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Journal/Sommaire du dernier CO n° 1183 du 9 septembre 2017/Deuxième page

Deuxième page

Guadeloupe: Banane : Les ouvriers toujours au combat !

Le 31 août, une nouvelle journée de grève générale a eu lieu sur les plantations de banane. Les travailleurs des 15 plus importantes plantations se sont rassemblés pour manifester dans les rues de Basse-Terre. Ils étaient 150 avec une grande majorité de travailleurs des plantations SA Bois-Debout et de celles dirigées par Tino Dambas (dont les SEA Changy, SARL Blondinière).

Face aux menaces de licenciements à la SA Bois-Debout et chez Dambas, les travailleurs de la banane ont fait bloc. Ils ont reçu le soutien de la population le long de leur manifestation. Ils sont d’abord allés soutenir les travailleurs mobilisés au Comité de Gestion des Œuvres Sociales Hospitalières (CGOSH).

Ils se sont ensuite rendus dans plusieurs administrations qui subventionnent les patrons de la banane. À la Direction de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Forêt (DAAF), les ouvriers des plantations de Dambas ont obtenu confirmation qu’ils sont dans leur bon droit. Cette journée de grève a aussi permis aux travailleurs de la SA Bois-Debout d’obtenir des garanties sur le paiement de leur salaire malgré le redressement judiciaire de la plantation. Une nouvelle mobilisation générale des ouvriers de la banane est prévue pour le 12 septembre, pour défendre l’accord signé le 28 juin et protester contre les attaques du gouvernement Macron.  


Plantation Dambas : Les ouvriers ne désarment pas !

Le planteur Tino Dambas veut jouer les patrons de choc. Il accepte mal que près de 40 ouvriers de ses plantations refusent depuis le mois de mai de se laisser marcher sur les pieds. Alors qu’il était le numéro deux du syndicat des planteurs de bananes, il a refusé de valider l’accord signé le 28 juin qui donnait raison aux travailleurs après 42 jours de grève.

Les ouvriers de ses plantations n’ont repris le travail que le 24 juillet, trois semaines après ceux des autres plantations. Depuis, Dambas les harcèle pour essayer de les faire rentrer dans le rang. Il ne supporte pas que les ouvriers quittent leur poste à 13 h, comme la loi le prévoit, alors qu’auparavant chaque salarié faisait quotidiennement plusieurs heures supplémentaires non payées.

Dambas a déclaré qu’il licencierait tous les grévistes. Le 22 août, il a licencié un travailleur, en inventant une faute grave alors que cet ouvrier n’avait jamais été sanctionné après 41 ans de travail. Une dizaine d’autres ont été convoqués pour un entretien préalable à leur licenciement, motivé selon Dambas par leur « manque de performance ».

Mais les ouvriers ne se laissent pas intimider. Ils ont repris la grève depuis le 23 août. Lors des entretiens, ils ont clairement fait comprendre à Dambas qu’ils connaissent désormais leurs droits et qu’ils sont déterminés à les défendre.


SA Bois-Debout : Un redressement truqué

Le 21 août, la direction a obtenu la mise en redressement judiciaire de la plantation.

Le directeur Block de Friberg, petit-fils Dormoy, a motivé sa demande de manière assez fantaisiste. Les difficultés financières de la SA Bois-Debout seraient par exemple dues aux dégâts de la tempête Matthew, qui ont été minimes mais qui ont été grassement indemnisés, puisque l’État a versé 4 millions d’euros à la direction.

En réalité la SA Bois-Debout n’est pas en difficulté. Chaque année, elle rapporte un million de bénéfice à ses actionnaires. La mise en redressement judiciaire est une manœuvre de la direction pour intimider les ouvriers et tenter d'éliminer certains dont les plus combatifs. Mais la manœuvre a échoué, les travailleurs ne sont pas démoralisés, au contraire.

Le 29 août, Block de Friberg a injustement mis à pied un jeune travailleur. Immédiatement les autres ouvriers ont cessé le travail pour protester. Le patron menace aussi de licencier certains des ouvriers les plus combatifs, les travailleurs n’ont pas l’intention de se laisser faire.  


Solidarité des travailleurs

Le 31 août, les ouvriers de la banane en grève sont venus apporter leur soutien aux travailleurs du CGOSH (Comité de Gestion des Œuvres Sociales Hospitalières). Ces salariés dénoncent le blocage de leur salaire depuis près de 10 ans et des conditions de travail difficiles. Le renfort qu’ils ont reçu des ouvriers agricoles leur a permis d’obtenir une rencontre avec leur direction.

C’est un exemple à suivre : quand les travailleurs sont unis ils sont plus forts !


Les patrons en veulent toujours plus !

À la fin août, les patrons de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Réunion, de Saint-Martin et de la Guyane étaient réunis dans le cadre de l’université du Medef. Et ils se préparaient en vue des prochaines assises de l’Outre-mer prévues par Macron.  

Les patrons d’Outremer réclament notamment la pérennisation du CICE (Crédit Impôt Compétitivité Emploi) c’est-à-dire la reconduction de ce cadeau fiscal, comme ils l’avaient obtenu, sous la présidence de Hollande, avec satisfaction.

Sous Hollande le montant du CICE a représenté au départ 4 % de la masse salariale de l’entreprise, puis est passé à 6%, puis à 7%. Pour l’Outremer, il a été porté à 9% depuis le 1er janvier 2016.

Pour l’Outre-mer, les allègements de charges sociales représentent un milliard d’euros. À ce sujet, le vice-président du Medef Martinique, Thibault Lançage, s’est exprimé directement dans le France Antilles du 31 août de la façon suivante : « Si le CICE est supprimé, les DOM vont être lésés. Il va donc falloir faire extrêmement attention pour que la suppression du CICE soit compensée ou en tout cas ajustée». Et dans le même journal, le président du Medef Martinique, Bernard Édouard renchérit en disant : « C’est peut-être le moment pour le gouvernement d’être innovant fiscalement sur le CICE, peut-être autour d’un nouveau projet fiscal qui va intégrer la loi de développement économique » (LODEOM prorogée jusqu’en 2018).

En clair le patronat d’Outre-mer (et de France) craint que la transformation du CICE en baisse durable des cotisations sociales, entrainant une augmentation automatique des bénéfices des entreprises, n’entraine aussi, par ricochet, une augmentation des impôts payés sur ces bénéfices ! Alors ces messieurs anticipent. Ils réclament au gouvernement de trouver une formule plus juteuse pour eux. En somme, le patronat aurait voulu et les baisses de cotisations sociales et le crédit d’impôt : le beurre et l’argent du beurre, sur le dos des travailleurs et de la population !


Contrats aidés supprimés : une attaque de plus contre les travailleurs

Au mois d’août, le gouvernement a annoncé sa volonté de limiter le nombre d’emplois aidés à 293 000, contre 459 000 l’année passée. En conséquence, la rentrée scolaire a été reportée dans certaines communes, comme à Morne-à-l’Eau en Guadeloupe.  

Le prétexte invoqué par le Premier ministre, c’est que les emplois aidés ne font pas véritablement baisser le chômage. C’est indéniable, puisqu’il s’agit de contrats précaires limités à deux ans maximum. La fin des contrats aidés pourrait être une bonne chose, si ces contrats étaient remplacés par de véritables embauches, avec le statut de fonctionnaire pour tout ce qui relève des collectivités locales et de l’éducation. Mais ce n’est pas ce que prévoit le gouvernement.

Dans l’Éducation nationale, par exemple, il y a des salariés en contrat aidé qui sont chargés de faciliter la scolarisation des enfants handicapés. Certains de ces emplois ont été transformés en AESH (Accompagnants des élèves en situation de handicap). Mais pas tous, loin de là : 107 contrats aidés sont supprimés et remplacés par 61 AESH en Guadeloupe. En Martinique, 37 contrats aidés sont supprimés et remplacés par 22 AESH. Et la majorité de ces emplois sont à nouveau des emplois précaires et à temps partiel.

Le gouvernement a annoncé que les départements d’outre-mer seraient épargnés par la baisse des contrats aidés et que l’éducation serait une priorité. C’est faux ! Sur les 938 emplois aidés prévus en mars pour l’académie de Guadeloupe, seulement 562 seront conservés. En Martinique c’est encore pire : rien que 380 emplois maintenus sur les 920 qui étaient prévus. La suppression des contrats aidés est un moyen pour le gouvernement de récupérer de l’argent, qui lui permettra de continuer à engraisser les gros patrons dont il défend les intérêts, au détriment de ceux de la population.


Martinique: À Sainte Marie : « Sé chimen nou ! »

À Sainte-Marie, le chemin rural en contrebas du Morne Bataillon, qui longeait le littoral, avait été « privatisé » par la famille Despointes-Medlock, propriétaire d'un terrain mitoyen sur une cinquantaine de mètres. Le refus du droit de passage avait été matérialisé par la pose d'un portail métallique.

Cet obstacle a été renversé le 15 août dernier par des riverains mobilisés dans un comité de défense soutenus par l’ASSAUPAMAR (Association pour la sauvegarde du patrimoine martiniquais). Et le dimanche 27 août la « réappropriation » s'est poursuivie par une opération de dégagement au coutelas des herbes folles et autres végétaux. Par cette opération symbolique le mépris affiché​ de cette famille pour la population des environs a reçu une réponse appropriée.