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PARAÎT TOUTES LES DEUX SEMAINES -
Samedi 3 mai 2008 N°
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Haïti
Pas de répit dans la montée des prix
Après les émeutes de la faim qui ont fait au moins sept morts et coûté sa place au Premier ministre Jacques Édouard Alexis, l'aide apportée en urgence par les organisations internationale a été distribuée dans le désordre, sans planification et avec les malversations habituelles. Certains ont pu en bénéficier, mais la masse de la population des quartiers ou des campagnes n'a pas eu accès à ces distributions. Elles ont été des vitrines pour exprimer ce que les «pays amis d'Haïti» appellent l'aide internationale, elles n'arrivent pas à parer au plus pressé et ne présagent d'aucune solution à long terme.
Du coup les pays riches se sont penchés une nouvelle fois sur le cas d'Haïti, et ont demandé une résolution politique rapide de la crise. La France a envoyé son secrétaire d'État à la Coopération et à la Francophonie, Alain Joyandet, il a survolé le pays à bord d'un hélicoptère de la mission onusienne le mercredi 23 au matin, et ensuite a déclaré sentencieusement «ici (Haïti), il y a un travail colossal à faire», puis le soir il est reparti. La misère de la population haïtienne sert de faire-valoir à un ministre français en mal de publicité.
Ce qui est «colossal» pour le président haïtien c'est la nomination du premier ministre, il a proposé Eric Pierre. Ce représentant de la BID (banque internationale de développement) en Haïti, s'il est ratifié par les parlementaires, n'aura pas de problème à se couler dans le moule des relations internationales dont il est issu. Ce n'est pas sur lui que la population peut compter pour avoir une amélioration de son sort, il était déjà aux commandes durant l'année écoulée et il n'a rien fait pour freiner la montée des prix.
Les affrontements se sont arrêtés à Port au Prince, les annonces de Préval sur la subvention du prix du riz, ont eu un effet de calmer la population, mais durant la semaine il y a eu d'autres manifestations à Gonaïves qui montrent que dans la population certains attendent plus que des distributions ponctuelles de riz. Car au niveau des prix des denrées de base, il n'y a guère eu de résultats, le prix de la petite marmite de riz a baissé de 5 gourdes, mais le prix du lait, du sucre ou du pain ne baisse toujours pas.
Nouvelle Calédonnie
23 syndicalistes condamnés à des peines de prison
Lu dans Lutte Ouvrière, le journal d'Arlette Laguiller.
Le 21 avril, en Nouvelle-Calédonie, le tribunal correctionnel de Nouméa a rendu son jugement contre les militants de l'Union syndicale des travailleurs kanaks et des exploités (USTKE), poursuivis pour «attroupement armé, violences aggravées et destruction de biens publics et privés». Ils ont tous été condamnés à des peines de prison allant de un mois à un an ferme. Bien qu'absent au moment des faits, le président de l'USTKE Gérard Jodar a pour sa part été condamné à douze mois de prison dont six ferme et à trois ans de privation de droits civiques pour « provocation à attroupement armé ».
L'affaire remonte aux heurts qui ont opposé durant une douzaine d'heures, les 16 et 17 janvier 2008, 200 gendarmes et policiers à des syndicalistes venus manifester aux abords de la société de transport urbain Carsud, une filiale de Veolia. Ces manifestations faisaient suite au renvoi d'un chauffeur, délégué syndical de l'USTKE.
Selon des témoins et comme le montrent des vidéos prises lors de ces manifestations, les forces de l'ordre ont fait preuve d'une violence particulière contre les membres de l'USTKE (usage de balles en caoutchouc, tirs tendus de grenades lacrymogènes, etc.).
Ces faits et les peines infligées aux vingt-trois syndicalistes poursuivis prouvent l'extrême tension qui règne en Nouvelle-Calédonie où le patronat local, soutenu par le haut commissaire de la République représentant l'État français, a engagé un bras de fer avec l'USTKE, le premier syndicat indépendantiste de l'archipel, qui revendique 5 000 adhérents ainsi que 25 % des voix aux élections professionnelles. Les grèves et les manifestations ouvrières organisées par ce syndicat sont systématiquement déclarées illégitimes par les juges, et le haut commissaire fait régulièrement intervenir la police contre les grévistes.
Le conflit semble d'ailleurs dépasser la question du droit de grève et des libertés syndicales. En effet l'USTKE est à l'origine du Parti Travailliste, créé en novembre 2007, formation politique qui a obtenu un certain succès aux dernières élections municipales, notamment dans la province du Nord, à majorité kanak. De quoi inquiéter les autorités françaises ainsi que les partis traditionnels, de droite comme de gauche, alors que se profilent les élections territoriales de mai 2009 et, au-delà, le référendum qui doit se prononcer sur l'avenir de l'archipel en 2014.
Sarkozy renforce le contingent interventioniste en Afghanistan
L'envoi de troupes supplémentaires en Afghanistan, décidé par le gouvernement, constitue de nouvelles dépenses d'état qui vont retomber sur le contribuable. Sarkozy a annoncé cette mesure en la justifiant comme une nécessité de lutter contre le terrorisme. Quelle Hypocrisie! En réalité l'intervention militaire de la France que ce soit au Liban en Côte d'Ivoire, au Tchad et en Afghanistan est un soutien aux capitalistes qui ont des intérêts dans ces pays et aux actionnaires des entreprises qui produisent des engins de guerre tels les Dassault et autres. Sur le plan de la politique extérieure, Sarkozy et son gouvernement veulent donner à la France son rang de puissance alliée, en se rapprochant des Etats-Unis et en réintégrant l'OTAN (Organisation du Traité de l'Atlantique Nord).
La motion de censure des députés de gauche (PS et PCF) n'y fera rien. Comme d'autres lois qui sont votées par la majorité de droite, cette dernière sur le renforcement des troupes en Afghanistan suivra son cours. Selon François Hollande, lors de son intervention critique à la tribune de l'assemblée, l'OTAN dépense sept millions de dollars par jour d'aide humanitaire et cent millions de dollars par jour pour l'intervention militaire! Le budget 2008 prévoyait 460 millions d'euros pour financer les opérations militaires extérieures de l'armée française. L'état trouvera bien sûr cet argent en renforçant les économies budgétaires sur ce qui est utile à la population. Il faudra déshabiller Pierre pour habiller Paul. Ce sont les services publics qui continueront à en prendre un coup: le logement, les écoles, les retraites, les services de santé etc...
Tibet
Le Dalaï Lama, un grand démocrate?
Depuis le début des événements qui secouent le Tibet, événements qui ont surtout été des affrontements entre l'armée chinoise et des militants tibétains qui se battent, qui pour l'autonomie, qui pour l'indépendance de leur pays, les derniers chiffres font état de plus de 150 morts, surtout dans les rangs des manifestants. Car l'armée chinoise a eu recours à des moyens militaires importants, dont des tirs à balles réelles, en dépit des dénégations du gouvernement chinois. Ce dernier prétend par contre que ces manifestations sont organisées en sous-main par le dalaï-lama, comme si cela justifiait leur brutale répression!
Remarquons d'ailleurs que le manque de démocratie réelle qui se fait sentir au Tibet s'étend aussi à toute la région voisine du Tibet. Mais à vrai dire cela n'a rien de surprenant, car c'est toute la Chine qui est dirigée depuis plus de cinquante ans par un parti unique dit «communiste» qui ne tolère aucune contestations de son hégémonie. Ce parti qui se prétend «communiste» est en fait un parti de notables, de caciques qui a préparé le retour aux affaires de la bourgeoisie chinoise. Ce qui en fait se déroule aujourd'hui. La bourgeoisie de n'importe quelle région du monde a toujours nié les droits des minorités et réprimé les tentatives de particularismes ou de sécession au nom de «l'unité nationale»: voir l'Espagne, la France, les USA, etc. qui ont tous connu des répressions sanglantes pour les mêmes raisons!
La proximité des jeux olympiques d'août 2008 explique peut-être l'ampleur des mouvements en faveur du Tibet. Car depuis les évènements de Lhassa, presque toutes les manifestations se déroulant autour de la flamme olympique ont été l'occasion pour les «défenseurs» de l'autonomie ou de l'indépendance du Tibet de se faire entendre ou voir. Notamment à Paris où la flamme olympique a eu du mal à terminer son parcours.
Que des Tibétains réclament l'autonomie ou l'indépendance de leur pays rattaché depuis des siècles à l'Empire chinois, c'est leur droit le plus absolu. Mais qu'on nous présente le dalaï-lama et les moines tibétains comme des défenseurs de la démocratie, de la liberté et on ne sait quoi encore, c'est autre chose.
Car qui sont ces moines et leur chef spirituel le dalaï-lama?
Quand en 1949, Mao Zé Dong arriva au pouvoir dans la nouvelle république populaire de Chine, le Tibet en faisait partie, comme Province autonome. Et à l'époque, le dalaï-lama se voulait le chef religieux et spirituel de cette province qui était encore plongée dans une profonde arriération. Ainsi, en 1949, plus de la moitié de la population était réduite au servage par moins de 5% de propriétaires fonciers et les moines bouddhistes (les lamas), avec à leur tête un seigneur temporel et spirituel, le dalaï-lama. Tout ce monde là vivait en parasites sur la paysannerie. Un accord a été signé en 1951 entre l'armée chinoise de «libération nationale» et le dalaï-lama qui put continuer à diriger le Tibet, car le gouvernement chinois en espérait une certaine garantie de stabilité. Mais des émeutes anti-chinoises en 1956 puis en 1957 et 1958 ont décidé Pékin à se passer du dalaï-lama qui dut s'exiler en Inde pour éviter son arrestation. Et ce n'est qu'après son exil que le servage fut aboli et les terres des féodaux et moines tibétains «collectivisées». Par la suite, la politique du gouvernement chinois qui cherchait à sortir la Chine des griffes des grandes puissances qui l'avait pillée pendant des décennies, à l'unifier et à développer son économie avait permis une élévation générale du niveau de vie. Le Tibet en a aussi profité.
Et aujourd'hui, certains dirigeants occidentaux, des journalistes et autres intellectuels présentent le dalaï-lama comme un défenseur de la démocratie. Ils lui ont décerné le prix Nobel de la paix en 1989. Quel type de régime les moines bouddhistes et leur chef veulent-ils instaurer au Tibet? Cela n'a pas l'air de préoccuper les dirigeants occidentaux. Ne se mettent-ils pas à genoux devant les rois du Maroc, d'Arabie saoudite ou autres scheiks des Emirats Arabes? Alors qu'un religieux prenne la tête du Tibet ne les gênera nullement.
Mais, en même temps, les gouvernements, notamment de France, ne veulent pas trop froisser le gouvernement chinois: ce qui importe c'est de pouvoir faire de fructueuses affaires sur un marché chinois en pleine croissance! Derrière toutes ces prises de position hypocrites ni l'intérêt des Tibétains, ni celui des couches populaires chinoises ne sont pris en compte.
Nouvelle attaque du gouvernement contre les chômeurs
Le gouvernement veut encore réformer l'assurance-chômage et a concocté un projet qui est une véritable attaque contre les chômeurs et qui vise à les rendre responsables de leur situation. Ainsi, dans son projet le gouvernement déclare que pendant les six premiers mois d'indemnisation le chômeur serait tenu d'accepter tout emploi en conformité avec sa formation, ses qualifications, son salaire, sa vie familiale. Mais après les six mois, ce qui change c'est que le chômeur devra accepter tout emploi requérant moins de deux heures de transport par jour et rémunéré, par exemple, au moins 70 % de son salaire antérieur.
Ainsi les chômeurs, qui sont déjà victimes de plans sociaux qui suppriment des emplois, sont pointés du doigt et considérés comme des «paresseux» qui profitent de leur indemnisation sans faire d'effort pour rechercher un emploi. Alors qu'ils ne sont pas responsables de leur situation et que ce sont les patrons qui licencient et le gouvernement lui-même qui veut supprimer des postes dans la fonction publique. Bien souvent aucun emploi n'est proposé aux chômeurs qui s'inscrivent à l'ANPE et les patrons préfèrent esquinter ceux qui sont au travail plutôt que d'embaucher.
Ce projet doit être discuté avec les organisations syndicales, car le gouvernement doit entamer jeudi ses consultations pour le présenter officiellement lors d'une rencontre tripartite, gouvernement, patronat et syndicats sur l'évolution du régime d'indemnisation chômage. Et pourtant il existe déjà des dispositions qui prévoient de radier les chômeurs qui refusent une offre d'emploi qui correspond à leur qualification et à leur niveau de salaire. Mais il faut croire que c'est encore insuffisant car il s'agit d'augmenter la pression sur les chômeurs afin qu'ils acceptent des baisses de salaire et une aggravation de leurs conditions de travail. C'est l'ensemble des travailleurs qui sont attaqués avec ce projet de réforme et ils devront s'y opposer fermement et faire pression sur les syndicats pour qu'ils n'acceptent pas un tel recul social.
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