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CO de 2019-2018/CO n° 1211 du 5 janvier 2019/Quatrième page

Quatrième page

Histoire et indépendance de la Barbade

À la Barbade, le mois de novembre comme les années précédentes a été consacré à une célébration grandiose de l’indépendance de l’île obtenue le 30 novembre 1966.

De l’occupation coloniale à la première guerre mondiale La Barbade a été occupée par les Anglais en 1627 et est restée leur colonie pendant environ 300 ans. Elle est très vite devenue une terre de canne à sucre et d’esclavage comme dans toutes les Amériques. L’esclavage sera aboli en 1834. Les anciens esclaves n’ont commencé à être payés qu’en 1838, après une période de « salariat-nourris-logés sans paie » instaurée par les planteurs. Les relations n’ont pas toujours été sereines entre Barbade et la Grande Bretagne.

Très tôt, en 1651, il a été question d’indépendance. Les Anglais de Barbade, les Blancs donc, protestaient contre le fait que toutes les décisions les concernant étaient prises en Grande-Bretagne sans tenir compte de leur avis. Les relations commerciales avec l’Angleterre avaient même été rompues. Les luttes ouvrières des années 30 La première guerre mondiale qui conduit des Barbadiens noirs en Europe met en évidence les discriminations entre eux et les citoyens anglais. À Barbade les descendants d’esclaves ne peuvent voter à moins d’avoir des revenus considérables. Dans les années 1930, un mouvement de contestation commence contre ces exclusions du vote pour les Noirs.

La revendication d’indépendance parait. En 1938, un jeune avocat barbadien Sir Grantley Adams, crée le Barbados Labour Party (Parti travailliste de Barbade) pour mener ce combat. Adams mène aussi la lutte avec les travailleurs pauvres contre ce qu’il appelle « l’oppression de la plantocratie », le pouvoir des grands planteurs. À la fin des années 1930, les luttes ouvrières sont puissantes mais sévèrement réprimées. Un militant du syndicat BWU (Barbados Workers Union), Clement Payne, est ainsi déporté à Trinidad, après des émeutes où des centaines de travailleurs sont arrêtés, 40 blessés gravement et 14 tués. Payne est considéré comme un révolutionnaire. Émergence des notables locaux à travers les syndicats Grantley Adams devient président du syndicat BWU de 1941 à 1954. En 1942 le montant de revenus exigé pour le vote des Noirs diminue. 

En 1951, le suffrage universel est établi à la Barbade. Ainsi, en 1954 Adams peut être élu Premier of Barbados dans le premier gouvernement local. Ce politicien participe aussi à la construction d’organisations syndicales et politiques caribéennes. Ainsi la West Indian Federation (Fédération des West Indies) va contribuer à l’indépendance de la Barbade. Un autre politicien a conduit la Barbade à l’indépendance : Errol Walton Barrow. Le DLP (Democratic Labour Party) Parti travailliste démocratique qu’il a créé en 1955 gagne les élections en 1961. Barrow remplace Adams comme Premier de la Barbade alors colonie. Il reste à la tête du gouvernement jusqu’en 1976.

Indépendance et masses exploitées Le 30 novembre 1966, Barrow devient le Premier ministre de la Barbade indépendante. Cet avocat, ancien combattant de la guerre 1939-45, au comportement simple, modeste, est considéré comme un héros national : on l’appelle « le père de l’indépendance ». Il a contribué à l’installation de la Sécurité sociale, à la construction de la CARIFTA, organisme d’entente commerciale dans la Caraïbe, devenu le CARICOM (Carib-bean community). Barrow défend le développement du tourisme. Il dénonce la mainmise des pays riches sur le tiers monde. Après l’épisode du premier ministre Tom Adams, fils de Grantley, Barrow est réélu premier ministre en 1986 et décède un an après. Tom Adams est celui qui, élu de 1976 à 1986 a soutenu l’invasion de Grenade par les troupes US.

Depuis 1966, la Barbade est le 4ème pays de la Caraïbe anglophone à avoir pris son indépendance. Elle a son drapeau, son hymne national. Mais jusqu’ici la Barbade reste au sein du Commonwealth sous la direction de la reine d’Angleterre. Les luttes ouvrières menées contre la domination britannique ont contribué à l’instauration de l’indépendance et ont permis quelques réformes démocratiques mais n’ont pas suffi à garantir la fin de la précarité et de l’exploitation.


France : Morte en attente aux urgences

Une femme a été retrouvée morte aux urgences de l'hôpital Lariboisière, à Paris, douze heures après y avoir été amenée par les pompiers. Tout ce temps, elle était restée sur un brancard sans voir un médecin. Sa famille est consternée en Martinique. Les responsables de ces morts sont les directions des hôpitaux et surtout les ministres qui, non seulement tolèrent cette situation, mais l'aggravent en réduisant constamment le personnel hospitalier.


Guadeloupe : Une justice au service du patronat

Élie Domota a été jugé en appel mardi dernier au prétexte qu’il aurait bousculé un cadre de BMW. Le jugement sera rendu le 22 janvier. Dans un premier procès, il a été condamné à 300 € d’amende. Pourtant, le cadre soi-disant molesté avait retiré sa plainte. Mais l’État avait sanctionné Domota quand même, pour satisfaire le chef du Medef Bruno Blandin, qui veut réprimer toute revendication des travailleurs.


Haïti : Régala, mort d’un tueur au service de la bourgeoisie haïtienne

L'ancien général William Régala est mort le 23 décembre 2018, à 81 ans, dans sa résidence à Port-au-Prince. Macoute notoire sous la dictature de François Duvalier, il fut en aout 1964 l’exécuteur du massacre de plusieurs familles à Jérémie, membres de l’opposition à Duvalier avec le groupe Jeune Haïti. Cet événement est connu sous le nom de «Vêpres de Jérémie» où 27 personnes (hommes, femmes et enfants), ont été tuées. Il est alors nommé général des forces armées d’Haïti. Sous la dictature de Jean Claude Duvalier il était le numéro 2 de l’armée à la tête des services de répression.

Le 7 février 1986 la population en révolte déchoukait le régime dictatorial des Duvalier, William Régala, associé au général Henry Namphy, se retrouva membre du Conseil National de Gouvernement. Une clique de militaires et de politiciens fut mise en place pour contenir la fureur de la population et préserver le pouvoir de l’armée au service de la bourgeoisie.

Les élections démocratiques attendues après la dictature furent noyées dans le sang en novembre 1987. La campagne électorale présidentielle avait été marquée par l’assassinat de candidats et d’un juge et surtout par une campagne de terreur dans les quartiers populaires avec des assassinats perpétrés par des militaires et des macoutes. Dans certains quartiers des brigades de protection avaient été mises en place par les habitants pour donner l’alerte en cas d’intervention de forces paramilitaires ou militaires.

Le 25 novembre 1987, William Régala, alors ministre de l’intérieur, décrétait que les brigades de vigilance étaient hors la loi. Ainsi le 29 novembre des militaires attaquaient les bureaux de vote dans tout le pays faisant de ces élections un massacre empêchant l’expression du vote populaire.

La presse a retenu le massacre perpétré dans le bureau de vote de la ruelle Vaillant à Port-au-Prince où une vingtaine d'électeurs furent assassinés. Les autres départements, surtout l'Artibonite, furent également touchés par cette vague de terreur. Ejecté du gouvernement lors du coup d’État d’un autre militaire, Prosper Avril, Régala s’était réfugié en République Dominicaine et avait bénéficié de la protection du président Joaquín Balaguer. En 1991, la République Dominicaine avait refusé la demande d’extradition de la justice haïtienne sous prétexte de l’inexistence d’accord d’extradition entre les deux Républiques. William Régala fut un de ces militaires qui ont tué, massacré au service de la bourgeoisie haïtienne, il a été protégé par celle-ci jusqu’à sa mort.


États-Unis : Mumia Abu Jamal peut faire appel de sa condamnation

Mumia Abu Jamal a obtenu le droit de faire appel de sa condamnation lors d’une audience qui s’est déroulée le 26 décembre.

Cette décision du juge Tucker est fondée sur le fait que Ronald Castille, chef de la Cour suprême de Pennsylvanie, aurait dù se récuser lors de l’examen de l’affaire Mumia en raison de son implication précédente en qualité de procureur sur le même dossier et de ses déclarations favorables à la peine de mort lorsqu’il s’agissait d’homicide de policier.

L’avenir judiciaire de Mumia est désormais entre les mains du procureur général Larry Krasner élu en 2017, connu pour ses positions progressistes notamment sur l’incarcération de masse, les discriminations sociales et raciales et les agissements de la police. Lors d’une audience qui s’est déroulée le 3 décembre des policiers en civil occupaient la quasi-totalité des sièges de la salle, laissant peu de place aux soutiens de Mumia. L’avocat de Mumia avait précisé à la Cour que des pièces réclamées pour sa défense avaient disparu. La décision du juge Tucker qui remet en cause la partici

pation irrégulière de Ronald Castille est une victoire pour la défense. On peut donc s’orienter vers une révision du procès de Mumia et l’acquittement de Mumia. Dès le départ, la condamnation de Mumia a été entachée d’irrégularités. Le juge Sabot (décédé) qui l’a condamné à mort faisait partie de l’Ordre fraternel de la police. Sa greffière avait déclaré que ce juge avait dit : « nous les aiderons à faire frire ce nègre ». Durant 37 ans des audiences se sont succédé sans que Mumia obtienne la révision de son procès face à une justice raciste.

Cela fait 37 ans que ce Noir américain est condamné pour avoir soi-disant tué un policier blanc et qu’il clame son innocence. Il a été condamné et placé dans le couloir de la mort. Grâce à une forte mobilisation internationale et plusieurs mobilisations à Philadelphie, sa condamnation à mort a été annulée mais il a été condamné à la prison à vie.

Mumia a subi des situations atroces depuis son emprisonnement et a échappé à la mort après plusieurs maladies. Il a beaucoup souffert d’un zona très douloureux et d’un diabète grave sans être soigné. Il a fallu plusieurs mobilisations pour qu’il obtienne des soins médicaux. Si Mumia n’avait pas reçu de soutien peut-être serait-il déjà mort mais sa détermination et sa forte volonté de se battre contre des conditions carcérales inhumaines ont compté aussi.


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