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CO de 2019-2018/CO n° 1222 du 22 juin 2019/Troisième page

Troisième page

 Élections européennes : ce que signifie le succès de l’extrême-droite aux Antilles

 En Guadeloupe et en Martinique, l’un des faits marquants de cette élection a été le faible taux de participation. C’est constant pour les européennes, même si pour toutes les élections l’abstention est bien plus forte qu’en Europe. Cette fois, même si l’abstention recule légèrement par rapport à 2014, elle reste très élevée : environ 85 % sur les deux territoires. Une preuve du peu d’intérêt de la population pour ces élections. L’autre fait marquant est le succès du Rassemblement national (RN), le parti de Marine Le Pen. En Guadeloupe, le RN est arrivé en tête avec 23,5 % des voix. En Martinique, il talonne de près la liste La République en Marche de Macron avec 16,2 %. L’époque est loin où des manifestations étaient organisées dans les aéroports des Antilles pour empêcher Le Pen de débarquer. Ce parti n’apparaît plus comme un parti ouvertement raciste. La politique de dédiabolisation de Marine Le Pen a en partie fonctionné. Mais le racisme a été à la base de la fondation de ce parti et il est dans ses gènes. Malgré cela, aujourd’hui, une partie de la population aux Antilles et aussi en France considère le RN comme une alternative face aux partis de droite et de gauche qui se sont succédé au pouvoir ces dernières décennies. Quand ils étaient au gouvernement, le Parti socialiste et le Parti communiste, qui se disaient représentants de la population laborieuse et des plus pauvres, ont mené des politiques aussi anti-ouvrières et impopulaires que la droite. Ils se sont discrédités aux yeux de la population et ont contribué à pousser l’électorat populaire dans les bras de l’extrême-droite, en alimentant le découragement parmi les travailleurs. La crise actuelle du système capitaliste fait également le lit du RN. Les conditions de vie et de travail se dégradent pour la majorité des gens, et plutôt que de pointer du doigt les riches rapaces, de nombreux travailleurs préfèrent accuser les immigrés, Arabes et Africains en France, Saint-Luciens en Martinique, Haïtiens et Dominiquais en Guadeloupe. Comme si c’étaient les immigrés qui ferment des entreprises, qui licencient, ou qui augmentent les prix ! Ces idées nauséabondes véhiculées par l’extrême-droite contribuent encore plus à diviser les exploités. Ce qui permet aux capitalistes de mieux régner. Les divisions parmi les travailleurs sont un des éléments qui freinent les luttes offensives dans les entreprises. Le RN se garde bien d’attaquer les capitalistes puisqu’il est lui-même un serviteur des capitalistes. Voter pour le RN c’est voter pour Hayot, Despointes, Damoiseau et pour tous les exploiteurs.      


Élections européennes : nos résultats

  Nathalie Arthaud et Jean-Pierre Mercier conduisaient la liste de Lutte ouvrière : Contre le grand capital, le camp des travailleurs. Ghislaine Joachim-Arnaud, et Jean-Marie Nomertin, respectivement porte-parole de Combat ouvrier en Martinique et en Guadeloupe, étaient respectivement en 3ème et 18ème position sur cette liste. Notre liste a recueilli au total 176 434 voix soit 0,78 % des suffrages. En Martinique, nous avons obtenu 2 635 voix soit 6,69 % des suffrages. En Guadeloupe, nous avons obtenu 4,45 % des suffrages soit 1 714 voix. Nos résultats sont en baisse par rapport aux élections européennes de 2014. Aux élections européennes de 2014, Lutte ouvrière avait obtenu 222 491 voix et 1,17 % des suffrages. Cette année-là, Lutte ouvrière et Combat ouvrier avaient présenté une liste pour la circonscription Outremer avec Ghislaine Joachim-Arnaud, tête de liste, Jean-Marie Nomertin en deuxième position, et d’autres camarades de Guadeloupe, de Martinique et de la Réunion. La liste Outremer avait obtenu 2023 voix soit 7,68 % des suffrages en Guadeloupe et 4 180 soit 13,39 % en Martinique. Aux élections européennes de cette année, il y avait une seule circonscription pour toute la France et les Outremers. Entre 176 000 et 222 000 travailleurs nous accordent leurs suffrages. C’est peu. Cela dit, pour modestes qu’ils soient, nos résultats confirment la permanence d’un courant politique révolutionnaire parmi les travailleurs et les classes populaires.  


France : les urgences des hôpitaux en grève  

Depuis le début de l’année, les grèves se multiplient dans les hôpitaux. Les travailleurs de la santé sont confrontés à la politique de restriction budgétaire qu’ont menée les gouvernements qui se sont succédé. Il manque du personnel et du matériel. Les services des urgences sont surchargés face au nombre important de malades qui arrivent. Les temps d’attente deviennent interminables pour les patients, qui attendent parfois à même le sol. Les grévistes réclament des moyens pour les hôpitaux, notamment l’arrêt des fermetures de lits, et des postes supplémentaires pour mieux accueillir les malades. Ils demandent aussi une hausse de leurs salaires. Une première mobilisation rassemblant les services d’urgence de plusieurs hôpitaux a eu lieu le 25 mai. Le mouvement s’est ensuite amplifié. Le 14 juin, 101 services d’accueil des urgences (SAU) étaient en grève. Pour calmer la colère des personnels et freiner la mobilisation grandissante, le gouvernement a débloqué 70 millions d’euros. C’est bien insuffisant ! La part réservée à l’embauche représente moins d’un poste par SAU. Ce n’est pas cela qui règlera le problème. Les grévistes ont tout intérêt à poursuivre et élargir la mobilisation.


 Algérie : population en colère et arrestations de dignitaires

Depuis le 22 février, la population d’Algérie manifeste en masse chaque vendredi. Après la démission de Bouteflika, de nouvelles élections avaient été programmées pour le 4 juillet. Sous la pression du mouvement populaire, les élections sont reportées et une vague d’arrestations déferle dans les milieux proches du pouvoir. Des anciens ministres et des hommes d’affaires ont été condamnés pour tenter d’apaiser la colère populaire. Vendredi 14 juin, la population d’Algérie était de nouveau dans la rue pour exiger le départ des caciques du régime.   


Brésil : la grève générale du 14 juin 

Le président d’extrême-droite, Jair Bolsonaro, veut augmenter de dix ans l’âge de départ à la retraite pour les travailleurs. Pour justifier sa réforme, il prétend qu’il n’y a plus d’argent dans les caisses. D’un côté il multiplie les cadeaux fiscaux aux plus riches, et de l’autre il veut faire payer les pauvres.
Le vendredi 14 juin, il y a eu une grève générale et des manifestations dans une centaine de villes pour protester contre l’attaque du gouvernement contre les retraites. Les travailleurs de différents secteurs ont fait grève : dans le transport, dans l’éducation, dans les services publics, dans les secteurs pétroliers et bancaires. Ils ont également bloqué l’accès à l’aéroport le plus important du pays, Guarulhos. La grève est le seul moyen de faire reculer Bolsonaro.  


Bénin : la population ne se laisse pas faire

La population s’est opposée fermement aux forces de l’ordre la semaine dernière. On compte plusieurs morts et blessés des deux côtés. Lors des élections législatives d’avril, le gouvernement et le président Patrice Talon avaient tout fait pour interdire aux opposants de se présenter, pour des raisons soi-disant administratives. Le mécontentement des partisans de l’opposition s’est renforcé d’autant plus. Aujourd’hui il a éclaté notamment dans une commune du centre du pays, Tchaourou. La misère importante de la majorité de la population ne fait que renforcer les mobilisations contre le richissime Patrice Talon et son clan.  


Soudan : violente répression contre les révoltés

Le 19 décembre 2018, la population soudanaise se révoltait contre la hausse du prix du pain. En avril, près d’un million de manifestants ont réussi à faire démissionner le dictateur Omar Al-Bachir. L’armée, qui détient le pouvoir, réprime férocement la population pauvre. Lundi 3 juin, les manifestants qui occupaient les alentours du siège de l’état-major à Khartoum, la capitale, se sont fait tirer dessus. Depuis, l’armée a instauré une terreur permanente. Des soldats se sont glorifiés publiquement des viols qu’ils ont commis sur des dizaines de femmes. Au total, 120 personnes ont été tuées et 700 ont été blessées.  


États-Unis : Tubman contre Jackson sur le billet de 20 dollars

(Traduit du journal The Spark, groupe trotskyste nord-américain)  Le secrétaire d’État au Trésor de Trump, Steven Mnuchin, a récemment annoncé qu’un projet de mettre le portrait d’Harriet Tubman sur les billets de 20 dollars à partir de 2020 serait repoussé au moins jusqu’en 2028 ! Tubman était l’esclave qui s’était évadée vers le Nord d’une plantation de la côte est du Maryland, et qui par la suite est revenue sur les plantations pour aider des centaines d’esclaves à s’évader vers le Nord. C’était une abolitionniste qui a aidé John Brown à préparer son attaque contre l’arsenal fédéral à Harpers Ferry, en Virginie – une action qui, espérait Brown, conduirait à un soulèvement révolutionnaire des esclaves qui mettrait fin à tout le système esclavagiste. La décision de l’administration Trump est-elle une surprise ? Non. En 2016, Trump a dit pendant sa campagne qu’il était opposé au projet Tubman. Il a dit qu’Andrew Jackson – dont le portrait figure maintenant sur les billets de 20 dollars – était un grand homme qui comptait parmi ses héros. Jackson fut un riche président des États-Unis, propriétaire d’esclaves, qui est peut-être plus célèbre pour avoir brutalement chassé tous les Indiens d’Amérique hors de l’Est des États-Unis. Un propriétaire d’esclaves contre une dirigeante de révoltes d’esclaves ? À qui croyez-vous que choisissent de s’identifier les riches et puissants patrons de cette société et leurs larbins politiques ? Bien sûr, à Jackson, un homme qui était un dirigeant de leur système, un défenseur de leur richesse, qui a posé sa botte sur la gorge de gens qu’il a mis en esclavage, aussi bien des travailleurs que des femmes – pour protéger et étendre ce qui constitue aujourd’hui leurs fortunes. Le capitalisme dans ce pays a été bâti sur le capital accumulé à partir de l’esclavage – et qui est maintenant accumulé à partir de l’exploitation de ceux que Karl Marx a appelé « esclaves salariés », c’est-à-dire de nous, les travailleurs du monde. Et, aussi écœurant que cela puisse être, les patrons n’ont aucunement l’intention d’y changer quoi que ce soit.


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