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CO de 2019-2018/CO n° 1220 du 11 mai 2019/Première page

Première page

Éditorial: Samedi 25 mai, votez pour la liste Lutte ouvrière « contre le grand capital, le camp des travailleurs » !

(Conduite par Nathalie Arthaud et Jean-Pierre Mercier. Avec Ghislaine Joachim-Arnaud et Jean-Marie Nomertin)  

Le 22 mai 1848 en Martinique : insurrection des esclaves ! Les 26 et 27 mai, la même année, en Guadeloupe souffle le vent de la révolte. 46 ans plus tôt, les 26, 27 et 28 mai 1802, les Noirs avaient déclenché la guerre en Guadeloupe contre les troupes de Bonaparte venues rétablir l’esclavage. Échec militaire, succès historique.

Ce mois de mai nous rappelle que la situation juridique des peuples de Martinique et de Guadeloupe - dits « français » et « européens » à 7000 km de l’Europe - est issue de plusieurs siècles d’histoire, marqués par le brigandage capitaliste à l’échelle du monde, du trafic d’esclaves au génocide de peuples amérindiens et bien d’autres. Alors, notre présence sur la liste de Lutte ouvrière aux élections européennes est une protestation contre tout ce passé et contre la façon dont ce passé se perpétue encore aujourd’hui de multiples manières, ne serait-ce que parce que les parasites les plus riches sur le sol des Antilles dites françaises sont les descendants des anciens propriétaires d’esclaves. Les descendants d’esclaves africains ou ceux des quasi-esclaves indiens ont contribué à la richesse de la bourgeoisie européenne. Et nous ne serions aujourd’hui que des estomacs gavés avec un entonnoir par lequel couleraient les millions de l’Europe ?

Les assistés, ce sont les capitalistes, les classes riches qui reçoivent régulièrement de l'Union européenne et de l'État français des millions d'euros de subventions et d'aides.

Les assistés ne sont pas ceux qui travaillent de 8 h jusqu'à parfois 10 h par jour pour des salaires de misère, et ce ne sont certainement pas les 22% de chômeurs. De grands panneaux publicitaires sont là pour nous asséner sans cesse que « l’Europe a fait ci, l’Europe a fait ça ». Mais ce sont les grosses sociétés, comme Vinci, et les riches et gros possédants qui bénéficient des marchés ouverts par l’argent public dont celui de l’Europe.

Au total, 129 millions d'euros de subventions ont été versés aux planteurs de banane des Antilles françaises en 2017 ! Et il en est ainsi chaque année. Les grandes décisions sont prises à 7000 km de distance. On nous sert cette pseudo-démocratie qui consiste à nous prononcer sur l’Europe ! Cela dénote un mépris cynique envers nous ! Nous, c'est-à-dire les travailleurs, nous, les membres des classes populaires, travailleurs, djobeurs, chômeurs, petits paysans ou petits marchands, parce que c'est nous qui subissons le plus ce mépris, parce que les exploités, les plus dominés, ceux qui subissent le plus le racisme et les séquelles coloniales, c'est nous. Bien sûr, nous le leur renvoyons en pleine figure lors de nos manifestations et de nos grèves !

Mais, en votant pour la seule liste qui se revendique du camp des travailleurs, nous pouvons affirmer notre appartenance à ce camp et notre approbation des exigences mises en avant par cette liste : pour des augmentations de salaire, pour des embauches massives et la répartition du travail entre tous sans diminution de salaire.

S’abstenir est une solution quand nous n’avons pas d’autre choix. Or là, il se trouve que nous avons le choix de dire, par notre vote pour la liste de Lutte ouvrière, que nous sommes exploités en tant que travailleurs, dominés et méprisés en tant que peuple. Alors disons-le ! Disons-le en mettant un bulletin pour la seule liste qui milite pour la fin du système capitaliste !  

Tableau d'images


Martinique, 22 mai 1848 : insurrection des esclaves !

Nous publions ci-dessous un extrait du livre d’Armand Nicolas « Histoire de la Martinique »  
« C’était la coutume, chez les esclaves, après la prière du soir, de battre le tambour en « grageant » le manioc. Le géreur, fils du propriétaire, interdit le tam-tam. Les esclaves interprétèrent cet ordre comme une brimade. Malgré l’interdiction, le 20 mai au soir, l’esclave Romain battit le tam-tam pour activer la fabrication de la farine. C’est alors que le géreur fait fermer la gragerie. Protestation de Romain et des esclaves. Le géreur porte plainte au maire de Saint-Pierre : Romain est conduit à la prison de Saint-Pierre accompagné par tout l’atelier qui demande à partager sa captivité. La nouvelle se répand rapidement parmi les travailleurs esclaves ou libres de Saint-Pierre et dans les habitations de la région. De toutes parts affluent vers la ville des groupes compacts armés de piques et de coutelas, drapeau en tête. Le son de la corne de lambi a alerté ceux du Prêcheur, vers 11 h 30. Par milliers les esclaves occupent Saint-Pierre.

Sur la place de la batterie d’Enotz, près de la prison, le maire et cinquante hommes de troupes s’apprêtaient à disperser la foule par les armes. Pory-Papy, adjoint au maire, responsable de la police, qui jouit d’une grande autorité parmi les Noirs, intervient et fait relâcher Romain. Le massacre a été évité. Les rassemblements se dispersent un instant. Mais le bruit court que Papy serait attaqué au Conseil municipal qui devait se tenir à midi. Des cultivateurs de Saint-Pierre et du Carbet se portèrent devant la mairie. Le Conseil municipal approuva la décision de Papy. Tout semblait rentrer dans l’ordre lorsqu’arrivent à Saint-Pierre, pour être conduites à l’hôpital, les victimes de la fusillade du Prêcheur.

En pénétrant dans le bourg, les colonnes de travailleurs qui reviennent de Saint-Pierre (ils étaient deux mille environ) se heurtent à ces troupes qui veulent les désarmer. C’est alors que se produit la fusillade. Il était à peu près 16 heures. Les premiers blessés furent conduits à Saint Pierre, mais une véritable bataille se déroula au Prêcheur, une partie de la soirée. Plusieurs maisons du bourg, des habitations furent la proie des flammes ; vingt-cinq tués et cinquante blessés parmi les esclaves et les libres… Le navire La Caravane arriva de Fort-Royal avec une compagnie de grenadiers. À la vue de ce renfort, les insurgés menacent de tout brûler si un seul soldat est mis à terre. La menace fait son effet. Le Conseil municipal de Saint-Pierre se réunit d’urgence et vote à l’unanimité l’abolition de l’esclavage. …

Débordé, pour éviter le pire le gouverneur accède à la demande du Conseil municipal de Saint-Pierre et décrète l’abolition de l’esclavage le 23 mai, à 15 heures, en indiquant qu’aucune poursuite ne serait intentée contre les révoltés. » Armand Nicolas, historien, membre du Parti communiste martiniquais.


Guadeloupe: Les salariés de Leader Price Grand-Camp toujours en lutte

ZoomLes travailleurs de Leader Price sont en grève depuis le 22 mars. Ils exigent deux embauches en CDI, une augmentation de salaire de 70€ et l’augmentation de la prime de transport. Les grévistes ont eu plusieurs négociations avec le patron, De Lacaze, sans résultats. La dernière rencontre avec lui date du 24 avril. De Lacaze a proposé seulement 25 € d’augmentation et rien d’autre. Les grévistes ont refusé. Une nouvelle négociation a été prévue pour mardi 7 mai. Les salariés en grève sont décidés à poursuivre leur mobilisation jusqu’à satisfaction de leurs revendications.


Guadeloupe: Grève à la poste de Saint-François

Les agents du centre courrier de la Poste de Saint-François sont entrés en grève le jeudi 2 mai. Ces employés n’en peuvent plus du rythme de travail qu’on leur impose. Les tâches qui leur sont imposées sont trop nombreuses et les agents ne veulent pas avoir à choisir entre leur santé et une distribution correcte du courrier. Ils méritent le soutien de tous.


Guadeloupe: Une ministre de la Justice après d’autres

La ministre de la Justice, Nicole Belloubet, s’est rendue en Guadeloupe du 1er au 3 mai. Elle a visité les deux prisons et a inauguré le palais de justice. Parmi ses belles promesses il y a un projet d’extension de la prison de Baie-Mahault de 340 places. Le projet ne doit aboutir qu’en… 2023 ; en attendant ce sont toujours plus de 700 prisonniers qui s’entassent dans une prison censée en accueillir 480. Pour la prison de Basse-Terre c’est encore plus flou. Les bâtiments de la prison sont vieux de plusieurs siècles. Quand Christiane Taubira était ministre de la justice en 2015 elle avait déjà annoncé sa reconstruction, aujourd’hui Belloubet dit la même chose. Les ministres de la justice qui se succèdent se répètent, ils parlent de formations, de réinsertion, de justice… Mais rien ne change. Les détenus continuent de subir l’insalubrité, le manque de soins médicaux, l’inactivité et la violence que tout cela engendre. Trois détenus se sont suicidés en trois semaines au mois d’avril dernier. Tout ce que la ministre a trouvé à dire c’est qu’avant ces évènements il n’y avait pas eu de suicides pendant deux ans dans les prisons de Guadeloupe !  


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