancienneté, ni de grille de salaire. Ils dénoncent les augmentations des cadences de travail. Et voilà que, sans avertir les salariés, le patron exploiteur a décidé du jour au lendemain de baisser de moitié la prime de rendement, bref c'est la jungle!
En plus il affiche un mépris pour les ouvriers quand ces derniers viennent lui réclamer leurs droits. Et sa réponse est la suivante: «la convention collective je ne connais pas, et elle ne sera pas appliquée», pour la qualification «on va voir une autre fois, je n'ai pas le temps pour l'instant».
Comme on dit en créole «chak kochon ni sanmdi yo» c'est-à-dire «qui vivra verra». Et les ouvriers quant à eux auraient bien tort de ne pas espérer, surtout s'ils décident de prendre leurs affaires en main pour se faire respecter.
Grève et manifestations des lycéens et enseignants contre les projets du gouvernement
Le projet du gouvernement de supprimer 11000 postes d'enseignants se traduirait en Guadeloupe par 93 postes de moins à la prochaine rentrée. Le nombre d'élève par classe augmente, des classes ferment dans le primaire, les classes à plusieurs niveaux se multiplient. Les élèves porteurs de handicaps verront leur situation s'aggraver.
Face à cette dégradation programmée d'une situation qui est déjà loin d'être bonne, élèves et professeurs ont entamé une série de mobilisations. Après une grève des enseignants appelée par la fédération syndicale FSU, les élèves ont manifesté une première fois le mardi 14. Après le succès de cette première mobilisation, et n'ayant obtenu aucune réponse crédible de la part du recteur, ils se sont à nouveau mis en grève le mardi 22. Ce second mouvement, mieux préparé et mieux organisé a été un franc succès, avec la présence de lycéens de 23 établissements. La manifestation s'est regroupée devant le lycée de Baimbridge puis a emprunté la rocade pour se rendre devant le rectorat de Grand Camp. Là ils ont trouvé tous les accès au rectorat barricadés. Une délégation a finalement été reçue par le recteur. Ce dernier tente de convaincre les élèves que tout va bien, mais manifestement le message ne passe pas! Les jeunes sont bien conscients que les classes surchargées, les options qui disparaissent de certains établissements, la suppression de certains BEP, aggraveront encore les conditions d'études dans les établissements publics et les pénaliseront lors des examens.
Le lundi 28, les enseignants se sont mobilisés massivement à l'appel de l'intersyndicale. Ils étaient soutenus par les deux fédérations de parents d'élèves. Après s'être rendus devant leurs établissements, ils se sont retrouvés devant le rectorat et une importante manifestation s'est rendue à la sous-préfecture en passant par le centre ville. De nombreux tracts ont été distribués pour expliquer à la population et en particulier aux parents les motifs de la grève. Outre l'aggravation des conditions de travail et le fait que leurs élèves en seront victimes, ils dénoncent le développement de la précarité chez les personnels éducatifs, agents et enseignants. Environ 1300 agents sont non-titulaires, soit plus de 50% des personnels TOS (Techniciens, Ouvriers et agents de service).
Les enseignants ont reconduit leur mouvement le mardi 29 et le mercredi 30.
Tout comme le ministre de l'éducation Darcos, le Recteur Miossec affirme haut et fort que les manifestations n'auront aucun résultat. Cependant, il n'y a pas si longtemps, les manifestations contre le CPE (Contrat Première Embauche) avaient fait reculer un gouvernement tout aussi déterminé. Les rodomontades d'une hiérarchie qui a pour unique objectif de réduire les dépenses éducatives pourraient bien exacerber la colère des élèves et des personnels.
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