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CO de 2019-2018/CO n° 1221 du 25 mai 2019/Première page

Première page

Éditorial: La détermination, la meilleure arme des travailleurs !

Plusieurs longues grèves ont eu lieu récemment en Guadeloupe : dans les plantations de banane, à Milénis-Promocash, à Leader Price Grand-Camp.

En Martinique il y a eu des luttes dans la banane, dans les hôpitaux, dans les transports comme à la Sotravom, la société de bus du Centre, et chez les pompiers. Dans ces luttes, les travailleurs ont montré une grande détermination. Pour les grévistes, il n’était pas question de reprendre le travail sans avoir fait céder la direction, au moins en partie.

Ce sont ces luttes qui sont importantes pour les travailleurs de Martinique et de Guadeloupe, bien plus que les élections européennes qui se déroulent à 7 000 km. On nous a rebattu les oreilles avec les fonds européens, pour lesquels nous devrions être reconnaissants. Mais ces fonds ne sont pas pour les travailleurs, ni pour les petits patrons. L’argent de l’Europe est pour les gros planteurs de banane et les grosses entreprises capitalistes, qui ont une armée de comptables et d’avocats pour monter les dossiers.

Ce qui est bénéfique pour les travailleurs et la population de Guadeloupe et de Martinique ne nous a pas été généreusement donné, il a fallu se battre pour l’obtenir ! Dans chacune des luttes récentes, l’enjeu était important pour les travailleurs, en termes de salaires, d’emplois ou de conditions de travail. Mais l’enjeu était aussi moral. En juin 2017, lors de la grève générale des plantations de banane en Guadeloupe, un ouvrier agricole déclarait : « cette grève, je ne la fais même pas pour l’argent, je la fais pour la dignité ». Après chaque grève les patrons cherchent à se venger, à rétablir leur dictature. Dans la banane, les licenciements ont été nombreux en Guadeloupe, notamment chez le planteur Dambas surnommé « l’escla-vagiste noir ». Mais les travailleurs ont conservé l’esprit de la grève, l’esprit de lutte et de camaraderie, qui est peut-être l’acquis le plus précieux de la grève. Les ouvriers de la banane gardent le moral, et ils restent combatifs !

C’est pareil à Carrefour Milénis et à Promocash. Dès la reprise du travail il y a eu des brimades : salaires payés en décalé, horaires modifiés, réflexions méprisantes… Mais les anciens grévistes tiennent bon. Ils restent soudés, et ils participent eux aussi en nombre aux mobilisations. Chacune de ces grèves n’a concerné qu’un seul secteur, parfois même une seule entreprise. Mais une partie de la population a soutenu les grévistes en passant sur le piquet de grève ou en donnant de l’argent. Ces gestes de sympathie ont renforcé la détermination des grévistes. Cela a marqué les jeunes travailleurs de Leader Price Grand-Camp, pour qui c’était la première grève. En Martinique, dans le Centre, les usagers des transports en commun ont été pénalisés par la grève à la Sotravom. Mais tous les usagers n’étaient pas hostiles aux grévistes. Ils comprenaient que si la grève était aussi longue ce n’était pas de la faute des travailleurs, mais à cause de la stratégie de pourrissement de la direction. Les grévistes qui ont participé à ces luttes en sortent donc renforcés moralement. C’est un acquis très important, surtout en ces jours où le grand patronat multiplie les attaques, aidé par un gouvernement tout dévoué aux plus riches. Seule cette détermination permettra d’y faire face.

C’est l’esprit combatif des travailleurs qui ont mené ces grèves récentes que nous tenions aussi à mettre en avant en nous présentant aux élections européennes. Tous ceux qui ont voté pour nous ont voté pour cet état d’esprit-là, nous les en remercions. C’est cette force morale qui pourra entraîner d’autres travailleurs à se battre eux aussi !


Guadeloupe: Affaire Bangou  an tan Gustin ou… an tan Sorin ?

Le 13 mai, le préfet Gustin a lancé une procédure de révocation à l’encontre de Jacques Bangou, le maire de Pointe-à-Pitre. Cette procédure répressive digne du régime de Vichy (représenté en Guadeloupe par le gouverneur Sorin), serait motivée par la situation financière catastrophique de la ville qui accuse un déficit de 78 millions d’euros.  

En Guadeloupe, deux tiers des communes ont une situation financière critique. Pour les autorités et la Direction Générale des Finances Publiques ces déficits colossaux seraient dus au nombre trop important de salariés communaux et à la prime de vie chère de 40 %. Dans des régions comme aux Antilles où le taux de chômage avoisine 30 % de la population et 60 % chez les jeunes, la pression sociale contraint les maires à embaucher un peu plus.

C’est une réalité, mais les véritables responsables de la banqueroute des communes ce sont les gouvernements qui ont successivement baissé les dotations des collectivités. En 2009, Sarkozy et son gouvernement offraient au patronat la suppression de la taxe professionnelle. Cette taxe payée par les entreprises et calculée sur leur chiffre d’affaires constituait près de la moitié des revenus des collectivités territoriales et représentait près de 33 milliards d’euros. La dotation globale allouée chaque année par l’État aux collectivités en France a aussi diminué de 15 milliards d’euros entre 2013 et 2019. C’est la population pauvre et les travailleurs qui payent cette politique d’austérité tous les jours avec le délabrement des services publics dans les communes : l’eau, les ordures, la vétusté des écoles…

À la veille des prochaines élections municipales, le représentant de l’État en Guadeloupe veut apparaitre comme le serviteur fidèle d’un gouvernement Macron qui voudrait faire 13 milliards d’économie d’ici 2022 dans les collectivités. Il tente alors de faire un exemple en réprimant le maire d’une grande ville de l’île élu et réélu par la population. Le maire a peut être fait des erreurs de gestion mais cette tentative de révocation s’apparente plus à une mesure dictatoriale qui rappelle l’époque des gouverneurs coloniaux.


Guadeloupe: Leader Price Grand-Camp la grève a payé

Le 22 mars, les salariés s’étaient mis en grève car ils n’en pouvaient plus des bas salaires et de leurs mauvaises conditions de travail. Finalement, les grévistes ont signé un accord le 15 mai avec le patron De Lacaze.  

Ils ont obtenu 36 € d’augmentation de salaire mensuel et 150 € de prime de vacances par an à partir de 2020. Leur prime de transport est passée de 30 € à 45 € par mois. Ils ont aussi obtenu l’embauche d’une caissière. Les grévistes étaient au nombre de 14. Ils étaient jeunes pour la plupart et faisaient l’expérience de leur première grève. Les salariés ont de quoi être fiers de leur lutte. Au début, les négociations avec le patron ne donnaient pas de résultats positifs. De Lacaze a essayé de les décourager en refusant leurs revendications et en menaçant de supprimer un poste. Mais les grévistes sont restés déterminés et ont continué leur lutte. Ils ont eu raison car ils en ressortent victorieux.


Martinique: Succès de la grève des sapeurs-pompiers

Les sapeurs-pompiers du STIS (service territorial d’incendie et de secours) ont suspendu leur grève le jeudi 16 mai. Ils avaient démarré leur mouvement le 3 mai et depuis avaient multiplié les actions et mobilisations sur le terrain pour se faire entendre, notamment une opération molokoy (escargot). Le 15 mai ils ont bloqué l’état-major à Fort-de-France, ainsi que certaines casernes de l’île.

Les pompiers défendaient une plate-forme sur des questions de sécurité, de santé au travail ou encore de manque d’effectif. Le retard de versement de leurs salaires du mois d’avril pendant le déroulement des négociations avait mis le feu aux poudres si on ose dire. Lors des rencontres avec leur direction, la question du non-versement des contributions obligatoires par les communes est apparue comme un point central. Celles-ci doivent près de 9 millions au STIS pour 2019 et plus de 6 millions sur les années antérieures. Pendant la grève, Marie-Jeanne, le président de la CTM ne donna pas suite à la demande des grévistes de les recevoir. Il montrait ainsi un dédain récurrent pour les travailleurs en lutte. La détermination des grévistes ne faiblit pas pour autant. Et après 15 jours, soutenus par une intersyndicale CGTM et SNSPP-PATS (syndicat autonome), les grévistes ont obtenu que des solutions soient trouvées. Lors d’une réunion organisée sous l’égide de la CTM et de son président, le préfet s’engageait à saisir les maires retardataires pour qu’ils versent leurs contributions de 2019 et à intervenir auprès du trésorier payeur général pour que soient versés les 6 millions d’arriérés des mairies. Les voies tracées entre la CTM et le conseil d’administration du STIS sur l’évolution de la gestion financière et administrative ont paru satisfaisantes aux grévistes. Ils ont suspendu leur mouvement le jeudi 16 mai, tout en se disant attentifs à la concrétisation de ce nouvel accord et sur la satisfaction de leurs revendications.


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