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Journal/Sommaire du dernier CO n° 1211 du 5 janvier 2019/Deuxième page

Deuxième page

Guadeloupe : Banane, les ouvriers n’ont pas fait de cadeaux aux planteurs !

Dans plusieurs plantations, les planteurs ont du perdre de leur arrogance face à la détermination des ouvriers. Le 20 décembre, Dambas, surnommé l’esclavagiste noir, a été condamné à verser 2000 € à chacun des frères Yenkamah.

Il avait saisi le tribunal administratif pour pouvoir licencier les deux militants. Mais le tribunal lui a donné tort sur la prétendue « faute grave » des deux camarades. Cette victoire servira à la vingtaine de camarades que Dambas a licenciés pour le même motif. Le même jour, suite à la protestation de la CGTG banane, le tribunal administratif a prononcé l’annulation des élections syndicales à la SA Bois-Debout. C’est dommage pour le petit-fils Dormoy, Block de Friberg, qui avait mis tous les moyens pour que « sa liste » obtienne des sièges. Les ouvriers qui ont cru bon de se présenter sur la liste de leur patron auront aussi le temps de se raviser et de rejoindre leur camp avant les nouvelles élections.

Le 21 décembre, sur la plantation Saint-Denis, les travailleurs sont allés réclamer des comptes au nouveau géreur concernant la prime de fin d’année qui aurait dû être versée le 15 décembre. Le nouveau géreur a d’abord tenu tête en expliquant que maintenant la prime sera versée à la fin du mois de décembre. Les ouvriers ont refusé de prendre le travail. Sous pression, le géreur a versé la prime intégrale dès l’après-midi.

Dans plusieurs plantations, les planteurs avaient annoncé que la prime de fin d’année serait versée en retard et qu’elle serait réduite à cause des jours de chômage partiel. Les ouvriers de Saint-Denis ont montré la voie à suivre pour toucher la prime intégrale en temps et en heure. Quelques jours après, leurs camarades de la plantation de Nara Max débrayaient eux aussi pour obtenir leur prime de fin d’année !


Martinique : Transports en commun, le scandale va continuer

La CTM (collectivité territoriale de Martinique) est confrontée de manière chronique à la désorganisation des transports publics sur les communes du Centre (Fort-de-France, Schoelcher, Saint-Joseph et Lamentin). Son administration dédiée Martinique-Transport vient de décider de suspendre – dans six mois – la délégation de service public dont bénéficie la CFTU (Cie Foyalaise de Transport Urbain).

Alfred Marie-Jeanne a sans doute jugé qu’une initiative sur ce terrain pouvait être populaire. Sera-t-il pour autant mis fin à cette usine à gaz, cet empilement d’intérêts privés qui vivent sur le service public ? Rien n’est moins sûr ! Pendant les six mois de délai il peut y avoir bien des tractations obscures. Louis Boutrin pour Martinique-Transport s’est bien gardé de dire que les transports passeraient définitivement en régie, c’est-à-dire en gestion directe par la CTM. Il a dit s’orienter soit vers une régie provisoire, soit vers une nouvelle délégation de service public.

Les multiples délégataires, sous-traitants et autres cotraitants, SMTV, SAT, Sotravom, et autre GTAC vont se bousculer, chacun voulant préserver son petit pré carré. Et même une régie, dans cette société où les profits priment toujours sur l’intérêt de la collectivité, permettrait de continuer à servir en sous-main des intérêts privés.

La majorité de la CTM a ainsi, de plus, lancé une peau de banane sous les pieds de ses adversaires politiques du PPM, à la mairie de Fort-de-France, dont les liens avec la directrice de la CFTU sont connus. D’ailleurs Johnny Ajar, du PPM, l’un des actionnaires représentant la ville de Fort-de-France, s’est empressé de déclarer qu’il ne fallait rien changer, alors que la situation exécrable de ces transports en commun dure depuis des dizaines d’années, au grand mécontentement des usagers et des salariés. Tous autant qu’ils sont, les politiciens locaux ont été, sont, et restent, dans cette affaire, opposés aux intérêts généraux. Ils sont incapables de prendre la moindre initiative sachant qu’ils risqueraient de mécontenter des intérêts privés, devant lesquels ils sont tous à genoux.


Martinique : Education, fonction publique suppressions de postes en guise d’étrennes

Le ministre de l’éducation nationale, Jean Michel Blanquer, avait déjà annoncé le 16 septembre 2018, les suppressions de 1800 postes (1400 d’enseignants dans le second degré et 400 d’administratifs). « Il y a aussi les suppressions que nous ferons dans l’enseignement privé », avait précisé le ministre le lendemain sur une radio. « Le volume d’enseignement sera évidemment maintenu à travers le recours aux heures supplémentaires, exonérées de cotisations salariales, donc plus rémunératrices pour les professeurs », a encore ajouté le ministre. L’académie de Martinique devrait ainsi se voir dépouillée de 101 postes soit 96 postes d’enseignants (second degré) et 5 postes d’administratifs.

Ces mesures de restrictions et d’austérité ne répondent qu’à un objectif : satisfaire les exigences des riches, des possédants capitalistes. Ces derniers bénéficient ainsi des milliards d’euros de réductions d’impôts et d’exonérations de charges. C’est pour satisfaire aux exigences des mêmes que 2130 postes seront également supprimés à la Direction Générale des Finances Publiques (DGFiP), et 800 à Pôle Emploi. Le premier ministre, Édouard Philippe, avait déjà précisé en août 2018 que 4 500 postes seraient supprimés dans la fonction publique d’État en 2019, et plus de 10 000 en 2020. La mise en œuvre de ces mesures entrainera inéluctablement la dégradation des conditions de travail des personnels. Et ce n’est pas l’annonce d’heures supplémentaires exonérées d’impôt en guise de carotte qui rendra la pilule moins amère.


La grève à Carrefour Milénis et Promocash se poursuit

Depuis le 22 novembre, les travailleurs de Carrefour Milénis et Promocash sont en grève. Ils refusent la diminution de leur revenu. C’est ce que comptaient imposer les Despointes aux 260 salariés des deux magasins qui forment une unité économique et sociale. En septembre 2017 les employeurs ont dénoncé les accords d’entreprises permettant aux salariés de toucher diverses primes (ancienneté, transport, vacances, prime Bino…).

Ces accords gagnés par plusieurs générations de salariés lors de grèves et de négociations annuelles obligatoires sont plus favorables que la convention collective du secteur. Le 30 novembre, les Despointes ont décidé d’appliquer unilatéralement ce recul sans précédent pour les employés. Cela représente une diminution de salaire de 1600 à 2000 € chaque année par employé.

Les patrons de ce groupe capitaliste richissime, qui réalise des profits énormes ne s’attendaient pas à une réaction massive des salariés. Le directeur du supermarché, Olivier Larue, avec la morgue que lui connaissent les travailleurs, avait tablé sur tout au plus une semaine de conflit. Mais les employés en ont décidé autrement. Une très grande majorité d’entre eux ont refusé par la mobilisation et la grève, de se laisser dépouiller. La ligne de caisse de Carrefour Milénis est totalement en grève ce qui a obligé le directeur à fermer l’hypermarché. Il a bien tenté de remplacer les titulaires par des intérimaires. Mais mal lui en a pris. L’inspection du travail interpellée par les grévistes, lui a intimé l’ordre d’arrêter.

La direction des deux magasins, Carrefour et Promocash, continue de jouer le pourrissement du conflit pour tenter de venir à bout de la détermination des travailleurs. Les directeurs ont purement et simplement demandé aux travailleurs de reprendre le travail à l’occasion de deux parodies de réunion. Selon eux, en l’absence de signature par les représentants du personnel de leur proposition d’accord, la loi leur permet de revenir sur tous les avantages salariaux qu’avaient conquis les travailleurs. Pour décourager les grévistes, le treizième mois, versé à la fin du mois de décembre, n’a pas été versé en totalité.

Thierry Sablon, l’un des directeurs du groupe, se répand en mensonges sur les ondes radio et dans la presse écrite en faisant passer les employés de Milénis et de Promocash pour des privilégiés. Pendant les fêtes de fin d’année, la direction a encore fait appel à des intérimaires, comptant sur les congés des inspecteurs du travail. Une nouvelle réunion a eu lieu le 31 décembre à la demande de la direction, à son corps défendant. Les grévistes qui ont installé leur piquet en évidence, à l’entrée de l’hypermarché, sont soutenus par la population. Ils reçoivent des dons en nature et en argent pour les aider à tenir. Des auditeurs ont lancé à la radio un appel au boycott des magasins des Despointes, en particulier de l’hypermarché.

Face à la popularité de la grève, la direction a voulu faire croire qu’elle était prête à discuter. Mais dans le même temps, les salariés ont été destinataires d’un courrier affirmant que la direction commencera la mise en place de son plan dès janvier 2019. Ce courrier est une nouvelle provocation pour les grévistes. Il n’est rien sorti de positif de la réunion du 31 décembre. Les grévistes sont déterminés à maintenir leurs droits.


Noël sur le piquet de grève 

Quand les travailleurs de Milénis en grève depuis le 22 novembre ont réalisé qu’ils seraient encore en lutte au moment des fêtes de fin d’année, ils ont décidé d’organiser un Noël pour leurs enfants et les collègues sur le piquet de grève. Avec la participation de chacun ils ont réussi cette soirée, une petite victoire sur l’arrogance et l’intransigeance de la direction. Au son du Ka (tambour traditionnel). ils ont entonné plusieurs chants humoristiques spécialement composés sur les épisodes de la grève. Depuis, la tente installée à Milénis pour la circonstance tient lieu de piquet de grève. Les grévistes le tiennent jour et nuit. Les travailleurs d’autres entreprises sont invités à y apporter leur soutien.


Succès du meeting à Milénis

Le 28 décembre les grévistes ont organisé un meeting à l’entrée du parking du centre commercial. Près de 300 personnes y ont participé. Les organisations Combat ouvrier, le journal Rebelle !, Nonm et le PCG ont d’abord exprimé leur soutien aux grévistes. Puis une dizaine de travailleurs et surtout des travailleuses ont pris la parole en affirmant leur détermination à mener le combat jusqu’au bout. Les nombreux participants ont ensuite apporté leur soutien financier en contribuant à la caisse de grève et en achetant des repas et des boissons. La soirée s’est poursuivie au Ka.