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CO de 2019-2018/CO n° 1218 du 13 avril 2019/Deuxième page

Deuxième page

Élections européennes : Lutte ouvrière écartée du débat de France 2

Nous publions ci-dessous le communiqué de nos camarades de Lutte ouvrière, avec lesquels nous nous présentons aux élections européennes sur la liste « Contre le grand capital, le camp des travailleurs ».   « France 2 a écarté de son débat pour les élections européennes la seule liste représentant les intérêts du camp des travailleurs, celle de Lutte ouvrière. Aujourd’hui, la justice vient de confirmer cette décision en refusant de juger le référé déposé par Nathalie Arthaud au Tribunal administratif de Paris mardi dernier.

Toutes les listes qui se présenteront effectivement seront présentes à ce débat télévisé sauf celle qui se place du point de vue des exploités. La justice, qui en début de semaine a obligé France 2 à inclure trois autres participants à son débat, a fait le choix, en ce qui concerne Lutte ouvrière, de laisser traîner l’affaire pour ne pas remettre en cause la décision de la chaîne de télévision publique. Quant au CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel), en refusant d’intervenir, il a conforté lui aussi l’attitude de France 2. Ce sont des choix de classe. La liberté d’expression ? Les médias et la justice montrent ce qu’il en est réellement : seul le parti représentant les intérêts des travailleurs n’y aura pas accès.

Il n’y a pas à s’en étonner. Toute la société fonctionne ainsi. Elle déroule le tapis rouge aux plus riches, à ceux qui dominent et à ceux qui les servent. Quant aux travailleurs qui font tout tourner, ils n'existent même pas. Ils sont invisibles, censés se taire et subir. La justice et les médias sont le reflet de cela. Derrière leur prétendue neutralité, ils masquent la dictature du capital. Lutte ouvrière cherche à utiliser tous les moyens légaux pour faire entendre ses idées. Mais nous savons que ces moyens ne sont pas les nôtres. Et c’est sur la capacité des travailleurs et des couches populaires à faire circuler les idées d’émancipation que nous comptons. Et pour se révolter, les travailleurs ne demanderont la permission ni aux médias, ni à la justice. »  


Guadeloupe : Banane Dambas n’en finit pas de se plaindre

Vendredi 12 avril, notre camarade Jean-Marie Nomertin est à nouveau convoqué devant le tribunal de Basse-Terre à la demande du gros planteur Tino Dambas, surnommé l’esclavagiste noir.  

Dambas reproche à Jean-Marie Nomertin d’avoir révélé qu’il est responsable du décès d’un ouvrier agricole, mort précocement après des dizaines d’années d’exploitation. Dambas obligeait ce travailleur de 62 ans à porter des régimes de banane de 80 kg, malgré l’avis de son médecin. Un jour l’ouvrier a refusé en lui expliquant qu’il n’en pouvait plus, Dambas l’a congédié sans lui proposer une autre tâche. Quelques jours après le travailleur est décédé.

Dambas n’a pas supporté que ses méthodes d’esclavagiste soient révélées au grand public. Mais surtout il n’a toujours pas digéré la grève massive de ses ouvriers en 2017. Depuis deux ans, il pleurniche auprès de toutes les juridictions. Après avoir licencié malproprement une vingtaine de grévistes, il tente en vain de mettre dehors les deux délégués « historiques » du syndicat CGTG Banane. L’inspection du travail a refusé à plusieurs reprises. Dambas a donc fait appel au Tribunal administratif qui lui a donné tort. Il s’est tourné vers le ministère du Travail : nouveau refus. Puis à nouveau au Tribunal administratif. La réponse est tombée fin mars : encore non. Aux dernières nouvelles, Dambas s’est adressé à la Cour administrative d’appel de Bordeaux. Et après, va-t-il s’adresser au Tribunal pénal international ? En tout cas malgré toutes ses manigances Dambas n’arrive pas à démoraliser les ouvriers agricoles. Ils restent combatifs et solidaires, y compris ceux qui ont été licenciés.  


Guadeloupe : SIAEAG les grévistes gagnent l’augmentation de salaire

Du 1er au 4 avril, la majorité des travailleurs du SIAEAG (Syndicat intercommunal d’alimentation en eau et d’assainissement de la Guadeloupe) se sont remis en grève. Au bout de quatre jours la direction a cédé.

Après 10 jours de grève en février, la direction s’était engagée à augmenter le salaire des 112 agents de 104 € bruts par mois à partir de mars 2019. Lorsque la paye est arrivée fin mars, les travailleurs ont constaté avec colère que le salaire n’avait pas bougé. Ils se sont mobilisés immédiatement et la grève a repris dès le 1er avril. Une soixantaine de salariés ont cessé le travail. Face à leur détermination, la direction a cédé rapidement. Les salaires augmenteront à partir du mois d’avril. Les rappels de salaire dus depuis janvier seront versés en mai. Les quatre jours de grève ne seront pas prélevés.


Martinique : Du baratin de salon !

Le mardi 2 avril dernier un colloque était organisé par le Centre de Gestion de la Fonction publique territoriale de Martinique (CDG Martinique) avec les Éditions WEKA. Il se tenait à l’Institut Martiniquais du Sport au Lamentin avec pour thème : « Le management public et le bien-être au travail ».

Les participants étaient des cadres publics supérieurs dont Justin Pamphile, président du CDG Martinique et maire de la ville du Lorrain. Ce dernier est aussi membre de EPMN (Ensemble pour une Martinique nouvelle) regroupement de formations politiques autour du PPM ( parti de feu Aimé Césaire). Justin Pamphile a ouvert ce colloque. Interviewé le jour même sur la télé Martinique Première, il a bien sûr honoré ce colloque et les bonnes manières de management qui ont été préconisées. Lorsque l'on connait les conditions de travail désastreuses que subissent les ouvrières et ouvriers agricoles de sa propre commune et du Nord de la Martinique, on se dit que Pamphile n'est qu'un beau parleur. Il n’a rien dit non plus, évidemment de l’empoisonnement par le chlordécone dont sont victimes les ouvriers agricoles.

Pour Pamphile et ses « collègues » ainsi que pour la plupart des politiciens, le bien-être au travail, c’est bon pour les discussions de salon, pas pour les travailleuses et les travailleurs !


Martinique : Bellefontaine grève de la faim d'un agent municipal

Depuis deux ans, une policière municipale est en arrêt de maladie après un incident survenu en mairie en mars 2017 dans le cadre d’une grève.   Cette policière a affirmé avoir été blessée indirectement par le maire de la commune de Bellefontaine Félix Ismain.

Daniel Gromat,  secrétaire général du syndicat des communaux CGTM, s’explique : « La commission avait reconnu l’imputabilité au service de l’accident, mais le maire a pris un arrêté pour dénoncer cette décision. Du coup, il a transformé l’accident de travail en arrêt maladie ordinaire… » Pour trouver une issue à cette affaire, la CGTM demande que l’agent soit mise à la disposition du Centre de gestion afin d’être affectée dans une autre collectivité . Le maire a un tout autre langage: « Cette dame avait fait tout un cinéma dans mon bureau et s’était laissée glisser par terre en disant que je l’avais agressée… Depuis, elle était donc en arrêt de maladie ».

Résultat, la situation reste bloquée. Et le maire de déclarer « On ne peut pas m’imposer des choses ». Les conditions de travail, il ne connait pas ! L’agent, sans réponse, a entamé depuis le mercredi 3 avril une grève de la faim jusqu’à satisfaction.


Martinique : Chlordécone cancérigène avéré !

Une nouvelle étude menée par les professeurs Multigner et Blanchet montre une fois de plus que le chlordécone augmente le risque de récidive du cancer de la prostate. L’exposition à cette molécule provoque la réactivation des cellules potentiellement cancéreuses qui peuvent subsister même après l’ablation de la prostate, et donc provoquer un nouveau cancer. Cette étude confirme le caractère cancérigène de la molécule. Dès 2010, une étude menée par ces mêmes professeurs avait établi le lien entre chlordécone et cancer. La Martinique et la Guadeloupe détiennent le triste record mondial de cancers de la prostate.

En début d’année, Macron avait déclaré : « il ne faut pas aller jusqu’à dire que c’est cancérigène parce qu’on dit quelque chose qui n’est pas vrai et qu’on alimente la peur ». Pour ce président, mieux vaut donc plonger sa tête dans le sable et mourir sans savoir. Le chlordécone a été interdit en France en 1990 mais a continué à être autorisé et utilisé en Martinique et Guadeloupe jusqu’en 1993 par dérogation. Une fleur faite par l’État aux gros planteurs de banane, au détriment de la vie en particulier des ouvriers agricoles. Ces derniers sont les principales victimes avec un taux très élevé de cancers. 90% de la population adulte est contaminée par le chlordécone. Il semble que l’exposition à la molécule provoque des retards de développement chez les enfants.

Si rien n’est fait, les terres resteront polluées pour sept siècles, et sans mobilisation de la population, les choses resteront en l’état. Il existe pourtant des moyens pour dépolluer plus rapidement les terres contaminées, il faut y consacrer l’argent nécessaire. C’est aux responsables de la catastrophe, les gros planteurs pollueurs et leur complice l’État de financer les traitements adaptés.  


Martinique : VITO SESA, grève d'avertissement ?

Du 31 mars au 4 avril 2019, les employés de Station-service VITO Aéroport, dirigée par Jean-Luc Ho Hio Hen, se sont mobilisés pour obtenir le versement de la prime exceptionnelle de pouvoir d’achat (PEPA), la prime Macron.  

Comme c’est le cas chez des milliers d’autres salariés, les salaires que perçoivent les employés de stations-service sont bas et tournent autour du SMIC (soit 1200 euros net). Et c’est souvent une prime d’ancienneté qui permet d’apporter un petit plus. En février, les salariés ont appelé leur patron à discuter du versement de la prime. Mais il leur a répondu par un méprisant silence. Le 31 mars 2019, date limite de son versement, pour le contraindre à discuter, ils ont arrêté le travail. Mais face à l’obstination de ce patron soutenu par ses confrères, les salariés grévistes ont fait le choix de reprendre le travail à partir du vendredi 5 avril.

Dans d’autres stations, des salariés ont perçu cette prime. Les versements sont allés de 100 à 850 euros. Les salariés de VITO Aéroport comptaient donc sur cette prime pour compléter leur maigre salaire, car ils savent que leur patron dispose très largement des moyens pour le faire. Mais Jean-Luc Ho Hio Hen a refusé de verser le moindre centime. Ce même patron avait été physiquement à leur côté en février 2019. C'était lors de la mobilisation pour exiger la reconstruction d’un muret de sécurité. Un accident avait en effet causé la mort d’un de leurs collègues en juillet 2017.

Son attitude a créé chez les salariés un sentiment de déception et d’incompréhension. Mais en définitive, elle a permis aux salariés de mettre en lumière le véritable visage dudit patron : celui d’un patron exploiteur, méprisant et plutôt minable. Sa seule attitude lors de cette grève a été de faire appel à un huissier qui n’a pu, d'ailleurs, que constater que la station n’était pas bloquée.

Forts de cette expérience, les grévistes de VITO Aéroport ont appelé leurs collègues employés de stations-service à se regrouper et à s’organiser pour obtenir des revalorisations de salaires, l’application et le respect des conventions et accords collectifs, l’amélioration des conditions de travail. Pour « Vivre, et non survivre », comme l’a si bien dit une gréviste.