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CO de 2019-2018/CO n° 1220 du 11 mai 2019/Troisième page

Troisième page

Martinique : À Fonds Larion… woy yo yoye !

Le dimanche 5 mai était jour de libération des accès à la plage au lieu-dit Fonds Larion sur la commune de Sainte Luce.  

Ainsi en avaient décidé les membres de l’association nationaliste Moun accompagnés de ceux de l’Assaupamar (asso-ciation pour la sauvegarde du patrimoine martiniquais) soutenus par le député indépendantiste du sud, Jean Philippe Nilor. Tambours et chachas en tête, ils ont été rejoints par nombre de personnes, habituées ou pas de ce chemin de bord-de-mer. En effet, depuis quelques temps, les accès à la plage se trouvaient obstrués par des palissades, obligeant les passants à continuer leur chemin par la mer.

À juste titre, et d’autant qu’une loi littoral datant de 1986 et applicable dans les DOM depuis 2010 encadre les usages, les manifestants entendaient interpeller l’État sur cette situation. En fait, ils ont démoli murets, clôtures et ce qui gênait le passage. Pour eux, il n’était pas question non plus qu’il y ait deux poids, deux mesures. Car au mois de mars dernier, sous prétexte qu’elle n’était pas en règle, une personne âgée du François, M. Nomis, avait vu les services de l’État démolir sa maison de façon choquante et injuste alors qu’il était présent sur les lieux depuis 1936. Face à eux, les propriétaires font aujourd’hui état de l’érosion et de la montée des eaux sur cette côte.

Quoiqu’il en soit, devant cette manifestation populaire, le préfet a dû sortir de son silence complice. Il a provoqué une première réunion dès le lundi 6 mai en présence du maire de Sainte Luce pour trouver une solution. En attendant, les manifestants ont libéré les accès à la plage.  


Guadeloupe : Saint-François : pique-nique de protestation sur une plage « privée »

Une provocation raciste, lundi de Pâques, journée traditionnelle de plage en Guadeloupe, a provoqué la colère dans la population et un rassemblement (en créole un Kannari kontré, rencontre ou échange de kannari ou fait-tout) contre la privatisation de la plage de l’Anse des Rochers.  

Cette plage est quasi inaccessible au public. Les propriétaires de la résidence Anchorage ont décidé d’en fermer l’accès. Cette résidence est une de celles apparues suite à la fermeture supposée provisoire d’un hôtel pour travaux. À la fin des travaux, les salariés de l’hôtel apprennent que l’on n’a plus besoin d’eux : l’hôtel est vendu en appartements. Le lundi de Pâques une visiteuse a voulu se rincer à la douche de la plage. Une des propriétaires, blanche, l’interpelle : « cette plage est privée », en ajoutant qu’on « ne veut pas de ça ici ! ». Elle précise : on ne veut pas des « locaux ». Cette histoire a fait le tour de la Guadeloupe. Une semaine plus tard plusieurs dizaines de « locaux » indignés sont venus s’installer sur cette plage. Y accéder fut difficile. L’entrée de la résidence était barricadée, le parking aux alentours interdit, un vigile de la résidence envoyait, beaucoup plus loin, vers un sentier étroit, escarpé, impraticable pour les moins costauds, surtout avec des kannari. D’anciens salariés de la résidence venus aussi, ont assuré que quelques années avant, la population se joignait aux résidents et aux touristes chaque dimanche, en toute convivialité.

Les plus déterminés ont forcé le passage barricadé. Les chants et le tambour ka ont résonné ce jour-là. Des dizaines d’enfants noirs ont eu la joie de se baigner dans cette mer calme et peu profonde. Quelques résidents locaux dont leur président sont venus discuter avec les manifestants. Même s’il est possible d’accepter que la douche, payée par les résidents, n’est pas publique, le sentiment général est que trop de plages sont privatisées et qu’il s’agit là d’une véritable ségrégation. D’autres sites du même type ont été signalés, également en Martinique. À Saint-François, à la Coulée, des propriétaires ont mis des cordes dans la mer pour privatiser la plage devant leur maison ! L’engagement a été pris de recommencer là et ailleurs ce type d’action pour rendre les plages au public.  


Non à la privatisation des plages en Guadeloupe et en Martinique

Il n’y a pas de plages privées en France. C’est ce que prévoit la loi. Or les privatisations sauvages se multiplient en Guadeloupe et en Martinique.  

La situation est troublée par le fait qu’avant 1986, sur le littoral, les 50 pas géométriques pouvaient être vendus. Ceux qui les ont acquis les conservent. Cela ne peut en aucun cas leur accorder une plage privée. Non seulement les plages appartiennent à l’État, mais ceux qui sont propriétaires sur le littoral ont l’obligation légale de laisser à la population un accès libre aux plages. La population doit pouvoir traverser les propriétés privées pour accéder à la plage. Pas de passage impraticable, encore moins de mur !

Pas question d’exclure, voire de chasser la population des plages. Il semble que désormais, si l’État ne se donne pas les moyens de permettre cet accès aux plages, la population, refusant la discrimination, a décidé de l’imposer par ses propres moyens. À Fonds Larion en Martinique, Anse des rochers et Fort Fleur d’Épée en Guadeloupe, elle montre déjà qu’elle peut faire ouvrir ces accès aux plages et aux criques tranquilles que certains veulent confisquer.


Martinique : Bâtiment, remise en cause de la convention collective

Dans le BTP, les travailleurs n’ont pas la vie rose, car dans ce secteur le patronat les use jusqu’à la moelle des os sans même leur payer les rémunérations dues.   Dans ce secteur, il faut compter près de 5 000 salariés. Les petites et moyennes entreprises qui comptent entre 0 et 50 salariés sont les plus nombreuses. On les chiffre à 800 environ. Par contre, celles qui comptent entre 50 et 150 salariés ne représentent qu’une dizaine dans toute l’île, mais ce sont elles qui mènent la danse et imposent leur loi. Il s’agit de VINCI, la SIMP, la SOGEA, COMABAT, CEGELEC et quelques autres.

Ces entreprises multinationales utilisent la sous-traitance et la main-d’œuvre à bon marché. Leurs seuls objectifs c’est de ramasser le maximum de profits sur le dos des ouvriers. Et pour mettre en œuvre cette politique, ces capitalistes ont à leur service une série de petits notables, de « spécialistes économiques » qui leur sont dévoués corps et âme.

Les ouvriers sont restés du 26 juillet 2017 au 5 Avril 2019 sans augmentation des salaires. Et les dernières négociations de branche dans le BTP se sont soldées par une « augmentation » de 0,8 % à compter du 1er avril 2019 et de 0,4 % à compter du 1er juillet 2019. Soit pour un OQ3 (ouvrier qualifié 3ème catégorie) par exemple, dix centimes d’augmentation de l’heure au 1er avril et cinq centimes d’augmentation de l’heure au 1er juillet 2019. À peine un mois après avoir accordé ces miettes aux salariés du BTP, les patrons sont revenus sur le protocole d’accord concernant les salaires qu’ils avaient signé le 5 avril 2019. Ils ont considéré que c’est trop donner aux salariés. Pourquoi ?

Ils ont ordonné à Christian Jean-Joseph et Steeve Patole, leurs deux marionnettes, spécialistes des augmentations au rabais, de modifier les modalités d’application de l’article 3 du protocole d’accord de la convention collective sur les salaires. Ils considèrent que les revalorisations ne doivent pas « se cumuler avec les revalorisations décidées au sein de l’entreprise ». C’est-à-dire les entreprises les plus importantes, qui ont déjà négocié dans le cadre des NAO (Négociations annuelles obligatoires). En clair, ces capitalistes sont en train de remettre en cause la convention collective du BTP que les ouvriers ont arrachée de haute lutte. Voilà ce qui a fait éclater la colère des travailleurs. Et certains se demandent pourquoi !  


Martinique : Repas fraternel de Combat Ouvrier

Plus de 130 travailleurs se sont retrouvés le dimanche 5 mai pour partager un moment convivial autour d’un repas. Ghislaine Joachim-Arnaud a fait un bref discours politique clôturé par le chant de l’Internationale. Les invités ont pu profiter d’une prestation artistique du comédien humoristique Jean-Claude Duverger. Puis une projection de diapos présentée par le docteur Macni sur l’empoisonnement au chlordécone et les conséquences sur la santé de la population a suscité un grand intérêt et de nombreuses interventions. À l’issue de la projection, questions et débat ont montré l’intérêt de cet échange. La fête s’est terminée par un bal suivi d’une prestation très appréciée de l’artiste chanteur Kolo Barst et son groupe.  


Guadeloupe : Combat Ouvrier : succès de la fête annuelle

C’est dans une ambiance conviviale que se sont rassemblées près de 400 personnes le 5 mai au Royal Riviera. Les participants ont pu se distraire, se cultiver à la librairie, participer à des débats aux forums : l’un sur les élections européennes et notre participation sur la liste Lutte ouvrière, l’autre sur le communisme. Un film sur la lutte de nos frères noirs américains a été vu aussi par plusieurs dizaines de spectateurs. Cette fête a rassemblé des militants politiques et syndicaux, et de nombreux travailleurs comme les salariés de Carrefour Milénis et Promocash dont la lutte contre le béké Despointes a été saluée. Il y eut aussi une présence remarquée des travailleurs de la banane de la région de Capesterre. Nous tenons à remercier tous ceux, sympathisants, artistes, qui ont aidé à la réussite de cette fête. Rendez-vous l’année prochaine pour la fête de 2020.


Guadeloupe : Le soutien à Wendy se poursuit

Parce qu’elle se bat pour ses droits, l’étudiante Wendy Zébo a été exclue pour cinq ans par les dirigeants de l’université. Par malveillance, le conseil de discipline a décidé que l’appel ne sera pas suspensif, c’est-à-dire que même si Wendy demande au ministère de revoir la procédure disciplinaire, elle ne peut pas continuer ses études en attendant la décision. C’est une sorte de double peine, parce que cela prend deux ans pour passer en appel, deux ans durant lesquels Wendy serait empêchée d’étudier. Avec son avocat Maître Calvaire, Wendy a donc fait appel et elle a demandé que cet appel soit suspensif. Sa demande sera examinée à Paris au Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche (Cneser). Le combat continue !    


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