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CO de 2019-2018/CO n° 1219 du 27 avril 2019/Troisième page

Troisième page

Notre-Dame de Paris : après l’incendie, une pluie de millions

Le 15 avril, un incendie s’est déclenché dans la cathédrale construite au Moyen-Âge. Cela a provoqué une vague d’émotion partout dans le monde.  

Ce colossal monument est le fruit du travail de milliers d’artisans – tailleurs de pierres, ferronniers, architectes et manœuvres – venus de contrées proches et lointaines de ce qui n’était pas encore les frontières de la France que l’on connait actuellement. Des politiciens de tout bord, à commencer par ceux du gouvernement Macron, ont surfé sur l’émotion de l’incendie pour faire de la démagogie : ils en appellent à l’unité nationale de tous les Français pour reconstruire Notre-Dame. Le soir même, Macron lançait une souscription nationale pour entamer la reconstruction.

De grandes familles bourgeoises parmi les plus riches de France et des actionnaires de grandes entreprises capitalistes y ont vu une occasion de se faire de la publicité. Ils ont annoncé qu’ils feraient des dons, et pas des moindres : la famille Arnault, propriétaire du groupe de luxe LVMH, parle de 200 millions d’euros, la richissime famille Pinault annonce qu’elle donnera 100 millions d’euros, la multinationale du pétrole Total donnera 100 millions. Le Medef, l’organisation des grands patrons, confirme que d’autres dons arrivent.

Ce sont les mêmes qui pleurnichent à longueur de temps sur leur soi-disant difficultés financières, qui leur servent de prétexte pour se gaver de cadeaux de l’État, licencier des milliers de travailleurs et refuser d’augmenter les salaires. Par exemple, le groupe Carrefour qui a prévu de supprimer 1500 postes dans ses hypermarchés s’est affiché parmi les donateurs.

L’épisode de l’incendie de Notre - Dame de Paris prouve encore une fois qu’il y a de l’argent dans cette société mais qu’il est concentré entre les mains de quelques gros capitalistes, capables de débloquer des centaines de millions en un claquement de doigts, alors qu’au quotidien les classes laborieuses sont priées de se serrer la ceinture.  

« Saint Pognon, priez pour nous »  

En réalité, les « généreux » milliardaires donateurs auront droit à des déductions fiscales allant de 66% à 75% des sommes données. Cela a soulevé une vive polémique car la facture de cette déduction d’impôt sera payée par l’ensemble des contribuables. Même si la famille Pinault a annoncé qu’elle renonce à la déduction, leur image de super héros est écornée. Quand les riches sortent le portefeuille, c’est parce que ça peut leur rapporter gros.


Guadeloupe: Affaire Wendy : vers la fin des examens « an pangal » ?

Le 16 avril ont eu lieu les élections des représentants des étudiants. Dans le programme des candidats : l’amélioration du déroulement des examens.  

Sur le campus de Fouillole, il est rare que les épreuves se déroulent convenablement. La signature de la liste de présence n’est pas toujours bien faite, et il arrive qu’un étudiant n’émarge pas. C’est ce qui est arrivé à Wendy Zébo lors d’un de ses examens l’année dernière. Cette étudiante a oublié de signer lorsqu’elle a remis sa copie. La liste d’émargement était d’ailleurs défectueuse, puisque six noms seulement y figuraient alors qu’une quarantaine d’étudiants ont composé lors de cet examen. La direction de la faculté a prétendu qu’il était impossible de remettre une copie sans émarger, et que Wendy serait une tricheuse. Wendy a été exclue de l’enseignement supérieur pour cinq ans. Au lieu de reconnaître les dysfonctionnements de l’université, ils ont puni « celle par qui le scandale est arrivé ».

Les dirigeants de l’université ont accusé Wendy d’avoir menti, mais ils savent bien que les examens étaient mal organisés. Ils ont d’ailleurs adopté un nouveau règlement des examens au mois de mars.

Le combat de Wendy permettra peut-être une amélioration dans ce domaine ? En tout cas elle continue de se battre pour obtenir justice !


Guadeloupe: Les coupures d’eau s’aggravent, les écoles ferment

Les établissements scolaires ferment de plus en plus à cause des coupures d’eau.  

Certains choisissent d’ouvrir malgré les coupures d’eau et les problèmes d’hygiène qui en découlent. Au collège Sylviane Telchid à Capesterre-Belle-Eau les enseignants avaient exercé leur droit de retrait pour protester contre ce manque d’hygiène. Dans certaines écoles on demande aux enfants de se retenir d’aller aux toilettes ! La situation est préjudiciable pour les élèves. Ils manquent les cours ou étudient dans de mauvaises conditions.

Pour le personnel aussi la situation n’est pas tenable, comme pour ces femmes de ménage à qui l’on demande de nettoyer sans eau ! Les parents, enseignants ou élèves qui se mobilisent face à cette situation ont raison de le faire.


Guadeloupe: L'affaire des fermetures de crèches

La crèche « Enfance et Bonheur » du Gosier est le quatrième établissement tenu par la famille Gabali qui va être liquidé. Ces derniers mois, ce sont les crèches « Culture d’enfance » au Gosier, « Bambinou’s Palace » à Baie-Mahault et « Enfance et Bon-heur » au Moule qui avaient été liquidées. Ce sont plus de 170 salariés qui ont été jetés à la rue. La version officielle c’est qu’il y avait des difficultés financières dans ces établissements, mais les Gabali sont soupçonnés d’avoir détourné de l’argent. Après des dépôts de plainte et une enquête, la mère Gabali et ses quatre garçons ont été placés en garde-à-vue fin mars. Ils auraient détourné près de 10 millions d’euros. La garde des jeunes enfants est une question primordiale pour les familles. Elle ne devrait pas être une source de profit mais un service public au même titre que l’école publique. Mais c’est l'image que nous renvoie toute la société actuelle dirigée par des voleurs et des pourris.


Réparations pour l'esclavage : exproprier les capitalistes !

En 2005, le Mouvement international pour les réparations (MIR) avait assigné l’État français devant les tribunaux afin d’obtenir réparation pour les crimes de l’esclavage. Après 14 ans de procédure, la Cour de cassation, plus haute juridiction française, a rejeté le recours de cette association, estimant que l’action était prescrite.  

La requête s’appuyait sur la loi de 2001, dite loi Christiane Taubira. Cette loi avait fait de l’esclavage un crime contre l’humanité et posait le principe des réparations aux descendants de l’esclavage français. La cour de cassation a donc débouté ceux qui, regroupés au sein du MIR, demandent réparation.

En décembre 2017, la cour d’appel avait refusé de reconnaître l’existence d’un préjudice. Elle avait déclaré irrecevable car prescrite l’action en réparation engagée par les descendants d’hommes et de femmes mis en esclavage. Pour justifier sa décision, la cour d’appel avait retenu que les articles du code pénal réprimant les crimes contre l’humanité « sont entrés en vigueur le 1er mars 1994 et ne peuvent s’appliquer aux faits antérieurs à cette date ». Le MIR avait alors porté l’affaire devant la Cour de cassation. Initialement, la loi Taubira faisait référence à « l’instauration d’un comité de personnalités qualifiées chargées de déterminer le préjudice subi et d'examiner les conditions de réparation due au titre de ce crime ». Mais la version finale votée a « instauré un comité de personnalités qualifiées chargées de proposer, sur l'ensemble du territoire national, des lieux et des actions de mémoire qui garantiront la pérennité de la mémoire de ce crime à travers les générations ».

Comme l’a dit un intellectuel à propos de cette loi, « Préjudice ? Réparation ? La nation se repentira. La « repentance » facilement généreuse de la nation n'allègera en rien l'escarcelle de l'État ». C’est ce qu’illustrait parfaitement la déclaration de Hollande en Haïti en mai 2015. La capture en Afrique de millions d’hommes et de femmes, leur déportation et leur mise en esclavage il y a plus de quatre siècles, ont aussi été à l’origine de la constitution d’immenses fortunes capitalistes. L’esclavage aboli, une autre forme d’asservissement, le salariat, continue d’entretenir ces fortunes ! La dette des exploiteurs est incommensurable. Alors la seule réparation qui vaille aujourd’hui, c’est l’expropriation de ceux qui continuent de tirer profit de ce système capitaliste pourrissant. Et ce n’est pas une loi qui l’instaurera, mais bien l’action consciente et collective de tous ceux qui le subissent et au premier chef les travailleurs.


Chicago : une Maire noire, contre les pauvres !

Une femme noire, Lori Lightfoot, a été élue le 4 avril à la mairie de Chicago, troisième ville des États-Unis par sa population. C’est la première fois qu’une femme noire est élue à ce poste. On pourrait donc se réjouir, comme le font la plupart des médias, qu’une telle élection soit possible, s’agissant d’une personne qui réunit en tant que femme, noire, et se revendiquant d’une minorité homosexuelle, un triple handicap pour accéder à un poste électif important. Mais au-delà de ces particularités concernant sa personne, il faut se demander si cette élection représente un réel progrès pour les conditions de vie de la population pauvre de Chicago, majoritairement afro-descendante.

Lori Lightfoot est une ancienne procureure fédérale ayant notamment dirigé une commission de surveillance des activités de la police. Son adversaire, Toni Preckwinkle, était elle aussi une femme noire, elle aussi du Parti démocrate, membre du conseil municipal du maire sortant. Toutes les deux sont en fait issues d’un milieu petit-bourgeois ou bourgeois et n’ont pas particulièrement défendu les intérêts de la population pauvre lorsqu’elles étaient en poste, bien au contraire. C’est pourquoi lors des élections primaires, ces candidates ont été élues majoritairement dans les quartiers riches, tandis que dans les quartiers majoritairement noirs et pauvres, c’est un autre candidat qui était sorti en tête.

Il faut savoir que le maire démocrate sortant, Emanuel, ami de Barack Obama, ne s’est pas représenté à cause d’un bilan très défavorable concernant la violence à Chicago : plus de 550 meurtres en 2018, soit plus que New York et Los Angeles réunies, des villes dont la population est plus importante. La plupart des victimes de ces meurtres sont des Noirs, et beaucoup d’entre eux ont été assassinés par la police. En particulier l’assassinat d’un jeune Noir tué de 16 balles en 2014 par un policier a soulevé l’indignation. Lori Lightfoot à la tête de la commission de surveillance de la police a en général toujours couvert les policiers, leur donnant raison même lorsqu’ils assassinaient ou torturaient sans justification possible. À peine vient-elle d’être élue, qu’elle a déjà fait des annonces en faveur des plus aisés en s’opposant au contrôle des loyers au niveau municipal, ce qui aura pour effet de chasser de la ville ceux qui n’ont pas les moyens. Il y a un mois, lors d’une conférence, elle a suggéré que les écoles fermées dans les quartiers pauvres par son prédécesseur soient converties en locaux de formation pour la police, en plus de la construction d’une nouvelle académie de police de plusieurs millions de dollars dans les quartiers ouest.

On le voit, il ne suffit pas d’être issu de minorités opprimées pour défendre les intérêts des travailleurs et des pauvres. Lori Lightfoot comme d’autres élus noirs avant elle est élue dans le cadre d’un système au service des riches, et ces élus tiennent surtout à démontrer qu’ils peuvent en être de zélés défenseurs. Ce n’est qu’en s’organisant pour détruire ce système capitaliste oppresseur que les Noirs américains et les autres minorités pourront lutter pour une véritable libération.


Chlordécone : circulez, y a rien à voir !

Ce lundi 15 avril, la secrétaire d’État à la Santé a déclaré en radio que ce n’est pas grave si les tests de détection de ce poison ne sont pas accessibles en Guadeloupe, parce qu’ils sont trop chers. Elle a expliqué qu’on peut très bien être « chlordéconé » mais ne pas attraper le cancer pour autant, donc que ce n’est pas forcément utile de faire ces tests. Comme les autruches, elle pense que c’est en mettant la tête dans le sable qu’on règle les problèmes ?


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