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CO de 2019-2018/CO n° 1215 du 02 mars 2019/Troisième page

Troisième page

Martinique : Transport dans le Centre : c'est la population qui trinque

Le vendredi 22 février, le syndicat CSTM, où sont syndiqués les chauffeurs grévistes de la SOTRAVOM, était assigné en justice. Le tribunal s’est prononcé pour la levée des barrages avec une astreinte de 2 000 euros par jour supplémentaire d’obstruction des accès aux parkings des bus. Le délégataire du transport en commun dans le Centre de la Martinique, est « Ensemble pour Mozaïk ».  

Mais aucune rencontre n’a été prévue entre le groupement des patrons des sociétés cotraitantes et la direction de la CFTU, exploitant des réseaux Mozaïk, pour régler ce conflit qui dure depuis le 27 novembre 2018. Pas d’intervention non plus de Martinique Transport interlocuteur unique en matière de transport de personnes. Alfred Marie-Jeanne, président de cette annexe de la CTM, s’est tout juste fendu d’un communiqué fustigeant le fait que « les usagers du réseau urbain du secteur Centre sont pris en otages en raison d’un conflit social affectant une entreprise du groupe Mozaïk ».

Les chauffeurs de la Sotravom quant à eux continuent leur mouvement. Ils observent un droit de retrait pour dénoncer le mauvais état des bus et le manque de sécurité pour les usagers. Ils contestent également le plan social préparé par la direction, notamment un plan de licenciement de huit chauffeurs sur 17 annoncé par la direction. Leur patron, lui, dit ne pas avoir le choix, après la destruction de trois de ses bus dans un incendie. Après la décision judiciaire de levée des barrages, des chauffeurs salariés d’autres entreprises sous-traitantes ou co-traitantes du groupe Mozaïk se sont mis en grève. Eux aussi se trouvent confrontés à des problèmes de salaires et de conditions de travail. De plus, ils soutiennent les grévistes de la Sotravom. Alors même si certaines lignes de transport ont été rétablies, une partie des usagers reste privée de transport, victimes de l’irresponsabilité des autorités politiques locales, du patronat et de l’Etat.

Chacun se renvoie la balle au plus grand mépris de la population.


Martinique : La « Transition énergétique » d’Yves Jégo !

À l’occasion de l’inauguration du parc éolien installé à Grand-Rivière, Yves Jégo, ancien ministre des Outre-mer, ancien maire, ancien député, était présent.  

Il était ministre des Outre-mer dans le gouvernement Fillon. À ce titre, il avait eu à mener les négociations avec le LKP lors du mouvement de janvier à mars 2009 en Guadeloupe. Au cours de ces négociations, Sarkozy et Fillon l’avait débarqué. Amer, il avait alors quitté le RPR pour se réfugier chez les Radicaux. Après l’élection de Macron, il avait annoncé sa décision de prendre sa retraite politique. Il avait alors dit vouloir se mettre à la disposition d’une grande cause : la transition énergétique.

C’est ainsi qu’il s’est fait nommer au poste de directeur général d’une entité dénommée NW Groupe. Il s’agit d’un groupe capitaliste composé de trois entreprises juridiquement distinctes, mais ayant toutes les trois le même propriétaire, Jean-Christophe Kerdelhué. La société Grand-Rivière Éolien Stockage services qui exploitera ce parc éolien vient s’y ajouter. La grande cause de Jégo c'est sa poche ! Comme quoi, le personnel politique de l'État est bien un serviteur de la bourgeoisie qui sait toujours la remercier en retour.


Guadeloupe Affaire Wendy : tous les vendredis soir devant Fouillole !

 En juillet 2018, Wendy a appris qu’elle ne passait pas en deuxième année parce que la fac avait fait des erreurs dans ses notes. Depuis, elle se bat pour faire valoir ses droits.  

Les dirigeants de l’université ont tout tenté pour faire taire Wendy. Ils ont prétendu que ce genre de problème est impossible. Pourtant chaque année de nombreux étudiants sont victimes de copies perdues, de zéros injustifiés, de redoublements abusifs.

Lors des derniers examens qui ont eu lieu en fac de droit, au mois de décembre, plusieurs étudiants ont été confrontés à de tels problèmes. Mais l’administration tente maintenant de rectifier ses erreurs plus rapidement, en expliquant que l’université veut éviter une nouvelle « affaire Wendy ». Si Wendy était une tricheuse, comme l’ont affirmé les chefs de Fouillole, cela n’aurait pas de sens. Ces nouveaux exemples montrent bien que les dirigeants de l’université ont purement et simplement calomnié Wendy. L’université a condamné Wendy à cinq ans d’exclusion. Mais elle a fait appel, avec son avocat Maître Calvaire, auprès du CNESER (Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche).

La mobilisation se poursuit pour obtenir justice pour Wendy. Nous organisons des prises de parole tous les vendredis à 19h, à l’entrée du campus de Fouillole.


Martinique : Février 74 !

La fin de l’année 1973 et les mois de janvier et février 1974 furent marqués par une grève générale qui toucha plusieurs secteurs du public et du privé. Les forces de répression firent deux morts à Chalvet, dans le nord de l’île, parmi les ouvriers en lutte.  

Les ouvriers agricoles, entrés en grève le 17 janvier, réclamaient la suppression du SMAG (salaire minimum agricole garanti), inférieur au SMIG (salaire minimum interprofessionnel garanti) qui était à cette époque lui-même inférieur à celui appliqué en France. Les ouvriers du bâtiment et ceux de la SPEDEM (aujourd'hui EDF Martinique) entrèrent en grève à leur tour. En février, les travailleurs de France-Antilles en étaient à leur deuxième mois de grève contre leur patron, le capitaliste Hersant. Les agents communaux de la ville de Fort-de-France ont arrêté le travail. La ville était paralysée et le mouvement s’étendait à d’autres communes : Rivière Pilote, Le Lamentin, Le Robert, Gros Morne. Les élèves des CET (collèges d’enseignement technique), des enfants d’ouvriers et eux-mêmes futurs ouvriers, se mirent en grève suite à une augmentation des prix de la cantine et rejoignirent les manifestations. Devant l’ampleur des événements, les syndicats CGTM, CGT-FO et CFTC lancèrent le mot d’ordre de grève générale illimitée à partir du 11 février. En plus des défilés et manifestations de rue, les grévistes débauchaient des chantiers, contraignaient les magasins de la ville restés ouverts à baisser leurs rideaux.

L’État colonial français, représenté par le préfet de l’époque, Christian Orsetti, avait mis en place son appareil de répression en mobilisant les gendarmes. Mais les manifestants les affrontaient en ripostant à coups de pierres aux tirs de gaz lacrymogène.

C’est pendant ce mouvement général que la répression prit un caractère sanglant. Cela commença le 14 février quand un groupe de travailleurs de l’Habitation Fonds Brûlé, qui s’apprêtaient à rejoindre leurs camarades dans la commune de Basse Pointe, furent pris en chasse par une dizaine de camions de gendarmes. Un affrontement eut lieu sur le site de Chalvet : les forces de répression tirèrent, faisant plusieurs blessés : Omer Cyrille, Guy Crétinoir, Rasroc, François Rosaz, et un mort : Renord Ilmany, un ouvrier de 55 ans, père de famille nombreuse. Deux jours plus tard, un corps fut retrouvé à l’embouchure de la rivière Capot. Il s’agissait de Georges Marie-Louise, un ouvrier du bâtiment de 19 ans. L’état de son cadavre indiquait qu’il avait été tabassé. Selon des témoignages, il faisait partie d’un groupe de jeunes qui avait affronté les policiers.

Par ces exécutions, le patronat et les autorités pensaient mettre fin à la grève générale. Mais l’enterrement d’Ilmany, le 16 février, fut l’occasion d’une nouvelle journée de mobilisation. De la foule révoltée qui suivait le convoi funéraire jaillissaient des : « Orsetti, assassin », « Ilmany, nous te vengerons », et des slogans politiques « À bas la répression coloniale, sonjé l’Algérie, sonjé l’Indochine, Matinik lévé ». (Souvenons-nous de l’Algérie, souvenons-nous de l’Indochine, Martinique lève-toi !). Après l’enterrement d’Ilmany puis celui de Marie Louise, les mobilisations se poursuivirent dans certains secteurs. L’ampleur et la force de la mobilisation ouvrière ont fait peur au patronat. Les patrons de la banane furent contraints d’augmenter les salaires, qui passèrent de 35,46 francs à 39,50 francs pour une journée de huit heures. Ceux de l’énergie obtinrent également satisfaction sur plusieurs revendications.  


Guadeloupe : Le massacre du 14 février 1952 à Moule

Le 14 février 1952, au cours de la grande grève générale des ouvriers et des planteurs, les CRS ont tiré sur la population du Moule, faisant quatre morts et quatorze blessés.  

Alors que les usiniers faisaient d’énormes profits, les salaires étaient très bas, laissant les travailleurs dans une immense misère. Les grèves éclataient au début de chaque campagne sucrière.

En janvier 1952, les ouvriers agricoles en grève demandèrent 100 francs de l’heure, alors que les usiniers proposaient le salaire minimum, 76 francs. Toutes les habitations sucrières de la Guadeloupe furent bloquées.

Les grévistes étaient soutenus par tous les syndicats, et par les enseignants qui se battaient aussi pour avoir de meilleurs salaires. Ils ont reçu le soutien de certains élus. Les CRS attaquaient les grévistes avec des grenades lacrymogènes, les grévistes se défendaient par des jets de pierre et de conques de lambi. Aubéry, un riche béké directeur de l’usine Gardel, au Moule, demanda l’intervention des CRS pour « protéger » l’usine et les coupeurs de canne non-grévistes. Pendant trois jours, du 11 au 13 février, les CRS occupèrent la ville, en cherchant à intimider la population, brutalisant les passants. Le 14 février, ils arrêtèrent un jeune, l’accusant d’avoir jeté un cocktail molotov. La population en colère érigea deux barrages à la sortie du bourg.

Les CRS ouvrirent le feu sur la foule tuant quatre personnes, Constance Dulac, mère de six enfants, Justinien Capitolin, Edouard Dernon, Serdot François, et faisant quatorze blessés. Suite à ce massacre le salaire horaire fut fixé à 88 francs, le prix du sang versé.


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