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CO de 2019-2018/CO n° 1215 du 02 mars 2019/Quatrième page

Quatrième page

Haïti : après les grandes manifestations de février

Du 7 au 18 février la vie était comme en suspens en Haïti. C’était la paralysie totale des activités : l’école, le commerce, le transport, l’administration publique et privée, les marchés publics.   À l’appel des politiciens de l’opposition largement dominée par Lavalasse, le parti de Jean-Bertrand Aristide et ses transfuges comme Pitit Dessalines, de Jean-Charles Moïse, des centaines de milliers de personnes ont gagné les rues de la capitale, Port-au-Prince, et des grandes villes du pays, pour crier haut et fort la détérioration brutale de leurs conditions de vie et réclamer la démission immédiate du chef de l’État. Cette mobilisation lancée par les partis de l’opposition et dénommée « opération pays lock » a démarré le 7 février avec des manifestations imposantes dans la capitale et les principales villes du pays pour réclamer une solution à la misère, de plus en plus féroce avec la dévaluation sans frein de la gourde, et la démission du chef de l’État. Après une semaine de mobilisations, l’opposition, avec ses troupes de choc, a drainé le mouvement de colère populaire avec le blocage des quartiers pour pousser à la démission de Jovenel Moïse. L’opération a échoué. Après avoir utilisé le mouvement de colère des pauvres pour tenter de mettre leur clique à la place de la clique au pouvoir, les politiciens retournent à leurs querelles parlementaires, attendant une prochaine flambée de colère pour recommencer leurs manœuvres. Lundi 18 février, après une semaine à être bloqués dans leurs quartiers, les ouvriers ont pu se rendre dans les usines, les entreprises de textile du parc industriel Sonapi où ils travaillent. Les barrages étaient levés et les transports reprenaient, seules les écoles étaient encore fermées. Convoqués par les patrons, ils ont d’abord travaillé une demi-journée, puis toute la journée durant les jours suivants. Les patrons, prétextant avoir perdu des ventes durant les jours d’échauffourées, ont demandé d’accélérer les cadences. Dans la foulée, presque tous ont imposé aux ouvriers de travailler dimanche 24 février. Ils ont fixé le salaire à une fois et demie au lieu de le doubler comme c’est prévu dans le cas de travail du dimanche. Depuis le 7 février les ouvriers n’ont rien perçu. Ils espéraient pouvoir retirer leur salaire avec la carte de retrait, mais les distributeurs de billets placés par les patrons dans les entreprises pour remplacer les comptables sont restés « muets ». Dans plusieurs entreprises les ouvriers ont fait pression sur le comptable pour approvisionner le distributeur ou venir avec des enveloppes comme auparavant. La dévaluation de la gourde amène une dépréciation du salaire et les patrons n’entendent pas suivre les timides recommandations que le premier ministre avait lâchées au plus fort des émeutes, appelant la commission des salaires à augmenter le salaire minimum. Après cette flambée de colère, durant le blocage de leur quartier, certains travailleurs ont pu se rencontrer et discuter de leurs intérêts dans ce mouvement pour le renvoi de Jovenel Moïse. Dans certaines entreprises des travailleurs se rendent compte qu’ils ne peuvent compter que sur leurs propres forces.


Guadeloupe : la liquidation d’Acajou Alternative aggrave les conditions de vie des pauvres

Le tribunal de Basse-Terre a décidé vendredi 15 février la liquidation de l’association Acajou Alternative. Cette association dont le directeur était Fernand Curier regroupait plusieurs services d’aide à une population pauvre d’environ 700 personnes, comme l’aide à domicile. Elle hébergeait aussi, en urgence, des familles dans le besoin, des jeunes drogués ou alcoolisés ou encore des malades mentaux.  

Les salariés se sont mis en grève. Ils sont 80 qui risquent d’être mis au chômage et à qui les salaires n’ont pas été versés. Selon le Préfet, Philippe Gustin, les salaires non payés représentent 700 000 euros de dettes et le déficit de l’association s’élève à 2,7 millions d’euros. Il sous-entend qu’il y aurait des malversations car l’association recevait chaque année « 8 millions d’euros de fonds publics ». Cela devient une habitude, comme pour la communauté d’agglomération Grand-Sud Caraïbe, l’État ferme les yeux en n’intervenant pas. Il a laissé la situation financière de l’association se détériorer.

Devant l’urgence, l’État a prévu de mettre en place des mesures provisoires sur l’insertion et l’hébergement d’urgence. Les services sociaux du département tentent aussi de trouver des solutions pour les travailleurs et pour la population. Ces mesures sont pour l’instant loin d’être satisfaisantes.

La fermeture de l’association est un scandale, car ce sont des centaines de personnes dépendant des aides de cette association qui se retrouvent dans une situation encore plus dramatique. En Guadeloupe les conditions de vie de la population se dégradent à cause notamment de la précarité et d’un taux de chômage élevé. Cependant l’État, à travers le gouvernement Macron, est loin de mener une lutte contre la pauvreté. Les pouvoirs publics préfèrent arroser les capitalistes de toutes sortes de cadeaux fiscaux et autres plutôt que d’offrir une vie digne à la population.


Dans les entreprises

Échos des hôpitaux Martinique

Scandale au CHUM !
La pénurie de gants a gagné désormais tous les services. Aussi bien ceux de PZQ 1 et PZQ2 que ceux du CH du Lamentin. Le CHUM aurait-il mis en place de nouvelles procédures « sans gants » labellisées pour l’hygiène, la protection des patients et celle des agents ? À force de tirer les ficelles par tous les bouts, il y a un moment où elles craquent. Refusons d’en faire les frais !

Échos des hôpitaux Guadeloupe

CHU : la Gynécologie asphyxiée La gynéco post incendie a ouvert au 8ème étage.
On penserait qu’en passant du rez-de-chaussée au 8ème l’air serait plus frais, eh bien pas du tout ! L’air délivré provoque picotements à la gorge et nausées. Est-ce que ces troubles sont dus à l’absence de calfeutrage de la climatisation centrale complètement polluée par les suies ? En tout cas c’est à se demander dans quelles conditions a été fait ce transfert. À croire qu’il y en a qui cherchent à avoir encore un droit de retrait sur le dos.

Chantiers en lutte (Martinique)

On ne peut pas être plus minable que ça
Les ouvriers de l’entreprise ENA au Bassin Radoub ont fait grève du 6 au 10 février dernier A la suite de ce mouvement, le patron n’a augmenter que de 4% le salaire de certains ouvriers au lieu des 6% revendiqués. De plus ce monsieur a décidé que l’augmentation ne serait pas accordée à l’ensemble des ouvriers. Son prétexte est le suivant : « ….pour certains, c’est parce qu’ils viennent d’être embauchés. Et pour d’autres, soit parce que je leur ai fait déjà un prêt et en plus ils s’achètent des voitures neuves ». Pour être ridicule et méprisant on ne peut pas faire mieux que cet exploiteur.


Venezuela, les travailleurs victimes de l’ordre impérialiste  

Le 23 février la provocation orchestrée par Juan Guaido et ses partisans, leurs soutiens brésiliens, colombiens, et surtout des USA, a tourné court. Les prétendus convois humanitaires et les manifestants vénézuéliens qui les accompagnaient ont été bloqués aux frontières vénézuéliennes avec la Colombie et le Brésil.  

Maduro a pu faire une démonstration qu'il était toujours soutenu par une grande partie de la population. L'opération « humanitaire », pilotée par l’Usaid (l’agence publique américaine de développement international), était une opération politicienne, une manœuvre visant à déstabiliser le gouvernement vénézuélien. « L'aide humanitaire ne devrait jamais être utilisée comme un pion politique », avait déclaré le secrétaire général des Nations unies.

La Croix-Rouge Internationale, quant à elle, rappelait qu'elle n'avait rien à voir avec cette « aide non-humanitaire », selon les termes de son porte-parole Christoph Harnisch. À la suite du blocage de la prétendue opération humanitaire, l’administration américaine s’est empressée de rappeler sa volonté de « passer aux actes » contre le régime Maduro. En fait d’actes, Donald Trump semble devoir continuer à utiliser le théâtre latino-américain comme une scène destinée à soigner sa popularité auprès de la partie la plus réactionnaire de l’opinion publique américaine, avec les prochaines présidentielles de 2020 en ligne de mire. Il va aussi faire durer la pression pour que les sociétés pétrolières et les banques américaines contrôlent complètement le pétrole du Venezuela, dont les ressources sont les plus importantes au monde, plus importantes même que celles de l’Arabie Saoudite. Des actes criminels, l’administration américaine n’en a d’ailleurs pas été avare, dans le passé, vis-à-vis du Venezuela. Pour ne parler que de ces dernières années, ce sont les sanctions économiques imposées par les États-Unis en 2015 qui ont coupé le Venezuela de la plupart des marchés internationaux. Donald Trump a considérablement intensifié ces sanctions. Ce sont elles qui aggravent les pénuries déjà criantes de nourriture et de médicaments, conséquences de la crise économique mondiale et particulièrement de la baisse du cours du pétrole. Selon l'Organisation mondiale de la santé, les Vénézuéliens ont maigri en moyenne de 12 kg en 2017.

Le régime de Chavez, arrivé au pouvoir au Venezuela en 1998, avait choisi de redistribuer une partie de la manne pétrolière à la population pauvre. Le successeur de Chavez, Maduro, est aujourd’hui, à cause de cela, en butte à l’hostilité viscérale des nantis vénézuéliens et de l’administration américaine. Mais le régime chaviste, malgré tout son langage « révolutionnaire » n’a jamais mis en cause la domination de la bourgeoisie : 98,5 % des entreprises vénézuéliennes sont privées, 0,5% sont mixtes et seules 1% sont complètement publiques. Le régime est donc défenseur d’un statu quo où les travailleurs et l’ensemble des masses populaires sont les principales victimes de la crise et de la corruption généralisée qui l’accompagne. La crise qui frappe le Venezuela aujourd’hui est avant tout la crise de l’ordre capitaliste. Dans le passé, les travailleurs et les masses pauvres ont pu empêcher l’arrivée aux commandes d’hommes politiques plus dépendants des milieux du grand patronat, comme, déjà, lors de deux tentatives de coup d'État en 2002. Aujourd’hui ils gardent le pouvoir à la fois d’éviter l’installation d’un régime Guaido à la solde des États-Unis, et de se défendre contre les dégradations catastrophiques de leur conditions de vie que Maduro ne peut, ni ne veut vraiment, empêcher.


Gilets jaunes : antisémites et casseurs sont loin d’être la majorité

Alain Finkielkraut, philosophe connu pour ses idées réactionnaires, membre de l’académie française, a été victime d’une agression verbale antisémite en marge d’une manifestation des Gilets jaunes à Paris. Gouvernement et médias prennent prétexte de cet épisode marginal pour jeter le discrédit sur l’ensemble du mouvement.

Le mouvement des Gilets jaunes n’est pas uniforme, toutes sortes de revendications s’y expriment. Mais dans sa globalité et pour la très large majorité de ses participants, il s’agit bien d’une manifestation du ras-le-bol et de la colère d’une population qui subit les bas salaires, le chômage, le mépris de l’État. C’est bien cela qui exaspère le gouvernement. Les insultes crapuleuses proférées par quelques individus contre une personnalité sont une occasion d’instruire un procès à charge par médias interposés contre l’ensemble du mouvement. Oubliées les revendications légitimes de hausse du pouvoir d’achat ! Oubliée la demande de justice sociale et du rétablissement de l’ISF ! Le mouvement est ravalé à une « horde » complotiste, haineuse et violente.  

Il n'empêche que chaque week end, depuis plus de trois mois des milliers de gilets jaunes continuent de manifester pour la hausse de leur niveau de vie.


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